Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

LA MARCHE MONDIALE CONTRE LE TRAVAIL DES ENFANTS

« De l'exploitation à l'éducation »

· Inprecor n° 422, mars 1998 · p. 15-18 · 2 960 mots

Inde et Asie du Sud Brésil Économie mondiale Syndicalisme

Par Denis Horman Cette marche s'annonce comme un événement marquant dans la lutte contre l'exploitation économique des enfants. Il s'agit de la plus importante manifestation sociale internationale jamais organisée pour en finir avec les formes les plus intolérables du travail des enfants dans le monde.

PARTIS DE MANILLE (Philippines), le 17 janvier dernier, de Sao Paulo (Brésil) le 25 février, puis du Cap (Afrique du Sud) le 21 mars, une centaine d'enfants et d'adolescent(e)s, ayant vécu les pires conditions de travail, ont entamé une longue marche qui traversera l'Europe au mois de mai. Ils sont accompagnés de parents, de représentant(e)s d'organisations luttant pour les droits de l'enfant. Le mouvement est d'ores et déjà soutenu par quelque 7 000 organisations réparties dans une centaine de pays : organisations non gouvernementales, syndicales, sociales, humanıtaires (1).

La marche convergera sur Genève pour la première semaine de juin 1998 C'est là que se réunira l'Organisation internationale du travail (OIT) pour élaborer une nouvelle convention internationale sur l'interdiction des formes les plus intolérables du travail des enfants : l'esclavage, le travail des enfants en servitude pour dettes, le travail forcé ou obligatoire, les conditions de travail pénibles et dangereuses, l'emploi des enfants dans les forces armées, pour la prostitution, la pornographie et le trafic de stupéfiants. l'intolérable en point de mire

Le Bureau international du travail (BIT) estime à 250 millions le nombre d'enfants de moins de 15 ans au travail dans le monde (2). Les plus jeunes n'ont même pas cinq ans.

En Amérique latine, un enfant sur cinq travaille ; en Afrique, un sur trois et, en Asie, un sur deux.

Selon l'Unicef, moins de 5 % de la main-d'œuvre enfantine dans le monde travaille dans des entreprises produisant des biens destinés à l'exportation. La grande majorité travaille dans l'agriculture, l'artisanat, le petit commerce, le travail domestique...Celui-ci expose particulièrement les enfants, surtout les filles, à toutes les humiliations, toutes les violences, notamment sexuelles. Le rapport du BIT passe en revue les formes d'exploitation et les dangers les plus graves auxquels sont soumis les enfants dans certains emplois et secteurs dans les pays du Tiers monde Ainsi, les enfants qui travaillent dans l'agriculture — dans les zones rurales, neuf enfants travailleurs sur dix sont occupés dans des activités agricoles ou assimilées - sont exposés à des pesticides, des engrais ou des herbicides très toxiques. Au Sri Lanka, par exemple, l'intoxication par les pesticides tue plus d'enfants que le paludisme, le tétanos, la diphtérie, la poliomyélite ou la coqueluche réunis.

Les enfants, contraints de travailler trop jeunes, risquent de demeurer infirmes pour le reste de leur vie. Aux Philippines, une vaste enquête menée par le BIT a montré que plus de 60 % des enfants au travail sont exposés à des risques chimiques et biologiques et que 40 % subissent de graves lésions ou maladies. Le BIT signale également des enfants de trois ans qui travaillent, dans de petites entreprises artisanales à domicile ou de petits ateliers villageois, à la fabrication d'allumettes, dans des locaux non aérés où ils sont exposés aux poussières, émanations ou autres concentrations de substances toxiques.

Les enfants-travailleurs, c'est également une réalité au Nord, une réalité qui s'amplifie. Dans l'ensemble des pays de l'Union européenne, leur nombre s'élève à plusieurs millions. La situation est particulièrement alarmante dans les pays les plus frappés par les restructurations néo-libérales. Ainsi, au Royaume-Uni, où un enfant sur trois est issu d'un foyer vivant en-dessous du seuil de pauvreté, on compte deux millions d'enfants au travail, 1) Parmi ces organisations, il y a South Asian Coalition against Children in servitude (Inde), Fondation Abring (Brésil), Network against Child Labour (Afrique du Sud), Novib (Pays-Bas), RFK Memorial Center for Human Rights (Etats-Unis), Anti-Slavery International (Royaume-Uni), Terre des Hommes (Suisse), Secours Catholique (France), Education internationale (Belgique), l'Unicef, le Bureau International du Travail, la Fédération internationale des Travailleurs du Textile la Confédération internationale des Syndicats Libres... 2) BIT, le travail des enfants, l'intolérable en point de mire, Genève, 1996. Rapport VI (1).

