Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PAYS-BAS

L'opposition à l'UE se renforce

· Inprecor n° 437-438, juillet-août 1999, n° 437/438 · p. 26-27 · 1 935 mots

Paix et armements

L'opposition à la politique de l'UE

Pays Bas - Union Européenne par Barend de Voogd* à Gauche Verte fut à la fête aux Pays-

Bas, passant d'un à quatre sièges. Avec les Verts français et les Ecolos belges, elle a contribué au renforcement des Verts dans le Parlement européen. Autre fait saillant : le Parti Socialiste (ex-maoïste) y fait son entrée pour la première fois, avec un député.

Les trois partis gouvernementaux régressent : le PvdA (Parti du travail, social-démocrate), le VVD (le parti libéral de droite) et D66 (le parti libéral de gauche) perdent

Applaudissements, Tommy Wiberg, 1977 ensemble 4 sièges, le VVD maintenant le statu-quo. Le PvdA passe de 8 à 6, le D66 perd la moitié de ses sièges (passant à 2). Abstentionisme record

L'abstentionisme a battu son record : la participation passant de 35,6 % (1994) à 29,9 %. Il n'y a pas eu de campagne électorale. Dans les médias la guerre du Kosovo et la mini-crise de politique intérieure gouver* Barend de Voogd est rédacteur de Greenzeloos, bimestriel du SAP (Parti Socialistes des Travailleurs, section néerlandaise de la IVe Internationale).

se renforce

nementale (qui a failli emporter le gouvernement) ont accaparé toute l'attention. Aux Pays-Bas, l'intérêt pour l'unification européenne a toujours été minimal. Celle-ci est considérée comme une évidence ; les gens ne sont ni activement pour, ni contre. Les Marches européennes contre le chômage, la pauvreté et l'exclusion sociale peinent à s'enraciner dans le pays du « modèle des Polders ». Après un sursaut, grâce au débat lancé, en 1997, par « la déclaration des 70 économistes », la critique de l'UE est à nouveau l'apanage de petits groupes activistes. Dans ce sens, la progression des deux partis qui, avec le SAP (Parti Socialiste des Travailleurs, section de la IVe Internationale), étaient précisément impliqués dans ce débat, est spectaculaire et surprenante. La Gauche Verte (GV) Deux membres de la direction de ce Parti furent actifs dans les mobilisations de l'année 1997, lors du contre-sommet à Amsterdam. Il est entré dans la campagne électorale avec une plate-forme qui attirait beaucoup de gens critiques vis-à-vis de l'UE : révision du traité d'Amsterdam ; adoption d'une Constitution européenne précédée d'un referendum dans tous les pays-membres; plus de pouvoirs au Parlement européen ; annulation des résolutions du CE (Conseil Européen des ministres) portant sur « la sécurité dans des pays-tiers ; arrêt, à inclure dans le Traité, de toute avancée ultérieure quant à la collaboration policière ; jugement très critique sur l'euro ; plaidoyer en faveur d'un contrôle renforcé sur la Banque Centrale Européenne (BCE) ; un

Agenda Vert 2025 pour l'Europe ; annulation du programme Euratom ; des mesures contre le capital spéculatif, etc.

Voilà une somme impressionnante de souhaits et de revendications dans lesquels peuvent se reconnaître toute une floppée de groupes d'action et de groupes de travail qui s'étaient mobilisés en 1997 en faveur d'une Europe plus sociale, verte, démocratique, féministe et ouverte.

Ce programme n'est pas sans faiblesse pour autant. Car la GV a nettement reculé sur sa critique fondamentale de l'UE. Ce qui domine désormais, c'est le respect des règles : « L'accumulation d'une force permettant aux citoyens d'avoir un emprise sur les puissances déchaînées du marché et de l'argent, partira du sein du Parlement européen ». Une phrase terrible pour un Parti né des larges mobilisations extra-parlementaires des années 60 et 70. « Ne plus seulement aboyer, mais aussi mordre »... dans le parlement, disait leur slogan central.

