Inprecor 1974–2004

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GRANDE BRETAGNE

Blair sort renforcé sur sa droite des congrès du Labour et des syndicats

· Inprecor n° 441, novembre 1999 · p. 8-10 · 2 732 mots

Grande-Bretagne Syndicalisme

Congrès des syndicats et

Blair renforcé

Par Alan Thornett* ny Blair et son gouvernement de la

•droite du Parti travailliste sont aujourd'hui plus forts que jamais depuis qu'ils ont été élus par une majorité écrasante il y a deux ans et demi. Une série d'événements survenus au cours des semaines passées confirment cette force. Il s'agit tout d'abord du congrès des syndicats au début septembre, de celui du Parti travailliste fin septembre et finalement du celui du Parti conservateur (appelé parti "Tory") au début octobre. En même temps de nouvelles divisions sérieuses sont apparues au sein du Parti conservateur, en ce qui concerne l'attitude à adopter envers l'Union européenne. Finalement, le retour du très blairiste Peter Mandelson à une position gouvernementale clé (ministre d'État de l'Irlande du Nord) à l'occasion du remaniement ministériel, seulement dix mois après sa démission forcée à la suite d'irrégularités financières qui lui étaient imputées, constitue la cerise sur le gâteau. « Partenariat social »

Le congrès de la confédération des syndicats (TUC) cette année fut le plus droitier que le syndicalisme britannique ait connu et il marque une nouvelle étape de la domination du travaillisme rénové sur le mouvement syndical. Il ne s'agit pas seulement de noter le soutien apporté par les dirigeants syndicaux à ce que fait le "New Labour" mais aussi la voie par laquelle ils ont adopté l'idée du "partenariat social" — la forme de collaboration de classe la plus dangereuse que le mouvement syndical britannique se soit vu imposer depuis sa rupture avec le Parti libéral au début du siècle (2). Ce "partenariat social" impose aux syndicats de soutenir les exigences patronales sans aucun des éléments de compromis social qui accompagnaient de tels plans dans le passé.

Cette situation conduisit Blair à dire aux dirigeants syndicaux dans son discours au congrès, que le thème de la rupture des liens du parti travailliste sur sa droite historiques entre les syndicats et le Parti travailliste - un objectif poursuivi par Blair depuis qu'il a pris la tête du parti afin d'en faire le principal parti du capitalisme britannique - pouvait être classé. « Vous êtes maintenant à nouveau les bienvenus au 10 Downing Street (3) », leur a-t-il annoncé tout en précisant : « il n'y aura ni bière ni sandwiches [symbole des rencontres entre les premiers ministres travaillistes et les dirigeants syndicaux au cours des années 1970], mais seulement du thé ».

Cette nouvelle relation marque la défaite de toutes sortes de syndicalisme militant, classiste, et une victoire du projet de Blair. Comme Blair l'a expliqué devant le congrès des syndicats : nous, dans le "New Labour" avons notre troisième voie et vous dans les syndicats vous avez la vôtre, parlant ainsi de l'engagement du TUC dans le partenariat avec les employeurs. Le secrétaire général du TUC, John Monks, a explicité le projet en disant devant la conférence que « le temps où on parlait de "eux" et de "nous", d'affrontement dans l'entreprise, ce temps là est fini ».

La forme la plus extrême du "partenariat social" ne fut pourtant pas proposée par Blair, même s'il l'a approuvé avec enthou* Alan Thornett est aujourd'hui rédacteur du mensuel Socialist Outlook. Syndicaliste dans l'industrie automobile, il avait dirigé dans les années 1970 la grande grève de l'entreprise Morris à Cowley. Il a publié notamment "From militancy to marxism", Left view books 1987. 1. Depuis sa prise en main par Tony Blair, l'abandon de l'objectif de collectivisation des moyens de production et la réorganisation (non encore achevée) des structures du parti, on parle en Grande Bretagne du "New Labour", le Parti travailliste nouveau ou rénové, pour indiquer la rupture. 2. A la fin du XIX* siècle les syndicats britanniques entretenaient des rapports privilégiés avec le Parti libéral ("Whig"), contre le Parti conservateur ("Tory"). C'est en rompant ces rapports et en s'orientant vers la construction d'un parti ouvrier que le syndicalisme britannique a donné naissance au Labour Party (Parti travailliste). 3. L'immeuble situé au 10 Downing Street est la résidence du Premier ministre.

