Inprecor 1974–2004

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ITALIE

Scission du PRC, nouvelle phase de refondation communiste

· Inprecor n° 429, novembre 1998 · p. 16-20 · 3 685 mots

Italie

une nouvelle phase de la par Livio Maitan*

Notre revue suivi de très près depuis 1991 l'évolution du Parti de la Refondation communiste (PRC) (1). Ce parti représentait et ne cesse de représenter une expérience assez spécifique sous plusieurs aspects : l'ampleur d'une rupture à gauche d'un puissant parti communiste, la présence en son sein de différentes composantes ne provenant pas du Parti communiste, son pluralisme affirmé même statutairement, son ouverture à des interlocuteurs multiples à l'échelle internationale. lI a traversé des phases distinctes, liées aussi bien à ses propres vicissitudes qu'à l'évolution de la situation politique italienne. Le mois d'octobre dernier a incontestablement marqué un tournant majeur que nous nous efforçons d'analyser dans cet article. Nous publions également, pour faciliter notre tâche et celle des nos lecteurs, des extraits de rapports et de résolutions présentés au Comité politique (CPN) des 3 et 4 octobre ou le tournant s'est produit quelques jours avant la scission provoquée par l'ancien président du parti, Armando Cossutta, et la minorité qui avait partagé les orientations de celui-ci. De 1991 a 1998

Rappelons tout d'abord les étapes qui ont marqué le parcours de Refondation communiste. Dans une * Livio Maitan, dirigeant de la Quatrième Internationale, est membre de la direction du PRC. 1. Voir, entre autres, les articles parus dans Inprecor: n° 326 du 15 mars 1991, n° 332 du 7 juin 1991, n° 334 du 5 juillet 1991, n° 344 du 17 janvier 1992, n° 351 du 24 avril 1992. n° 379 d'avril 1994, n° 388 de février 1995, n° 403 de juin 1995, n° 409 de janvier 1997 et n° 418 de décembre 1997.

première étape — allant grosso modo de 1991 à 1993 — le parti se donne des structures organisationnelles aux différents niveaux, en s'assurant une présence assez diffuse à l'échelle nationale, non seulement dans les villes mais aussi dans de nombreux vildessine assez clairement : c'est le parti de tous ceux qui, malgré les défaites essuyées par le mouvement ouvrier et l'échec des sociétés de transition bureaucratisées, ne se résignent pas à accepter le capitalisme comme inéluctable, se réclament toujours du communisme et maintiennent une orientation "lutte de classes". C'est un parti qui se place tout naturellement dans l'opposition et à partir de là esquisse son projet alternatif. Le premier bilan qui en découle est fondamentalement positif puisque le PRC a évité d'apparaître comme un rassemblement de nostalgiques d'un passé révolu, s'adonnant pour l'essentiel à des tâches propagandistes, et a réussi a apparaître comme une formation politique ayant une audience de masse, défendant les intérêts et les exigences des secteurs les plus défavorisés de la société italienne et doté également d'une influence électorale pas du tout négligeable.

Une deuxième étape s'esquisse déjà au cours de l'année 1993 lorsqu'éclate une première crise interne dont les tenants et les aboutissants ne deviendront clairs qu'au début de 1995. Un conflit se produit au Secrétariat où s'opposent, au début

La scission

par personnes interposées, le secrétaire Sergio Garavini et le président Armando Cossutta. Ces deux hommes avaient eu des parcours très différents dans l'ancien parti communiste et ils n'avaient pas la même approche de problèmes importants de direction et d'organisation du nouveau parti de même que de certains problèmes politiques. De surcroît, le comportement personnel de Garavini ne facilitait pas les choses. La conclusion de cette première vicissitude est rapide : avant même une discussion un tant soit peu exhaustive, Garavini est éloigné du Secrétariat et s'isole progressivement. Au deuxième congrès (janvier 1994), le problème à l'ordre du jour est l'orientation pour les élections qui s'annoncent. Prévaut l'option du bloc dit des progressistes dont le Parti de la gauche démocratique (PDS) est la composante la plus importante, alors qu'une minorité de gauche obtient 20% des mandats et une deuxième minorité, pour ainsi dire de centre-gauche, 10%. A la fin du deuxième congrès Bertinotti devient secrétaire et véritable leader du parti.

