Inprecor 1974–2004

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GRÈCE

L'Alliance Rouge-Verte : notre réponse au défi des temps nouveaux

· Inprecor n° 432, février 1999 · p. 15-16 · 1 931 mots

Grèce et Turquie Écologie

au défi des temps nouveaux par Yannis Banias* U tions communales, et malgré les n mois est passé depuis les élecefforts du gouvernement et des partis parlementaires en vue d'embellir et de retoucher les résultats, nous pouvons conclure que les messages envoyés tant par le vote populaire que par les très importants taux d'abstention et de votes blancs, sont absolument clairs : ce qui s'est exprimé fut le très grand mécontentement pour la politique menée par le gouvernement. constaté une perplexité diffuse provenant du manque d'alternatives globales. Les listes basées sur des accords même partiels, qui avaient à proposer quelque chose de crédible, ont été récompensées, tandis que les listes et expériences hermaphrodites de centre-gauche ont été désavouées. Pourtant, une fois de plus, il fut manifeste que le morcellement et la division des forces de gauche n'offrent pas de débouché et empêchent l'expression du mécontentent et de la contestation. En conclusion, il a été confirmé que le système bipolaire se maintient. Le PASOK ne veut pas...

Le paysage post-électoral présente un grand intérêt et une grande mobilité. Le gouvernement et la direction du PASOK persistent dans la logique de la voie néoliberale à sens unique. Ils misent surtout sur quatre éléments afin d'absorber les problèmes et les crises provoquées par leurs choix :

a) la certitude que l'adhésion de la Grèce à l'Union Monétaire Européenne jouera à la longue en leur faveur ;

b) les appuis que leur garantissent les rapports de force existant dans le mouvement ouvrier et l'hégémonie du syndicalisme gouvernemental ;

c) le manque d'alternative globale sur le terrain politique ;

d) enfin, ils misent sur leur capacité à serrer les rangs et à discipliner les forces de leur parti aux moments critiques, en profitant du fait que l'exploitation du pouvoir agit comme force notre réponse centripète et unificatrice.

Le pouvoir du PASOK est en train de vaciller mais continue à rester solide. Il n'est pas menacé au niveau de la direction par l'opposition interne qui n'a pas été constituée au nom d'une autre stratégie et d'une conception différente de la question du pouvoir.

Cependant, il ne faudrait pas sousestimer l'importance de l'opposition à la politique dominante du gouvernement de la part des forces qui se trouvent à la base du PASOK ou des cadres moyens et surtout de ceux qui travaillent dans les mouvements de masse. Nous nous Le Premier ministre Kostas Simitis (PASOK) avait la prétention de chevaucher le destrier de M. Thatcher (cf. Inprecor n° 426 de juillet-août 1998). Finalement. c'est une bète pas très moderne qu'il chevauche... (dessin paru dans Spartakos) référons à ses cadres qui déclarent publiquement appartenir à sa tendance de gauche, et qui ont manifesté leur opposition en actes à plusieurs reprises. L'efficacité de leur résistance dépendra du développement global des luttes et des mouvements sociaux. Ceci étant la direction du PASOK semble disposée à faire quelques ouvertures, sans pourtant changer les lignes directrices de sa politique, afin d'éviter des problèmes causés par l'usure normale du pouvoir, et s'assurer un plus large consensus social

Grèce et politique. Le débat ouvert plus systématiquement après les élections sur l'éventualité des gouvernements de coalition sert exactement cette orientation. ...et la gauche ne peut pas

La Coalition de Gauche (''Synaspismos") participe désormais officiellement à la recherche de telles alliances gouvernementales. La récente résolution du Comité Central Politique de Synaspismos en fut révélatrice, bien que par la suite, elle ait été interprétée de façon multiple et contradictoire. En effet, c'est la première fois qu'a été posée si clairement la question de la formation d'un gouvernement de coalition avec le PASOK dans un proche avenir.