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siasme. Ce fut (Sir) Ken Jackson du syndicat des électriciens (Amalgamated Engineering and Electrical Union, un des principaux syndicats au sein du TUC), qui eut cette palme, proposant que le TUC abandonne ses conférences annuelles et organise plutôt une conférence commune avec les patrons de la Confédération de l'industrie britannique ! Cela paraît fou et pourtant cela ne doit pas être classé dans les excès d'un dirigeant particulièrement droitier. Si les syndicats doivent être subordonnés aux intérêts patronaux à l'échelon du lieu du travail, pourquoi le refuser à l'échelon de l'organisation nationale ? Voilà ce que Jackson a proposé.

Pas un seul dirigeant syndical de poids n'était préparé à s'opposer au "partenariat social" lors de la conférence. Car la plupart d'entre eux sont plongés dans la négociation d'accords de "partenariat", qui souvent comportent des clauses antigrève et des clauses liant les syndicats aux intérêts des employeurs. Nombre de ces derniers en tout cas cherchent de tels accords pour contrebalancer la possibilité d'une extension de la reconnaissance syndicale sous la nouvelle loi des relations sociales (Labours Employement Relations Act), qui prévoit des votes pour la reconnaissance des syndicats dans l'entreprise. S'ils doivent reconnaître des droits syndicaux dans l'entreprise, autant que ce soit en faveur d'un syndicat avec lequel ils ont un accord de partenariat, pensent-ils. Il y a de nombreux exemples d'accords de ce type, comme à Unilever, à la Barclay's Bank, à Tesco, à Littlewoods, à la Legal and General Building Society... Vers l'Euro

Mais ce n'est pas seulement sur la question du partenariat social que la conférence syndicale fut particulièrement marquée par son aile droite. Le débat sur l'Union européenne et sur la monnaie unique a permis au TUC de doubler le "New Labour" par la droite. Alors que ce dernier se prononce pour « attendre que les conditions [d'intégrer l'Euro] soient réunies », la conférence syndicale propose de le faire « aussi vite que possible ». Notons que les principaux syndicats disposant d'une orientation plus ou moins claire d'opposition à l'Euro ont totalement failli dans ce débat. Le cas les plus clair fut celui de l'UNISON (le plus grand syndicat britannique), dont le congrès s'était clairement prononcé contre l'Euro. A la conférence du TUC la délégation de l'UNISON s'est abstenue sur la question, permettant ainsi le changement de l'orientation confédérale, qui n'aurait été possible sans cette abstention ! Les autres syndicats importants, comme le Transport and General Workers Union (TGWU) se sont alignés sur la politique travailliste. Bill Morris, son secrétaire général, a ainsi découvert que l'opposition du TGWU à l'Union monétaire se déclinait en réalité sous les termes : « nous ne pouvons y aller tant que les conditions économiques ne sont pas réunies ».

En fait les dirigeants du TUC sont préparés à approuver l'entrée de la Grande Bretagne dans l'Union monétaire, car ils y voient le passage obligé vers leur vision du modèle social européen. Pourtant ce modèle social s'évapore au fur et à mesure qu'ils croient s'y approcher. Peut-être n'ont-ils pas encore remarqué que le programme (digne de Margaret Thatcher) de dérégulation et de privatisations est poursuivi par les partis

ABOUR sociaux-démocrates au gouvernement dans 13 des 15 pays de l'Union. Dans quel pays alors croient-ils que leur modèle d'une « Europe sociale » pourra être réalisé à la seule condition que la Grande Bretagne adopte l'Euro ? D'autres référents politiques pour les syndicats ?

Cependant la conférence du TUC a été aussi marquée par une tentative de contrer l'évolution droitière sur le terrain des rapports entre le "New Labour" et les syndicats. Ken Cameron, dirigeant de l'aile gauche du syndicat des pompiers (FBU), a semé la consternation dans les rangs lorsqu'il a proposé que les syndicats prennent les devants en se séparant du "New Labour". « Le "New Labour" ne voit plus dans les syndicats ses alliés naturels et nous ne pouvons plus compter que ce parti soit notre allié naturel ». Or, poursuivait-il, les syndicats contribuent au budget du parti travailliste à la

Grande Bretagne hauteur de 6 millions de livres sterling (4) par an, soit le tiers de ses ressources. « Pourquoi devrions nous continuer à signer des chèques pour un parti qui ne nous représente plus ?» concluait-il, en se demandant s'il ne serait pas plus utile que les syndicats soutiennent les seuls candidats qui s'engagent à promouvoir les intérêts des salariés.

