Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ALLEMAGNE

Adieu à Kohl ou le bilan d'un phénomène

· Inprecor n° 427, septembre 1998 · p. 15-16 · 1 551 mots

Allemagne Syndicalisme

le bilan d'un phénomène par Angela Klein*

Un mois avant les élections générales, les sondages redonnent de l'espoir au chancelier le plus longtemps en place de l'histoire allemande : une remontée de la conjoncture économique et une baisse des chiffres du chômage — dues à la reprise de l'économie et au développement considérable du "deuxième marché du travail" (1) avant les élections — ont fait grimper la CDU à 36 ou 38%, selon les sondages (contre 42-43% pour le SPD).

Les élections ne sont donc pas jouées. Il reste une faible possibilité que Kohl l'emporte une cinquième fois, mais s'il gagne, il ne restera pas chancelier. Ce paradoxe résume toutes les contradictions de son ère de gouvernement.

Les sentiments sont très vagues dans cette campagne électorale qui manque de toute polarisation, voire de toute orientation. Naturellement la grande, mais surtout la petite et moyenne industrie espèrent en une victoire électorale de la coalition sortante, mais elles craignent aussi ce qui a été jusqu'à présent le mot d'ordre

Pensionsreform

Réforme du régi- WO SIND WIR? me des retraites : le véhicule du gouvernement est REGIRLIN mal engagé : « Où sommes nous? - Presque arrivés. »

Adieu à Kohl ou

principal de Kohl : « Continuons comme ça ! » Non, le patronat ne veut pas de la continuation. Il se rappelle encore la débâcle de la "grande réforme fiscale" qui a échoué à cause des divergences avec le partenaire libéral (FDP). Il veut le changement, un changement de système, la rupture définitive avec les structures "corporatistes" de l'État social, de l'État fédéral et même du système électoral et partidaire (Parteiensystem).

Ces structures ont été à la fois minées et sauvegardées durant l'ère du gouvernement Kohl. Son ministre du travail Norbert Blûm, occupant ce poste depuis le début, a réduit les systèmes sociaux après 1982 de 98 milliards marks. Mais il l'a fait tout en se battant pour le maintien des principes fondamentaux de l'assurance vieillesse (l'assurance publique pour tous les salariés) et de l'assurance chômage, voire de l'aide sociale. Le patronat veut des changements majeurs dans les trois cas qu'il a énumérés dans un mémorandum lors des dernières élections en 1994. Le gouvernement Kohl n'a pas réalisé ces souhaits. Paradoxalement, aujourd'hui c'est le candidat du SPD, Gerhard Schröder, qui se présente comme le "fan"

FAST AM 2IEL * le plus ardent de la modernisation du capi-

Après l'échec de la réforme fiscale les critiques du patronat vis-à-vis du gouvernement se sont faites de plus en plus ouvertes et dures. Ils auraient favorisé plutôt un autre candidat du CDU, Wolfgang Schèuble, maître de l'unité allemande, mais Kohl craignait qu'un changement de cheval puisse coûter plus de voix qu'il n'en aurait rapportées. S'il gagne les élections il devra, tôt ou tard, lui céder la place. Le personnel autour de Kohl ne convient plus aux ambitions du patronat. Une "mutation/modernisation" de la CDU n'est plus possible avec Kohl, qui est en même temps chef de gouvernement et chef de parti, elle n'est possible que sous une direction entièrement nouvelle. Le "système Kohl" s'est épuisé

Le "système Kohl", c'est tout un tissu de loyautés personnelles et de relations politiques allant du gouvernement fédéral jusqu'aux administrations locales et directions des entreprises, par le biais du parti. C'est à cause de ce système (et à cause du manque d'alternatives présentées par la socialdémocratie) que Kohl à pu surmonter tous les obstacles qu'il a rencontrés le long de son chemin.

Contrairement à l'apparence, il n'était pas inscrit dans son destin qu'il allait gouverner pendant quatre législatures. Lors de son arrivée au gouvernement, il eut contre lui la grande majorité de l'intelligentsia et du monde culturel, y compris une bonne partie de la bourgeoisie libérale qui, avec le ministre de l'éducation d'alors, Hildegard Hamm-Brûcher, était furieuse à cause de la "trahison" du parti libéral, qui avait changé le partenaire de coalition et avait accueilli avec mépris cet homme *Angela Klein est rédactrice de Soz -Sozialistische Zeitung. (1) Le gouvernement qui n'avait pas utilisé les fonds destinés à subventionner les emplois dans les services en 1997, les a débloqués en 1998. La baisse du chômage est donc partiellement due au développement de ces emplois précaires, d'une durée maximale de trois ans.

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grossier de la province que tout le monde n'appelalait que "Birne" Longtemps, dans les médias, il fut surtout l'objet de caricatures et rigolades, à travers lesquelles l'esprit raffiné de la bourgeoisie maltraitait les petits-bourgeois qui constituaient la masse des adhérents de Kohl.