Comme l'on sait, les législatives de mars 1994 marquent la victoire du bloc de droite au détriment des "progressistes". C'est à partir de ce résultat que la distance se creuse entre le PDS, dont les dirigeants estiment qu'il aurait fallu se déplacer davantage vers le centre, et le PRC, qui, sous l'impulsion de Bertinotti, radicalise ses orientations. Ainsi s'ouvre une nouvelle

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PARTIT N

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refondation communiste du PRC,

Costruire l'alternativa

RIPARTIAMO DAI BISOGNI

étape où le PRC se place encore plus résolument dans l'opposition, d'abord contre le gouvernement Berlusconi, ensuite contre celui de Dini que le PDS soutiendra. C'est l'étape de loin la plus féconde de la vie du PRC qui accroît son influence et sa capacité de mobilisation (à plusieurs reprises, rappelons-le, il organise des manifestations nationales avec la participation de plus de cent mille personnes) en dépit du départ d'un certain nombre de parlementaires et membres de la direction — dont Garavini, Magri et Castellina — favorables au gouvernement Dini.

Cette deuxième étape se prolonge jusqu'aux nouvelles élections législatives du printemps 1996. Le parti y participe sur la base d'un accord de désistement avec la coalition dite de l'Olivier, dont la principale composante est le PDS et à laquelle participent des morceaux de l'ancienne

Démocratie chrétienne, dont le leader de la coalition et candidat premier ministre, Romano Prodi. La campagne électorale du PRC est mené sur une plate-forme d'alternative "lutte de classes", qui se différencie de celle de l'Olivier toutes les questions importantes (options économiques, réformes institutionnelles, politique étrangère, question de l'enseignement, etc.). Le parti ne s'engage aucunement à participer à une majorité parlementaire, encore moins à participer au gouvernement. II ne s'engage qu'à permettre éventuellement à Prodi de former un gouvernement après les élections, en expliquant en même temps que par la suite il jugera sur pièce. Le mécanisme électoral fait que les élus du PRC deviennent décisifs à la Chambre des députés (non au Sénat, qui en Italie, rappelons-le, a les mêmes pouvoirs que la Chambre).

Assez vite, la majorité du parti commence à rectifier son orientation : en juin, elle déclare que le PRC est partie intégrante de la majorité parlementaire et Cossutta va jusqu'à exprimer le vœux que cela puisse durer jusqu'à la fin de la législature. C'est donc le début d'une troisième étape, qui sera ratifiée au congrès en décembre 1996. Le PRC fait désormais partie de la majorité parlementaire. En octobre 1997, il provoque une crise parlementaire en annonçant qu'il ne votera pas la loi de finances. Il recule presque immédiatement, en ayant réussi à arracher à Prodi l'engagement de faire adopter une loi sur les 35 heures et, à cette occasion, il intègre même la majorité gouvernementale, tout en excluant sa propre participation directe. Nous ne revenons pas ici sur les conséquences d'un tel choix qui amènera de plus en plus le parti dans une impasse. Bertinotti esquisse un tournant

L'opération d'octobre 1997 est suivie assez rapidement par des réactions différentes au secrétariat du parti, et notamment des deux principaux dirigeants, Bertinotti et Cossutta. Ce dernier ne cache pas sa satisfaction, tout en soulignant encore les limites de l'action gouvernementale, alors que Bertinotti exprime de plus en plus ses réserves, d'abord au sein de la Direction et ensuite dans le Comité politique national (CPN). Par des for-

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mules un peu tordues, il explique qu'un parti comme le PRC peut, en l'occurrence, soutenir un gouvernement de centre-gauche, mais pourrait aussi s'y opposer. Au CPN, fin de 1997, pour la première fois, Cossutta se différencie du rapport de Bertinotti, tout en votant à la fin la résolution commune de la majorité. Une différenciation se produit quelques mois plus tard lors de la discussion sur le document prévisionnel économique et financier présenté par le gouvernement — qui finalement est accepté — contre l'avis de la minorité. Mais alors que Cossutta souhaite que les critiques du PRC à ce document soient exprimées immédiatement, Bertinotti explique que la vraie bataille devra être menée fin septembre lors de la présentation de la loi de finances. En jugeant a posteriori, il apparaît que Cossutta ne voulait pas une telle bataille alors que Bertinotti voulait prendre du temps pour préparer le parti a un tournant.

Les hostilités s'ouvrent en fait en juin et juillet 1998, d'abord à la direction et par la suite lors des sessions du CPN. Bertinotti lance l'offensive : il faut exiger du gouvernement un tournant surtout en matière d'orientations socio-économiques. Si le tournant ne se réalise pas, il faut envisager une rupture avec Prodi. Cossutta met une sourdine tout en ne rejetant pas l'alternative formulée par Bertinotti : soit un tournant du gouvernement, soit la rupture. Il veut fort probablement se donner du temps pour rassembler des forces : dans ce but, il accepte que les deux sessions du CPN débouchent encore une fois sur une résolution commune (seuls les 48 représentants de la minorité votent contre, en presentant leur propre texte qui prône explicitement le passage dans l'opposition).

