Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ITALIE

Rapport de Fausto Bertinotti (extraits)

Inprecor n° 434, avril 1999 · p. 20-21 · 983 mots

Italie

DOCUMENTS Nous publions ci-dessous des extraits du rapport de Fausto Bertinotti et des interventions de Livio Maitan et Marco Ferrando.

Fausto Bertinotti :

« Il existe désormais une alternative qui divise la socialdémocratie » N de démocratie malade. Nous avons ous vivons désormais sous un régime dénoncé avec force la tendance vers un régime blanc, avec le risque de ne pas être compris. La crise de la démocratie n'est pas, comme le prétendent les apologistes de l'alternance et du bipolarisme, une crise de transition vers une démocratie normale. Il s'agit de la crise et de l'attaque contre toute forme de démocratie participative. C'est une crise de représentation et de représentativité. C'est la prédominance des pouvoirs forts et l'hégémonie de la pensée unique. Le conflit social est pénalisé et diabolisé. Le conflit politique est obscurci et discriminé lorsqu'il se situe en dehors de l'alternance. (...) Les institutions de la démocratie représentative sont vidées de leur contenu. Les assemblées électives, à commencer par les conseils municipaux et jusqu'au parlement, ne décident pas, elles ratifient les choix du pouvoir exécutif. Le mandat s'obscurcit et la politique se sépare du pays réel. Ainsi, la méfiance, la désaffection, l'abandon prolifèrent. Ainsi, tant de monde ne va plus voter.

(...) La définition de la ligne politique est liée aussi au processus de construction d'une nouvelle identité des communistes et pose deux questions majeures qui restent ouvertes : celle de la stratégie de la transformation de la société capitaliste et celle de la forme d'organisation de la politique et des sujets de la transformation. Ce sont deux questions gigantesques que la fin du siècle nous transmet sans solution et les transmet sans solution au siècle prochain (...) || s'agit de tirer le bilan d'un siècle d'assaut du ciel tenté par le mouvement ouvrier, avec les erreurs et la faillite dramatique des expériences étatiques qui se sont concrétisées. Nous sommes les enfants aussi bien de cet assaut que de sa défaite. La notion de révolution a été le point le plus élevé de la politique et celle

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de Marx en a représenté le sommet. Aujourd'hui nous vivons une crise de la politique qui entraîne la crise de l'idée de révolution alors que la théorie de la révolution chez Marx, le point le plus haut de la politique, nous apparaît, à nous aussi, comma mûre face aux grands changements que le capitalisme est en train de déterminer. Par conséquent, alors que nous éprouvons tout le besoin d'une théorie de la révolution, c'est-à-dire du dépassement de l'état des choses existant, du dépassement du capitalisme, nous sentons que cette tâche sera accomplie par des voies différentes de celles élaborées par un état-major, par des voies que nous ne sommes pas encore en condition de voir, mais qui mettront ensemble nécessairement la recherche théorique, l'expérience et la pratique sociale, le vécu des sujets, les passions de l'être humain, sa culture. L'exploitation et l'aliénation, la perte de soi-même, les contradictions violentes du nouveau capitalisme, la réapparition du thème de la crise révèlent la maturité de la transformation. En revanche, l'immaturité se situe au niveau subjectif. Notre époque démontre le bien-fondé de la deuxième prophétie de Marx, que notre siècle a obscurcie, la prophétie selon laquelle, si la lutte de classes ne débouche pas sur le développement d'une civilisation différente et supérieure, les classes en lutte peuvent courir toutes les deux à leur ruine et produire une véritable crise de la civilisation.

Notre projet n'est pas une fuite en avant ni la réaffirmation de vieilles certitudes : c'est plutôt une "multicentralité".

Non pas une "nouvelle centralité", mais l'idée du caractère polycentrique de la construction de l'alternative au capitalisme, à ses formes de domination et d'aliénation. Dans cette hypothèse, les porteurs de la contradiction de l'environnement et de celle du genre sont des interlocuteurs indispensables dans la confrontation avec ceux qui viennent de l'histoire du mouvement ouvrier. (...)

Il existe désormais une alternative qui est soutenue par des forces diverses, dans l'opposition, au gouvernement et dans les syndicats, une alternative qui divise la social-démocratie. C'est l'alternative que nous proposons comme possible aujourd'hui en Italie et en Europe. C'est ce qu'on appelle une politique néo-keynésienne pour mettre en relief son caractère alternatif à la politique néolibérale. C'est l'idée d'une politique qualifiée de la dépense qui se fixe l'objectif de la lutte contre le chômage comme priorité et comme guide de la politique économique toute entière et qui redonne à l'intervention publique un caractère structurel, capable de produire des facteurs nouveaux de développement et d'organisation de la société. C'est une idée de changement de tout le cadre de référence de la politique économique de l'État. C'est un affrontement qui peut traverser, et traverse, les forces productives, mais c'est un affrontement décisif, en lien avec lequel il est possible de faire mûrir une perspective différente pour le travail. En opposition à la ligne de la précarité et de la flexibilité, le soutien et la valorisation du travail pourraient non seulement être revendiqués par en bas, mais aussi introduits par en haut, par une législation nouvelle sur le temps du travail, les droits sociaux, voire se placer, par un défi nouveau et progressif, sur le terrain décisif de l'environnement et de l'État-providence, des droits de la personne et de la reproduction sociale, allant de l'éducation au système des retraites. Voilà l'affrontement général de la phase actuelle. On pourrait dire, en résumé, que c'est l'affrontement entre l'importation du modèle social nord-américain et la relance, par la réforme, de la civilisation européenne. (...)

Le discours sur le parti n'est pas facile, c'est un discours dans une large mesure inachevé ou, si vous voulez, a recommencer. Nous devons reconnaître que notre parti, tel qu'il est, n'est pas apte pour l'accomplissement des tâches que nous nous fixons. Il faut reconnaître que s'impose un renouveau profond de sa culture politique, de sa façon d'être, de ses structures. Nous avons un grand besoin d'une auto-réforme du parti.

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