Badara Ndiaye* ébut Juin 1998, une mutiner éclatait dans de l'armée bisse.guinéenne à la suite de la découverte d'un trafic d'armes au sein de l'appareil militaire en faveur des guerilleros du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) qui luttent contre le gouvernement sénégalais. Les dirigeants politiques de Guinée-Bissau accusent le général Ansoumana Mané que le président Nino Vieyra décide de limoger. Le limogeage du chef militaire précipitait les choses et entraînait une rébellion au sein de l'armée pour renverser
Au nom des accords de coopération militaire de 1976 entre Bissau et Dakar, Abdou Diouf, président du Sénégal, décide alors d'envoyer 1500 soldats avec l'appui symbolique de Lansana Conté, président de Guinée (Conakry). Selon les "experts militaires" sénégalais, l'intervention ne devait durer que 48 neures. Mais depuis plus d'un mois les "jambars" (dénomination des soldats sénégalais) font face a une résistance plus forte que prévue. En réalité, il ne s'agit pas d'une bataille contre des milices, mais contre une fraction significative de l'armée (pratiquement les 3/4) soutenue par des secteurs importants de la population. Aucun parti politique de l'opposition n'a soutenu Vieyra ou l'intervention des troupes sénégalaises et guinéennes. Ce qui traduit un isolement politique réel de Nino Vieyra. Origines du conflit
La colonisation en Afrique a créé une balkanisation du continent et une multiplicité d'Etats dont les contours ne correspondaient plus aux délimitations socio-culturelles. Ainsi, Guinée-Bissau, la Gambie et le sud du Sénégal appartenaient au Royaume du Gabou (1), caractérisé par une * Depuis l'écriture de cet article un cessez-le-feu est survenu fin août, sans que le conflit soit réglé pour autant. 1. Royaume fondé vers 1240 par les Mandingues dont la capitale, jusqu'en 1650, fut Kansala. Ce royaume occupait la haute et moyenne Casamance et le cours du fleuve Koliba. Déclin et chute de 1790 à 1867.
Mutinerie
et intervention
sénégalaise
homogénéité linguistique et des pratiques socio-culturelles similaires. Cette tradition est encore vivace.
La Guinée-Bissau était une colonie portugaise. La lutte de libération nationale menée par le PAIGC d'Amilcar Cabral et la chute de la dictature portugaise en 1974 ont permis a ce pays de devenir indépendant. Mais les pays frontaliers ont eu des attitudes différentes - vis-à-vIs du PAIGC et de sa lutte : si la Guinée de Sekou Touré fut le repli stratégique du PAIGC, le Sénégal avait soutenu le Front de Libération Nationale de Guinée-Bissau, une sorte de regroupement de "contras"
A la mort de Cabral, son frère prend la tête du pays avant d'être renversé par Nino Vieyra en 1980. Depuis 1987, ce dernier tente une restructuration de l'armée, en écartant les anciens maquisards, au profit d'une nouvelle génération de militaires. Les trois chefs de l'état major restés fidèles à Nino Vieyra représentent cette nouvelle génération, en adéquation avec un projet politique différent du projet fondateur du PAIGC. Ce projet s'est heurté à la résistance des anciens maquisards, dépositaires d'une légitimité historique.
Pays à tradition fortement lusophone, la Guinée-Bissau a constitué pour Dakar un obstacle à l'extension de la francophonie. C'est aussi un lieu de passage de la contrebande et une zone de repli du MFDC. L'appartenance du Sénégal à la zone Franc alimentait la contrebande, notamment en provenance de la Gambie et de la Guinée-Bissau. La régime sénégalais avait donc tout fait pour que la Guinée-Bissau adhère à la zone Franc. Cette orientation fut rejetée par Ansoumana Mané, qui jugeait que l'entrée de la Guinée-Bissau au sein de la zone Franc allait générer l'inflation et provoquer des problèmes sociaux. La réalité lui a donné raison :
les denrées de première nécessité ont augmenté (huile de 500 à 900 F CFA et 100 kg de riz de 20 000 à 23 000 F CFA), une taxe à la consommation fut imposée alors que les revenus des militaires bissau-guinéen (en moyenne environ 11.000 F CFA) et de l'administration (15 000 F CFA) restaient bas. L'une des conséquences de ces bas revenus est que les militaires bissau-guinéens louent leurs armes à des guérilleros du MFDC. L'entrée de la Guinée-Bissau dans la zone Franc et l'intégration dans l'espace politique francophone sont également associées à la mise en oeuvre d'un programme d'ajustement structurel avec ses conséquences dramatiques.
