L'échec de Gorbatchev Résolution adoptée par le XIlle Congrès mondial (extraits)* L"émergence d'une pluralité de plates-formes organisées dans le PCUS, l'affirmation de fait d'un pluralisme politique s'imposant dans les élections, la montée des luttes ouvrières et du mécontentement social devant la dégradation matérielle et le piétinement des réformes, l'éclatement du monolithisme dans les pays d'Europe de l'Est ont profondément modifié les données de la situation à l'ouverture de la décennie 1990. Fin du monolithisme
Le PCUS n'est plus le cadre unique où s'affrontent les stratégies en présence : il a d'une part éclaté selon les fractures nationales en autant de partis que de Républiques, recherchant une base dans les mouvements nationalistes. D'autre part, les courants conservateurs et libéraux se sont efforcés de trouver des relais de masse à l'extérieur du parti (côté conservateurs, Front uni Travailleurs en Russie, Interfronts dans les Républiques Baltes ; côté libéral, Front de la Russie démocratique). Enfin, une multitude de partis a commencé à proliférer sans qu'aucun d'entre eux ne soit en mesure de rivaliser pour l'instant avec la force maintenue du PCUS. L'abandon de l'Article 6 introduit par Brejnev pour consolider « le rôle dirigeant du parti » s'imposait quasiment de lui-même dans ce contexte. Mais de plus en plus de conflits sinon une sorte de dualité de pouvoirs se développent entre les rouages du parti et ceux des soviets dont un nombre croissant est tombé sous le contrôle des « libéraux ». Il y a une crise du pouvoir en général avec son éclatement.
Les libéraux ont accentué leur cours restaurationniste. Ils ont été rejoints par
Eltsine extrêmement populaire. Cette popularité tient à trois facteurs :
1. Les conflits de Eltsine avec l'appareil, ses discours passés contre les privi-
2. La proclamation de souveraineté d'une fédération de Russie qui n'existait pas jusqu'alors : il a, ce faisant, marqué des points à la fois vers les nationalistes russes qui dénonçaient à juste titre l'inexistence d'institutions représentant le peuple russe, mais aussi vers les libéraux et les nationalités non russes qui se sont vu légitimer leur propre proclamation de souveraineté ou d'indépendance ; en outre, ils y ont vu un affaiblissement radical des pouvoirs du « centre » avec la possibilité de négocier directement entre Républiques les termes de leurs rapports réciproques;
3. Le discours radical marchand qui est apparu enfin comme une réponse à l'immobilisme. L'expérience du pouvoir coûte et coûtera aux libéraux comme aux conservateurs la perte des illusions
Les mouvements nationaux et sociaux débordent désormais tous les cadres fixés au centre : les « pleins pouvoirs » dont s'est doté Gorbatchev vont se heurter de front à la souveraineté proclamée des Républiques et à une à l'autonomisation régions, villes voire entreprises avec une montée de l'exaspération sociale et nationale à la fois contre le centre et * Nous publions ci-dessus des extraits de la résolution sur l'URSS, intitulée • Décomposition du régime bureaucratique et lutte pour la démocratie socialiste -, adoptée par XIII® congrès mondial qui s'est tenu en février 1991 en Italie, en présence de plus de 200 délégués et observateurs. Les intertitres sont de la rédaction d'Inprecor
contre sa paralysie (la revendication d'une main forte et de la restauration « l'ordre » comme le reproche fait à Gorbatchev d'être trop hésitant illustrent une certaine ambiguité populaire).
Qu'il s'agisse d'indépendance ou de souveraineté, c'est l'articulation entre pouvoirs fédéraux et pouvoirs républicains qui est radicalement renversée par les Républiques. Elles sont de plus en plus confrontées en même temps aux interdépendances économiques étroites les reliant entre elles, à la difficulté qu'elles auront face au marché mondial, enfin à des proclamations de souveraineté de leurs propres minorités cherchant éventuellement une protection de la fédération soviétique contre les pouvoirs républicains oppresseurs. Un tournant restaurationniste
Globalement, le changement de loi sur l'entreprise en juin 1990, a marqué un abandon des caractéristiques initiales de la perestroïka et son infléchissement dans le sens libéral marchand : la logique en devient la privatisation et des droits de gestion dépendant de la possession d'actions, au détriment des pouvoirs initiaux (mêmes limités) accordés aux collectifs de travailleurs. La volonté d'obtenir des crédits occidentaux n'a pas été pour rien dans cette évolution qui reflète aussi l'adhésion croissante d'une partie de l'intelligentsia et de l'appareil aux perspectives restaurationnistes. Mais celles-ci donneraient inévitablement le contrôle du marché aux puissantes mafias qui sont en train de blanchir et étendre par le biais des coopératives les fonds accumulés auparavant. En outre, le chaos croissant appelle plutôt des mesures centralistes de survie et rend le recours à des automatismes marchands de plus en plus difficile et source d'explosions incontrôlables.
Dans un premier temps, les « radicaux », y compris en présentant leur programme de « 500 jours » de « transition à l'économie de marché » ont conservé un langage démagogique (Eltsine, comme Walesa, promet le bien-être pour tous et tout de suite, avec le marché et la privatisation). Mais l'identification entre réforme libérale-marchande et démocratie est de plus en plus clairement remise en cause par les partisans d'une main-forte pour imposer le marché. Ceux-ci ont désormais des points d'appui institutionnels décisifs au plan des soviets de plusieurs villes et Républiques. La population semble très partagée entre la crainte des changements pour le pire, et l'exaspération devant le piétinement actuel.
