Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BRÉSIL

Le Budget participatif et les mouvements sociaux

· Inprecor n° 439-440, septembre-octobre 1999, n° 439/440 · p. 35, 35-36 · 1 018 mots

Brésil

Le Budget participatif et les mouvements sociaux par Chico Vicente *

D'une raière générale on peu ptete de

trois grands espaces qui ont déterminé l'histoire et les voies de l'humanité au cours du temps : la société, l'Etat et le marché. La société est le seul domaine matériel, constitué par des êtres humains qui vivent, pensent, sentent et font les événements. Les deux autres, l'Etat et le marché, sont immatériels et cheminent rapidement vers l'état virtuel. L'État et le marché. créations humaines, devraient être au service des personnes concrètes qui composent la société. Néanmoins, sous l'hégémonie de l'idéologie capitaliste, radicalisée par la vision néolibérale, c'est le contraire qui se produit : le peuple, et plus particulièrement la classe ouvrière, est massacré et exclu par les forces d'exploitation du marché ou par les forces répressives de l'État.

Durant ces dernières décades, sous la gestion néolibérale, des millions de milliards de dollars ont déjà été transférés de l'Etat ou de la société vers les coffres des monopoles et oligopoles privés, supports du marché capitaliste. Les gouver-

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nements le réalisent par les exonération accordées au grand capital, la libération des flux financiers, la réduction des droits sociaux et du travail, la privatisation des entreprises publiques, la réduction des budgets pour les politiques publiques et

Cet argent, tiré des budgets publics, manque pour l'éducation, pour la santé, pour l'habitation, pour la sécurité publique, pour la préservation de l'environnement et pour la création d'emplois, source du travail et du revenu des travailleurs.

C'est pour cela, que nous devons nous tourner vers des alternatives qui élèvent le niveau de conscience populaire tout en permettant la redistribution des revenus et la lutte contre la corruption. Le Budget participatif (1), mis en œuvre initialement dans la ville de Porto Alegre, au Sud du Brésil, lorsque le Parti des travailleurs a remporté * Chico Vicente, militant de la Tendance Démocratie socialiste, préside la Centrale unique des travailleurs de l'État du Rio Grande du Sud (CUT/RS) et dirige le syndicat Sindimetro. Nous publions ci-dessus sa communication à la réunion d'ATTAC International en juin 1999 à Paris. 1. Pour une présentation détaillée du Budget participatif, cf. Inprecor n° 434 d'avril 1999.

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la municipalité pour la première fois, est une tentative de réaliser une telle alternative. Cette expérience a été reprise par d'autres municipalités du pays. Depuis l'élection de Olivio Dutra et Miguel Rossetto à la tête de l'État du Rio Grande du Sud, elle prend une nouvelle dimension (2).

Au cours des premiers six mois de l'année plus de 700 assemblées populaires se sont tenues dans les 467 municipalités de l'État du Rio Grande do Sul, avec la participation directe de plus de 200 000 personnes. Ces assemblées ont élu 8 000 délégués qui devront suivre et contrôler tout le processus d'investissements de l'année prochaine. Il s'agit de l'utilisation de centaines de millions de dollars.

La bourgeoisie locale, attentive et préoccupée, veut empêcher la poursuite de ce processus de démocratisation radicale de l'Etat et tente de voter une loi pour encadrer le Budget participatif. Il faut souligner que le Budget participatif, s'il s'appuie sur la participation du gouvernement. est politi-

Assamblée populaire à Sapiranga quement autonome.

Les mouvements sociaux locaux, et particulièrement la CUT/RS sont des acteurs actifs de ce processus. Ils défendent une autonomie encore plus grande. En juin, lorsqu'une mesure judiciaire (heureusement annulée après quelques jours) interdit au gouvernement de soutenir les assemblées populaires, les mouvements sociaux et le peuple étaient prêts à assurer politiquement, matériellement et organisationnellement, la continuité du Budget participatif dans tout le Rio Grande do

Le Budget participatif doit rester autonome par 2. Olivio Dutra a été élu gouverneur et Miguel Rossetto vice-gouverneur de l'État de Rio Grande do Sul lors des élections du 25 octobre 1998. Le Front Populaire (une alliance électorale autour du Parti des travailleurs) l'a emporté au second tour avec 50,78 % des voix. Cf. Imprecor n° 432 de février 1999. 3. Le Tribunal supérieur du travail (TST) s'attaque couramment aux droits constitués, se prononce contre la Constitution et est totalement soumis au capital. Une commission d'enquête parlementaire, mise en place par la chambre des députés, a mis à jour la corruption du pouvoir judiciaire brésilien et l'enrichissement illicite des juges, spécialement ceux du Tribunal régional du travail de Sao Paulo.

rapport à l'État et aux gouvernements. Il ne peut pas être entravé par une loi, surtout dans un pays qui compte trop de lois qui ne sont pas exécutées par ceux qui ont l'obligation constitutionnelle de le faire. Il suffit de voir les violations de la constitution, des droits constitutionnels et les contre le peuple des pouvoirs exécutif et législatif, malgré de rares et honorables exceptions. Il suffit de voir les violences du Tribunal supérieur du travail contre la classe ouvrière brésilienne, en violation de la loi (3).

Au travers de la définition des choix et du contrôle des ressources publiques, le Budget participatif veut que la participation populaire fasse que la société pénètre l'Etat. Il est évident que le budget participatif signifie la fin du pouvoir des élites corrompues qui ont toujours utilisé les ressources publiques pour s'assurer une clientèle. Le pouvoir se déplace vers le bas, se dissout dans les couches les plus pauvres, les plus exploitées et opprimées, qui maintenant, par cette méthode démocratique et révolutionnaire, peuvent utiliser les ressources publiques. Les mouvements sociaux et populaires (et en particulier la CUT/RS) feront tous leurs efforts pour garantir l'expérience du Budget participatif et pour aller au-delà. Ils lutteront pour que la société imprègne l'Etat, c'est-à-dire, pour que les unités productrices au Brésil et dans le monde. accomplissent aussi leur fonction sociale, pour qu'elles soient aussi démocratiques et transparentes, dans l'accomplissement des accords et les conventions collectives, par la présence du syndicat en leur sein. Ainsi, nous marcherons pour corriger l'horrible déformation mentionnée précédemment et, certainement, l'humanité et l'histoire pourront jouir de plus de démocratie, de plus de justice, de plus solidarité. Cette lutte prétend modifier le rapport de forces entre les trois espaces de forces historiques (la société, l'État et le marché), pour construire un monde plus digne sans faim, sans misère et sans exclusion.

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