Inprecor 1974–2004

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SÉNÉGAL

Recomposition sur fond de crise des partis traditionnels

· Inprecor n° 428, octobre 1998 · p. 27-30 · 2 784 mots

Afrique Syndicalisme

Recomposition sur fond de crise des partis traditionnels par Badara Ndiaye* D a un processus de recomposition epuis plusieurs années, on assiste politique au sein du parlement, dans l'opposition et au sein du Parti socialiste (PS) qui s'est accéléré récemment. Il a pris différentes formes et a eu plusieurs conséquences. Cooptation institutionnelle

En 1991, le Parti socialiste (PS) sous la conduite de Abdou Diouf, président de la République et président du PS, a développé une stratégie de cooptation institutionnelle des partis de l'opposition, sous la forme d'une offre de participation au gouvernement. A des moments différents, les partis suivants ont accepté l'offre : le PDS (1), la LD/MPT et le PIT (2), le PDS-Rénovation (3).

La LD/MPT, dont l'un des deux ministres avait été secrétaire général du syndicalisme enseignant autonome, a accepté la politique gouvernementale dans le secteur de l'Éducation et a mis en oeuvre une politique de recrutement des maîtres, appelés volontaires de l'éducation, pour un revenu mensuel équivalent à.. 500 francs français, conformément aux exigences de la Banque Mondiale. Cette politique a eu pour conséquence une perte importante de crédibilité et l'affaiblissement de ce parti.

Le PIT a obtenu deux postes ministériels. Il a senti l'impopularité du gouvernement, la gravité de la corruption et les crises sociales dues aux politiques mises en oeuvre sans oublier les cafouillages au sein de l'appareil gouvernemental où il ne servait que de faire valoir. Tout en étant dans le gouvernement, il a osé critiquer publiquement la politique du PS et dénoncé la "malgouvernance" au Sénégal. Ses ministres ont alors été congédiés.

Après avoir quitté le gouvernement, le PIT de Amath Dansoko a connu une scission qui a donné le Mouvement de la gauche démocratique (MGD) dirigé par Samba Dioulde Thiam.

Quant au PDS, il taut rappeler qu'après les élections présidentielles largement frauduleuses de 1988, le peuple avait estimé qu'il était le vainqueur. Pendant six mois, les insurrections urbaines ont bloqué le pays, empêchant Abdou Diouf de sortir du Palais. L'exigence du "sopi" (changement), auquel avaient adhéré tous les

A 10 DOiGTS CONTRE 7 ! QUEMENT" 4E VOTEL L'élction de Diouf à la présidence en 1993 fut fortement contestée... (D.R.) Sénégalais — non pas par accord avec la ligne libérale du PDS mais par besoin de faire partir le PS - était massif et puissant. C'est sur la base de ces puissantes mobilisations, structurées par les comités de résistance populaire, que la direction du PDS avait négocié avec Abdou Diouf. Le PDS avait une très grande force * Badara Ndiaye est secrétaire national adjoint, chargé des Sénégalais de l'extérieur et membre du secrétariat exécutif politique du Parti africain pour la démocratie et le socialisme (AND-JEFF/PADS). 1. Parti démocratique sénégalais, droite libérale et première force électorale de l'opposition. 2. Ligue démocratique-Mouvement pour le parti du travail et Parti de l'indépendance et du travail, tous deux issus de l'ex-Parti africain pour l'Indépendance, pro-soviétique, ayant des racines profondes dans le mouvement ouvrier, en particulier dans le syndicalisme enseignant. 3. Une scission de la droite libérale.

numérique mais sa direction avait opté pour un rejet de tout renversement du PS par des soulèvements populaires.

C'est dans ce contexte que le PDS est allé au gouvernement à deux reprises, ce qui a constitué un affaiblissement de sa force de frappe et entraîné aussi des doutes sur la capacité et la volonté de l'opposition sénégalaise d'aboutir à l'alternative. Ceci a dû jouer, à côté d'autres facteurs, dans la faiblesse du taux de retrait des cartes d'électeurs lors des élections législatives de mai 1998

Pendant un an, le parti vivait une crise de succession d'Abdoulaye Wade, leader libéral âgé de plus de 70 ans. Cette bataille d'appareil opposait deux anciens ministres libéraux Ousmane Ngom (Santé) et Idrissa Seck (Artisanat et industrialisation). Après les élections de mai 1998, la crise était devenue ouverte. Elle ne se posait plus seulement en terme de succession douce mais en terme d'exigence, par des cadres du PDS, du départ de Wade. La crise a pris une telle ampleur que d'anciens députés et responsables du PDS l'ont quitté pour créer un nouveau parti, le PLS (Parti libéral sénégalais), dirigé par Ousmane Ngom.

