Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GUERRE DES BALKANS

La guerre, l'Europe et la gauche

· Inprecor n° 435, mai 1999 · p. 3-6 · 3 275 mots

Paix et armements Ex-Yougoslavie Allemagne États-Unis

François Vercammen* a guerre est de retour en Europe: la perplexité et l'indifférence initiales ont cédé la place à une prise de conscience croissante de la gravité de ce qui se passe. Mais elle reste encore à distance, sauf aux deux paysfrontières : en Grèce, pays balkanique lui-même, et en Italie, véritable porte-avions. Le véritable choc est encore à venir : l'éventuelle invasion des armées américaine et européennes et leur affrontement, sur une large échelle, avec l'armée serbe.

Déjà, on peut dire que cette brutale offensive impérialiste pèsera de tout son poids sur la situation mondiale par au moins quatre biais importants: — la réhabilitation de la guerre à partir de deux raisons : par la technologie moderne, le recours à la guerre se voit doté d'une nouvelle "faisabilité" pratique et maîtrisée, y compris dans le monde "civilisé" (tout près de l'Europe et la Russie) ; sa nouvelle légitimité qui se substitue, pour regler les grands problèmes de l'humanité (sauvetage humanitaire, renversement de dictature, garantie des droits nationaux au sein d'Etats souverains, etc.), à l'activité politique et sociale de la société ; — la tentative, dans ce cadre, d'imposer "le nouveau concept" de l'OTAN : désormais garante des "grandes valeurs occidentales" dans le monde, et qui serait souveraine y compris par rapport à l'ONU ; — l'aiguisement de la rivalité entre les États-Unis et l'Europe, ramenée à un rôle subalterne sur le plan politique et militaire en Europe même. Ce qui poussera les classes dominantes vers la constitution d'une "Europe militaire"

Ces trois facteurs pris comme un tout stimuleront à coup sûr la recrudescence du militarisme dans le monde à partir des rivalités interimpérialistes (cf. aussi le Japon). — l'impact qui, à moyen terme, affectera les sociétés de l'Union Européenne (UE) : le "climat idéologique" ; les structures et les choix fondamentaux de la société ; l'espace démocratique, la gestion de la conflictualité sociale, la perception de la souveraineté des pays ; les capacités politique et auto-émancipatrices des classes et couches sociales subalternes. Déjà, la nature des différentes forces politiques et sociales et leurs réalignements ont reçu une forte impulsion.

L'issue concrète de la guerre pèsera lourdement sur ces développements. Les deux guerres

Les Balkans sont le théâtre de deux guerres qui se combinent. Cette combinaison a favorisé une immense manipulation des opinions publiques et engendré une grande confusion au sein de la gauche qui resiste

La première guerre, du point de vue chronologique, est celle de la caste au pouvoir à Belgrade qui essaye d'imposer la Grande Serbie par l'épuration ethnique au Kosovo. La deuxième, est celle, "humanitaire", menée par l'impérialisme occidental pour renverser Milosevic et son régime.

La guerre de Milosevic est directement liée à la décomposition de la Yougoslavie, à la transition violente au capitalisme, aux affrontements entre les différentes cliques (serbe, croate, slovène, bosniaque) issues de l'ancienne nomenklatura, se faisant la guerre pour s'approprier les richesses et les moyens de production.

Depuis 1991, les bourgeoisies européennes et américaines ont été partie prenante de ce processus de restauration capitaliste. Elles sont activement intervenues pour aider au démembrement étatique de l'ex-Yougoslavie : chacune pour son propre

La guerre,

l'Europe

et la gauche

compte elles ont appuyé les cliques nationalistes (Tudjman, Milosevic) pour stabiliser la situation. La dynamique déstabilisatrice a affecté l'ensemble de la région. Incapables d'y mettre fin, la faillite politique a frappé les classes dominantes de l'UE. Elles ont été obligées de faire appel aux États-Unis, qui y ont vu une belle occasion pour imposer la "nouvelle raison d'être de l'OTAN" et leur présence en Europe, désormais incontournable dans tout règlement politique de la guerre avec de juteuses affaires en perspective.