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certains ont à peine six Contrairement aux idées reçues qui voient ces enfants cantonnés dans les emplois de livreurs de lait ou de journaux, les syndicats ont montré qu'ils travaillent dans de très nombreux secteurs économiques, y compris dans des usines, des magasins ou encore à domicile (3).

En France, un expert de l'Unicef affirme que plusieurs dizaines de milliers d'enfants exercent un emploi salarié sous couvert d'apprentissage : 59 % des apprentis travaillent plus de quarante heures/semaine, parfois jusque soixante heures (4).

La Belgique est également concernée. Des ateliers de couture clandestins émigreraient des Pays-Bas vers la Belgique. Ils exploiteraient beaucoup de femmes, mais également des centaines d'enfants d'origine étrangère. Selon le recoupement de diverses sources, on estimait déjà en 1993 que près de 3 000 enfants travaillaient dans des ateliers de confection et environ 2 000 dans les secteurs du nettoyage et de la restauration (5).

Les chiffres officiels avancés par le BIT250 millions d'enfants de moins de 15 ans au travail — sont encore bien en deçà de la réalité. Ils ne tiennent pas compte des millions d'enfants en servitude pour dettes, la pire des formes d'exploitation. Ces enfants doivent payer avec leur labeur la dette contractée par leurs parents ou leurs grands-parents. Esclaves de fait, ils ne quitteront jamais cette condition, resteront à vie dans la plantation ou la briqueterie, s'y marieront et donneront naissance à de nouveaux esclaves.

Selon une étude réalisée par l'organisation humanitaire Human Rights Watch, plus de quinze millions d'enfants seraient en servage en Inde. Ils travaillent dans l'agriculture, la fabrication de cigarettes, le tissage de tapis ou encore l'industrie du cuir. Nombre de ces enfants sont enrôlés dans les vastes trafics nationaux et internationaux de la prostitution ou du travail domestique. En Indonésie, cinq millions d'enfants, dont 400 000 dans la capitale Djakarta, seraient ainsi employés comme domestiques et esclaves sexuels. Les chiffres du BIT ne tiennent pas compte non plus des millions d'enfants qui travaillent gratuitement au sein de la famille ou encore des 200 millions d'enfants vivant dans la rue, dont 40 millions se retrouvent dans les grandes métropoles du Sud.

Michel Bonnet, expert auprès du BIT pour le programme IPEC et une des cheville ouvrière de la marche en France fait le constat dramatique : sur environ 1 milliard 500 millions d'enfants de moins de 15 ans dans le monde, plus de la moitié est de gré ou de force contrainte au travail (6). La mondialisation excluante

L'exploitation intolérable de la main-d'œuvre enfantine ne renvoie pas seulement à une image, une réalité sociale du siècle dernier. Elle pourrait bien être la manifestation de ce qui attend nos sociétés dans le prochain siècle. Ce fléau ne fait que croître au Nord et davantage encore au Sud de la planète

Car le travail des enfants n'est pas une maladie infantile du développement. C'est le cancer des systèmes inégalitaires, de l'accroissement des inégalités sociales partout dans le monde. L'extension du travail des enfants obéit à « la logique de mort » de la compétitivité entre les entreprises, les multinationales qui contraignent par exemple les sous-traitants à user de la main-d'œuvre la moins chère, à remplacer les adultes par les enfants

Une série d'études pointent les parents comme les premiers responsables du travail des enfants. C'est un peu comme s'ils étaient responsables de leur pauvreté

De même s'exprime une tendance à considérer les pays du Sud sans lien structurel avec les économies et les pays du Nord. Comme si leur « sous-développement » était un simple retard impliquant entre autres le travail des enfants.

« Le travail qui socialise les enfants pauvres, c'est le schéma de pensée de base chez nous », constate avec énervement Oded Grajew, un industriel brésilien qui a laissé tomber son usine de jouets pour créer et diriger, depuis 1990, la Fondation Abring et se consacrer entièrement à la « cause des enfants ».

« le Brésil est la douzième puissance mondiale, mais il figure parmi les champions planétaires de la mortalité infantile et flirte avec Haïti et la Guinée Bissau en matière d'échecs scolaires. L'État taille dans le budget social et de l'éducation. Nous avons le plus grand parc industriel d'Amérique latine, mais nous sommes dans le peloton de tête des exploiteurs d'enfants, juste après le Pakistan, mais avant l'Inde. Nous ne sommes pas un pays pauvre, mais un pays où les terres et le capital sont concentrés entre les mains de quelques-uns. Le travail des enfants n'est pas une maladie infantile du développement, c'est le cancer des systèmes inégalitaires ».