AND-JEFF/PADS (Parti africain pour la démocratie et le socialisme) a toujours rejeté les offres d'entrée au gouvernement et en a informé l'opinion publique (4). Cela lui vaut un énorme 4. En 1993, AND-JEFF/PADS avait participé à une alliance électorale de la gauche sous le sigle "jappo" (entente ou unité). La liste "jappo" avait obtenu 3 députés parmi lesquels le Secrétaire Général de AND-JEFF/PADS, Landing Savané. Lors des élections locales et régionales de 1996, malgré les fraudes massives organisées par le pouvoir, AND-JEFF/PADS a fait une remarquable percée, obtenant plus de 500 élus dans les communautés rurales, les municipalités et les régions. En 1998 AND-JEFF/PADS s'est présenté seul sous le sigle "folli" (destituer) et a obtenu 60 673 voix ( 5%) et 4 députés, dont une femme.

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crédit politique. Pour nous, il est impossible de contourner le présidentialisme néocolonial du PS en intégrant le gouvernement. La cooptation par le PS constitue non pas un moyen de construire des instruments politiques pour faire face aux problèmes du Sénégal, mais un moyen de briser toute contestation politique et sociale et un mécanisme pour se refaire une santé financière. Scissions et recomposition

Le cas du PS est différent. Son adhésion à l'Internationale socialiste, où il occupe une vice-présidence, lui avait permis de comprendre qu'une des réponses des puissances occidentales, particulièrement celle de la France, à la crise récurrente en Afrique est de promouvoir un partenariat politique selon un gentlemen agreement qui respecte les choix et orientations politiques des bailleurs. Cela signifie l'intégration de l'opposition. Cette conception a entraîné chez les conservateurs du PS une certaine méfiance et un rejet parce qu'ils y voyaient une perte de leurs strapontins. A cela, il faut ajouter un rejet, par la vieille garde du PS et de secteurs importants des jeunes et des femmes, de la décision de Diouf de confier la direction du Parti à un novice sans base significative ni expérience politique confirmée. Le congrès sans débats de 1996 a été la première cause d'une véritable césure interne au sein du PS.

De plus, lors des élections municipales et rurales de 1996, beaucoup de responsables nationaux et locaux ont

ANA-JET/PADS e CONGRES D'UNIFICATION

14.15:16 DEC 1991) ADAKAR CINEMA ALMS MAGK traduit leur amertume de ne pas avoir été investis par un vote-sanction contre leur propre parti. Cette situation a connu un rebondissement lors des élections législatives de 1998 au cours desquelles le processus d'investitures du PS a élargi la base du mécontentement interne.

Tout ceci a donné naissance au Renouveau démocratique dirigé par Djibo Leyti Ka, ancien ministre et membre fondateur du PS. Ce mouvement a d'abord existé en tant que courant interne au PS et a demandé des réformes profondes du parti en matière de démocratie, pour finalement s'autonomiser.

Toutes ces scissions présentent un trait commun : une critique systématique du régime interne des partis marqué par l'absence de démocratie. Dans un tel contexte, les partis qui s'étaient laissés coopter par le PS, ne peuvent plus le faire aussi aisément sans payer un tribut encore plus lourd. De plus, le PS, qui a frauduleusement

Trois photos du premier congrès de AND-JEFF/PADS gagné les élections de mai 1998, a posé une nouvelle condition à toute cooptation : toute entrée au gouvernement devra se faire sur la base de discussions avec le PS et non plus directement avec le président de la République. Après les législatives

C'est dans ces conditions que se sont tenues les élections avec 18 listes. Parmi ces dernières, il y avait celle du Renouveau, qui faute d'être enregistré en tant que parti, s'est allié avec deux autres - dont l'Union pour le Socialisme et la Démocratie (exlambertistes de la Ligue communiste des travailleurs) — sur une liste intitulée Union pour le Renouveau Démocratique (URD).

Après les élections législatives, on assiste à une recomposition politique dont le parlement constitue un lieu important. Le PDS et le Renouveau, ont rejeté toute participation à un gouvernement élargi sous la direction du PS. Il était dès lors possible de rechercher des alliances tactiques au

AND JEF PADO

sein du parlement pour permettre à l'opposition d'avoir accès au Bureau de l'Assemblée Nationale tout en se constituant en groupes parlementaires. C'est ainsi que la LD/MPT et l'URD se sont alliés pour former un groupe parlementaire.

