Inprecor 1974–2004

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ALLEMAGNE

Le PDS après les élections

· Inprecor n° 429, novembre 1998 · p. 12-15 · 2 886 mots

Allemagne

Le résultat des élections du 27 sep.

. tembre est à saluer dans le contexte international ainsi que pour les possibilités d'une poursuite du travail du PDS. La volonté des électeurs et électrices exprime clairement un refus de la politique néo-libérale du gouvernement Kohl. Même si celle-ci devait être largement poursuivie par le nouveau chancelier Schröder, il y aura cependant un espace pour une nouvelle politique, des initiatives parlementaires et extraparlementaires et des mouvements sociaux. La date du 27 septembre 1998 est sans aucun doute un tournant important dans l'histoire allemande. (...)

Le vrai pouvoir n'est pas entre les mains des gouvernements - peu importe s'ils résident et intriguent à Bonn ou à Berlin — mais entre celles des grandes banques et des grands groupes industriels. La réponse du nouveau patron de Daimler-Chrysler neuf jours avant les élections à ma question (en tant qu'"'actionnaire critique") si une coalition Rouge-Verte pouvait encore arrêter l'"Eurofighter" est sans ambiguïté : « aucun gouvernement » ne pourrait empêcher ce grand projet d'armement. M. Gnaden de la Deutsche Bank a également raison : ce projet ne sera pas stoppé par les Rouges-Verts. Seule une mobilisation extraparlementaire pourrait l'arrêter. Et il faut l'arrêter. (...) Opportunités et dangers

Ce qui a été dit jusqu'à présent ne doit pas minimiser l'importance du 27 * Winfried Wolf est rédacteur du Soz -Sozialistische Zeitung, bimensuel édité par l'Union pour une politique socialiste (VSP). Il a été réélu député de Baden-Württenberg sur la liste du PDS. Nous publions ici de larges extraits d'un article publié dans Bundschuh-Blätter nº8 d'octobre 1998. Le titre et les intertitres sont de la rédaction d'Inprecor.

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après les élections

septembre 1998, mais clarifier les données. Dans la première déclaration de la nouvelle fraction du PDS (Parti du socialisme démocratique) au Bundestag, le parlement allemand, du 2 octobre 1998 on peut lire :

« La victoire de Gerhard Schröder aux élections est aussi un succès pour la gauche politique, non seulement parce qu'elle y a participé, mais parce que, comparé à l'ère Kohl, les conditions pour des réformes démocratiques se sont améliorées et que les possibilités pour une politique sociale se sont accrues. Le changement de gouvernement vers un gouvernement fédéral Rouge-Vert signifie une rupture politique profonde. »

Cette analyse est correcte. Sans aucun doute la grande majorité avait un désir : se débarrasser, lors des élections législatives fédérales, d'un gouvernement Kohl et de sa politique néo-libérale tournée contre la majori-

EMINA té de la population. C'est ce qui s'est réalisé et de façon bien plus marquée que prévu. Le Parti social-démocrate (SPD) et l'Alliance '90/Les Verts ont obtenu une majorité confortable. Le PDS ne se trouve pas dans la situation difficile de devoir soutenir ponctuellement un gouvernement intolérable en soi pour éviter pire. Dans ce contexte la nouvelle fraction du PDS n'a pas besoin de voter pour un chancelier Schröder au Bundestag. Puisqu'avant les élections nous étions unanimement d'accord de voter pour un chancelier Schröder, si cela permettait d'éviter Kohl, il n'est que conséquent de s'abstenir maintenant que le résultat ne dépend plus du PDS. A mon avis des voix individuelles contre le chancelier Schröder peuvent être également justifiées et si le PDS votait de façon différenciée cela ne poserait pas de problème.

Le nouveau gouvernement sera probablement formé par une coalition entre le SPD et l'Alliance des verts. Il ne faut cependant pas oublier la volonté parmi quelques dirigeants de constituer une grande coalition entre les conservateurs et les sociaux-démocrates. Par ailleurs, il y en avait une de facto dans les dernières années : pour la privatisation des chemins de fer et de la poste, pour les écoutes téléphoniques et pour la dernière hausse de la TVA. Une telle coalition pourrait se reconstituer après les élections. Il taut rappeler qu'Oscar Lafontaine pendant la nuit des élections ne se limitait pas à une coalition Rouge-Verte. C'est finalement la grande majorité de voix et l'atmosphère dans les camps du SPD et TER des Verts qui firent EUROFIGHTER d'une coalition

Rouge-Verte l'option première. Nous avons dit pendant la campagne électorale ce qu'il fallait attendre de ce gouvernement : il ne changera pas substantiellement la direction choisie par les gouvernements Kohl successifs. Il ne luttera pas sérieusement contre le chômage et la pauvreté et encore moins pour limiter les richesses. En politique étrangère, les tendances agressives et militaires pourraient se trouver renforcées. Pour se préparer au poste de ministre des affaires étrangères, Joschka Fischer a "salué", peu avant les élections, les bombardements américains en Afghanistan et au Soudan.