Les plans d'ajustement structurel dans le Sud, imposés par le FMI et la Banque mondiale, sous la direction du G7 et des multinationales, ne laissent planer aucun doute. Les coupes sombres opérées dans le budgets publics, et d'abord dans les secteurs de l'éducation et de la santé, viennent saper les bonnes dispositions ou encore les tentatives pour soustraire des enfants à une insoutenable détresse. 3) Rapport de la - low pay unit -, commission indépendante financée par diverses associations, 11/2/98. 4) Voir Ignacio Ramonet, Enfances fracassées, in le Monde Diplomatique, janvier 1998, p.l. 5) Espace de libertés, Centre d'action laïque, Nº20, 7 janvier 1993. 6) Michel Bonnet, Enfants travailleurs, enfants en servitude, in Mondialisation et droits sociaux, la clause sociale en débat, GRESEA (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative), Bruxelles, juin 1997.

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Le programme néo-libéral appliqué dans les pays occidentaux-démantèlement de « l'Etat-providence », flexibilité du travail, licenciements collectifs, privatisations, coupes sombres dans les budgets sociaux, blocage des salaires _ n'est certainement pas sans rapport avec la recrudescence du travail des enfants dans les pays dits industriels avancés. Inverser le cours des choses

« Depuis l'âge de 17 ans, je me bats contre l'exploitation des enfants. J'ai organisé plus de 100 raids contre les ateliers où l'on utilise des ouvriers de 10 à 12 ans. Et j'ai fait de nombreuses marches contre cette honte : j'ai parcouru 80 000 kilomètres. Rien qu'en Inde, nous avons libéré 30 000 enfants esclaves. Mais ce n'est encore rien. L'Occident prend conscience de cette plaie seulement maintenant. Il est très difficile d'identifier les responsables : chacun se décharge sur le voisin et fait semblant de ne pas savoir quelles mains cousent les ballons, fabriquent les gants de travail, tissent les tapis. En bout de chaîne, les intérêts en jeu sont considérables » (7).

Kailash Satyarthi, ancien ingénieur indien, est en train de réaliser le projet le plus ambitieux de sa vie. Avec la Coalition de l'Asie du Sud contre la servitude des enfants (SACS), dont il est le fondateur et président, il est à la base de la marche mondiale contre les formes les plus dures du travail des enfants.

Kailash Satyarthi a mis sur pied un centre de réhabilitation à l'Est de New Delhi où une centaine d'enfants, arrachés à l'industrie des tapis, réapprennent à vivre. Plusieurs de ces enfants profiteront de cette longue marche à travers le monde pour témoigner, susciter une prise de conscience, mobiliser.

L'idée d'une marche mondiale a germé dans l'esprit de K. Satyarthi quand il a pris la mesure de son impuissance à faire bouger les choses par les moyens classiques : « En Inde, ce ne sont pas les garanties con stitutionnelles qui manquent. Le problème, c'est qu'elles ne sont jamais appliquées. Il n'y a jamais eu de signes sérieux d'une réelle volonté politique d'agir » (8).

Le débat en Inde et dans d'autres pays, comme également dans nombre d'instances internationales, tourne autour des moyens qu'il faut déployer pour permettre à tous les enfants de passer de « l'exploitation au travail à l'éducation » (slogan qui résume l'esprit et les objectifs de la marche), pour mettre d'abord un terme aux formes les plus intolérables de l'exploitation enfantine.

K. Satyarthi, comme d'autres défenseurs de la cause des enfants au travail, considère que des mesures comme le boycott des produits exportés ne font qu'aggraver la situation. Il a probablement encore en mémoire ce qui est arrivé au Bangladesh. Un projet de loi interdisant l'importation aux États-Unis de marchandises produites par de la main-d'oeuvre enfantine (projet de loi Harkin du nom du sénateur américain Bill Harkin) a eu des conséquences immédiates dans ce pays où 100 000 enfants travaillent dans le secteur du textile. Selon Amirul Haque Amin, secrétaire général de la fédération nationale des travailleurs du textile au Bangladesh, 50 000 enfants auraient été mis à la porte par les entreprises locales qui ont anticipé sur la législation américaine pour faire bonne figure face à leurs clients. Résultat : ces 50 000 enfants travaillent dans des secteurs encore plus précaires, dans la réparation automobile, les mines. Beaucoup se sont vus contraints de devenir chiffonniers ou mendiants pour éviter à leurs familles de sombrer dans le dénuement le plus total. Ces enfants n'ont donc pas pris le chemin de l'école et la situation est encore pire pour eux. Pur K. Satyarthi, c'est surtout la pression internationale sur les gouvernements, les entreprises et les collectivités locales qui peut inverser le cours des choses. Les objectifs de la marche

Le texte de référence de la marche mondiale précise d'emblée l'objectif : 7) Voir De Manille à Genève, une longue marche contre le labeur enfantin, in Courrier international, N°375, 814 janvier 1998. 8) Ibid 9) M. Bonnet, Mondialisation et droits sociaux, ibid.