L'interprétation de la Résolution tentée par quelques cadres du Courant de Gauche de Synaspismos, selon laquelle il s'agit d'un guide et d'un outil en vue des alliances et des actions qui, dans l'avenir, pourraient transformer les rapports de force et créer un nouveau bloc des forces candidates au pouvoir, est intéressante mais ne paraît pas être celle qui domine. Et puisque Synaspismos a déjà payé cher dans le passé sa très opportuniste tendance à « se tenir debout à la fois sur deux barques », il est maintenant contraint de répondre clairement à ces dilemmes. D'autant plus que les tendances actuelles en Europe pressent Synaspismos de prendre rapidement des décisions sur ce sujet. Il est certain que les coalitions gouvernementales en France, en Italie et en Allemagne, malgré leurs différences, constituent des modèles même pour la Grèce. L'insistance avec laquelle Synaspismos parle de l'inexistence actuelle mais aussi de l'impossible réunion, dans un avenir prévisible, des * Yannis Banias est le leader historique de l'AKOA (Gauche Rénovatrice Communiste et Écologiste). L'AKOA est la continuation de l'ancien P.C. de l'Intérieur (dont Yannis Banias fut le Secrétaire Général pendant 10 ans) après que la majorité de ses militants aient opté pour l'eurocommunisme, ce qui les a amenés plus tard à fonder Sinaspismos ensemble avec des dissidents du KKE.

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•Grèce conditions propices à l'émergence d'un « autre PASOK » avec lequel il pourrait collaborer, ne résistera pas longtemps au besoin de prendre enfin une position concrète sur la question du gouverne-

Au contraire, l'autre pôle de la gauche parlementaire, le KKE (Parti Communiste Grec), est totalement négatif en ce qui concerne la question de sa participation à des alliances gouvernementales Synaspismos, le DHKKI (1) et d'autres forces politiques. Il considère avec raison que de tels gouvernements ne pourront que gérer, d'une façon ou d'une autre, les choix néolibéraux. II proclame la nécessité de constituer des Maastricht, l'UM et la politique du gouvernement. Cependant, le fait qu'il présente de graves lacunes dans sa vision et sa stratégie codifiées par sa ligne « cinq partis, deux politiques » (2), rend le KKE incapable d'émerger en tant que force dirigeante et de contribuer sérieusement à la construction de ces fronts et alliances tant nécessaires. Et cela parce que les fronts anti-néolibéraux ne se construisent pas seulement au niveau social et les alliances ne se nouent pas sans qu'il y ait des alliés. La faiblesse et le refus de la direction du KKE de comprendre et de mettre en valeur la dynamique déclenchée par la liste "d'Union" à la mairie d'Athènes (3), est très didac1. DHKKI, Mouvement Démocratique et Social, parti parlementaire provenant d'une scission en 1995 du PASOK. Il adhère aux Marches Européennes. 2. « Cinq partis, deux politiques » veut dire que seul le KKE prône une politique qui se différencie de celle de quatre autres partis parlementaires. Donc, le KKE considère que la droite, le PASOK, Synaspismos et le DHKKI partagent tous la même politique sans aucune distinction ! 3. La liste unitaire ou "Symparataxi" ayant à sa tête Léon Avdis, une personnalité très respectée et non sectaire du KKE, était composée par le KKE, l'AKOA et la "Politique Écologiste" (les Verts (10,3%) a été largement supérieur au score habituel du KKE à Athènes ville. La direction du KKE semble ne pas apprécier cette expérience qui tendait à libérer une dyna4. Les composantes initiales du projet de l'Alliance Rouge-Verte sont l'AKOA, la "Politique Écologiste" et OKDE-Spartakos (section grecque de la IVe Internationale). Il clair que cette Rouge-Verte restera ouverte à toute autre force anticapitaliste ainsi qu'aux initiatives d'extrême gauche et autres collectif locaux qui ont fait des scores assez prometteurs aux dernières élections communales.

tique de ce point de vue. Oser maintenant !