Il serait faux de choisir entre les deux camps, ce qui signifie préférer une classe dominante en guerre par rapport à l'autre, une solidarité par rapport à une autre

Le peuple kosovar et le peuple serbe souffrent, chacun dans sa situation, de l'oppression et de la brutalité de Milosevic. Les bombardements de l'OTAN se sont avérés être plus efficaces que Milosevic pour étouffer l'opposition démocratique, multi-ethnique et progressiste en Serbie et dans le reste des Balkans. Ils ont fourni l'alibi rêvé à Milosevic pour accélérer l'écrasement en cours des Kosovars, qu'il avait planifié depuis belle lurette : l'OTAN ne les a pas protégés et rien ne dit qu'elle ne passera pas un accord (pourri quant à leurs droits nationaux-démocratiques) avec Milosevic, qu'elle prétend vouloir éliminer. La bataille pour les opinions publiques

Les opinions publiques ne perçoivent pas la situation de cette manière. Après un flottement initial, l'OTAN a gagné, après trois semaines, la bataille. C'est sa version quant à la cause, le but et le moyen approprié de la guerre qui l'emporte : protéger la population kosovare contre Milosevic par des "frappes militaires". Avec à la clé une double promesse : une guerre humanitaire et de courte durée. Les "frappes" seraient parfaitement ciblées, ne tuant ni soldats occidentaux, ni * François Vercammen est membre du Sécrétariat unifié de la IV° Internationale.

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Fier de semer la mort et appliqué à l'ouvrage civils serbes (et à peine leurs soldats).

Autour de cette guerre "toute humaine" , les populations sont sollicitées d' aider matériellement les réfugiés kosovars. Le drame poignant, bien réel, a été utilisé pour une lourde mise en scène qui tente d'écraser toute compréhension politique de la situation. Les populations ont massivement répondu à ces appels.

Cette manipulation est pleine de contradictions. Mais son niveau le plus élémentaire, le problème qui pourrait être décisif, est la contradiction entre le but et les moyens : jusqu'à quand "les gens" vont-ils accepter ces bombardements de plus en plus dévastateurs (avec leurs " erreurs") pour cet objectif humanitaire alors que tout autour la barbarie monte.

Car s'il existe un appui massif dans la population (sauf en Grèce), touchée par le martyre du peuple kosovar, il est fragile. Il repose sur un mélange de plusieurs éléments où dominent la générosité et la compassion pour la souffrance. Le seul soubassement politique qui lui est donné par une propagande grossière et cynique, assimilant Milosevic à Hitler, et le martyre kosovar au génocide juif.

L'adhésion des population est doublement limité.

D'abord, il s'agit avant tout d'une aide pratique, matérielle immédiate, philanthropique. Selon les sondages (à prendre avec beaucoup de précautions), la générosité va jusqu'à accepter les réfugies dans les pays, y compris avec un statut "favorable" (ce que les gouvernements de l'UE, réunis, ont refusé par crainte de l'impact sur les élections européennes de juin). Mais il y a un autre aspect qui apparaît : il n'est pas question de mettre en question son "confort" (tout relatif) quant il s'agit d'accueillir personnellement des réfugiés. Pour résumer : "on est prêt à aider, mais que la guerre reste là-bas, et les déportés/réfugies aussi ; qu'on envoie à la limite les troupes là-bas, pour régler l'affaire une fois pour toutes!". Un consensus mou

Cela signale une deuxième limite, politique : il n'existe pas un climat de bellicisme "robuste" dans la population, du genre de celui, qui, une fois créé, pousse au renoncement des revendications sociales immédiates, qui délégitime totalement les luttes, réconcilie spectaculairement les classes, et prépare les sacrifices psychologiques d'abord, physiques ensuite.

Si les partis traditionnels dans les oppositions parlementaires soutiennent la politique gouvernementale, ils ne renoncent pas au combat politicien. La distance qu'ils gardent vis-à-vis du gouvernement n'apparaît nullement comme une "trahison nationale" aux yeux de la population, qui, elle, fait de même : les chefs d'État ou du gouvernement montent en "popularité", mais cela ne vaut pas forcément pour les autres ministres et encore moins pour les partis gouvernementaux.