Cela peut apparaître étrange, mais c'est immédiatement après le CPN que s'ouvre dans la grande presse un débat très virulent parmi ceux qui pourtant venaient de voter un texte commun. L'enjeu devient clair : les partisans de Cossutta ne veulent pas sortir de la majorité gouvernementale alors que les partisans de Bertinotti se préparent à la rupture. A la rentrée, le débat au sein de la direction du parti est assez vif sans pour autant déboucher encore sur un conflit ouvert.

Toutefois, Cossutta révèle déjà quels sont ses arguments. Il admet que la loi de finances ne tournant (que lui aussi a demandé) et il reconnaît qu'en principe, face à un gouvernement comme celui centre-gauche, un parti communiste devrait se placer dans l'opposition.

Mais... il faut éviter le retour de

Berlusconi, etc. (cf. ce qu'il dira au

CPN dix jours après). Il conclut quand même que d'après les normes traditionnelles d'un parti communiste les élus doivent s'engager à voter selon les décisions des instances dirigeantes du parti. S'agissait-il d'une ruse tactique ou n'avait-il pas encore pris la décision de scissionner ? Désormais, la question n'a plus beaucoup d'intérêt.

La scission et ses racines

Le départ de la ten-

Garavini-Magri dance n'avait eu que très peu d'impact parmi membres ou même chez les électeurs (si huit des députés qui avaient quitté le parti, ont retrouvé leurs sieges, c'est parce que le PDS leur a gracieusement octroyé des places). Il est encore trop tôt pour tirer le bilan de la nouvelle rupture, cette fois une véritable scission. En ce qui concerne le parti, les départs semblent être sensiblement plus limités qu'on pouvait le craindre : ils sont sans comparaison plus nombreux au niveau des instances de direction

(nationales et locales)

qu'au niveau membres. Une évaluation des répercussions sur les électeurs serait pour l'instant tout à fait

La question comporte guère le politique et culturel, le fait que pendant la dernière année il n'y ait pas eu de mouvement masses d'envergure et que des attitudes de passivité se sont répandues dans des couches proches Refondation communiste, ont pesé les des hypothétique, voire arbitraire. Il faut craindre que ne se produisent des réactions de rejet, des hésitations de la part d'électeurs qui pourraient ne pas suivre les scissionnistes sans pour autant continuer à voter pour le parti.

Chez les membres aussi on peut supposer que certains ne rentrent tout simplement à la maison.

se pose de savoir quelles sont les racines de l'attitude adoptée par ceux qui ont rompu avec le parti. Nous ne minimisons aucunement le poids d'un contexte dont nous n'avons pas besoin de souligner les aspects négatifs. Les dynamiques sociales régressives qui sont devant les yeux de tout le monde de même que la régression persistante au niveau

Aberazione de

Ripartiar dai bisog même de

La scissione in tratto

Sous le titre « La scission à l'auberge »

Repubblica du 12 octobre publie cet act

(naissance du parti fondé par Arma

Cossutta.

en le commentant

« Dimanche 4, à l'auberge

"Biordo Teve est né le nouveau PCI. Étaient de la pe

: 1) le mari de Anna Cossutta, Mau

2) Enrico Vesco, secrétaire de Ne

3) Nerio Nesi ; 4) le restaurateur : 5) A

Cossutta

Gabriella

6)

7) Oliviero Diliberto ; 8) Mario Riz

9) Lucio Manisco ; 10) Emi Cossut.

11) Cossutta ; 12) Maria

13) Gianfranco Pagliarulo ; 14) Fabı

Casari, compagnon de Maura Cossutt essutta comincia a contare: «Ave Bref, une histoire de famille...

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et pèsent lourd, y compris chez les militants. Nous avons entendu à maintes reprises des camarades nous dire : les masses ne bougent pas, qu'est-ce que nous pouvons faire ? Leur réponse était, plus ou moins explicitement : si on veut obtenir quelque chose, même très peu, il faut être du côté du gouvernement, faire pression sur lui, s'efforcer de le faire bouger... Si nous passons dans l'opposition, il n'y aura plus d'accord de désistement, nous serons réduits à la portion congrue, sinon carrément exclus des institutions à tous les niveaux.