La GV est issue d'un regroupement de l'ex-PC et de deux partis pacifistes. Faisant partie de la mouvance verte en Europe, elle est nettement plus critique sur l'UE que le couple Cohn-Bendit - Joschka Fischer. N'empêche que le progrès électoral pousse ce Parti de plus en plus vers la participation gouvernementale.

Ce qui rend la plate-forme de ce Parti problématique, c'est sa position à propos de la politique étrangère et de sécurité. « L'Organisation de la Sécurité et de la Coopération en Europe (...) est le cadre le plus légitime pour favoriser la sécurité (...). La réaction russe à l'intervention de l'OTAN au Kosovo montre à quel point un retour à la guerre froide est possible ». « Les moyens de l'OTAN et de l'UEO qui sont utiles aux missions de l'ONU et de l'OSCE, tels que les moyens de transport et les troupes de déploiement rapide, doivent être transférés à ces organisations ». La GV propose de constituer « une offre coordonnée de troupes au service de missions pour la paix, des opérations humanitaires et d'une intervention contre un génocide imminent ». C'est exactement ce que le nouveau concept

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de l'OTAN propose ! Lors de la crise du Kosovo, la GV misait sur l'honnêteté des pays de l'OTAN qui intervenaient. Pas de surprise donc : ce parti soutenait les frappes et les bombardements de l'OTAN - malgré une forte minorité dans ses rangs, notamment au Sénat. A l'opposé de ses origines et de son programme électoral établi avant le début de la guerre, qui se prononçait encore « en faveur de la dissolution de l'OTAN ». Pour cette raison, et pour la première fois, nous n'avons pas appelé à voter pour ce Parti. Le Parti Socialiste (ex-maoiste)

Nous avons en revanche appelé à voter pour le PS. Ce Parti fait partie depuis longtemps du camp qui s'oppose à la politique de l'UE. La collaboration avec lui n'est pas toujours facile. Au contre-sommet de 1997, il s'engageait à la dernière minute dans les Euromarches, préférant l'auto-affirmation à une co-organisation active. A Cologne, le PS fut à peine présent. Mais ce sectarisme organisationnel et sa propagande souvent populiste l'ont aidé à se développer. Ce sont surtout ses prises de position "principielles" qui lui ont apporté des votes. Le PS, provenant de la tradition maoiste, n'a pas d'illusions parlementaristes, contrairement à la Gauche Verte. Par la combinaison d'un activisme dans les quartiers et d'une propagande au sein des conseils municipaux et du Parlement, le PS s'est affiché comme "parti protestataire". En 1974, il avait 5 sièges municipaux, aujourd'hui il en a 223. Aux élections parlementaires de mars 1998, il passait de 2 à 5 sièges. Entre 1994 et 1998 il a gagné environ 9000 membres. Il compte aujourd'hui plus de 25 000 adhérents, ce qui fait de lui le cinquième parti du pays.

« Construire le Parti » apparaît comme le nœud central de sa stratégie qui devrait mener vers la société socialiste. Jan Marijnissen, le président charismatique, constatait avec satisfaction que « désormais le PS est présent à tous les échelons du pouvoir ». Comme le Parti participe peu aux mouvements sociaux, le risque d'une dérive réformiste pointe son nez. Il y a une tentative de rectification par un dialogue avec des militants extérieurs, et l'implication d'« indépendants » dans le travail parlementaire. Erik Meijer, le nouvel europarlementaire, pense qu'aux Pays-Bas le PS devrait jouer un rôle similaire à celui de Rifondazione en Italie. Mais c'est loin d'être le cas pour le moment. Le Parti excerce un attrait très limité sur la foule des ex-militants du PC et d'autres Partis de gauche. Il est symptomatique qu' Erik Meijer lui-même soit à peu près le seul cadre dirigeant qui vienne d'une autre tradition. L'absence de débat, l'inexistence de courants ou de tendances en est certainement une des causes. Ce qui fait aussi problème, c'est l'absence d'engagement du parti et de ses militants dans des structures d'auto-organisation et des mouvements sociaux autonomes. Les groupes sociaux « doublement opprimés » n'y trouvent pas leur compte, notamment parce que sur ces sujets les points de vue du parti sont peu progressistes

