Inprecor 1974–2004

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CHINE

Comment le PCC réforme les entreprises étatisées

· Inprecor n° 443-444, janvier-février 2000, n° 443/444 · p. 50-51 · 2 077 mots

Chine Syndicalisme

Chine Par Zhang Kai*

Depuis plus de vingt ans le gouvernement chinois a souligné le besoin de réformer les entreprises étatisées et a concocté beaucoup de schémas différents, qui semblent avoir été assez inefficaces. En septembre 1999, au 4ª plénum du 15° Comité central du PCC, ce problème était traité comme un problème-clé, et « une Décision sur diverses questions relatives à la réforme des entreprises étatisées » (nommée ci-après «la Décision») était adoptée.

La Décision soulignait la nécessité de cette « tâche urgente et importante » : « Certains problèmes et certaines contradictions profondes ont été révélés. Compte tenu des effets à long terme du système traditionnel, des nombreuses questions accumulées au cours de l'histoire, de la lourdeur des structures et des changements rapides dans l'environnement de marché, une grande proportion d'entreprises étatisées ne peut pas s'adapter aux exigences de l'économie de marché. Leurs mécanismes sont inflexibles, leur inventivité limitée, leurs dettes et fardeaux sociaux sont lourds, leur personnel trop nombreux, leurs opérations de production difficiles, leur efficacité économique en baisse et certains de leurs ouvriers survivent difficilement. Il est donc impératif de prendre des mesures efficaces pour résoudre ces problèmes ». Les problème et la réforme

Pour sa part Gui Shiyong, directeur du Bureau de recherche du Conseil d'État, était plus précis. Dans un article publiée par Le quotidien du peuple, intitulé « la réforme des entreprises étatisées est importante et * Zhang Kai est rédacteur du mensuel October Review paraissant à Hong Kong. Nous avons traduit cet article du supplément en anglais au n° 5/6, vol. 26, du 31 décembre 1999. 1. Wen Hui Bao, 5 novembre 1999. 2. Wen Hui Bao, 21 octobre 1999. 3. NCNA 25 novembre 1999, de Chongqing.

urgente », il indiquait que, selon le troisième recensement général de l'industrie 83 % des 402 secteurs industriels souffrent de surcapacité de production. En 1998, le taux du déficit des entreprises industrielles étatisées se montait à 65,9 % de leurs actifs, les intérêts de leurs dettes s'élevaient à 109,7 milliard de yuans (1 yuan = 0,78 francs français et 0,11 euro), ce qui équivalait à 37,9 % des marges bénéficiaires de la vente de leur production. La tendance à laisser filer les finances d'entreprises dans le rouge s'était renforcée. Alors qu'en 1990, 27,6 % des entreprises étatisées étaient endettés pour un taux moyen de 47,2 % de leurs actifs, en 1998 les chiffres se montaient respectivement à 41,5 % et 68,8 % .

Zheng Xilin, directeur adjoint du Ministère de l'économie et du commerce, disait pour sa part que si 51,3 % des entreprises étatisées étaient déficitaires en 1999 il s'agissait déjà d'un recul du déficit de 7 % par rapport à l'année précédente (cela signifie que pour 1998, le chiffre était 58,3 %, bien plus élevé que les 41,5 % cités par Gui Shiyong). Il disait de plus que dans le cas de la moitié des secteurs industriels, le taux d'utilisation des capacités de production installées ne dépassait pas 60 % et que les licenciements économiques ont touché environs 10 millions de salariés. La plupart des entreprises ont un taux d'endettement de près de 75 % (1).

Il était aussi rapporté que Xie Ping, directeur du bureau de recherche de la Banque du Peuple de Chine, disait que les "mauvaises dettes" des entreprises étatisées auprès de quatre banques d'État étaient estimées à 1 000 milliards de yuans, soit l'équivalent de 25 % des crédits bancaires. Cela constituait un obstacle majeur pour la réforme des banques commerciales étatisées. (2)

La réforme lancée par la Décision doit réduire le poids des entreprises étatisées dans l'économie nationale. A l'exception des entreprises jugées essentielles pour la sécurité de l'Etat, pour la technologie de pointe ou celles qui fournissent certains biens (la Décision ne précise pas de quelles entreprises il s'agit), toutes doivent subir une restructuration et être ouvertes pour les investissements du secteur privé La Décision encourage les investissements étrangers dans les entreprises compétitives, la fusion d'entreprises disposant de marchés potentiels mais souffrant de difficultés et la mise en faillite de celles qui ont accumulé les déficits, gaspillent les ressources et sont hautement polluantes.

Prenons comme exemple Chongqing, la plus grande concentration industrielle de la Chine occidentale. La municipalité a annoncé un plan de mise en faillite ou de fusion de 77 entreprises au cours des deux années à venir et offre des conditions privilégiées pour attirer les capitaux, surtout étrangers. Ce nombre dépasse toutes les fusions et faillites réalisées dans la passé. On estime que le taux de déficit des entreprises municipales serait ainsi réduit de 12 %. (3)

Pour réaliser la réforme, la Décision indique que « les syndicats et les conseils de représentants ouvriers vont accomplir leurs devoirs, en accord avec les lois et les ordonnances ». « Tous les ouvriers et tout le personnel doivent concourir pour briller dans leur travail, la discipline de travail doit être stricte, les récompenses et les punitions doivent être promptement mises en appplication». Les réformes prévoient d'accroître le pouvoir des directeurs et des gérants. Le secrétaire du parti de l'entreprise aura une fonction équivalente à celle du directeurgénéral, et le directorat ainsi constitué décidera de toutes les questions-clé. En même temps, les directeurs et gérants pourront recevoir « une rémunération pour leurs devoirs et contributions », ce qui veut dire que la différenciation des revenus dans les entreprises s élargira.