Tout cela vaut à plus forte raison pour les élus aussi bien nationaux que locaux dont les attitudes sont inspi-

Rifonda zon rées par un crétinisme institutionnaliste et parlementaire du type le plus classique de même que par des réflexes opportunistes tout court, propres à une couche politique qui ne veut pas perdre les privilèges franchement exorbitants dont elle jouit par rapport au commun des mortels. D'où la réapparition d'approches et de pratiques, exprimées au mieux par cette philosophie du "moindre mal" , qui a provoqué tant de ravages dans l'histoire du mouvement ouvrier en devenant, sur le terrain idéologique, une véritable maladie de l'esprit.

Ce n'est pas par hasard que les partisans de Cossutta ont de plus en plus cédé à la tentation de faire référence à l'ancien parti communiste et notamment à l'approche méthodologique et stratégique de Togliatti, en reprochant à Bertinotti et à plus forte raison à l'auteur de cet article ne pas appartenir à la tradition de l'ancien parti communiste. Ce n'est pas par hasard, d'ailleurs, que Cossutta a fait du tapage sur le thème de l'alliance Bertinotti-Maitan. Il n'est pas innocent non plus que le nouveau parti qui a surgi, ait été baptisé Parti des communistes italiens dans l'espoir de tirer profit de l'utilisation des vieilles initiales PCI. Certes, les allusions réitérées au rôle des trotskistes dans ce qu'on appelle la mutation génétique du parti justifiant la scission, n'impliquent pas automatiquement un retour au vieux style stalinien. Pour sa part, Cossutta a parlé à plusieurs reprises avec respect des trotskistes les plus directement visés par ses polémiques (2). Toujours est-il que ces polémiques ambiguës ont été bien accueillies par des nostalgiques incurables et sont susceptibles de créer un mauvais climat dans des secteurs de la gauche (3).

Quoi qu'il en soi, une conclusion s'impose : le PRC paie lourdement le prix de ses faiblesses, de ses ambiguités, de ses contradictions. Bref, il subit les conséquences du fait que le processus de renouveau, de véritable refondation du mouvement communiste s'est assez rapidement enlisé et que des problèmes fondamentaux n'ont été abordés que d'une façon épisodique et fragmentaire, sinon réticente ou carrément erronée.

Comme nous l'avions indiqué à d'autres occasions, il n'a pas su dessiner non seulement une stratégie anticapitaliste de longue haleine mais encore une stratégie alternative correspondant aux besoins de la phase actuelle de la lutte des classes. Il a mené une bataille d'opposition sous plusieurs aspects valable de 1991 à 1996, mais même dans cette bataille la perspective stratégique faisait défaut.

Le soutien prolongé au gouvernement Prodi ne pouvait qu'aggraver les choses en engendrant l'incertitude et une tendance à la passivité chez les membres et les sympathisants et en rendant difficiles les rapports avec les quelques mouvements de masse qui, malgré tout, s'esquissaient et étaient tous dirigés contre le gouvernement ou certains de ses ministres (par exemple, les mouvements d'étudiants l'année dernière et les révoltes de chômeurs dans le Sud) (4). Dans ce contexte, le problème de son intervention syndicale n'a pas été non plus abordé systématiquement, avec le résultat que les forces syndicales non négligeables dont il dispose, restent fragmentées et divisées même au sein de la minorité "lutte de classes" de la plus grande confédération, la CGIL.

Finalement, les polémiques virulentes qui ont éclaté aux mois d'août et de septembre après que dans l'organisme de direction le plus représentatif les textes avaient été votés à une très grande majorité, la violation du mandat du parti par la majorité des députés et une scission déclenchée en l'espace de quelques jours (ou, tout au plus, de quelques semaines) sont révélatrices d'un vide de réflexion sur la question capitale de savoir comment devrait-on concevoir le fonctionnement d'un parti ouvrier et communiste à l'heure actuelle. En fait, d'un côté, on a imposé un verticalisme de fait, dont les pouvoirs excessifs du secrétariat (d'où la minorité a été toujours exclue) et le rôle prépondérant du secrétaire et du président ont été l'expression la plus concrète, de l'autre, on a avalisé une pratique selon laquelle des dirigeants ou des parlementaires faisaient à n'importe quel moment des déclarations à la presse, le plus souvent avant même que les problèmes posés soient discutés par la direction du parti. Le senti2. Nous venions de terminer notre article lorsque Cossutta déclara dans une interview au Corriere della Sera (15 octobre) : " J'ai défendu devant tous les partis communistes qui considéraient la chose inadmissible, la présence des camarades trotskistes dans notre parti. Le stalinisme n'a rien à voir avec le fait que dans tous nos congrès ces camarades se soient placés aux antipodes de nos positions. Par la suite, tout en étant quelques dizaines, ils ont été déterminants pour provoquer la crise gouvernementale ». 3. Nous mentionnons ailleurs les réactions de Fausto Bertinotti, qui, loin de prendre ses distance à notre égard, n'a pas caché son indignation. Nous ajoutons que nous avons reçu de la part d'un certain nombre de camarades du parti des expressions de solidarité face aux attaques qu'ils considéraient inadmissibles. 4. Dans des manifestations d'étudiants, par exemple, on lançait à la figure de nos militants: « Vous êtes ici, mais vos copains votent au parlement pour le ministre que nous combattons ».