AND-JEFF/PADS s'est allié au PDS, à la CDP (Convention des Démocrates Patriotes) et au PIT. Notre stratégie était de ne s'allier ni avec le PDS seul ni avec le Renouveau seul. Ce dernier a contacté notre parti pour une alliance parlementaire, mais les négociations n'ont pas abouti.

La nouvelle alliance parlementaire peut sembler poser des problèmes. Mais le fait de constituer un groupe parlementaire pluriel ne signifie en aucun cas un accord sur un projet politique commun. A l'intérieur du groupe parlementaire, la règle est la concertation et la recherche de possibilités d'actions communes dans une liberté totale de pensée et d'agir pour chaque composante.

Cette alliance a permis AND-JEFF/PADS de voir son secrétaire général, Landing Savané, élu membre du Bureau du Parlement et vice-président de l'Assemblée Nationale. Notre but initial était de constituer une alliance arc-en-ciel plurielle dénommée ANPA (Alliance nationale pour l'alternance) au sein du parlement de toutes les forces d'opposition contre le PS. Ce qui aurait le mérite de constituer un cadre de dialogue et de débats politiques pour des propositions de lois autour des préoccupations des Sénégalais et favoriser aussi l'émergence d'une candidature unique face au PS pour les élections présidentielles de l'an 2000.

Mais nous n'avions jamais écarté la possibilité qu'existent deux groupes de l'opposition au sein du parlement et, par conséquence, celle de coopérer autour, entre autres, des questions principales qui concernent les masses

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des villes et des campagnes : la corruption, le rejet des accords qui bradent les richesses nationales, la réforme du système judiciaire, le droit d'effectuer des sondages (interdits au Sénégal), la paix en Casamance, la réforme du système éducatif, la mise en oeuvre d'une politique de santé plus efficiente et moins coûteuse.

Il faut aussi noter d'autres axes de recomposition politique extraparlementaire. L'URD a décidé de se constituer en parti politique mais les militants du PS, qui ont voté pour lui, n'ont pas tous démissionné du PS. Il y aurait même des réticences de certaines secteurs à créer le parti. Est-ce à dire qu'il y a au sein de ce courant des partisans d'un retour au PS ? En tout cas, son objectif est de traduire son avancée électorale en leadership de l'opposition face à un PDS en crise et à une gauche qui n'a pas encore réussi à se renforcer de manière encore plus significative.

C'est pourquoi, AND-JEFF/PADS a décidé de poursuivre ses initiatives en faveur d'une unification de toutes les forces de gauche. Ceci permettrait de faire contrepoids aux tentatives de recomposition de la droite, servirait d'alternative éventuelle au PS Néanmoins, ce projet n'est pas antinomique à l'initiative de notre parti visant à appeler à la tenue des États Généraux de l'opposition en vue du renversement de Diouf. C'est dans ce cadre qu'il faut considérer la création de l'Alliance des forces du changement pour l'alternance, qui ne doit pas connaître le même sort que les autres tentatives de regroupement de l'opposition au risque d'entraîner au Sénégal de graves reculs démocratiques et politiques.

Il faut signaler que ces différentes

Bataille juridique HAN CUENT EST QUALiFIÉ NITRE CLIENT GRONE DÈS LE PEENIER - POUR LE SECOND Après la présidentielle de 1993 recompositions en cours auront des répercussions sur le syndicalisme autonome qui avait souffert des expériences de majorité présidentielle élargie, particulièrement sur l'UNSAS. (Union Nationale des Syndicats Autonomes du Sénégal), qui regroupe les puissants syndicats de l'électricité, de la santé, des postes et télécommunications, de l'enseignement, et sur le LEC comme principal opérateur, la transformation de la compagnie en une société anonyme à participation publique majoritaire (51%) et la possibilité de céder 10% des actions aux travailleurs à la demande du syndicat le plus représentatif (SUTELEC est ce syndicat). Le 30 mars 1998 l'Assemblée nationale a voté une loi qui ne respecte pas l'esprit des accords signés, accordant à l'État seulement 41% du capital et laissant aux travailleurs jusqu'au 31 décembre 1998 pour acquérir les 10% d'actions qui leurs restent réservés pendant cette période. En même temps le gouvernement a entamé une restructuration de l'entreprise dans le but d'affaiblir le syndicat. Le SUTELEC a alors déclenché le boycott de toutes les mesures hors contrat.

