Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER

AMI : accord multilatéral sur les investissements

Inprecor n° 423, avril 1998 · p. 17 · 505 mots

82896 2 Byuy 0. Présenté comme rien moins que « la Constitution d'une économie mondiale unifiée », le projet de l'Accord multilatéral sur les investissements (AMI) n'a connu une certaine publicité que récemment, grâce à une fuite et au travail des Organisations non-gouvernementales (ONG). Cette fuite imprévue a quelque peu brouillé les plans des négociateurs et le président hollandais du groupe de négociations, Frans Engering, devait finalement recommander aux gouvernements de l'OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économique, qui regroupe les principaux pays capitalistes du globe) de ne pas signer le traité à la conférence de Paris des 27 et 28 avril 1998. Mais le danger n'est pas pour autant écarté définitivement, le même Engering annonçant que le délais supplémentaire pour négocier devrait permettre de soumettre ce texte aux signataires au printemps 1999. Sous l'angle des intérêts des entreprises multinationales qui dominent l'économie mondiale, le projet est absolument rationnel (si une telle expression peut être utilisée en se référant à une réalité mondiale qui secrète de plus en plus d'irrationalité dans tous les domaines). Dans le royaume du marché et du profit et à l'enseigne du néolibéralisme incontesté, il coule de source que la circulation du capital souverain ne doit pas être entravée sous quelque forme que ce soit et, du moins en ce qui le concerne, les frontières nationales ne doivent plus exister. Dans ce sens l'AMI apparaît comme l'aboutissement imparable de la nouvelle étape du capitalisme.

Toujours est-il que le problème est un peu plus compliqué. Tout d'abord, il faut trouver le moyen d'appliquer les normes envisagées par les experts de l'OCDE. Or il est difficile de demander de le faire à des états nationaux en perte de vitesse. Mais un état supranational n'existe pour l'instant nulle part et nous ne sommes pas à la veille d'une telle apparition. En attendant, le capitalisme doit continuer à essayer de résoudre ses problèmes en ayant recours aux instruments dont il dispose, en l'occurrence à des états nationaux. Ces états et leurs couches dominantes elles-mêmes ont des intérêts contradictoires. Face à des difficultés croissantes, à la perspective éventuelle d'être les premières victimes d'une concurrence planétaire exacerbée, ils ne cesseront de se défendre par leurs propres lois et leurs propres normes, en trichant s'il le faut, et ils continueront, malgré tous les discours idéologiques, à s'adonner à des pratiques protectionnistes. En fait, nous savons bien à quel point de telles pratiques restent vivaces : les très vertueux membres de l'Union européenne sont les derniers à pouvoir donner des leçons en la matière. Ne parlons pas des Etats-Unis : est-ce qu'on peut supposer raisonnablement que les parlementaires Washington, souvent tentés d'isolationnisme, soient désormais disposés à renoncer à des parcelles substantielles de la souveraineté nationale de leur pays ? Il n'est reste pas moins que le projet de l'AMI témoigne des aspirations à soumettre le monde aux intérêts immédiats des multinationales et à ce titre il doit être combattu par le mouvement ouvrier international.

nº 423 - avril 1998 Inprecor

Une erreur sur cette page ?