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ment le plus répandu chez les militants du rang, notamment dans les semaines cruciales de la crise, a été d'être traités comme des pantins, les dirigeants s'engueulant publiquement sans se soucier excessivement de consulter les membres du parti. Voilà donc un problème — celui de la conception et du fonctionnement du parti — qui devrait être à l'ordre du jour du prochain congrès, prévu au cours des premiers mois de l'année prochaine (5). Une période difficile s'ouvre

Répétons-le : il est difficile d'estimer avec précision dès maintenant la portée de la scission (6). Le risque existe qu'en cas d'élections anticipées la présence parlementaire du parti se rétrécisse sérieusement avec l'incidence négative qui en découlerait pour ses moyens financiers et, qui plus est, que le PRC ne puisse pas à court terme jouer un rôle majeur au niveau social. Néanmoins, il est clair dès maintenant que le PRC ne sera plus ce qu'il a été auparavant aussi bien du point de vue de sa composition politique que de son mode de fonctionnement.

En premier lieu, par la force des choses, l'équilibre relatif entre ceux qui représentaient une continuité 5. Pour justifier sa scission Cossutta a avancé, entre autres, deux arguments : le parti serait géré par des « logiques autoritaires „ et aurait subi une « mutation génétique ». Drôle de "mutation génétique" qui aurait été apprçue en l'espace de quelques jours (personne parlé auparavant) ! Quant aux logiques autoritaires, en tant que président et membre du secrétariat du parti, Cossutta aurait bien pu lutter contre ces "logiques" ou tout au moins les dénoncer. En fait, lorsque des pratiques bureaucratiques ont été dénoncées — pas seulement par des représentants de la minorité, mais parfois aussi par des majoritaires — il a gardé scrupuleu6. Selon des informations parues dans le quotidien du PRC, Liberazione (15 octobre), seule une petite minorité des 117 secrétaires des fédérations provinciales et 4 secrétaires régionaux sur 20 auraient quitté le parti. Au niveau institutionnel, 36 élus régionaux sur 62 sont partis. A Rome 5 secrétaires de cercles sur 66 ont quitté le parti et à Florence, en principe une citadelle "cossuttienne", trois quarts des membres du comité fédéral se sont prononcés contre la scission. niveau des militants de base la scission aurait eu des effets insignifiants.

avec l'ancien PCI et ceux qui provenaient de l'extrême gauche, de la gauche socialiste, d'autres expériences ou, pour des raisons d'âge, n'avaient pas un passé politique un tant soit peu important, changera assez radicalement. Cela apparaît d'autant plus probable que va s'accroître le poids des jeunes communistes, dont l'écrasante majorité rejeté les orientations de ceux qui sont partis. En conséquence, ce que Cossutta appelait assez pertinemment la "culture togliattienne" — au fond, des approches et des conceptions inspirées par un gradualisme modéré du type social-démocrate traditionnel, privilégiant l'action au niveau institutionnel et estompant les clivages de classes — aura perdu à la suite de la scission la plus grande partie, sinon la totalité de ses partisans (sauf erreur, elle n'est désormais partagée par aucun des membres du secrétariat). Dans ce cadre, le poids spécifique de la gauche pourra augmenter d'autant plus qu'aujourd'hui de nombreux militants sont plus ouverts pour prendre en considération les critiques avancées par la minorité depuis 1994 et surtout après l'intégration dans la majorité gouvernementale en 1996. Deuxièmement, la perte de la majorité des élus nationaux poussera le parti à mettre davantage l'accent sur son intervention sociale sans être handicapé par son soutien à une coalition gouvernementale. Encore : il sera plus facile, notamment en vue du prochain congrès, de stimuler une réflexion sur la conception du parti et ses modes de fonctionnement et même d'imposer des changements. Plus généralement, des conditions plus favorables existeront pour relancer la problématique de la refondation du mouvement communiste et du mouvement ouvrier dans son ensemble.

Voilà quelles sont, à notre avis, les potentialités de la phase qui s'ouvre. Il faut éviter de les gaspiller en adoptant des attitudes routinières, en piétinant sur place ou, pire, en revenant en arrière, face aux difficultés certaines qui nous attendent.

15 octobre 1998

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