Cela ne voulait pas dire que les socialistes devraient se prononcer dès aujourd'hui pour une désaffiliation généralisée des syndicats du Parti travailliste. Pas plus qu'une alternative politique au blairisme ait fait un bon en avant. Mais il ne sera pas facile de balayer l'argumentation d'un revers de main. Sa logique interne est trop forte. Et ce débat rebondit dans d'autres syndicats que le FBU, au moins sous la forme d'une discussion autour d'une aide financière que le syndicat pourrait accorder à d'autres organisations ou candidats qui promeuvent les intérêts des travailleurs. La position de Cameron reflète non seulement le fait que le "New Labour" a pris ses distances avec les syndicats, mais aussi qu'il est en train de nouer une relation nouvelle avecle patronat. Pour Blair les rapports du "New Labour" avec les patrons sont infiniment plus importants que ses rapports avec les syndicats. Et de plus il a toujours considéré les syndicats comme un obstacle à ses plans et à ses ambitions.

La conférence annuelle du TUC ne fut pas seulement marquée par la domination de son aile droite. Elle a aussi mis en évidence la sérieuse crise de la gauche syndicale traditionnelle. Cela fut manifeste avec sa capitulation sur la question du partenariat social, son effondrement devant la nouvelle ligne de John Monks sur l'union monétaire et son incapacité d'apporter une réponse aux défis du patronat sur quelque terrain que se soit. Son incapacité à développer une perspective indépendante fut personnifiée par la décision de Rodney Bickerstaff de prendre sa retraite du secrétariat général de l'UNISON à l'âge de 54 ans. Dans le passé les dirigeants tels Bickerstaff s'accrochaient à leur poste bec et ongles. Mais aujourd'hui, 4. Soit environs 60 millions de francs français ou 9.3 millions d'euros.

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Grande Bretagne alors que les grèves stagnent à leur plus bas niveau historique et que le blairisme affirme sa domination tant sur le parti travailliste que sur les syndicats, le rôle qu'ils savent jouer n'est plus d'actualité. Ils n'ont pas l'intention de défier Blair et il n'y a plus de luttes militantes face aux quelles ils pourraient jouer le rôle de médiateurs.

La gauche dure n'est pas pour autant beaucoup mieux lotie. La majorité de syndicalistes de gauche n'ont pas saisi la nécessité de mener une lutte pour la prise de conscience dans les syndicats des dangers du "partenariat social". La plupart des syndicats de gauche sont aujourd'hui plus faibles que ce qu'ils étaient il y a un ou deux ans. Il y a un besoin urgent d'une coordination horizontale des gauches syndicales, capable de coordonner la résistance et de conduire la lutte, au niveau politique, contre le "partenariat social" Alliance avec des Tories !

Si la conférence annuelle du TUC joua le rôle d'une douche froide pour la gauche, le pire allait arriver avec le congrès du Parti travailliste. Il aurait été difficile à Blair de dominer davantage et à la gauche (il y a encore une gauche, même si elle est affaiblie, au sein du Parti travailliste) d'être plus effacée que lors de ce congrès.

Les strateges du "New Labour" ont déjà conclu qu'ils vont gagner les prochaines élections dans deux ans et, à moins d'assister à de graves événements imprévus (telle un crise économique sévère), ils ont sans doute raison. Blair pouvait donc se concentrer sur l'étape suivante de son projet. « La guerre des classes est finie », annonçait-il, et il déclarait la guerre aux « conservateurs de gauche et de droite » qui encombrent la voie de la « modernisation » empruntée par le "New Labour".

