Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

INDONÉSIE

Questions à Budiman Sujatmiko, emprisonné

Inprecor n° 425, juin 1998 · p. 8 · 803 mots

Philippines et Asie du Sud-Est

Budiman Sujatmiko, président du PRD, a été condamné le 13 avril 1997 à 13 ans de prison pour "subversion". L'interview, dont nous reproduisons ci-dessous de larges extraits, a été réalisée, par Kylie Moon en février 1998, dans la prison de Cipinang, et publié par Green Left Weekly (hebdomadaire du Parti socialiste démocratique, DSP, d'Australie) le 11 mars dernier. A l'heure où nous mettons sous presse, Budiman Sujatmiko n'a toujours pas été libéré, alors que le mouvement démocratique exige sa libération. • Comment apprécies tu l'état du mouvement en faveur de la démocratie ? Budiman Sujatmiko : Nous n'avons pas encore de mouvement démocratique en tant que tel. Il est en train de se former. Nous avons vu des personnalités comme Megawati Sukarnoputri (présidente déposée du PDI, Parti démocratique indonésien), Amien Rais (dirigeant de l'organisation de masse islamique Muhammadiyah) et d'autres qui pourraient jouer un rôle dirigeant. Ce qui ne veut pas dire qu'ils sont capables d'organiser le mouvement, mais ils peuvent jouer un rôle symbolique. Muhammadiyah a une base parmi les musulmans des villes, les petits commerçants etc. et je crois qu'ils peut être une force en faveur de la démocratisation. Même si les projets politiques de Rais ne sont pas clairs, il est perçu comme un leader. Il a pris la parole fermement contre le régime, ce qui est positif.

Mais beaucoup de musulmans, tant à l'intérieur des Muhammadiyah et de Nadhlatul Ulema (principale organisation islamique en Indonésie) qu'en dehors de ces mouvements, sont assez conservateurs — ils continuent encore à soutenir le régime et rendent les Chinois responsables de la crise économique.

Beaucoup de gens soutiennent Megawati seulement parce que c'est la fille de Sukarno. Mais les jeunes peuvent voir en elle une dirigeante potentielle. Elle a une influence considérable parmi les masses et elle est perçue comme un symbole du mécontentement.

Elle a pris nombre de bonnes initiatives, comme celle de se présenter comme la future présidente, mais le système parlementaire et l'élection présidentielle étant totalement contrôlés, la seule voie qui lui reste est celle de diriger un mouvement de masses extraparlementaire.

Les deux ont demandé le départ de Suharto. • Comment le krach du 27 juillet 1997 et l'arrestation des membres du PRD ont-ils touché l'organisation ? B. S. : Après le krach de juillet nous avons dû nous restructurer en tant qu'organisation clandestine. Au cours de notre conseil national du mois d'août, nous avons décidé de nous concentrer sur la construction d'un mouvement de masse extraparlementaire. Nous avons commencé à mettre en place, tant au niveau local qu'au niveau national, des structures qui puissent couvrir notre activité de manière à maintenir nos rapports avec le peuple.

Après 1994, lorsque nous avions appelé à la formation d'une coalition populaire et démocratique, nous avons eu beaucoup de discussions avec les autres organisations qui se prononcent en faveur de la démocratie. Mais le réalisation pratique de ce projet reste problématique. • Comment le PRD tente-t-il de construire une telle alliance ? B. S. : C'est un processus compliqué. Nous avons participé à des coalitions locales unifiant les déshérités des villes, les étudiants, les travailleurs et les partisans de Megawati dans un grand nombre de villes. Maintenant nous développons une campagne de masse en soutien à Megawati qui refuse la réélection de Suharto.

Si nous avons notre propre programme indépendant, nous ne pouvons le réaliser seuls. C'est pour cette raison que nous travaillons avec d'autres groupes pour construire une coalition. Nous pensons que les gens sont aujourd'hui prêts à s'auto-organiser et à élire leurs directions.

Nous nous attendons à de grandes manifestations. Notre rôle n'est pas de développer le mécontentement social — ce mécontentement existe déjà — mais de l'aiguiser, de le rendre plus politique, en peignant des slogans, distribuant les tracts et organisant des meetings publics. Dans cette situation répressive la question n'est pas seulement comment avancer, mais comment regrouper les forces. • Penses-tu que la majorité de la classe dominante indonésienne a décidé qu'il est temps de renvoyer Suharto ? B. S. : C'est difficile à estimer. Mais la division au sein de la classe dominante est devenue plus marquée. Cela a été révélé lorsque le gouvernement a accusé Safyan Wanandi, un entrepreneur chinois, d'être mêlé à l'incident de Tanah Tinggi (où une bombe a explosé en janvier).

Je crois que des secteurs importants de l'élite ont adopté l'attitude "attendre et voir". Mais nous ne pouvons pas seulement attendre et voir ce qui va se passer. Les seuls secteurs des classes moyennes que nous pouvons mettre en mouvement sont les étudiants et les intellectuels. • Pourquoi le régime est-il si préoccupé par le PRD ? B. S. : Même si nous sommes encore petits, nous sommes une des rares organisations dont le programme attaque directement le gouvernement. Lorsque les autres groupes reculent, le PRD continue

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