Les gouvernements de l'UE ont bien saisi la précarité, voire la volatilité des sentiments populaires : un retournement de la psychologie des masses n'est pas à exclure à la faveur d'un incident, d'une "erreur" ou d'une tentative d'élargir la guerre, de la mort des soldats de l'OTAN. Tous doivent manœuvrer avec leurs populations, tout en répondant à trois exigences politiques : montrer une fidélité indéfectible à l'OTAN quant à la politique militaire en cours ; assurer la stabilité intérieure devant les aléas de la situation politique et sociale (notamment les élections en juin 1999) ; défendre les intérêts matériels et politiques "nationaux", dans l'UE, et ceux de l'UE, comme telle, face au poids pesant du gouvernement américain.

Tous les gouvernements de l'UE (sauf le britannique) sont obligés de se satisfaire d'un consensus "mou", qui fondé sur "l'aide aux Kosovars" tout en évoquant une "interruption" des frappes, mette en avant les "plans de paix" successifs, bref : une fin rapide. Seul Blair appelle de ses vœux la guerre terrestre. La constitution d'un "cabinet de guerre" dans les pays de l'UE, qui bouleverserait immédiatement les coalitions gouvernementales et leurs programmes, n'est pas à l'ordre du jour. Seuls Blair et Clinton préparent le terrain, en insistant sur la durée ("des mois et des mois", "jusqu'en août au moins", ', etc.). En Italie, qui encaisse directement les conséquences de la guerre, l'opposition de droite (Berlusconi) a soulevé la question. Mais, en apparaissant comme trop politicienne, elle risquerait d' handicaper l'effort de guerre plutôt que d'aider à la "cohésion" (relative) que D'Alema a su maintenir.

Pour le moment, l'opposition à une "guerre terrestre" est quasi-générale en Europe. Et Clinton vient de subir un échec humiliant à la Chambre. L'Union Européenne et la rivalité avec les USA

Tous les gouvernements de l'UE se sont assez facilement ralliés au schéma de guerre de l'OTAN. Une fois encore la lle Internationale, rejointe par les Verts, a rendu un fier service à la classe dominante. Pour la social-démocratie c'est dans la logique depuis 1914. Trois quart de siècle après, les Verts lui emboîtent le pas.

Les oppositions anti-guerre à gauche sont, au moins à cette étape, tout aussi minoritaires que celles de 1914, et certainement plus faibles qu'alors, sur le plan politique. Par ailleurs, il y a une autre "opposition", plus "respectable" et moins visible "anti-américaine" qui se reflète dans les sons dissonants et les manœuvres politiques de certains gouvernements européens. Elle s'exprime plus nettement par des personnalités bourgeoises de premier rang, certains intellectuels "organiques" de l'establishment (grands juristes, etc.), et des partis politiques. En fait, "le parti américain" est fort discret en Europe (sauf Blair).

C'est une indication que la question politique qui va dominer cet après-guerre, est certainement la rapport UE-USA. Car un aspect de cette double guerre des Balkans, sera la spectaculaire révélation de cette rivalité inter-impérialiste (avec, n'en doutons pas, une poussée de la classe dominante japonaise vers sa pleine autonomie militaire), autour de la formation d'un bras armé pour l'UE, au sein de l'OTAN mais disposant d'une opérationnalité politique et militaire.

La contradiction pour les classes dirigeantes de l'UE est vraiment trop flagrante : l'année 1999 qui consacre le triomphe de l'union monétaire, est aussi celle où l'UE ne parvient pas à régler la question serbe sans les États-Unis — qui en profitent pour étaler leur domination technico-militaire et politique sur le continent européen, se créant un foyer opérationnel en direction de la Russie

Et contrairement à une mystification néolibérale, l'Etat national, comme siège de la violence armée, reste un moyen indispensable dans la concurrence économique mondiale. L'UE ne dispose pas d'un tel instrument, pour les mêmes raisons qui ont pesé sur la création de l'Union monétaire : "l'impossible" abandon de (morceaux de) de

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pouvoirs étatiques à une institution supranationale. La même paralysie a pesé sur "la politique étrangère et de sécurité commune" (la PESC). Mais en même temps, les grands groupes industriels-financiers de l'Europe, pour multinationalisés qu'ils soient, ont un grand "besoin d'État" qui, face à leurs concurrents américain et japonais, devrait être européen. L'Europe militaire

Dès avant cette guerre, un rapprochement spectaculaire s'était dessiné, durant l'automne 1998, quand Blair s'est déclaré favorable à "une défense européenne commune" , toujours sous le parapluie de l'OTAN, mais autonome. Schröder a tout de suite réagi favorablement. L'axe anglo-allemand, déjà en préparation sur le plan de la politique économique (dans le dos de Lafontaine), s'est substantiellement renfor-

Si tous les pays de l'UE y sont favorables (cf. les Traités de Maastricht et d'Amsterdam), ces deux là y ont un intérêt particulier.