C'est ce contexte qui explique l'adhésion des populations au discours social des mutins contre la vie chère (imputée a Nino Vieyra) et détermine la réalité du conflit avec résistance conduite Ansoumana Mané né en Gambie et qui a refusé en 1991 lors du Congrès du PAIGC de rejoindre l'appareil politique
Les Bissau-Guinéens contestent
Un fonds pour la diffusion d'Inprecor au Sénégal Les militants de And-Jef PADS apprécient Inprecor et souhaitent pouvoir le diffuser plus largement. Mais l'écart entre nos coûts de fabrication et d'envoi d'une part et les ressources de nos lecteurs sénégalais d'autre part, constitue une barrière à la diffusion d'Inprecor au Sénégal. Pour résoudre cette difficulté, nous avons constitué en avril 1998 un fonds pour la diffusion d'Inprecor au Sénégal, en demandant à nos lecteurs d'y souscrire. Les premières contributions reçues nous ont d'ores et déjà permis d'envoyer régulièrement 50 exemplaires d'Inprecor à nos lecteurs sénégalais. Vous pouvez y contribuer en nous faisant parvenir vos dons à la PECI, BP 85, 75522 Paris Cedex 11, France, par virement postal ou par chèque à l'ordre de la PECI. N'oubliez pas de mentionner "fonds Sénégal" ! Première liste de donateurs : Philippe D., France 100,00 F Vincent H., France 50,00 F
Sénégal & Guinée-Bissau
cette intervention militaire et dans l'émigration au Portugal, les drapeaux sénégalais ont été brûlés, sans compter l'appel au retrait des troupes de Diouf assimilées à une force "impérialiste". Si le Sénégal demande avec insistance une intervention des autres pays africains, c'est pour éviter d'avoir son Viêt-nam. Une force d'interposition lui donnerait un répit de haute portée et surtout une porte de sortie honorable qui ne l'obligerait pas à rester à Bissau après le conflit armé. Une chose est sûre : un sentiment antiSénégal s'est installé parmi les Bissau-Guinéens, dont le seul responsable est Abdou Diouf et son parti. Même si les troupes sénégalaises remettaient Nino Vieyra au pouvoir, il est clair qu'il faudra une présence militaire permanente dans ce pays.
La guerre a fait des centaines de morts et entraîné un exode au Sénégal et en Gambie de plus 250 000 réfugiés avec comme conséquence des familles éclatées, des vies ruinées et des difficultés supplémentaires dans la reconstruction d'un pays qui n'a connu que la guerre depuis plus de trente ans. Et le Sénégal refuse d'ouvrir des couloirs humanitaires pour aider les réfugiés et interdit le survol de son espace aérien par des avions d'organisations humanitaires. Cela ressemble a un embargo qui ne dit pas son nom. Les forces politiques de gauche et les démocrates doivent exiger le retrait inconditionnel des troupes sénégalaises de Guinée-Bissau. Alain M., France 100,00 F Martine T., France 40,00 F Gérard B. , France 40,00 F François N., France 90,00 F Charles-Henri V., Réunion 50,00 F Heinrich T., Autriche 160,00 F Julien S., Suisse 40,00 F Francis P. , France 40.00 F Serge D., Corse 360,00 F Ronaldo G.-D., Portugal 10,00 F Dominique D., France 50,00 F Denis L.T., France 100.00 F Claude P., France 100,00 F Arnaud B., France 20,00 F Leila P., France 100.00 F Gunnar G. M., Norvège 100,00 F Jean-Louis T., France 85,00 F Ludovic A., France 200.00 F Keith M., Etats-Unis 60,00 F Pablo K., France 40,00 F Michel H., France 50,00 F Gérard M., France 40,00 F Alain G., France 100.00 F Didier M., France 140,00 F AG 4 - VSP, Allemagne 669,86 F Total au 14 septembre : 2934,86 F