Allemagne - Union Européenne par Angela Klein* Les élections au parlement européen (PE), qui dans tous les pays concernés reflétaient plutôt des réactions vis-à-vis de la politique nationale qu'un scrutin sur la politique européenne, se sont soldées en Allemagne à la fois par un rejet brusque de la politique néolibérale et par sa réatfirmation.
Après le départ d'Oskar Lafontaine il fallait au gouvernement de Schröder un redressement et une précision de son profil politique. Grâce à la capitulation des Grünen (Verts), la guerre fut une occasion unique pour se présenter en rangs serrés derrière une politique, qui camouflait bien sa rentrée en scène militariste avec un discours non pas de défense des intérêts nationaux, mais des intérêts... kosovars, donc humanitaires. Ce tut le seul dénominateur, qui permit de concilier aussi bien les milieux impérialistes en quête d'un nouveau rôle militaire de l'Allemagne dans le monde que les milieux libéraux de gauche jusqu'à présent critiques de l'héritage impérial. Le vote social-démocrate aux élections européennes ne reflète qu'en partie un désaccord sur la guerre (qui a existé aussi dans les milieux sociaux-démocrates, mais de façon très marginale). Fait inhabituel pour un gouvernement "de gauche", , le gouvernement Schröder n'est pas tombé sous les coups de la guerre, mais a pu renforcer sa position et faire oublier pendant quelques semaines ses déchirements internes en matière de politique économique et sociale (politique fiscale, nucléaire, loi sur les emplois précaires dits "de 630 DM", etc.). Le gouvernement a pu bénéticier d'un sursis, mais plus la guerre durait, plus l'opinion publique s'interrogeait, si une fois la guerre terminée il allait être en mesure de transférer sa capacité d'action dans le domaine de la politique intérieure.
Quelques jours avant les élections, Schröder répondit à cette question par le manifeste commun avec Blair — une claire affirmation qu'il entendait rester en charge en donnant au gouvernement un profil décidément libéral de droite. Il semble que Blair ne voulait pas publier le papier avant les élections alors que Schröder a insisté pour qu'il soit connu. La crainte de Blair, que cela risquait de provoquer des abstentions n'a pu échapper à Schröder. Il n'y a donc qu'une seule raison à cette publication précipitée : Schröder ne voulait pas prêter flanc aux critiques l'accusant de tromper l'électorat en lui faisant connaître seulement après les élections la politique qu'il entendait mener.
Le résultat électoral a été une défaite cuisante pour la politique gouvernementale. Comme ailleurs, la plupart des abstentions au vote (55%) étaient des votes populaires, nuisant surtout à la social-démocratie et aux Verts. Par rapport aux élections européennes de 1994 le recul en voix a été général : le SPD a perdu 3 millions de voix (reculant de 1,5 %) ; les Grünen ont perdu 1,8 millions de voix (- 6,7 %) ; les chrétiens-démocrates, qui ont gagné 7,3 %, ont perdu en absolu 700 000 voix et même le PDS, qui a gagné 1,1 %, mais a perdu 103 000 voix. Le seul parti à gagner en voix et en score a été le CSU, la démocratie chrétienne en Bavière. La défaite a été également cuisante pour le parti libéral (FDP), qui a chuté de 1,4 millions de voix à 820 000, et donc de 4 % à 3 %. Vu le fait que le parti a eu de la peine à entrer au Bundestag en septembre dernier et qu'il n'est quasiment plus présent dans les parlements des Lander, c'est bien une crise existentielle qu'il traverse. La majorité de la direction des Grünen poursuit une OPA sur l'héritage du parti libéral en affirmant une ligne de social-libéralisme de droite c'est-à-dire se prononçant en faveur d'une politique économique néolibérale combinée avec des discours ouverts et non nationalistes sur la citoyenneté, l'Europe, etc.
Les chrétiens-democrates ont gagné tant à l'Est qu'à l'Ouest (entre 6 % et 12 % ; le SPD ne reste le premier parti qu'au Brandenburg !).
L'extrême droite, toujours divisée en trois groupuscules au moins, a obtenu ensemble 2,5 % et a perdu environ 1 million de voix ; seul le NPD a pu progresser de 30 000 votes (soit 0,2%). Les nombreux petits partis (pour la plupart bizarres) ont tous fait des scores insignifiants
Pour les Grünen, le résultat n'a néanmoins pas été une détaite totale : son électorat s'est détourné surtout à cause de la guerre. Mais il a évité de passer au-dessous des 5%, ce qui aurait ouvert une crise gouvernementale et que craignaient nombre de ses militants. Vu que dans la plupart des pays européens les Verts ont été le parti gagnant de ces élections, et que leur fraction au Parlement européen a été renforcée, leur défaite à Bonn s'en est trou-
A l'Ouest le PDS a doublé ses scores et ses votes. Il a profité là de son profil nettement anti-guerre et de parti d'opposition (au Bundestag). A l'Est il a souffert comme tous les grands partis de l'abstention massive, tout en améliorant son score, à l'exception notable des Lander comme Mecklenburg-Vorpommern et Sachsen-Anhalt, ou soit il fait partie de la coalition gouvernementale, soit il tolère le SPD au gouvernement ; dans les deux cas il perd 3 %. A part Berlin-Ouest, où dans certains endroits (le quartier de Kreuzberg) il atteint près de 10%, il réalise son meilleur score à l'Ouest, avec 3%, à Hambourg . Le PDS de Hambourg est divisé, majoritairement sur une
Les résultats CDU (démocratie-chrétienne) : 39,3 % SPD (social-démocratie) : 30,7 Verts : 6,4 CSU (chrétiens-sociaux): 9.4 PDS (gauche radicale issue à l'Est de l'ex-SED) : 5,8 FDP (libéraux): 3,0 % ligne très "gauche", non libre de dogmatisme et mise sur la sellette par la direction nationale Ce score révèle que la motivation du vote était surtout de politique générale, et non de politique concernant les préoccupations concrètes sur place.
Le soir des élections, Schröder a déclaré, avoir "compris". La semaine suivante ministres ont sorti un paquet d'austérité lourd de 30 milliards DM, qui non seulement est une attaque frontale, ouverte et sans gêne contre les retraités et les chômeurs, mais pour la première fois comporte aussi un changement majeur dans le système de la sécurité sociale. Le gouvernement veut forcer les chômeurs au travail et ouvrir les portes à la privatisation de l'assurance vieillesse ; ce sont des pas que même le gouvernement Kohl n'a pas osé franchir. La défaite électorale du néolibéralisme mène donc... à un néolibéralisme encore plus forcené. C'est cela, que Schröder a compris et c'est comme cela qu'il entend créer une base claire et solide pour son gouvernement. *Angela Klein est rédactrice du bimensuel SOZ, Sozialistische Zeitung.