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« Mobiliser les efforts à l'échelle mondiale afin de protéger et de promouvoir les droits de tous les enfants, en particulier le droit à une éducation gratuite et digne de ce nom, et le doit à une vie exempte de toute exploitation économique et de toute forme de travail pouvant nuire au développement physique, mental, spirituel, moral ou social de l'enfant. »

La marche mondiale est en fait l'occasion, une occasion exceptionnelle, pour avancer ou relancer ensemble, syndicats, associations, organisations de défense des droits de l'homme, de l'enfant, la mobilisation et les pressions sur des revendications pointées dans le texte de référence de la marche.

• C'est d'abord exiger l'élimination immédiate des formes les plus intolérables du travail des enfants. Cette question est à l'ordre du jour de la session de juin 1998 de la Conférence internationale du travail, à Genève. La coordination européenne de la marche demande que cette discussion débouche sur une Convention autant force de loi et non une recommandation immédiate, en tout cas après la deuxième session de l'OIT sur la question, en juin

1999.

• La marche mondiale appelle les employeurs à mettre en place des programmes visant à remplacer les enfants- travailleurs par des adultes, avec des salaires décents et des conditions de travail équitables.

Cette revendication rejoint un des objectifs principaux de la campagne internationale « Clean Clothes », (vêtements

Cette propres).

campagne à l'initiative d'ONG, d'organisations syndicales, humanitaires, braque les projecteurs sur les conditions de fabrication des vêtements, le non respect des droits sociaux fondamentaux par les firmes, les filières de production, les grandes chaînes de commercialisation, les sous-traitants.

Elle veut forcer les grandes firmes à les respecter sociales normes fondamentales, à ne pas utiliser de la main-d'œuvre enfantine, à augmenter les salaires des adultes

En diminuant seulement de 3,5 % son budget publicitaire et promotion, Nike pourrait doubler le salaire de tous les ouvriers travaillant chez ses sous-traitants chinois et indonésiens (ces deux pays représentaient 70 % de la production de

Nike en 1996) (10).

• Mettant l'accent sur plusieurs injustices qui contribuent à l'exploitation des enfants au travail (répartition inégale des terres et des richesses, chômage de masse, la dette des pays du Sud, les programmes de réajustement structurel, les relations commerciales injustes

Marche préconise la mobilisation des ressources nationales et internationales nécessaires à l'accès de tous les enfants à l'éducation.

Où en est l'aide publique au développement (APD) ? Elle se maintient...à la baisse. Depuis que les pays industrialisés ont réaffirmé, au Sommet de la terre à Rio en 1992, leur accord avec l'objectif de

0,7 % du PNB fixé depuis longtemps par l'ONU (objectif déjà minimaliste !), l'aide globale en chiffres réels a baissé de 17 % Elle plafonne tristement à 0,25 du PNB (11).

L'aide de tous les pays du Nord au développement du Sud (déduction faite des remboursements effectués - car il s'agit aussi de prêts, et non de dons, et des honoraires des experts du Nord) représente environ 40 milliards de dollars par an (60 milliards d'APD brute). Le remboursement de la dette représente, lui, entre 180 et 200 milliards de dollars par an. Ainsi, le Sud rembourse 4,5 à 5 fois plus que ce qu'il reçoit d'aide publique au développement nette, trois fois plus que l'APD brute (12).

Et la taxe Tobin ? Du nom du prix Nobel américain d'économie qui la proposa dès 1972, la taxe Tobin, taxe modique sur les transactions spéculatives sur les marchés des changes, procurerait des recettes appréciables pour le développement. Au taux de 0,1 %, elle rapporterait quelque 166 milliards de dollars par an, soit deux fois plus que la somme annuelle nécessaire pour éradiquer la pauvreté extrême d'ici au début du siècle prochain (13).

Il n'y a aucun obstacle technique à une telle mesure. C'est une question de volonté politique. Une telle revendication, comme l'annulation de la dette du Tiers monde, pourrait être au cœur d'une véritable pression civique sur nos gouvernements.

Elle rejoint un des objectifs de la Marche : « mobiliser l'opinion publique et encourager les actions contre les injustices les plus flagrantes, causes du travail des enfants ». • 10) Let's go fair, Vers un développement solidaire, Déclaration de Berne, mars 1997, N° spécial 138, p.11. 11) Voir Réalité de l'aide 1997, rapport indépendant sur l'aide internationale, CRID, Acteurs solidaires, Paris 12) Du Nord au Sud, l'endettement dans tous ses états CADTM, ler trimestre 1998, Bruxelles, p.81 13) Ignacio Ramonet, Désarmer les marchés, Monde Diplomatique, décembre 1997.

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