Dans l'Union européenne, de coûteuses campagnes de propagande sont organisées pour convaincre la population que la monnaie unique européenne est une bonne chose. L'introduction de l'Euro est présentée comme une opération technique, bénéfique pour tous. Quand vous irez en vacances à l'étranger, vous n'aurez plus à changer d'argent. Cette gentille histoire masque la logique sur laquelle l'Euro est construit : un programme d austérité, qui n'est en rien bénéfique pour la majorité des Européens.
Les pays qui veulent rejoindre la monnaie unique doivent satisfaire au Traité de Maastricht (191) et au Pacte de stabilité de Dublin (1996). Ces deux accords rendent le prix de l'Euro très élevé.
1 - Depuis des années les pays de l'UE ont été pris dans un cycle permanent de restrictions et d'austérité, car le traité de Maastricht prévoit, entre autres choses, que les déticits budgétaires des pays can didats à la monnaie unique soient réduits au dessous de 3 % du Produit intérieur brut (PIB) avant le Je ianvier 1998. Les cinq critères de convergence de Maastricht sont tous exclusivement monétaires : ni le chômage, ni la sécurité sociale es normes écologiques ne sont abordés. En d'autres termes la convergence maastrichtienne des niveaux d'inflation, des taux d'intérêt, des dettes publiques et des déficits, ne rapprochera pas les niveaux de chômage, de productivité ou de revenu par tête entre les pays membres. Les restrictions ne sont pas finies. A la fin de 1996 les Etats de /'Union avaient un déficit moyen de 4,4 %. D'après les estimations publiées en avril 1997 par l'Institut monétaire européen, le prédécesseur de la Banque centrale européenne, seulement le Luxembourg satisfait à l'ensemble des critères de convergence. Ces chiffres impliquent que les pays membres devront réduire leurs dépenses d'un montant équivalent à 1 % du PIB d'ici la fin de cette année. Une telle opération ne peut être réalisée qu'au détriment de l'emploi et des services sociaux collectifs.
Ces restrictions vont également ralentir la croissance économique européenne, déia fort médiocre. L'un des aspects les plus cyniques de cette qu'aucun économiste ne peut expliquer pourquoi une monnaie unique ne peut onctionner qu'avec des déticits intérieurs à 3%, et pourquoi des déficits de 4, 5 ou même 6 % sont de tels désastres.
L'EURO eurs déficits à 3 % et à remplir les autres conditions du Traité de Maastricht n'en auront pas pour autant fini avec les mesures d'austérité. Les pays membres s'obligent eux-mêmes à un état permanent d'anorexie budgétaire qui se prolongera loih dans le siècle qui vient.
Sommet européen de Dublin stipule que les budgets nationaux doivent être réduits
• près de l'équilibre » ou à l'équilibre, de façon à ce que si une récession survient, ils disposent de marges de manœuvre
S'ils franchissent le sacro-saint seuil de
3 % de déficit, des pénalités financières allant jusqu'à 0,5 % sées. Les fruits en seront répartis entre les pays « vertueux ».
ront à renforcer les tendances récessionistes et la dynamique déflationniste dans l'Union européenne, exactement comme les critères de convergence de Maastricht l'ont fait depuis 1992
(BCE) prendra d'importantes décisions monétaires en toute indépendance. Cette puissante institution ne sera aucunement contrôlée ni par les gouvernements ni par les Parlements, même formellement. le
Traité de Maastricht interdit ni explicitement d'influencer les politiques de la BCE. Le traité décrète aussi que la BCE n'a qu'une priorité en tous temps : la stabilité des pri› avant tout. Ceci reflète le dogme monétariste lequel une inflation faible amènera automatiquement ine croissance plus forte et donc plus d'emploi
4- Il y aura en réalité un fort accroissement de la concurrence entre pays à l'intérieur de la zone euro
L'introduction de l'Euro signifie que les pays ne pourront plus manipuler les taux d'inté• rêt, les taux de change, les politiques budgétaires, mieux atteindre leurs objectifs de politique économique.
Mais en même temps il n'y a oas de politiques euro béennes au plan fiscal, moné affaire est taire ni de coordination des politiques pour affronter des chocs ou des récessions, après l'introduction de l'Euro.
Le travail, qui est le fac-
2- Les pays qui réussiront à réduire
Le Pacte de stabilité adopté durant le d'austérité.
du PIB seront impo
Ces procédures d'austérité continue-
3- La Banque Centrale européenne capitaux. •
A
UEM
2,
Allemagne
1,2
Autriche
1,8
Belgique
1,8
Danemark
1,9
1,5
Finlande
France
2,1
Grande-Bretagne
3,0
Grèce
7,9
2,2
Iralnde
4,0
Italie
Luxembourg
1,2 pour
Pays-Bas
1,5
Portugal
2,9
Suède
0,8
A : inflation
B : taux d'intérêt
C : déficit (% du PIB)
D : dette publique (id)
UEM : Union économique monétaire (valeur de référence)
teur de production le moins mobile, en paiera le prix, sous la forme du chômage, des baisses de salaires et d'une aggravation de la flexibilité. Tous les pays seront encore plus en concurrence pour attirer les investisseurs. Leurs seuls outils seront des exemptions fiscales pour les entreprises, des projets d'infrastructure mégalomaniaques, des attaques contre la protection sociale et les réglementations écologiques. Il en résultera une course à l'alignement vers le bas. Les sociaux-démocrates et les dirigeants syndicaux prétendent qu'une monnaie unique deviendra un outil pour une relance de la croissance. Plus d'emploi et de politiques sociales, prétendent-ils, ne peuvent pas être défendus à l'échelle nationale. Donc nous devons accepter l'Euro, ouis travailler c changer les priorités de l'Union. Cet argu ment est indéfendable tant la logique néolibérale des critères de convergence, du pacte de stabilité et de la BCE est inextricablement inscrite dans les textes juridiques en question
L'Euro est utilisé comme un levier pour des politiques néo-libérales, pour plus de déréglementation, plus de flexibilisation et
S'opposer à l'Euro et à l'Union monétaire européenne à cause de ses dramatiques conséquences sociales n'a rien à voir avec le chauvinisme ou le nationalisme. Au contraire cette opposition est indispensable pour travailler à l'élaboration de politiques coordonnées à l'échelle européenne pour une réduction du temps de travail sans perte de salaire, plus de ressources pour des emplois utiles dans le secteur public (transport, logement, éducation, santé, investissements écologiques), et une taxation des mouvements de L'état des critères de convergence à la fin 1996
B C D 8,8 -3 60 6,2 -3,8 61 6,3 -3,9 70 6,5 -3,4 130 7,2 -1,7 70 7,1 -2,6 59 6,3 -4.1 56 7,9 -4,1 55 14,8 -7,4 112 7,3 -0,9 73 9.4 -6.8 124 6,3 2,7 6 6,2 -2,2 79 8,5 -4,0 65 8,0 -3,8 78 Source : Annual Report of the Dutch Central Bank (avril 1997)