Autodeterminación
par Ernesto Herrera* e processus de négociations ouvert en
Euskadi a un impact important dans les rangs de la gauche en Amérique latine, tout particulièrement pour les organisations engagées jadis dans la lutte armée. On sait que des dirigeants du FSLN (Nicaragua), du FMLN (Salvador) et du MLN-Tupamaros (Uruguay), ont tenté en vain d'intercéder auprès de l'ETA avant que le conseiller municipal du Parti populaire, Miguel Angel Blanco, ne soit exécu-
Ces derniers jours, de nouveaux détails ont été rendus publics, notamment à propos d'une médiation entre l'ETA et le gouvernement espagnol qu'auraient tentée les Tupamaros épaulés par des officiers des Forces armées d'Uruguay.
Le 26 juillet 1997, le supplément Convivir du journal néolibéral uruguayen El Observador Economico a publié une longue interview du député José Mugica, un dirigeant historique du MLN-Tupamaros (Mouvement de libération nationale-Tupamaros). Dans un encadré intitulé « l'ETA acculée », le dirigeant tupamaro faisait part de son opinion sur l'organisation armée et le nationalisme basque.
« Les membres de l'ETA sont-ils des militants en armes ? » questionnait le journaliste. Mujica répond : « A ce niveau, je ne sais pas qui sont les membres de l'ETA, s'ils sont fous, tarés, infiltrés, je ne sais pas. Ou des gens acculés par le fanatisme. Les conflits nationaux engendrent des degrés de fanatisme inimaginables. Trente ans, c'est beaucoup. Beaucoup de haine accumulée, beaucoup de désir de vengeance. Et ce n'est pas bon pour raisonner. » * Ernesto Herrera, dirigeant du Parti socialiste des travailleurs (PST, section uruguayenne de la IVe Internationale), est membre de la Comission internationale du Frente Amplio (front d'unité de la gauche uruguayenne).
Les
et la trê
Ces déclarations exprimaient une prise de distance du dirigeant tupamaro avec la lutte armée menée par l'ETA et avec le nationalisme basque. Mais elles confirmaient aussi une conversion particulière, qui s'inscrit dans une logique de réalisme politique, selon laquelle, dans le cas de l'Uruguay, la gauche devrait agir « dans le respect des règles du capitalisme » (cf. l'hebdomadaire Busqueda du 30 avril 1998). Cette nouvelle conception stratégique, justifiée par un rapport de forces jugé défavorable aux propositions révolutionnaires, a même conduit le MLN à proposer d'inclure dans le programme du Frente Amplio, la proposition d'un gouvernement d'unité nationale pour résoudre la crise économique et répondre aux effets des politiques néolibérales. Dans cette optique, les indices n'ont pas manqué de la volonté du MLN de se constituer en une espèce d'interlocuteur autorisé entre la gauche et les cercles du pouvoir, y compris
Uruguay / Pays Basque
Tupamaros
ve de l'ETA
les militaires. Porte-parole des Tupamaros et des militaires
Le 8 mars dernier, le journal La Republica annonçait que les Tupamaros et des militaires uruguayens auraient participé à une médiation entre le gouvernement espagnol et l'ETA. Selon ce journal, cette médiation visait à « multiplier les efforts pour construire un mécanisme de dialogue et participer au processus de négociation ouvert au Pays basque depuis le 16 décembre 1998 avec la trêve unilatérale décrétée par l'ETA (...) Les négociations se seraient déroulées dans différents pays en Amérique latine et en Europe, et ont été tenues secrètes pendant des mois par les protagonistes. »
Le lendemain La Republica publiait l'interview d'un des principaux dirigeants tupamaros, Eleuterio Fernandez Huidobro,
Uruguay / Pays Basque qui confirmait les faits et se livrait à une analyse des conditions de la collaboration entre "vieux ennemis" dans des circonstances et sur des points particuliers. « Je suis le porte-parole des Tupamaros et des militaires uruguayens qui y ont participé », précisait-il.
« Je dois dire que les opinions que j'exprime sont celles du porte-parole des dirigeants vivants les plus anciens du MLN, Mugica, Marenales et moi-même, qui avons mis en œuvre cette initiative, et des militaires uruguayens qui se sont joints à nous dans cet effort, et dont j'ai pu recueillir l'avis avec toutes les difficultés qu'ont peut imaginer dans pareil cas. Je ne vais donc m'exprimer que sur ce que je suis autorisé à dire, pas au-delà.
En premier lieu, je veux souligner qu'ont participé à cette entreprise des militaires de tout rang des trois corps d'armée, du simple soldat à des officiers de haut rang. Également des militants anonymes du MLN, qui ne s'exprimeront pas dans les médias, des militants de la gauche latino-américaine, des militants de l'ETA et des fonctionnaires du gouvernement espagnol.