Mais, il faut dire aussi que le PS n'hésite pas à prendre des positions peu populaires quand il le faut. Lors du débat et du vote au Parlement à propos de la participation des Pays-Bas à la guerre de l'OTAN contre l'ex-Yougoslavie, seul le PS a voté contre, à un moment où les sondages d'opinion indiquaient clairement le soutien massif de la population à l'intervention militaire

Le PS émet une critique nettement plus forte à l'égard de l'UE que ne le fait la GV : «...un super-Etat non-démocratique ; une Europe a-sociale ; un pacte de stabilité injuste; la toute-puissance des grandes multinationales; un abandon aveugle à l'euro ; une aggravation des normes écologiques ; la construction d'une superpuissance ; une forteresse Europe ». Malheureusement, le Parti consacrait peu d'attention, dans son programme électoral, à la sphère non économique immédiate : la politique d'asile, le développement durable, la position des femmes... Pendant la campagne électorale, l'accent était mis sur la critique de « ceux qui se remplissent les poches à Bruxelles et à Strasbourg ». Le Parti distribuait des éponges pour nettoyer...

Selon son progamme électoral, le PS « veut travailler par en bas à un autre type d'Europe... qui vise le bien-être des gens et leur environnement. Et où les décisions sont prises le plus près des gens dans les municipalités et les régions ». Le PS estime par ailleurs « que lors de la conclusion d'obligations le dernier mot n'appartient pas au Conseil européen, à la Commission européenne, à la Banque centrale européenne et même pas au Parlement européen, mais aux parlements nationaux ». Cela signifie « que le parlement national vote d'abord toute décision provenant du PE avant qu'elle ne soit d'application dans le pays concerné ». II s'agit donc pour le PS « d'une coopération entre nations libres et souveraines ».

L'Union monétaire est l'exemple le plus pertinent de ce qu'il ne faut pas faire. La BCE détermine la gestion, en toute indépendance. Et le PS rejette cela. Mais le problème c'est que les gouvernements des pays-membres ont décidé ces transferts de souve-

Union Européenne - Pays Bas raineté nationale lors des Conférences intergouvernementales successives. En l'occurrence avec le soutien du parlement néerlandais, selon la méthode que PS propose. En déséquilibre

Il faudra donc avancer dans la discussion. D'autant plus que le PS a ajouté, à sa propre plate-forme électorale, la déclaration commune des différents Partis communistes d'Europe — PCF, PDS allemand, Rifondazione... — réunis dans la GUE (Gauche Unie Européenne) du Parlement européen. Celle-ci plaide pour une réduction radicale du temps de travail sans perte de salaire et un système d'impôt commun contre le capital spéculatif. Des propositions excellentes, mais uniquement opérationnelles à condition qu'aucun pays-membre de l'UE ne puisse s'y soustraire. Cela vaut aussi sur le plan de la politique macro-économique, où il faudrait des "orientations" plus contraignantes, mais cela implique la perspective d'une politique supranationale.

Une autre contradiction analogue porte sur des paragraphes de la déclaration, adoptés par la GUE, et qui demandent « de nouvelles négociations pour revoir le pacte de stabilité » et « la révision du rôle de la BCE ». Opposition

Au total cinq sièges des Pays-Bas qui seront critiques vis-à-vis de la politique de l'UE ! C'est un joli résultat. Mais que vont faire la Gauche Verte et le PS dans ce Parlement européen ?

La GV fait partie de la fraction verte dans le PE. C'est un des rares partis de ce groupe qui a voté contre l'introduction de l'euro et les critères de convergence, et contre le Traité d'Amsterdam. Mais qu'est-ce qui subsistera de tout cela à travers la collaboration avec les Verts allemands ?

Le PS se touvera aussi devant des choix. Les propositions de la taxe Tobin et de la réduction du temps de travail à l'échelle de l'Europe vont à l'encontre de son propre discours anti-UE, qui s'accroche au maintien de « notre monnaie nationale ».

Espérons que les deux partis évoluent bien parce qu'aux Pays-Bas les mouvements sociaux critiques ont urgemment besoin de partenaires politiques.

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