Blair a clairement opté pour entrer dans l'Union monetaire (UM). Désormais, la classe dominante veut y aller, et vite : la City, les grands groupes, avec le rôle particulier des multinationales étrangères dont on sait le poids important dans l'industrie "britannique". Blair n'est plus gêné par un parti conservateur laminé. Reste un secteur important de l'opinion publique qui rechigne par chauvinisme ou isolationnisme.

Le choix de Blair est historique : il implique un passage qualitatif dans la distanciation de "l'amitié particulière" avec les États-Unis. Contrairement aux apparences, cela n'est pas contredit par ses tête-à-tête avec Clinton, ses outrances rhétoriques en faveur de la guerre et son identification avec l'OTAN. La manœuvre est brillante : Blair se place du côté des gagnants (présumés), déborde Clinton (affaibli par l'affaire Lewinsky, par l'opposition au Parlement et dans son opinion publique) et joue ainsi le rôle de pont entre les USA et l'UE. Mais c'est bel et bien son rôle pivot dans l'UE qu'il veut conforter, en cohérence avec son choix pour l'UM. Sa flexibilité tactique, Blair la doit moins à son intelligence qu'à l'héritage de Margaret Thatcher qui, en infligeant la défaite au mouvement ouvrier, a libéré l'Etat britannique de toute pression populaire organisee.

Pour Schröder, plus que pour Blair, cette défense européenne commune est la seule vole praticable pour affirmer la "nouvelle force allemande", à cause des pesanteurs de l'histoire allemande.

Certes, le spectre du "Sonderweg" (la voie séparée) surgit de temps à autre. Par exemple, lors de l'unification allemande qui rouvrait la voie possible et prioritaire vers l'Est. Kohl, moins primitif qu'il ne paraît, y mît fin en acceptant le principe de l'union monétaire. Aujourd'hui, Allemagne veut monnayer son poids économique (cf. l'impressionnante poussée du grand capital dans l'arène européenne et mondiale :

Deutsche Bank, Allianz, Daimler, Deutsche

Telekom, etc.) : le discours de Schröder fut clair lors de l'inauguration du nouveau

Parlement à.... Berlin (tout un programme !).

Mais il a besoin d'un attelage européen pour

L'union sacrée : Lionel Jospin ("gauche plurielle") et Jacques

Chirac ("droite implosée") en campagne des Balkans. À noter la moto BMW fournie par Gerhard Schröder (SPD) et convoyée jusqu'à Paris par Joshka Fischer (Grünen), ainsi que la carte d'état major dessinée par Bill Clinton.(Dessin de Pancho paru dans Le

Monde et librement interprété).

y arriver, certainement sur le plan militaire.

Mais cet axe anglo-allemand n'est pas sans problèmes. Il faut compter avec le reste de l'UE. Cela veut dire concrètement avec le positionnement différencié de chaque Etat national. Pour n'en mentionner qu'un seul, très actuel : alors que Blair joue "la guerre",

Schröder mise sur "la paix". Face à son opinion publique : le traumatisme du passé, la transgression de la Constitution allemande

(l'armée à l'extérieur, de surcroît hors de la zone OTAN !). Face aussi à la Russie :

l'Allemagne a sa propre "amitié particuliè re". Or, la classe politique américaine est divisée sur ce sujet : redimensionner encore l'ex-URSS ou collaborer avec elle. Blair se tait et consent. En revanche, l'Allemagne a clairement choisi : avec le support matériel de l'UE, la "colonisation" vers l'Est est en route, ce qui implique un rapport stabilisé avec les maîtres actuels de la Russie et de ceux du vaste continent européen.

