Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ALLEMAGNE, DÉBAT DANS LA GAUCHE RADICALE

Bernstein, Brie et la guerre

· Inprecor n° 435, mai 1999 · p. 27-28 · 946 mots

Allemagne Chine

ET

PAIX

Une controverse au sein de la gauche radicale en Allemagne

Un article de notre camarade

Winfried Wolf, député

Bundestag apparenté PDS, dans le quotidien berlinois Junge Welt (du 26 février 99) a provoqué d'âpres réacparti. Cette polémique éclaire les enjeux du débat en cours au sein du PDS, en particulier entre son aile issue de l'ancien parti d'État est-allemande et celle qui provient de la tradition antiautoritaire de l'extrême gauche ouest-allemande. Voici les documents de la polémique. Bernstein, Brie et la guerre maintes reprises, André Brie — qui, en quittant la direction du PDS, a déclaré ne pas cesser d'agir en tant que « penseur en chef » du parti — se réfère au politique et théoricien social-démocrate Édouard Bernstein Sur le nouveau site web de Brie ainsi que dans une interview d'une page entière dans le Neues Deutschland. ancien organe central du parti du temps de la RDA et aujourd'hui quotidien proche du PDS, le penseur en chef déclare : « Il est effroyable de mesure les anathèmes idéologiques de la RDA continuent de fonctionner et, pire encore, dans quelle mesure la richesse intellectuelle de Bernstein reste inutilisée » (1).

En règle générale, en entendant le nom

Bernstein, on se rappelle sa sente tout ». Brie, en tant qu'érudit des écritures, répond à cela que Bernstein n'aurait « jamais dit ça comme ça » dixit Brie dans le même interview du

Neues Deutschland. En fait, Bernstein ne l'a pas exprimé « comme ça », mais il l'a formulé d'une manière plus aiguë, plus tranchante. Il écrit dans le

Neue Zeit en 1898 : « Le but final, quel qu'il soit, pour moi ne signifie rien, le

Normalement, on identifiera le socialisme et le « chemin » au « réformisme » ou « révisionnisme ». Des camarades voudront considérer cela comme des idées abstraites et revêtant d'importance lui, était justement un praticien, et à son époque comme aujourd'hui, « la » question décisive concernant le « chemin » était celle de la guerre ou de la paix, celle de savoir si la gauche dit ou non « oui à la guerre impérialiste ». Et si nous ne laissons pas « inutilisée » la richesse intellectuelle de Bernstein, mais nous plongeons dedans concernant cette

1. Neues Deutschland du 13 février

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A

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question, nous allons tomber sur ça Bernstein fut le premier penseur en chef qui a jeté un fondement théorique justifiant le « oui à la guerre impérialiste » - 15 ans avant le vote du SPD en faveur des crédits de guerre en 1914. En 1899, Bernstein s'exprima à propos de la politique coloniale allemande en Chine de la manière suivante:

L'occupation de Kiang sou par des troupes allemandes « n'a pas été le plus mauvais coup de la politique extérieure. Car le peuple allemand trouve son intérêt à ce que la politique commerciale de la Chine ne soit pas soumise à l'intérêt d'une seule puissance étrangère ou d'une coalition de puissances étrangères - bref, à ce que l'Allemagne ait son mot décisif à dire par rapport à toutes les questions concernant la Chine. Son commerce avec la Chine demande un tel droit d'objection. Dans la mesure ou seule l'acquisition de la baie constitue un moyen d'assurer à l'Allemagne un tel droit d'objection et de le renforcer (...) il n'y a, à mon sens, aucune raison pour que la social-démocratie s'insurge fondamentalement contre elle. » (2)

Les parallèles qui existent par rapport au débat actuel sont ainsi déjà visibles. Ici, on avancera comme arguments que l'Allemagne devrait préserver son influence en Europe, dans les Balkans, en Turquie etc. Devant la toile de fond constitué par les négociations de Rambouillet et par le rôle que comptent y jouer les USA, tout devrait être mis en œuvre pour qu'on ne soit pas soumis aux intérêts « d'une seule puissance étrangère ». Et pour qu'un tel engagement n'ait pas lieu dans le sillon de forces nationalistes allemandes, « l'Europe » devrait être renforcée.

« L'Europe, on arrive », c'était une des devises du PDS lors de son dernier congrès à Suhl en mars 1999. En vue du programme du parti pour les élections européennes, sur lequel ce congrès devait se prononcer par un vote, y était déjà déposé un amendement en faveur d'une troupe européenne de la paix ne se distinguant guère des objectifs que poursuivent les puissants de l'Europe à travers l'Union de l'Europe occidentale (UEO). Si cet amendement a été déposé, s'il y eut une majorité au sein de la direction en sa faveur et si ce passage de la plate-forme a fini par être rayé être rayé ultérieurement, alors il faut interpréter ce comportement comme le lancement d'un ballon d'essai.

N'en déplaise à certains :

le « oui » ou le « non » à la guerre impérialiste sera décisif quant à l'évolution ultérieure de la gauche et du PDS. Les prétextes vont être choisis soigneusement.

En

1990/91, une partie de la rédaction de

Konkret (3) a justifié son « oui » à la guerre contre l'Irak avec la nécessité de défendre Israël et avec sa lutte contre l'antisémitisme.

Edouard Bernstein a poursuivi, dans toute sa « richesse intellectuelle », le chemin vers le nationalisme à l'argument travers qu'il fallait faire reculer des puissances impérialistes étrangères. Et, bien sûr, un grain de vérité, dont il faudrait tenir compte lors de la formulation d'une politique socialiste, se retrouve toujours dans ces justifications. Mais sur le fond, elles ne servent toujours qu'à une chose : le retournement d'une gauche radicalement internationaliste en un soutien à la guerre, que ce soit sur une base allemande-nationaliste ou eurocentrique.

Winfried Wolf

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