Afin de priver le syndicat du soutien de la population, la direction de SENELEC a procédé à deux coupures d'électricité les 15 et 20 juillet 1998. Le 20 juillet le gouvernement a procédé à des arrestations de syndicalistes, dont Mademba Sock, dirigeant du SUTELEC et Secrétaire général de l'Union nationale des syndicats autonomes (UNSAS), alors que la direction de l'entreprise procédait à des licenciements pour cause de "sabotage" et 'd'incitation à la grève". Le gouvernement a entrepris une intense campagne d'intoxication pour masquer la violation flagrante du droit de grève, des libertés syndicales et démocratiques et des conventions 87, 98 et 125 de l'Organisation inter-

Malgré l'interdiction des manifestations, des dizaines de milliers de manifestants ont répondu à cette provocation à Dakar et en province, à l'appel des confédérations syndicales UNSAS et CSA, des organisations de défense des droits de l'homme, des partis politiques de l'opposition et même de larges secteurs syndicaux de la centrale contrôlée par le pouvoir. « Libérez Mademba ! » est devenu le cri de ralliement et le point de convergence de la démocratie au Sénégal. L'UNSAS et la CSA ont appelé à la solidarité du *Nous publions de larges extraits du communiqué diffusé par l'Union nationale des syndicats autonomes du Sénégal (UNSAS).

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Sénégal & Guinée-Bissau

ATLANTIQUE

MAURITANIE

OCÉAN Saint-Louis

Tivaouane SENEGAL Thiès Dakar GAMBIE

Banjul

Soungrougrou

Відпопа Ziguincher GUINEE

BISSAU mouvement étudiant et élève du Sénégal. Cette nouvelle distribution des cartes politiques relancera à coup sûr les luttes syndicales et la résistance aux différentes mesures du pouvoir socialiste. Un cabinet pour le réélection de Diouf

Ces recompositions en cours inquiétent le PS qui avec le remaniement ministériel du 4 juillet tente de créer un cabinet de guerre pour la réélection de Diouf. La nouvelle équipe gouvernementale a deux caractéristiques principales : elle est d'abord pléthorique avec 32 ministres et ensuite le Premier ministre, Mamadou Loum, technocrate sans états d'âme, est un ami des bailleurs de fonds. Le remaniement ministériel constitue aussi une redistribution des pouvoirs au sein du PS. Le Premier secrétaire du PS, Ousmane Tanor Dieng, conteste par ses anciens alliés et même à l'intérieur de son parti, bénéficie de dispositifs institutionnels lui permettant d'espérer un jour hériter du fauteuil présidentiel. Il est aussi ministre d'Etat, ministre des Affaires et services présidentiels et assure l'intérim du Premier ministre en cas d'absence. Ses amis et alliés occupent toutes les fonctions ministérielles stratégiques. Ainsi, le ministère de l'économie, des finances et du plan a été confié à un homme sûr pour éviter que ne se répète le précédent fâcheux de la démission d'un de ses prédécesseurs lorsque le PS lui eut demandé de financer indirectement sa campagne électorale. Ousmane Tanor Dieng est certainement CASAMANCE l'homme que

Diouf prévoit pour diriger le Sénégal. Le fait que le décret de sa nomination, ait été signé par le GUINÉE

Président en 200 même temps que celui nommant le Premier ministre, renvoie à une "primature" inutile et à une prééminence de la présidence de la République. Le choix de Loum est clair. Il accepte de jouer au bouclier du Premier secrétaire du PS en endossant tout seul les conséquences des mesures impopulaires qui seront prises. En fait le Premier ministre, comme le disait un politologue sénégalais, « c'est celui qui peut démontrer qu'il est suffisamment utile pour justifier sa nomination et prouver qu'il est suffisamment inutile pour ne pas faire ombrage au Président de la République et à son dauphin. »

Le plus haut représentant de l'Etat reste le chef de l'exécutif. Cela exclut un cohabitation à la trançaise en cas de défaite du PS, car le Premier ministre issu de la majorité n'aurait aucune légitimité constitutionnelle.

Il y a donc en perspective des affrontements durs auxquels la gauche et le mouvement syndical doivent se préparer. Déjà dans les secteurs de l'électricité que le pouvoir veut privatiser, le syndicat demande que l'Etat garde 51 % du capital alors que, pour les pouvoirs publics, il faut un repreneur stratégique qui devienne majoritaire conformément aux directives de la Banque Mondiale. La situation est aussi explosive dans les secteurs de la santé, de l'éducation et des transports publics, où les travailleurs sont sans salaires depuis plusieurs mois.

Dakar, le 12 juillet 1998 par

----- photo credits and running heads -----

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