Il est allé bien plus loin sur la voie empruntée depuis qu'il a fait supprimer le point 4 des statuts du parti (qui indiquait que le parti travailliste lutte pour la nationalisation des moyens de production) dans le but d'effacer la rupture avec le libéralisme survenue au début du siècle. Il a appelé ceux des Tories qui se reconnaissent dans la fraction nommée "one-nation" (un peuple) à rejoindre le "New Labour", invitant particulièrement l'ex-chancelier de l'échiquier, Kenneth Clarke, et l'ex-vice-premier ministre tory, Michael Heseltine

Depuis lors Blair a formé une alliance, nouvelle et sans précédent dans la politique britannique, avec Clarke et Heseltine (et aussi le dirigeant des Libéraux démocrates) en faveur de l'intégration de la Grande Bretagne au sein de l'Union monétaire

Blair et Schroder au sommet de Cologne « quand ce sera le moment », ce qui en réalité signifie lorsqu'ils jugeront qu'ils peuvent emporter le référendum sur cette question.

La formation de cette alliance a exacerbé la division au sein du Parti conservateur sur cette question, le conduisant au bord de la scission. Cela s'est reflété au cours du congrès du Parti conservateur, qui fut marqué par une évolution très droitière. La xénophobie y fut portée à son comble, avec la défense de la chasse au renard, de la livre sterling et, lorsque Margaret Thatcher y parvint, la défense de Pinochet ! En réalité le parti tory est déchiré sous la double pression des succès du blairisme au milieu de la politique britannique (ou plus précisément au milieu de l'Angleterre) et de ses vieilles querelles sur l'Europe. Le résultat est que les Tories "one-nation" ne trouvent plus supportable le Parti conservateur et se sentent plus proches de Blair et du "New Labour". En fait, le discours de Blair sur l'Union européenne n'est que la répétition de ce que les "'onenation " tories disent depuis des années.

Cette alliance, de pair avec le remaniement ministériel, fait partie des gestes les plus audacieux de Blair. Rien ne pouvait mieux affirmer son autorité que la décision de faire revenir Mandelson au gouvernement, dix mois seulement après sa démission forcée. En même temps il s'est débarrassé des survivants du "vieux" travaillisme au sein du gouvernement, modelant une équipe à son image. Il a clairement montré qu'il n'avait besoin de compromis avec personne et il n'en a pas fait. Et il ne s'est heurté qu'à de faibles protestations au sein du parti, alors que les médias ont majoritairement et bruyamment approuvé les changements, y compris la résurrection de Mandelson. C'est d'autant plus significatif que Mandelson est, avec Blair, l'architecteclé du nouveau parti travailliste. Vers la fin de la gauche travailliste ?

A l'intérieur du parti la situation n'a jamais été aussi préoccupante pour la gauche. L'aile gauche autour du groupe d'action des membres du parlement travaillistes ("Campaign group of Labour MP"), qui avaient baissé la tête devant Blair la plupart du temps, est maintenant directement sur la sellette. On parle d'une liste des membres-clé du dit groupe que les blairistes veulent éliminer au cours du processus de sélection des candidats avant les prochaines élections. Les structures locales du parti peuvent bien proposer à nouveau les députés sortants, y compris les membres du groupe d'action, mais ils doivent ensuite être confirmés par l'exécutif national armé de nouveaux critères politiques aux quels les candidats doivent se plier. Depuis que ces critères sont fondés sur la loyauté envers le projet de Blair, on s'attend à ce certains des députés sortants, en particulier les animateurs-clés du groupe d'action, soient remerciés. Quelle sera alors l'attitude des députés non investis et de leurs partisans, c'est la question à venir.

Mais ce n'est pas tout. Le Parti travailliste doit être réorganisé au niveau des circonscriptions au cours de l'année à venir. C'est le niveau où la gauche a toujours été la plus forte et les liens avec les syndicats les plus réels. Les syndicats locaux avaient le droit d'envoyer des délégués aux comités directeurs locaux du parti. C'est ce que la gauche avait longtemps appelée « la valve ouverte » entre le parti et les syndicats. C'est ce qui, en même temps que la démocratie locale, doit être sévèrement limité. Les comités locaux devront siéger une fois par trimestre (au lieu d'une fois par mois) et leurs pouvoirs de décision seront réduits. Ils ne seront plus composé de membres élus, mais ouverts à tous, ce qui réduira sérieusement la démocratie représentative au sein du parti.

Il s'agit sans doute de la plus importante "réforme" depuis que Blair a commencé à

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