Dans leur lutte contre acte re ont lion, les autorités de Kinshasa ont progressivement pris un cours délibérément raciste, organisant la répression sélective à l'égard des Tutsis ou présumés tels, proférant des discours appelant à la haine raciale et justifiant « l'éradication » des Tutsis, des Rwandais et des Ougandais.
C'est en contradiction avec une déclaration faite avant que la « rébellion » n'éclate, le gouvernement avait en effet rejeté tout acte de « haine tribale ». Pourtant dès les premiers jours d'août, les plus hauts dirigeants et les médias à leur service versaient dans celle-ci. « Il faut écraser la vermine » affirme dès les premiers jours d'août le quotidien pro-gouvernemental Demain le Congo. « Les Tutsis risquent de connaître la triste expérience des Juifs », précisait le journal avant d'affirmer dans un numéro suivant que « Les Tutsis sont perfides, bruts, rancuniers et sanguinaires » (2).
Cette propagande raciste a été accompagnée d'actes d'emprisonnement, voire d'exécutions sommaires de Tutsis dès les premiers jours d'août sur le territoire congolais (3). La haine raciale, moyen de gouvernement
Par la suite, quand les « rebelles » se sont rapprochés de Kinshasa, l'appel à la haine raciale est devenu le ciment utilisé par les responsables du régime pour entraîner les masses kinoises derrière eux. Le chef de Cabinet du président Kabila, Yerodia Ndombasi, a appelé la population à « écraser la vermine des agresseurs » et a assimilé les Tutsis à « des déchets, des microbes qu'il faut que l'on éradique avec méthode, avec résolution » (4). Quelques jours auparavant, il avait appelé les Kinois à « permettre aux forces armées congolaises de mener à bien l'éradication et l'écrasement total de cette vermine des envahisseurs rwandais et ougandais » (5). Le gouvernement a appelé sans cesse la population à la vigilance et à la mobilisation pour « bouter les Tutsis rwandais hors du territoire national » (6). Le ministre congolais de l'information Didier Mumengi a déclaré à la radio : « Le moment est venu de mettre défini-
Congo (Rép. Dém.) tivement fin aux derniers soubresauts des envahisseurs qui n'ont d'autre alternative que de fuir devant la détermination du peuple congolais à ne pas se laisser asservir par le petit peuple tutsi ». (7)
Selon les deux envoyés spéciaux de la RTBF, l'armée a invité des journalistes présents à Kinshasa à suivre une opération de ratissage, le 27 août. Leur témoignage est accablant : les Tutsis ou présumés tels ont été assassinés par des civils puis brûlés dans plusieurs endroits de la ville. Il y a un lien entre ces crimes et le discours raciste des dirigeants. Le racisme à l'égard des Tutsis, des Rwandais et Ougandais a été érigé en devoir patriotique. Des propos criminels
Les propos tenus par certains dirigeants de Kinshasa ont un caractère criminel comme le souligne Eric David, professeur de droit international à l'ULB : « Je voudrais d'abord rapidement dire que lorsque le chef de cabinet de Laurent-Désiré Kabila parle de "vermine" et de "microbes", on assiste à un phénomène qui n'est pas juridique, mais sociologiquement bien connu, de dévaluation, de déshumanisation, de réification de l'adversaire. L'adversaire n'est plus un homme, il devient un animal, une chose, et cela rend beaucoup plus facile d'assurer son élimination physique pure et simple ». (8)
Ceux des dirigeants congolais qui ont proféré les diatribes mentionnées plus haut sont condamnables pour appel à un génocide, défini dans la Convention de 1948 comme : « l'un des quelconques actes commis dans l'intention de détruire en tout ou en partie un groupe national, ethnique racial ou religieux comme tel ».
Bien sûr, on espère que dans le développement de la crise congolaise, il n'y aura pas de répétition de comportement génocidaire. Néanmoins ce qui s'est passé à la fin août ne devrait pas rester impuni. Et si l'engrenage de la haine raciale — voire de la mise en pratique d'un projet génocidaire - avait lieu, la responsabilité des plus hauts responsables du régime de la RDC serait directement engagée.
E. T. n° 428 - septembre 1998 Inprecor