Dans le paysage de crise généralisée, de récession et de chômage partout en Europe, qui est dû aux choix dominants du capital, ce qui est nécessaire est un changement radical d'orientation et non des replâtrages à l'intérieur du cadre constitué par Maastricht et l'UM. Penser que ce cadre permet l'application des politiques de solidarité sociale et l'adoption des mesures qui renforcent la cohésion sociale, est un mensonge conscient ou, du moins, une illusion impardonnable. Les forces de gauche ne peuvent pas servir cette perspective de changement radical en participant à des gouvernements qui respectent la logique de Maastricht et de l'UM. Le rôle de la gauche doit être totalement différent aujourd'hui. Elle devra prendre la tête des luttes et des mouvements de contestation et de résistance au modèle néolibéral et aux politiques qui se mettent à son service, proposer des alternatives et contribuer à la formation d'un nouveau et puissant bloc des forces sociales et politiques, doté d'une perspective anticapitaliste L'attitude face à ce problème doit constituer le critère principal pour la collaboration des forces de la gauche et de l'écologie ainsi que pour la construction de l'unité sur des bases solides.

Cette entreprise ne peut pas avancer en respectant des logiques de gouvernabilité du centre-gauche, d'hégémonisme et de retranchement. Ceci est démontré quotidiennement dans la pratique. La question critique est alors, s'il y a d'autres forces qui dépassent les logiques du KKE et de Synaspismos, quelles initiatives doivent prendre ces autres forces et si elles peuvent atteindre la dimension minimale qui est nécessaire afin que leur tentative ait un impact et une suite. Les expériences de telles tentatives entreprises dans le passé, ne sont guère positives. Pourtant, il y a maintenant quelques nouveaux éléments, et surtout une plus grande mobilité sociale tant en Grèce qu'au niveau européen, qui permettent d'être plus optimiste en ce qui concerne la période en cours. Le premier pas à faire immédiatement est que ces forces unissent leurs efforts. Nous proposons d'oser constituer, ici et maintenant, un réseau des forces de la gauche radicale, de l'écologie combative et des mouvements sociaux, qui ne se reconnaissent pas dans les partis représentés aujourd'hui au Parlement national ou au constituer une Alliance Rouge-Verte. Une alliance qui n'abolira pas l'autonomie de ses composantes (4), mais qui coordonnera leur action sur une base stable grâce à des structures et des

La deuxième condition nécessaire est que cette alliance soit constituée sur quelques principes et qu'elle formule des alternatives concrètes concernant les grands problèmes de notre époque. Les données actuelles nous convainquent que cela est absolument faisable à condition que chaque composante ne mette pas en avant l'ensemble de ses conceptions. Le terrain idéologique et politique en vue d'une telle convergence et d'un tel accord est déjà largement préparé. Le champ d'action central de l'Alliance Rouge-Verte devra être composé des luttes de classe, des mouvements sociaux et de tout ce qui est travail de masse. C'est ça la priorité absolue où nous devrons jeter tout notre poids. L'Alliance Rouge-Verte doit avoir un caractère par excellence "mouvementiste". Pourtant, elle ne devra pas sous-évaluer l'importance de son intervention parallèle au niveau central politique et électoral. La bataille des élections européennes constitue un premier défi intéressant, qui pourra être affronté par l'Alliance Rouge-Verte de façon satisfaisante et réussie. Personnellement, je crois que sont réunies tant les conditions, que la nécessité politique pour que ce nouveau pôle des forces radicales et anticapitalistes puisse se présenter aux élections européennes de Juin 1999 avec sa propre liste électorale. Ceci étant un premier pas vers sa présence autonome dans la vie politique du pays, on ne pourra pas exclure dans l'avenir la recherche des alliances et accords électoraux avec les autres forces de gauche. Evidemment, à condition qu'elles le veuillent aussi. Une très grande importance doit être attribuée aussi à la dimension européenne d'une telle initiative. Le mieux serait une liste rouge-verte au niveau européen. Cependant, ce qui doit être poursuivi dès le début est le contact et la collaboration plus stables avec les mouvements multiformes et les initiatives politiques correspondantes, qui se développent au niveau européen. Et tout cela avec comme ambitieux horizon théorique de formuler tous ensemble le Manifeste de l'an 2 000 qui sera le précieux instrument de lutte dont on aura besoin dans l'époque nouvelle.

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