Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SUÈDE

Percée du Parti de gauche sur fond de passivité

· Inprecor n° 437-438, juillet-août 1999, n° 437/438 · p. 23 · 1 046 mots

du Parti de gauche sur fond de passivité ne arrière en pleine campagne électorale, et poussant Ilda Figueiredo, la tête de liste de la CDU (la coalition électorale emmenée par le PCP), à critiquer ouvertement Slobodan Milosevic. Pourtant, quelques semaines plus tôt, une délégation du Comité central du PCP avait été envoyée à Belgrade pour présenter son soutien au dirigeant du parti au pouvoir, un geste politique inédit de la part de communistes européens. Du nouveau à gauche

Les résultats de ces élections confirment bien le déclin lent mais continu du PCP, qui croît en nombre de voix (même si cette croissance est moins importante, proportionnellement, que la baisse de l'abstention) mais baisse en pourcentage, perdant un eurodéputé. La perte de voix communiste profite toujours au PS, surtout dans les endroits où existe une influence communiste historique comme dans la région de l'Alentajo ou dans la ceinture industrielle de Lisbonne.

Mais la nouveauté de ces élections a été le score électoral prometteur du Bloc de gauche dans les centres urbains les plus importants, dépassant les 3 % voire 4 % dans des villes comme Lisbonne, Porto, Setúbal, Coimbra ou Faro. Avec seulement 100 jours d'existence, le Bloc devait faire connaître un sigle, un logo et des protagonistes nouveaux - tout cela sans couverture médiatique équivalente à celle des autres partis. Malgré le faible nombre de voix recueilli dans les zones rurales du centre du pays, les 60 000 suffrages obtenus dépassent la somme des voix obtenues auparavant par les différentes organisations qui soutiennent le Bloc et ouvre la perspective d'élections de députés dans les circonscriptions électorales les plus importantes lors des législatives de septembre prochain.

A l'aide d'une campagne dynamique et faite sur des thèmes clairs (pour la paix et contre la division ethnique dans les Balkans, pour la fin de la répression des toxicomanes, pour une Europe sociale et pour un nouveau contrat de citoyenneté), le Bloc de gauche a réussi à rassembler un vote jeune et une partie de l'électorat qui ne pardonne pas aux socialistes leur engagement dans la guerre ou leur attitude honteuse lors du référendum sur l'avortement en juin 1998. Les meetings et réunions électorales étaient pleins de sympathisants et de gens curieux de savoir jusqu'où irait ce nouveau mouvement. La tâche principale du Bloc dans les prochains mois consistera à poursuivre le travail d'affirmation de son identité et de diffusion de ses thèmes. Par ailleurs il lui faudra atteindre les secteurs populaires qui se sont exclus de la participation électorale, par leur choix d'abstention aux européennes. • par Peter Lingren* 1 a participation électorale est tradition-

• nellement élevée en Suède : 86,7 % ont voté aux élections parlementaires de 1991 et de 1994, et 81,4% lors de celles de 1998. Lors des élections européennes de 1995 la participation était donc exceptionnellement basse, avec seulement 41,6 %. Record battu cette fois-ci avec une participation de seulement 36,7 %. Ces chiffres reflètent la passivité politique parmi les strates les plus pauvres de la population. D'une ville à l'autre un même modèle apparaît : dans les banlieues les plus populaires la participation tourne autour de 20 % alors qu'elle dépasse les 50% dans les banlieues les plus riches.

Ce modèle a des conséquences pour les deux partis ouvriers, les sociaux-démocrates et les ex-communistes du Parti de gauche. Le sociaux-démocrates, qui avaient atteint leur plus bas score historique aux européennes de 1995 avec 28,1 %, ont encore baissé (26,1 % le 13 juin 1999). Cela veut dire que seulement 9,7 % des inscrits ont soutenu les sociaux-démocrates, un parti qui a été au gouvernement de façon ininterrompue durant quarante ans, de 1936 à 1976, qui a atteint 50,3 % des votants en 1968 et qui est de nouveau aux affaires. Le Parti de gauche, qui avait atteint son meilleur score aux européennes de 1995 (12,9 %), bondit à nouveau à 15,8 % avec des pointes locales remarquables (Jonas Sjöstedt, tête de liste du Parti de gauche, a atteint 40 % dans sa région natale). Enfin notons pour mémoire l'extrême gauche, représentée cette fois par le Parti de la justice (1), qui atteint le score ridicule de 1 430 voix au niveau national. Peut-être avec une dose excessive de réalisme, le Parti socialiste a-t-il décidé de ne pas tenter de raviver la liste de l'égalité des élections européennes de 1995, qui avait totalisé alors 14 900 votes, soit moins de 1 %. Sans grand enthousiasme les membres du PS ont voté pour le Parti de gauche.

Depuis leur retour au gouvernement les

Union Européenne - Suède

Percée

sociaux-démocrates sont en première ligne pour imposer l'austérité et les recettes néolibérales. Leur message aux électeurs était donc compris comme : "notre austérité est douloureuses mais nécessaire".

Le Parti de gauche, même s'il évolue à droite et n'est pas vacciné contre les tendances néolibérales, est par contre de plus en plus perçu comme l'héritier de la tradition social-démocrate et comme le défenseur de l'État-providence. Le vote en sa faveur reflète la nostalgie du "Folkhemmet" (Maison du peuple) social-démocrate. Les électeurs défendent simplement les hôpitaux publics et continuent à croire que les impôts peuvent être employés à l'avantage des petites gens.

Depuis l'automne de 1998 le gouvernement social-démocrate de Göran Persson ne dispose d'une majorité parlementaire que grâce à un accord avec les Verts et le Parti de gauche. La faiblesse parlementaire des sociaux-démocrates crée des problèmes politiques quand les mesures d'austérité deviennent "nécessaires". Cela "ramollit" la politique suédoise au point que le ministre des finances néolibéral Erik Asbrink, frustré, a quitté le gouvernement. Des réductions des allocations chômage et du budget de la santé ont eu lieu, mais elles restent mineures, même si ces mesures indiquent la direction que la majorité parlementaire pourrait emprunter.

Il est intéressant de noter que ces petites mesures ont provoqué un trouble au sein du groupe parlementaire du Parti de gauche. Jenny Lindahl, députée et dirigeante de l'organisation de jeunesse a, par exemple, déclaré que le parti devrait arrêter la coopération plutôt que d'accepter de nouvelles mesures d'austérité * Peter Lingren est rédacteur de l'hebdomadaire Internationalen, publié par le Parti socialiste, section suédoise de la IVe Internationale. (1) Le Parti de la Justice est une petite formation affiliée au Comité pour une Internationale ouvrière (CWI), constitué autour de l'ex-tendance Militant du Royaume-Uni.

Une erreur sur cette page ?