A tous ceux qui ont participé à ce processus délicat et laborieux, nous adressons nos félicitations pour le travail accompli, et pour l'effort commun, indépendamment des positions idéologiques et politiques de chacun. Ce sont des félicitations pour la qualité du travail, la loyauté et le respect de la parole engagée.
En second lieu, je tiens à préciser que nous étions liés par un engagement de discrétion. Et que nous nous y sommes tenus avec succès tout au long de ces mois, et même de ces années. Ce ne fut pas facile. Au début peu de personnes étaient au courant. L'an passé davantage de participants se sont trouvés impliqués sans que des fuites n'alertent la presse.
Ces derniers mois, pourtant, et je pense que La Republica le savait, différentes versions ont circulé dans le pays, ailleurs peut-être aussi, qui cherchaient clairement à nuire au processus en cours (...) Ce sont des gens qui s'opposent à la paix et ne voient pas avec sympathie que l'on puisse œuvrer en commun dans ce sens, et cherchent à semer la zizanie et à susciter des fantasmes sans fondement.
En troisième lieu, je tiens à préciser que l'information publiée dans les colonnes de La Republica est fondamentalement exacte et journalistiquement correcte. Pourtant elle n'est pas complètement exacte. Les deux parties au nom desquelles je m'exprime tiennent à préciser que nous ne considérons pas notre participation comme un élément "clé" dans la proclamation de la trêve par l'ETA et l'ouverture d'un processus de négociation.
Les éléments clés sont ceux qui se sont produits en Espagne et au Pays basque, dont les protagonistes étaient espagnols et basques. Quant à nous, nous avons seulement apporté une contribution. Et nous n'avons certainement pas été les seuls à le faire. Nous avons apporté notre petit grain de sable. Les protagonistes clé et décisifs, ce sont les Basques et le gouvernement espagnol.
Nous avons seulement apporté notre appui pour ouvrir un chemin pour préparer la possibilité de la paix. Nous n'avons participé à aucune négociation. C'était du ressort exclusif des Basques, du peuple et de l'État espagnol. Nous avons aidé à aménager des espaces pour un accord ; au-delà, c'était une question qui nous dépassait, qui relevait seulement des Basques et des Espagnols.
Je tiens encore à féliciter de nombreux dirigeants de la gauche latino-américaine qui ont collaboré à cette entreprise, et dont le soutien politique et la discrétion ont permis d'arriver à bon port.
En résumé, nous ne voulons pas sousestimer notre effort, mais plutôt lui donner sa juste place. Nous tenons à exprimer encore notre énorme respect pour le Pays basque, pour le peuple basque et pour le peuple espagnol. Personnellement, je voudrais ajouter que je suis partisan de l'autodétermination du peuple basque. C'est ma position politique. Je ne suis pas sûr qu'elle soit partagée par les militaires uruguayens ou les autorités espagnoles, mais nous avons pu travailler ensemble sans que personne ne renonce à ses convictions personnelles n° spécial
IVe internationale
1938
1998
Voilà ce que je suis autorisé à dire. » La confiance entre vieux ennemis Fernandez Huidobro, aujourd'hui assesseur pour les questions militaires du candidat du Frente Amplio aux prochaines élections présidentielles, Tabare Vazquez répond ensuite à des questions spécifiques sur la question de la "médiation" Interrogé sur l'aval éventuel donné par leurs supérieurs aux militaires qui ont participé à cette initiative, il répond en réitérant une thèse déjà avancée en différentes occasions par le MLN, à propos des relations mutuelles entre les ex-combattants d'un conflit armé « Je ne sais pas, je pense que non, mais je ne peux pas l'affirmer. Je ne peux pas savoir jusqu'où étaient impliqués le gouvernement uruguayen et le ministère de la Défense. Cet élément ne nous a d'ailleurs pas paru déterminant quand nous avons décidé d'y participer. Ce qui nous importait, c'était la connaissance directe des personnes impliquées et la confiance que nous nous inspirions mutuellement, en qualité de "vieux ennemis", de la fidélité à la parole engagée dans des circonstances données. Cela s'est fait indépendamment des conceptions différentes qui nous animent et des dettes pendantes pour des actions passées. Nous avons en commun des expériences d'affrontements où le sang a coulé en Uruguay, et nous nous sentons tenus d'aider à mettre fin à une expérience douloureuse. Nous nous sommes retrouvés sur une question très ponctuelle, pour voir si nous pouvions être d'un quelconque secours. »
Le numéro spécial de 68 pages d'Inprecor, qui retrace les analyses et les combats de la IVe Internationale depuis sa fondation en 1938 est encore disponible.
Vous pouvez le commander au prix de 60 franes l'exemplaire. Nous consentons une remise de 10 % (soit 54 francs l'exemplaire) pour des commandes groupées de 5 à 9 exemplaires et une remise de 20 % (soit 48 francs l'exemplaire) pour des commandes de 10 exemplaires et plus...