C'est l'éditrice de l'hebdomadaire Die Zeit, Marion, comtesse Dönhoff, qui a rappelé cette continuité dans la politique allemande et qui a présenté justement les Verts comme le garant de celle-ci. Elle écrit : « Beaucoup pensent que les Verts suivront des objectifs utopiques, rendront difficile la tâche de gouverner au SPD, ralentiront le développement. Mais il semble s'agir d'un souci exagéré. La nécessité, la nature des choses, comme disait de Gaulle, est pour l'instant plus forte que l'idéologie. » Les défis pour le PDS

Cela ne signitie pas pour autant que rien ne change. Les attentes face au nouveau gouvernement sont énormes. Celui-ci ne satisfera de son propre gre que peu de ces espoirs -comme par exemple l'annulation de la réduction des remboursements de congés-maladie. Beaucoup d'attentes seront vites déçues. Ce qui peut rapidement amener à des ruptures parmi les membres et ceux qui soutiennent le SPD et l'Alliance 90/Les Verts. L'argument que de telles ruptures entre les Rouges-Verts n'ont pas eu lieu au niveau des gouvernements des Länder dirigés par le SPD de 1972 à 1982 omet trois points :

— Premièrement, le fait qu'au niveau des Länder on avance souvent (pas toujours à juste titre) "l'excuse" que les gouvernements à Kiel, Wiesbaden, Magdebourg OU Düsseldorf ne pouvaient rien faire, parce que Bonn prenait la décision.

- Deuxièmement, les décisions à prendre par les Rouges-Verts à Bonn ou à Berlin à partir de mi-1999 sont plus explosives que des discussions au niveau des Länder et probablement plus importantes que les décisions prises dans les années 70 sous le chancelier Schmidt. Schmidt avait imposé — par ailleurs contre l'opposition interne menée alors par Lafontaine — ce qu'on appelait le "réarmement"' (Pershing II, Cruise Missiles), une politique poursuivie par le gouvernement. Un chancelier Schröder et un ministre des affaires étrangères Fischer ne vont pas seulement continuer le réarmement de l'armée fédérale, poursuivre les nouveaux programmes d'armement (comme les hélicoptères de combat NH-90, les transports aériens militaires

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tel que le "Future Large Aircraft" l'"'Eurofighter", appelé maintenant "Taiphoon"). Ils sont même prêts à soutenir des interventions militaires à l'étranger et à prendre la responsabilité pour des actions d'agressions milltaires et impérialistes. Ce dernier point est en contradiction totale avec le programme de ces partis et —- dans le cas de l'Alliance 90/Les Verts — en opposition avec leur tradition. Ceci est encore plus valable pour la partie Est que pour la partie Ouest de ce parti.

- Troisièmement, pour ce genre de comparaisons, la situation économique mondiale et les politiques de finances ne sont pas ou pas assez prises en compte. Il y a plus de dix mois, au moment de la sortie de mon livre Capital Casino je pensais qu'il y avait un danger réel d'une grave crise économique mondiale. Je pense que ce danger s'est précisé aujourd'hui. L'attitude de la bourse mondiale envers les élections en Allemagne — et indépendamment de celles-ci — doit être comprise comme un premier pas vers cette menace. Si une telle crise se déclenche, la situation pour agir en politique sera rapidement bouleversée. Mais même s'il y a continuité de la situation capitaliste "normale" , le gouvernement SPD-Les Verts a les mains liées financièrement, car les dettes publiques s'accroissent avec une dynamique propre que seule une politique anticapitaliste pourrait rompre.

Ces trois points montrent pourquoi il pourrait y avoir des ruptures entre le camp du SPD et celui des Verts. Demander simplement un « début de sortie du nucléaire », doit paraître à la base des Verts engagée dans la lutte contre l'énergie nucléaire comme une mauvaise blague, puisqu'elle sait que les réacteurs auraient pu être arrêtés dès le 29 septembre et que, même dans ce cas, pas une lumière ne se serait éteinte en Allemagne

Pour démystifier le modèle Rouge-Vert, on peut citer également le problème des transports. Un nouveau plan des transports fédéraux doit se faire — il aura la marque de « l'homme de l'automobile », Schröder ; la privatisation des chemins de fer entre dans une phase décisive - les positions des Verts tace au transport échoueront, le train à suspension

SOLIDAR PAKT

Le pacte de solidarité proposé par Schröder... magnétique Hambourg-Berlin se fera suite à un compromis.