Au total, l'Europe militaire devrait résoudre trois problèmes d'envergure : - la traditionnelle contradiction entre les principaux Etats qui est la base de l'UE comme proto-État supranational, ouvrant une ample problématique sur les priorités politiques-économiques dans les domaines de la politique étrangère, de la composition et du fonctionnement du commandement, de la réorganisation des appareils militaires nationaux, de la constitution d'une industrie militaire européenne qui peine à se mettre en place ; — les rapports avec les États-Unis, au sein de l'OTAN, mais avec en arrière-fond la férocité de la concurrence et l'ampleur des intérêts financiers, commerciaux et industriels engagés, facteur largement minimisé par les gouvernements et les médias ;

- la mise en condition des classes populaires pour qu'elles acceptent les sacrifices : ce qui signifierait en définitive une nouvelle régression du niveau de vie, une aggravation de l'exploitation du travail, une limitation pratique (et juridique) des libertés démocratiques.

La gauche au pied du mur

La singularité de cette guerre, bien plus que lors de grandes guerres précédentes,

Ice n'est pas tant la forte minorisation du mouvement anti-guerre que ses divisions et son désarroi politique (1). Et dans ce cadre, l'importance qu'a prise le courant "campiste" qui escamote, voire dénigre la responsabilité de Milosevic et, partant, la persécution des Kosovars et le déni de leurs droits démocratiques. De la sorte que, si "le camp socialiste" a disparu de la réalité, il ne l'a pas fait dans la tête de certains.

Dans ce "campisme" ", il faut distinguer. Il n'est pas seulement le fait de la mouvance qui s'identifie comme "communiste", et qui, dans les PC (partois à la direction partois, plus souvent encore à la base), appuie la clique au pouvoir à Belgrade, parce que "c'est un régime socialiste" , parce que Milosevic est "un homme de gauche", souvent mélangé avec une nostalgie pour la Yougoslavie de Tito (parfois de la part de ceux qui l'ont hai et dénoncé pendant des décennies). Il s'agit aussi d'"anciens" militants et cadres du mouvement pacifiste (qui n'ont pas sombré dans le soutien à l'OTAN), 1. Cf. L'opposition à la guerre en Europe, p. 6.

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des mouvements de solidarité internationaliste (notamment avec l'Amérique Latine où la question cubaine s'y mêle). Plus largement, de ceux qui sont avant tout frappés par la brutalité et l'iniquité des bombardements de l'OTAN. Plus l'offensive impérialiste dure et se brutalise, plus la conscience anti-OTAN élémentaire se renforcera et, partant, la tentation de hiérarchiser les malheurs et les droits démocratiques des populations.

Ce nouveau radicalisme anti-impérialiste militant est très positif, car l'offensive de l'OTAN surplombe effectivement toute la situation (on s'imagine ce que cela donnerait en cas d'une vraie guerre terrestre). Mais sa confusion est dramatique. D'abord parce qu'il nie la réalité de la guerre de Milosevic contre le peuple kosovar et qu'apparaît ainsi en filigrane l'idée que "la démocratie est secondaire" , tant pour les populations serbe et kosovare qu'au sein du mouvement dans l'UE (tolérance de part des organisateurs des violences de la communauté serbe qui participe aux manifestations, notamment à Londres et à Amsterdam). Mais ensuite, il prive de parole une majorité de citoyens, dont beaucoup de jeunes touchés par les horreurs de Milosevic, et les empêche donc de soutenir "demain" la bataille pour la paix au sein des Balkans qui repose sur une exigence radicale de libertés démocratiques et de droits nationaux pour tous, dans un cadre multi-ethnique. Cette exigence est aussi profondément anti-impérialiste, car ce sont les gouvernements européens et américain qui, à la recherche d'une restauration capitaliste stable, ont toujours favorisé "la collaboration de classes" avec les cliques nationalistes-chauvines en Serbie comme en Croatie.

S'il convient de descendre en masse dans la rue pour arrêter la guerre menée par nos propres gouvernements dans le cadre de l'OTAN, il faut en même temps mener une bataille de clarification politique (sur les deux front : ni OTAN, ni Milosevic!). Elle sera indispensable non seulement face à cette guerre, mais encore plus en rapport avec les nouvelles orientations qui vont apparaître en Europe. Une défense européenne ne se fera pas sans une bataille chauvine d'envergure pour en assurer sa légitimité.

Seulement ainsi se décanteront et s uniront les forces politiques - provenant de la gauche radicale, de la mouvance des PC, de la gauche social-démocrate, des Verts -pour créer un pôle de ralliement crédible, antimilitariste et internationaliste, aujourd'hui et demain.

le 1 mai 1999

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