Inprecor 1974–2004

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COLOMBIE

Près du dialogue, loin de la paix

· Inprecor n° 427, septembre 1998 · p. 28 · 410 mots

Près du dialogue, loin de la paix ous publions des extraits d'un a rticle paru le 2 août dans le quotidien El Tiempo de Bogota, où le journaliste colombien Alfredo Rangel s'interroge sur le projet véritable des FARC, confortées par de récents succès spectaculaires face aux forces armées gouvernementales.

« On ne peut que louer l'intention du Président élu de débloquer le processus de paix par un geste aussi audacieux que cette visite aux commandants de la guérilla des FARC dans leurs zones libérées. Cela lui a valu, et ce n'est que justice, le soutien chargé d'espoir des Colombiens. Il faut pourtant analyser soigneusement un événement de cette importance.

« C'est d'abord pour les FARC le succès politique le plus important de leurs presque quarante années de lutte armée C'est leur reconnaissance comme réalité politique et militaire incontestée, qui dispute à l'Etat sa légitimité dans de nombreuses régions du pays. C'est d'autant plus vrai que cela se produit après leurs plus remarquables succès militaires à Las Delicias, Patascoy et El Billar : les FARC se trouvent sans aucun doute dans la meilleure situation politique et militaire de toute leur histoire. Il est d'autant plus difficile de penser qu'elles pourraient abandonner à ce moment précis la possibilité d'avancer sur ces deux terrains (...)

« Les FARC ont maintenant une légitimité politique suffisante pour s'engager résolument dans la deuxième phase de leurs plans stratégiques, approuvée lors d'une rencontre massive de leurs unités combattantes qui s'est tenue en décembre 1997 : l'objectif sur le plan militaire est de disposer dans un délai de quatre ou cinq ans d'une centaine de fronts de combats et de quelque trente mille hommes en armes. Comme ce sont des gens sérieux, qui savent où ils vont et réalisent leurs objectifs, il faut prendre ces plans au sérieux et les considérer comme une composante effective de la guerre. Même si cela n'aide pas à alimenter les espoirs de paix (...)

« Une offensive militaire de la guérilla frapperait probablement aujourd'hui une armée en proie aux doutes et à la perplexité. Et on est en droit de penser que dans une guerre, ce genre de geste symbolique bénéficie plutôt à ceux qui se trouvent dans une situation militaire favorable, et peuvent y voir la reconnaissance de leur propre force, qu'à ceux qui se trouvent en difficulté sur ce terrain, ce que l'adversaire peut interpréter comme la preuve de leur faiblesse. »

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