Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ALLEMAGNE, DÉBAT DANS LA GAUCHE RADICALE

Réponse

· Inprecor n° 435, mai 1999 · p. 29 · 1 138 mots

Allemagne Europe de l'Est Chine

Cher Gregor,

Il est étonnant que dans un débat objectif sur le fait qu'André Brie s'est à plusieurs reprises positivement référé à Edouard Bernstein, ce n'est pas l'intéressé lui-même qui répond, mais toi. Il me rend triste qu'en ce faisant, tu argumentes sans conserver ton sang-froid. Je ne commettrai pas la faute de choisir la même tonalité. Mon argument principal dans la réponse que je te donne, ainsi qu'à tous ceux à qui tu t'es adressé, c'est : lisez mon article mot à mot. Je peux tout en assumer ; abstraction faite du titre (qui, comme c'est habituel dans tous les journaux, a été choisi par la rédaction et non pas par l'auteur), il ne contient rien qui ne soit basé sur des faits objectifs ou qui mérite un des qualificatifs que tu as choisis.

1. Quant au contexte

Au cours des derniers mois, dans plusieurs articles — entre autres, dans les colonnes du quotidien Junge Welt, de l'hebdomadaire Freitag et du journal SoZ — j'ai traité le sujet de la guerre et de la paix et j'ai avancé l'argument selon lequel le positionnement de la gauche vis-à-vis des guerres impérialistes s'est avéré comme historiquement décisif. Enfin, dans ma contribution au débat à huis clos du groupe parlementaire PDS en janvier

1999, j'ai exprimé l'idée suivante:

celui qui poursuit comme objectif de devenir « capable de participer au gouvernement fédéral » jusqu'en

2002, et ceci sans émettre des condi-

2. E. Bernstein, Les conditions du socialisme et les devoirs de la social-démocratie, Stuttgart 1899.

3. Konkret est une revue d'extrême gauche allemande.

4. Bild est un quotidien du groupe Springer, qui s'est illustré par des campagnes haineuses contre la gauche.

5. Hans Modrow, président honoraire du parti, fut le dernier dirigeant de la

RDA début 1990. Il appartient plutôt — contrairement au « réformateur » André

Brie — à l'aile « orthodoxe » du PDS.

6. L'auteur fait ici référence aux participants à la manifestation annuelle commémorant l'assassinat, en janvier 1919, de Karl Liebknecht et de Rosa

Luxembourg.

7. Référence au commentaire de Gregor Gysi au moment où André Brie, en tant que « réformateur », avait lancé quelques provocations à l'adresse de son parti.

tions préalables claires, ou bien doit être en mesure de développer un mouvement anti-guerre très large ou s'attendre à ce qu'un tel mouvement empêche des futures guerres, ou bien il va être partie prenante de guerres impérialistes en participant au gouvernement.

2. Quant à la liste du parti aux élections européennes

Il me paraît inexplicable que tu fasses un rapprochement entre un article comme celui dont il est question ici et la liste du

PDS aux élections du parlement européen en y ajoutant le soupçon de motifs personnels. Deux jours avant, dans l'article du Junge Welt que j'avais consacré au débat programmatique du PDS, j'avais critiqué l'attitude positive de la direction du PDS envers le régime chinois à l'occasion, entre autres, de la visite d'une délégation du PDS menée par Dietmar

Bartsch et Hans Modrow (5) en

Chine. Cela signifierait-il que je souhaite que M. Modrow ne

« figure pas en position éligible sur la liste » ? N'importe quoi

— je critique des faits.

Ceci est également vrai dans le cas de l'article que tu attaques ainsi âprement. Je me baserais tout simplement « sur ce qu'a dit et a voulu dire

Brie », selon ta formule.

3. Qu'a dit Brie et qu'est-ce que j'y réponds ?

Brie a dit au Neues

Deutschland : « Il est effroyable de constater dans quelle mesure les anathèmes idéologiques de la RDA continuent de fonctionner et, pire encore, dans quelle mesure la richesse intellectuelle de

Bernstein reste inutilisée. » Il se réfère, ici et dans des interventions antérieures similaires, aux idées de

Bernstein dans leur ensemble, et non pas à une seule d'entre elles comme celle, qui pourrait encore revêtir quelque intérêt aujourd'hui, quant à la baisse tendancielle du taux de profit. En utilisant l'expression « anathème idéologique de la RDA », il trouve une formule à travers laquelle il croit pouvoir conférer à Bernstein une apparence positive.

Toutefois, Bernstein n'était pas au premier rang des victimes d'anathèmes idéologiques du temps de la RDA.

Mais il était considéré par ceux auxquels se réfèrent positivement, au mois de janvier de chaque année, plus d'une centaine de milliers de personnes (6) et parmi eux la direction du PDS, à savoir par Rosa Luxembourg et Karl

Liebknecht, comme celui qui a préparé le terrain pour ceux qui voulaient tourner le dos au projet initial du socialisme et comme celui qui a entraîné le SPD au « oui à la guerre impérialiste ». Tous les deux attribuaient cette analyse à « toute la richesse intellectuelle de Bernstein ».

L'intéressant, dans mon article, pourrait consister dans le fait de savoir que très tôt Bernstein s'était déjà prononcé en faveur de la guerre impérialiste et que Rosa Luxemburg l'avait fustigé dès 1899.

4. Brie = Bernstein ?

Abstraction faite du caractère douteux d'une telle comparaison, compte tenu de l'histoire et des personnes, je ne procède pas à une telle comparaison. C'est toi qui suppose que je le fasse. Le seul indice dans ce sens pourrait être la double utilisation de l'expression « penseur en chef ». Mais d'en tirer la conclusion que je trace un trait d'égalité entre Brie et Bernstein, ceci est insoutenable. Tu dis également qu'« André

Brie n'est même plus mentionné » dès lors que

Gregor Gysi je traite du débat au sein de la direction du PDS. Justement — je souhaitais délibérément ne pas me livrer à des spéculations.

5. Au niveau personnel

Je n'arrive tout simplement pas à comprendre pourquoi tu réagis à ce point âprement à un débat basé sur des faits objectifs. Pourquoi tu ne maintiens pas ton constat antérieur concernant André Brie (7) selon lequel celui qui porte des coups, doit aussi être capable d'en encaisser ? Pourquoi l'allusion démagogique au Bild ? Pourquoi la boutade, rappelant certains vieux discours, concernant Trotsky — je considère d'ailleurs la démarche des bolcheviques vis-à-vis de Kronstadt comme la première tare entachant la révolution russe, et je m'oppose strictement à la peine de mort et aux exécutions capitales, que ce soit aux USA, en Chine, à Cuba ou ailleurs (cf. ma proposition d'adresser une lettre ouverte sur ce thème à Fidel Castro). Pourquoi cette réaction ici, alors que tu gardais le silence quand la direction du PDS a apporté ses condoléances à la mort du bourreau de la place Tian An men (Deng Xiaoping) ou lorsqu'André Brie a qualifié feu la RDA de « plus totalitaire que le fascisme dans des parties importantes de la vie sociale » ?

En quelque sorte quelques repères décisifs semblent être brouillés. Je te propose d'aller les rétablir ensemble.

Solidairement,

Winfried Wolf Gregor Gysi et Hans Modrow en 1991

Une erreur sur cette page ?