Cette situation instable se reflète dans les hésitations persistantes de Gorbatchev entre les diverses variantes de réformes, et le recours ultime aux méthodes de contrôle direct par-dessus l'autonomie financière proclamée formellement. Fausse alternative
Dans l'ensemble, le projet de réforme bureaucratique à visage « humain » a échoué, la base populaire de soutien au centrisme de Gorbatchev s'est effondrée. Ses marges de manœuvre entre les conservateurs et les libéraux radicaux tiennent encore aux faiblesses des projets des uns et des autres ; mais il s'agit
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В HOMEPE: Pour aider à l'émergence d'une gauche anti-bureaucratique en URSS, l'Internationale a éditée à Moscou une revue d'analyses et de débats en russe, Intervzglyad, au début des années 1990. plutôt de tentatives de gestion du désordre que de réformes. Le recours en dernier ressort à l'appareil du Parti dans le KGB et l'armée pour maintenir un pouvoir du centre contre l'éclatement chaotique de l'Union est loin d'être solide tant est profonde la crise d'ensemble du système. La répression peut être un recours de diverses variantes en présence, depuis les néo-staliniens jusqu'aux partisans du capitalisme, en passant par le centrisme gorbatchevien. Les pseudo-démocrates libéraux ne seront prêts à s'opposer à l'usage de la répression que dans le cas où celle-ci vise au maintien des anciens pouvoirs. Seules les résistances de masses pourront empêcher le recours à la force pour étouffer les conflits sociaux et nationaux croissants
Avec la grève des mineurs, la classe ouvrière soviétique a réalisé une première expérience d'auto-organisation qui marquera les prochaines luttes. Les regroupements indépendants de travailleurs au plan socio-politique ou syndical qui se sont multipliés à diverses échelles, les actions locales éclatées contre les pouvoirs bureaucratiques, la participation massive aux élections et aux fronts nationaux sont autant de manifestations d'un ¡ éveil politique majeur. Mais elle n'est pas dotée d'organisations indépendantes avançant des réponses programmatiques cohérentes lui permettant d'éviter la fausse alternative qu'on ne cesse de lui présenter: néo-conservatisme adoptant un langage de classe ou libéralisme marchand au discours anti-bureaucratique radical.
Notre tâche centrale en URSS est d'aider à briser cette fausse alternative Elle est de soutenir toutes les expériences et les premiers points d'appui de l'auto-organisation des travailleurs, si fragiles, confus et embryonnaires soient-ils, tant sur le plan syndical que sur celui, essentiel aujourd'hui, de formes autogestionnaires de réponse à la crise. Difficultés de la restauration capitaliste
Des différences majeures continuent à distinguer la situation en URSS et celle des autres pays de l'Europe de l'Est (poids socio-économique du prolétariat, racines historiques de la révolution d'Octobre, décennies d'autarcie et ampleur des ressources, durée et profondeur de la cristallisation bureaucratique avec ses ramifications criminelles incarnées par la mafia...) : mais les caractéristiques d'ensemble de la crise affectent aussi l'URSS et infléchissent la dynamique des réformes dans un sens capitaliste. En même temps, la difficulté de la restauration et donc les polarisations dans l'appareil bureaucratique sont encore plus grandes en URSS qu'ailleurs. Le rôle « centriste » de Gorbatchev y trouve ses marges d'expression pragmatiques, mais il apparaît comme de plus en plus paralysé entre la seule alternative cohérente : restauration capitaliste ou démocratie socialiste
On est passé à une phase de décomposition chaotique des anciennes structures de pouvoir, qui peut durer car la restauration capitaliste y sera encore plus difficile qu'ailleurs et les réponses socialistes sont pour l'instant marginales. Les points d'interrogation majeurs face au chaos grandissant concernent les réactions ouvrières, d'une part et d'autre part les diverses
variantes possibles d'intervention de l'armée (dans un sens néo-stalinien, ou au contraire pour imposer la dictature du marché) ; enfin, demeure incertain le niveau étatique de contrôle des choix face aux conflits de pouvoirs entre Républiques et centre. Alignement sur les intérêts impérialistes C'est sur le plan international que l'offensive gorbatchevienne a le plus rapidement bouleversé l'image de l'URSS héritée de la période stalinienne et brejnevienne. Les difficultés internes ont conduit à la remise en cause de la course aux armements ; à une systématisation de la politique de « coexistence pacifique » ; au « désengagement » soviétique accompagné d'une idéologie du compromis social à l'échelle planétaire. Cela a facilité un rapprochement historique avec la social-démocratie et produit des effets mondiaux contrastés. Mais avec le creusement de la crise, on est désormais entré dans une nouvelle ère. L'URSS y est réduite à ce qui reste d'elle-même. Les prétentions du Kremlin ne peuvent même plus être la coexistence pacifique entre systèmes, mais un simple alignement sur les intérêts impérialistes pour en obtenir les crédits. La popularité de la nouvelle politique gorbatchevienne reposait sur l'illusion que les ententes entre gouvernements des systèmes existants peuvent résoudre les problèmes de la paix, de la pollution, des droits de l'homme. La crise du Golfe montre à l'inverse qu'elle facilite les politiques d'interventions militaires impérialistes dans les soi-disants conflits régionaux. Quant aux crédits, ils sont devenus en retour un moyen redoutable d'ingérence de la bourgeoisie mondiale dans les transformations intérieures de l'URSS comme des autres pays de l'Europe de l'Est et ceux du tiers monde. (...) Mexique 1982, le PRT a menée sa campagne électorale sous le slogan de Emiliano Zapata : « A bas ceux d'en haut, en haut ceux d'en bas ! ». 6 député(e)s du PRT ont été élu(e)s au Parlement.