Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CONGO (RÉP. DÉM.)

A propos de la rébellion

· Inprecor n° 428, octobre 1998 · p. 34 · 428 mots

Congo (Rép. Dém.) & Soudan

A propos de la rébellion eux qu'on appelle les "Rebelles"

veulent par la guerre venir à bout de ce qu'ils appellent une dérive totalitaire du régime de Kabila. Manifestement, ils n'ont pu mener leur offensive qu'avec l'appui des régimes ougandais et rwandais. Le recours à cet appui extérieur est ce qui est le plus régulièrement critiqué tant par les autorités de Kinshasa que par la presse occidentale (même quand celle-ci ne dénonce pas la rébellion).

La critique fondamentale de la "rébellion"' ne doit-elle pas être d'une autre nature ? En effet, comment empêcher qu'une dictature ne renaisse sans que le peuple lui-même soit l'acteur principal de cette lutte émancipatrice? Le recours à une lutte militaire avec les moyens traditionnels de la guerre n'est-il pas inadéquat si l'objectif poursuivi est réellement : plus de démocratie ? La stratégie suivie par la "rébellion" visait à obtenir une victoire militaire rapide avec l'appui actif des régimes ougandais et rwandais et la neutralité du régime angolais. Les "rebelles" affirment qu'ils auraient ainsi ouvert la voie à un processus démocratique. Cette conception qui donne la primauté au militaire et qui considère le peuple comme un élément passif, renvoie certainement à une conception autoritaire qui prévaut à la tête des régimes ougandais et rwandais et qui les rapproche du régime en place à Kinshasa.

Au sein de la "rébellion", les militaires semblent dominer la situation au détriment des civils. En effet, ce n'est que quinze jours après le début de la "rébellion" qu'a été annoncée l'existence d'une structure politique : le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD). On peut relever l'hétérogénéité de ce mouvement. S'y retrouvent des ex-dirigeants du régime de Kabila (Bizima Karaha, ex-ministre des Affaires étrangères : D Bugera, co-fondateur de l'AFDL en 1996. tous deux proches du régime rwandais ; Shambuyi Kalala, militant maoiste, expropagandiste de l'AFDL), des antimobutistes notoires n'ayant pas occupé de responsabilité dans le régime de L-D Kabila (le président du RCD : Ernest Wamba-dia-Wamba, professeur d'Histoire à l'Université de Daar Es Salaam ; Jacques Delpechin) ; des dinosaures du régime de Mobutu comme Thambwe Mwanba, fondateur du parti conservateur UDI (Union des démocrates indépendants, que l'opinion kinoise qualifiait plutôt d'Union des dinosaures impunis).

On peut raisonnablement douter du fait que le président du RCD et les autres responsables civils soient ceux qui décident de la stratégie à suivre. Le type d'alliance que représente la "rébellion" fait aussi problème : il semble que des forces mobutistes aient prêté leur concours à la "rébellion".

E. T.

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