Lors d'une telle démystification des Rouges-Verts, le PDS se trouvera rapidement face à un défi décisif. La discussion autour du train à suspension magnétique avant la formation d'un nouveau gouvernement en Mecklembourg-Poméranie Occidentale a valeur de symbole. Les résultats du PDS

Dans ce contexte un résultat réjouissant et important des élections pourrait être remis en question rapidement: les fascistes et l'extrême droite n'ont pas retrouvé le 27 septembre au niveau fédéral, ni en Mecklembourg-Poméranie Occidentale le succès remporté auparavant en Saxe-Anhalt. Mais cela pourrait changer rapidement si le modèle Rouge-Vert perd de son attrait, si la situation économique et sociale empire et si le PDS n'arrive pas à offrir une direction progressiste face à la déception ambiante. Le résultat médiocre du PDS à l'Ouest — l'aspect le plus important et le plus désagréable des résultats des élections — est un mauvais point de départ.

Les résultats du PDS sont en général satisfaisants. Une analyse détaillée donne cependant une image très différenciée. Le point faible reste la croissance insuffisante à l'Ouest, mais la différence marquée entre les premières et les deuxièmes voix (1) donne de l'espoir pour les prochaines élections européennes.

Les objectifs qualitatifs du PDS lors de la campagne électorale ont tous été atteints : le PDS a gagné quatre mandats directs ce qui aurait déjà été suffisant pour être représenté (au moins en tant que groupe) au Bundestag. Le PDS a obtenu plus de 5% des voix et est donc pour la première fois une fraction. Le PDS a pu s'accroître à l'Est et à l'Ouest ; à part le SPD, il est le seul parti à réaliser une telle croissance en voix et en pourcentage. Succès malgré un départ difficile

Au niveau régional le PDS a pu augmenter les premières voix de 1 920 420 à 2 415 040, soit près d'un demi-million de voix en plus (494 620). Il put ainsi passer grâce au premières voix de 4,1% en 1994 à 4,9% en 1998. Pour les deuxièmes voix — décisives — le PDS est passé de 2 066 176 à 2 513 788, il a gagné 447 612 voix. II passe de 4,4% à 5,1%, soit une progression un peu moindre que pour les premières voix. Le phénomène de cette différence sera encore repris plusieurs fois dans cette analyse — une différence plus marquée que dans les chiffres fédéraux nivelés.

Pourtant la situation pour un tel succès n'était pas favorable. Tous les partis étaient d'accord dans les dernières semaines avant les élections pour voir dans le PDS l'obstacle principal. Le SPD et les Verts ont mené une campagne anti-PDS agressive, expliquant textuellement qu'il fallait sortir le PDS du Bundestag si on voulait empêcher une grande coalition. 1. Les électeurs disposent de deux voix : la première pour élire le député de la circonscription au scrutin majoritaire uninominal à un tour dans 328 circonscriptions ; la seconde pour voter en faveur des listes présentées par les partis. C'est en fonction des suffrages obtenus par les listes (avec un seuil minimal de 5% ou de trois élus directs), qu'en vertu du principe de proportionnalité, les partis obtiennent le nombre de députés correspondant à leur "poids" électoral.

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Les instituts de sondage avec leur fausses prévisions — à mon avis parfois délibérément manipulées — d'un tête à tête entre le CDU/CSU et le SPD ont fourni les bases empiriques. Le résultat des élections régionales en Bavière avec le succès imprévu de la CSU semblait donner raison à ces pronostics. Les médias transrégionaux ont marginalisé le PDS, au moins à l'Ouest, en 1998 encore plus qu'en 1994. Dans les journaux locaux nos candidats et candidates étaient par contre dans l'ensemble mieux représentés. Toutes les informations concernant la campagne électorale sur place montrent que la campagne du SPD et des Verts contre le PDS fut particulièrement efficace quelques jours avant les élections. Nombreux sont ceux dans le camp de gauchevert, plus implanté dans les villes et à l'Ouest, qui ont fait un "vote tactique " en raison de ces (faux) pronostics. En clair : le PDS a perdu ainsi de nombreuses deuxièmes voix décisives. Le potentiel de voix pour le PDS n'a pas pu être mobilisé entièrement aux urnes. Quelles perspectives ?

