Pendant longtemps, «l'Europe » a été une idée, bonne peut-être, inoftensive certainement, lointaine de toute façon.
L'offensive néolibérale des années 80 et la chute du Mur de Berlin ont bouleversé la situation et les rapports de forces. Alors, cette fois, les classes dominantes se sont saisies de la perspective. Entre 1986 et 1990, deux décisions capitales, à caractère fortement politique, ont été rises : instaure a marché unique et aller vers la mor naie unique. De marginal et graduel, le processus d'unitication devient central dans la politique européenne. II nécessite en plus un véritable « forcing » : l'harmonisation des économies européennes et la constitution d'un (mini) Etat suprana tional se font par en haut. Et dans la conjoncture, économique et politique en cours, cet Etat sera d'emblée antidémocratique, sa politique antisociale. L'UE se construit dans le dos des peuples el contre les classes ouvrières. « La charte des droits sociaux » avancée mais mollement défendue par les syndicats européens, est écartée du Traité de Maastricht. Conséquence : l'UE démarre sous le règne du « tout-marché » sans normes sociales européennes. Elle laisse le monde du travail désarmé devant la déferlante néolibérale. C'est la porte ouverte à la régression généralisée. L'UE n'est pas et ne sera pas sociale ! Cent ans après, une nouvelle « question sociale » tout à tait moderne hante l'Europe.
Ceux qui nous gouvernent ne sont pas sans savoir la menace que cela constitue, pour « la paix civique », la « cohésion sociale » et... l'UE même * Sans l'adhésion populaire, l'Europe ne se construira pas » : tous ont chanté la chanson, Delors en premier. Comment taire rimer cela avec la politique d'aus térité ? En faisant semblant de croire que « les gens ne comprennent pas » et en payant de vastes campagnes d'information. Quand le peuple ne suit pas, on en élit un autre ! Et surtout : il faut mentir crassement, tronquer les statistiques, blutter sur les perspectives. A les en croire le chômage baisse. l'économie se redresse, l'assainissement budgétaire est l'union monétaire à portée de cons l'avenir radieux. Ce rideau de fumée moralement polluant leur est indispensable pour régler leurs affaires entre idéal, mais une bataille.
eux, et anesthésier peuples et prolé-
Le « coma » de l'histoire, entre 1989 et 1995, fut bret, mais protond et pénible ; les dégâts, au sein du mou bement se sont considera les parl vement ouvrier, et l'avance, vement ouvrier, qui n'avait jamais cessé de résister pays par pays, fut réveillé, en novembre-décembre 1995, par le magnitique combat des travailleurs/euses et étudiant(e)s français/es). II apparaissait comme la première grande greve européenne contre Maastricht... dans un seul de Renauli-Vilvorde (Belgique devoi pays. La brutale termeture délocalisation au sein de l a dévoilé, au printemps 199/, à quel point cette Europe est faite sur mesure pour le patronat. La riposte conjointe des tra vailleurs belges, français et espagnols a montré que la leçon de l'hiver 1995 avait servi : toute lutte sociale importante exige une solidarité immédiate d l'échelle de l'Europe. Le syndicalisme sera européen ou ne sera plus ! Nous arrivons à un tournant
La fuite en avant vers l'Union monétaire s'accélère. La charge antisociale s'alourdit. En même temps, l'UE « programme › le calendrier, épingle les objectifs et synchronise les luttes du mouvement ouvrier. Elle met les adversaires face à face, oblige chacun à choisir son camp, et pousse chaque courant et organisation à avancer ses analyses, son programme et sa stratégie.
En 10 ans, les avancées de l'UE ont signitié une progression parallèle de la politique néolibérale, au point que celleci se trouve maintenant consignée dans les Traités. Cela nous rappelle que « unir l'Europe » veut dire deux choses à la fois : régler les relations entre États nationaux, mais aussi détinir un choix de société : production pour le profit de quelques-uns ou pour les besoins du plus production ; domination privée ou autogestion populaire ; concurrence débridée ou solidarité généralisée ; pillage et exploitation du liers monde ou coopération généreuse pour un dévelop pement harmonieux à l'échelle de la planète, etc. Deux analyses, deux options, deux voies opposées !
« L'unité européenne » n'est pas un
Les classes dominantes mobiliseront outes leurs (puissantes) ressources pour a gagner. Mais elles ont aussi des pro blèmes. Mondialement, l'économie de marché - un moment triomphante - ne résout pas la crise, elle l'aggrave. L'idéologie néolibérale est sur le retour. a pendule lentement, repart dans "autre sens. En Europe, la bourgeoisie c quelques handicaps par rapport à ses homologues de la Triade (Japon, USA). Le mouvement ouvrier (certes affaibli) acte incomparablement nine tort fra n'existe pas en Europe un sentiment chauvin-national (européen) comparable à celui qui existe au lapon et aux EtatsUnis. Une prétendue « préférence européenne » n'a ni légitimité (un passé et un destin commun), ni justitication sociale : pourquoi abandonner ses légitimes revendications afin de défendre, contre le capitalisme « sauvage » japonais et américain, un « modèle social européen » que les patrons sont précisément en train de mettre en pièces. Ce discours soft nous rappelle que, derrière l'UE, s'avance une Europe-forteresse et superpuissance. Et que le règne des bourgeoisies européennes a une longue histoire, où la brutalité n'a jamais empêché un certain raffinement politique et idéologique. le discours européaniste peut avoir un impact à la mesure de 'impuissance politique du mouvemen ouvrier et en l'absence d'une alternative anticapitaliste crédible.
Ainsi, la bataille pour l'Europe n'est pas coupée de la réalité quotidienne de la lutte des classes. Ce ne sont pas les marxistes internationalistes qui se laisseont piéger par le faux dilemme : pou u contre l'Europe : soit l'UE soit repl national. Dès sa naissance, le mouve ment ouvrier socialiste a été internationa liste. Dès la fin du 19° siècle, le marxisme avait compris que l'Etat national était devenu trop étroit pour assurer un développement harmonieux de l'économie et de la société. Notre opposition à l'UE se tait au nom d'une autre Europe, et oas au nom de l'État national. L'UE ne resiste pas à la globalisation, elle en fai artie. Elle ne s'oppose pas à « l'améri canisation » de nos société, elle la tavorise
Seule une autre Europe, sociale, en sortant du capitalisme, trouvera la force et l'élan pour éliminer « les vieux démons » de notre continent et ouvrir ur espoir pour l'avenir. •