L'ajustement structurel, ou l'économie du casino par Fabio Pereira* Le fameux Programme d'ajustement structurel annoncé par le gouvernement le 28 octobre dernier est la dernière tentative désespérée de maintenir l'actuel modèle de politique économique introduit par FHC depuis qu'il a occupé le Ministère des Finances à l'époque du gouvernement Itamar Franco, en avril 1993. Adapté d'après le "dernier cri" du consensus de Washington, il a permis au Brésil (ainsi qu'à la plupart des pays latino-américains) de réduire l'inflation qui a suivi la crise de la dette des années 80. Cela a été possible, d'une part, grâce à une politique de surévaluation de la monnaie (qui a fait chuter les prix des importations) et de libéralisation des mouvements des capitaux, d'autre part, du fait du maintien des taux d'intérêts très élevés. Ce sont des éléments qui ont conduit le Brésil à un degré d'endettement et de dépendance de capital spéculatif externe et interne jamais observé.
Le plan FHC/FMI est un "pari" de l'équipe économique qui a sponsorisé ce modèle. La fragilité de l'économie brésilienne est apparue clairement dès début de 1995, à la suite de la crise mexicaine. A la suite de la crise asiatique, à la mi-1997, même les économistes pro-gouvernementaux les plus convaincus, s'en aperçurent. Et le moratoire de la dette russe l'a révélé de façon dramatique pour le Brésil, car la crise financière menaçait même d'atteindre les | États-Unis et l'Europe, les actuels centres dynamiques de l'accumulation capitaliste.
Face à une fuite de capitaux qui a englouti, en moins de deux mois, plus de 30 milliards de dollars des réserves brésiliennes de devises, la première stratégie du gouvernement tut d'essayer de répéter les mesures adoptées fin 1997, qui ont réussie à recomposer et même à augmenter les réserves du pays à ce moment d'abord en augmentant le taux d'intérêts de 19 % à 29 %, puis, cela ne suffisant pas, en portant ce taux à près de 50%. Cela n'a pas fait s'arrêter l'hémorragie.
Menacé, avant même les élections, par la répétition du scénario russe au Brésil,
FHC a commencé à négocier un accord avec le FMI qui visait un emprunt capable d'assurer la recomposition des réserves à courte échéance. L'emprunt, conditionné à un programme d'ajustement fiscal, visait avant tout à rétablir la confiance des spéculateurs internationaux en la capacité du Brésil à honorer ses dettes internes et externes, à garantir le payement régulier du services de la dette et l'exportation de capitaux.
Le président parvint ainsi à réunir les ressources du FMI et des pays du G-7 pour affronter les turbulences immédiates (à travers l'accord de maintien de l'actuelle politique d'ouverture commerciale et financière, de privatisations...), en assurant aux créditeurs étrangers le paiement des dettes à courte échéance, qui atteignent quelques 50 milliards de dollars les douze prochains mois.
Le coût de cette politique est l'approfondissement de la récession, la perspective de l'accroissement du chômage et la césure brutale des dépenses des services publics essentiels. Et malgré tout c'est un programme fondé sur l'espoir de la reprise à courte échéance des flux de capitaux vers le Brésil. Donc la "réussite" du programme permettra tout au plus le maintien de l'actuelle politique économique pour quelque temps encore, car elle est visiblement insoutenable à longue échéance, au moins du point de vue de la croissance et de la distribution des revenus du pays. Non viabilité
La prétention du gouvernement de réduire de 28 milliards de réales (3% du PIB) le déficit fiscal en 1999, sur la base du programme annoncé, fait face à une série de difficultés, car sa capacité de freiner la crise, même dans les termes posés par l'actuelle politique économique, est beaucoup plus limitée que celle annoncée par
Le gouvernement ne lèvera pas les 15,8 milliards de réales supplémentaires qu'il estime pouvoir récolter grâce au programme. D'abord, parce les augmentations des tranches d'impôt conduisent difficilement à des augmentations dans la même proportion du recouvrement, comme le calcule le gouvernement. Ensuite, parce que la récession (entre 1% à 3% jusqu'à maintenant), diminuera la base sur laquelle reposent tous les impôts, ce qui va diminuer le recouvrement, au moins dans cette proportion. Ces données sont déjà confirmées par la chute du recouvrement de la recette fédérale en octobre. Les perspectives des finances du gouvernement ne sont pas optimistes pour les prochains mois :
1. Rien qu'entre septembre décembre 1998, l'augmentation des taux d'intérêts coûtera 11 milliards de réales, selon les calculs de la Gazeta Mercantil. Entre octobre 1997 et octobre 1998 cela a coûté environ 25 milliards de réales Voulant attirer le capital spéculatif, le gouvernement ne peut pas baisser sensiblement les taux d'intérêts. Le programme FMI/FHC annonce des taux d'intérêts moyens de 22 % en 1999, comme objectif. Ce qui, pour une inflation nulle est un scandale. Cela veut dire que sur une base de presque 400 milliards de réales, 80 milliards devront être payés en 1999, contre environ 72 milliards en 1998 et 45 milliards en 1997.
2. La récession et l'augmentation du chômage et de la misère vont faire augmenter la demande de dépenses des services publics.
3. L'impact de la récession sur le déticit des comptes courants atteint à peine 10 milliards de dollars en 1999. Cela signifie un déficit de 25 milliards pour l'année prochaine. Comme il y a aussi les dettes à court terme de près de 50 milliards, le Brésil devrait être capable d'attirer en investissement direct, en capital spéculatif et en refinancement, pratiquement la même quantité de ressources qu'il a réussi a attirer en 1997, avant la crise — ou sinon, dépenser ses réserves.
Ainsi, même si le gouvernement parvient à réaleiser toutes les mesures qu'il propose, l'ajustement proposé ne parviendra pas à stabiliser l'économie. La probabilité majeure est que le "pari" de la reprise du flux des capitaux, échoue partiellement ou totalement. Le résultat sera une grave crise monétaire et une récession aggravée, qui conduira à une dévaluation du réale dans un pays pratiquement déjà dépourvu de réserve de devises. E * Fabio Pereira est membre de la direction régionale du PT de Sao Paulo et militant de la tendance Démocratie socialiste. L'article reproduit ici a été publié dans Em Tempo n° 304 de novembre 1998. Force est de constater que la crise financière qu'il annonçait a, depuis, eu lieu et que l'adoption par le Congrès du plan d'ajoustement analysé ici ne l'a pas stoppé.