La campagne électorale de 1998, le résultat général de ces élections, le bon score du PDS dessinent une perspective générale et des tâches particulières.

Le gouvernement SPD-Alliance 90/Les Verts offre un "large champ" pour une opposition socialiste crédible. Les faiblesses que ce gou-

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Kohl : « J'ai terminé ».

vernement dévoilera dans peu de temps et les espoirs qu'il va décevoir ont déjà été cités plus haut : pas de lutte efficace contre le chômage, pas d'annulation complète des attaques au système social héritées de l'ère Kohl, poursuite des privatisations et accord sur la militarisation de la politique

Le PDS peut bien prouver dans cette situation son opposition socialiste conséquente — surtout en revenant aux ébauches politiques (programme, programme de la campagne électorale, les premières 15 initiatives parlementaires etc.) déjà disponibles.

Grâce à la campagne électorale nous avons gagné en poids dans de nombreux endroits : de nombreuses demandes adressées au PDS le reflètent. Nous avons pu améliorer nos contacts avec les syndicats, les associations écologiques et les initiatives sociales. Les expériences acquises lors de la campagne électorale, les nouveaux contacts et le résultat des élections doivent permettre une consolidation immédiate du PDS, ainsi que le recrutement de nouveaux membres et l'amélioration de notre travail. L'objectif de doubler le nombre des membres du PDS en BadenWürtemberg, par exemple, semble à notre portee.

Un moyen pour y parvenir peut être l'édition d'un journal supplémentaire déjà décidée par le président du Land le 28 septembre, dans lequel on trouvera, entre autres, le bilan du nouveau gouvernement et de la campagne électorale.

Enfin, il s'agira de profiter des expériences accumulées et du poids accru du PDS dans les élections à venir, c'est à dire lors de la campagne électorale pour le parlement européen en 1999 et des élections communales. Surtout ces dernières pourraient renforcer notre ancrage sur place de façon considérable si nous nous y préparons à temps.

Rolf Schneider a écrit dans Die Woche du 2 octobre 1998 que le « succès étonnant » du PDS « est un peu passé à l'arrière-plan à cause du bruit général autour du changement de pouvoir en Allemagne », mais « une nouvelle façon de voir ce parti s'impose ». C'est exact. Il se peut que le PDS de l'avenir correspondra encore plus à ce que lui attribuent le socialiste russe Boris Kagarlitsky et l'auteur britannique Tariq Ali en partant de points de vue différents : d'être actuellement « le parti de gauche le plus passionnant en Europe ».

Anciens et nouveaux Lander

Nombreux sont ceux qui furent agréablement surpris par les succès électoraux du PDS — de façon absolue et relative - dans les nouveaux Länder (ex-RDA). En tout, le PDS a connu dans ces nouveaux Länder (sans Berlin) une croissance des deuxièmes voix de 382 833 (pour les premières voix un peu moins : plus 366 282). Dans les anciens Länder (ex-RFA) le gain dans les deuxièmes voix était de 90 933 ; pour les premières voix de 128 923, soit de 40% (!) plus élevé.

A Berlin il y a eu des pertes minimales pour les premières voix et pour les deuxièmes voix, un gain de 26 199.

Le PDS a donc reçu l'apport décisif — tant pour le nombre absolu de voix que pour le pourcentage - des nouveaux Länder. L'accroissement à l'Ouest (c'est à dire la croissance de 1998 par rapport à 1994) n'a pu se faire qu'en raison d'un niveau de départ très bas. Mais sans cela le PDS n'aurait pas eu assez de voix pour obtenir le statut de fraction au Bundestag (limite de 5%). (...)

Ce qui a joué en faveur d'un presque doublement des premières voix était le plus grand nombre de candidatures directes. La raison pour laquelle dans l'Ouest les deuxièmes voix sont restées loin derrières les premières serait entre autres qu'à l'Ouest le vote "tactique" était plus important.

Aux élections à l'Est de Berlin les quatre mandats directs ont pu être remportés (grâce aux premières voix), mais il y a eu des pertes dans les deuxièmes voix. (...) La raison essentielle devrait se trouver dans « un comportement électoral tactique », même s'il est assez particulier. Beaucoup d'électeurs et d'électrices qui donnaient leur première voix au PDS dans les arrondissements à l'Est et qui ont ainsi soutenu l'objectif du PDS de récupérer au moins trois mandats directs, votaient ensuite "utile", croyant ainsi empêcher une réélection de

Kohl. (...)

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