Deux ans après son arrivée au gouvernement il dût gérer le conflit autour des 35 heures. Le syndicat de la métallurgie sortit vainqueur de cette lutte et ce n'est que grâce à la socialdémocratie que Kohl a pu gagner les élections de 1986, parce que le SPD refusait de faire sienne la perspective d'une réduction généralisée du temps de travail avancée par l'IG Metall et d'autres syndicats. La socialdémocratie traitait le conflit comme une question purement syndicale alors que la société cherchait une solution générale au chômage montant. Refusant la perspective de la réduction du temps de travail, elle n'eut toutefois d'autre réponse et fut donc incapable de présenter une Aujourd'hui elle prétend l'avoir trouvée : miser sur la reprise économique, la stabillser par des investissements importants dans les "technologies de pointe" ter l'éducation professionnelle aux nouveaux besoins et créer des nouveaux emplois hautement qualifiés.

Trois ans plus tard, Kohl était à nouveau près de perdre son mar dat. Son gouvernement ne réagit pas au défi des gouvernements Reagan et Thatcher en adaptant sa politique économique à la nouvelle idéologie néolibérale. Les "modernisateurs" dans son parti — Geißler, Süssmuth, Speth - constituèrent une opposition. Ils combinaient à l'époque une attitude libérale vis-à-vis de l'immigration, de l'avortement et d'autres problèmes avec un discours de modernisation des relations industrielles. Ils exigeaient un changement de

(poire).

politique, i en vue d'une

"adaptation" à la nouvelle

"réalité" de la industrielle",

', dont ils clamaient qu'elle ne pouvait plus garantir un poste salarié à tout le monde. Ils tenaient un discours antiétatique tout en faisant valoir leur

"intérêt"

prononcé pour la

"nouvelle question sociale"

(2).

Cette opposition écrasée dans l'œuf par Kohl.

Son "système de gouverne ment" impliquait aussi de ne tolérer aucune alternative de direction et d'orientation.

C'est le cas jusqu'à aujourd'hui. Avec ce système il sût toujours resserrer les rangs autour de lui, ce qui empêchait que le parti se renoualternative.

velle et s'adapte au nouveaux besoins patronaux.

Pendant ses 16 ans de gouvernement,

Kohl a créé un grand vide spirituel et cul-

, adapturel, ce qui s'est traduit par une paralysie dans quasi tous les domaines de la société. Ceci explique pourquoi l'aspiration à ce que "quelque chose change", n'importe comment et dans n'importe quelle direction, est si présente en Allemagne aujouratout sur lequel il peu compter.

une nouvelle fois. Il était trop évident que la gauche dans toutes ses composantes ne forces organisées nécessaires pour s'opposer à l'Anschluß de la République

Démocratique Allemande.

fut placé une nouvelle fois dans une situation difficile : en 1993 le syndicat de la métallurgie, IG Metall, et le syndicat de la fonction publique, la ÖTV, s'opposèrent auraient pu transformer la lutte pour une réduction ultérieure du temps de travail en une lutte généralisée contre le gouverneelle fut scrupuleusement évitée.

très clair, désormais, que les directions

BRÊME

"société

RHENAMIF-DU-NORD-

WESPHALIE

17.8

Bonn

HESSE

RHENANIE

6,0

PALAT fut

SARRE

BABE

WURTEMBERG

10,2

Population

(en millions d'hab.)

Anciennes frontieres entre l'Est et lOuest d'hui. C'est pour Schröder le seul vrai

La chute du mur de Berlin a sauvé Kohl disposait ni d'un projet crédible ni des tique,

Toutefois, trois ans après cette manœuvre aventurière, le gouvernement par des grèves massives à son tournant néolibéral. Les directions syndicales ment. La simple convergence des deux mouvements de grève aurait suffi. Mais

Si Kohl perd cette fois-ci, ce ne sera pas du fait de la mobilisation sociale. Il est boulots"

SCHLESWIG-HOLSTEIN MECKLEMBOURG POMÉRANIE-OCCIDENTALE BRANDEBOURG €2,5 BASSE-SAXE Berline SAXEBERLIN ANHALT

ALLEMAGNE

THURINGE SAXE BAVIERE 41,9 PIB par hab. (1996, en milliers de marks) De 40 à 50 De 90 a 99 De 80 à 89 Plus de 100 syndicales n'ont pas voulu assumer la responsabilité de la chute d'un gouvernement de droite. Une nouvelle direction est nécessaire, qui renouvelle le rôle des syndicats. Une telle force commence à apparaître à travers les mobilisations des derniers mois, surtout au travers du mouvement des chômeurs et du soutien qu'il a rencontré dans les milieux syndicaux. Les mêmes forces syndicales, qui se sont investies activement dans les journées d'actions des chômeurs et ont soutenu les euromarches en 1997, ont appelé le 20 juin à une manifestation à Berlin sur le thème : « Pour un changement de poliseulement gouvernement ! » Environ 50.000 personnes ont participé à cette manifestation. C'est bien le potentiel sur lequel peut se construire une opposition sociale en Allemagne aujourd'hui.

Berlin, août 1998 (2) Geißler s'est fait remarquer par un livre sur "la nouvelle question sociale", où, après avoir affirmé qu'il n'y aura plus assez d'emplois industriels pour réduire le chômage, il préconisait le développement des emplois dans les "nouveaux" services à la population (gardes d'enfants, aides aux personnes âgées, etc.). Ces "nouveaux" services devraient être pris en charge en dehors de la fonction publique, donnant lieu au développement de ce qui fut appelé plus tard "les petits

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