Les chiffres d'ouvriers victimes d'un licenciement économique sont contradictoires. Un article dans Lookout weekly rapportait qu'une source du Bureau d'assurances sociales disait que dans la première moitié de 1999, 7,42 millions d'ouvriers ont été ainsi licenciés. Selon des sondages du Bureau de sécurité du travail sur un échantillon de 3 000 entreprises, les chiffres réels

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étaient beaucoup plus élevés que ceux du gouvernement central. (4) Une des raisons est que les entreprises locales cachent le nombre de licenciés économiques afin d'éviter leurs responsabilités dans le réemploi. Dans le rapport fait au Comité d'emploi de l'Assemblée nationale, Zhang Zaiji, directeur du Bureau d'assurances sociales, admettait que sur les 5,4 millions d'ouvriers des entreprises étatisées qui ont été licenciés pour des raisons économiques, 6 % (c'est-à-dire près

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« Ne m'appelez pas seigneur, appelezmoi serviteur public » de 300 000) ne recevaient pas d'indemnités, bien que les licenciés économiques ont en principe le droit à une indemnité de 170 yuans par mois ainsi qu'au payement par l'État d'une indemnité d'assurances sociales d'un montant de 83 yuans. Le même article citait certains « spécialistes » disant que le niveau des indemnités des assurances sociales est bas. En Chine centrale et occidentale, où le système d'assurances sociales a été établi, l'indemnité ordinaire varie entre 70 et 130 yuans. Seulement un tiers des ayant droits est réellement couvert par ce filet de sécurité. Par ailleurs, selon un sondage mené dans les entreprises situées dans divers provinces et régions autonomes (dépendant directement du gouvernement central), environs 1,63 millions de personnes recevaient un revenu par tête intérieur au minimum vital local. La résistance ouvrière

Il n'est pas étonnant que les travailleurs entrent en lutte de résistance pour leurs droits et leurs revenus. Voici quelques informations récentes parues dans les journaux de Hong Kong,

A la veille de la fête nationale du 1 octobre, 200 ouvriers licenciés économiques ou mis à la retraité d'ottice par la tabrique de machines de Changchun sont descendus dans la rue en signe de protestation. Durant l'année entière les 300 retraités de cette usine n'avaient reçu que 120 yuans, ce qui est suffisant pour seulement un mois. 200 ouvriers licenciés du l'usine des moteurs

Xincheng à Xian prenaient aussi la rue durant quatre jours, car ils n'avaient pas perçu leurs indemnités depuis quatre mois (5).

2000 ouvriers de la cité industrielle Juchuan, dans la ville de Pinghu, province Shenzhen, ont fait grève le 11 octobre, protestant contre le non-payement des salaires depuis quatre mois. La direction a promis de résoudre la question, mais a oublié les promesses dès la reprise du travail. La grève a donc redémarré. Finalement les ouvriers ont défilé devant le gouvernement local, et la direction a payé la moitié du salaire dû pour juin, puis encore deux mois de salaire en retard dix jours plus tard. Les ouvriers ont alors repris le travail (6).

Une usine de porcelaine dans le quartier Hechun de la ville de Lianjiang, province du Guangdong, étant mise aux enchères, plusieurs centaines d'ouvriers ont exigé un remboursement des parts qu'ils avaient investies dans l'usine avec la promesse de se voir remboursés en 1998 en plus du payement des six mois de salaires en retard. Ils ont défilé dans l'usine, chantant des slogans. La police fut appelée pour rétablir l'ordre ainsi que les officiels pour arbitrer le conflit. Les ouvriers disaient que si l'affaire ne peut pas être résolue, ils peuvent recourir à une action plus radicale

200 ouvriers d'une usine d'ampoules dans la ville de Nanhai, province du Guangdong, se sont mis en grève pour protester contre le licenciement d'une partie des ouvriers et le non-payement de leurs salaires. Plusieurs ouvriers ont été passés à tabac par les gardes de sécurité de l'usine (7).

Une usine textile étatisée à Weinan, province de Shaanxi, a fait faillite en 1998 et fut vendue aux enchères pour 40 millions de yuans. Cependant, aucune compensation n'était prévue pour les ouvriers, qui, au cours des dix mois passés, ne furent payés que 100 yuans par mois, un salaire ne leur permettant pas de survivre. Le 2 Novembre, environ 1 000 ouvriers ont bloqué les trois artères principales de cette ville et ont affronté la police. Une dizaine d'ouvriers ont été arrêtés et trois ouvrières ont été grièvement blessées (8).

200 ouvriers d'une usine de caoutchouc à Changsha, la capitale provinciale de Hunan, n'avaient pas reçu de salaire durant trois mois et, le matin du 26 Novembre, ils bloquaient une autoroute à Yaoling. Après avoir été dispersés par la police, ils se rassemblaient de nouveau dans l'après-midi et bloquaient des voies majeures dans Changsha, paralysant la circulation. Comme de nombreuses entreprises étatisées sont en

Chine déficit, il y a des blocages du trafic et des manifestations chaque semaine à Changsha, et les habitants disent que ça les occupe(9).

Le secteur financier est en plein chaos et souffre de mauvaise gestion, causant des pertes énormes aux économies des habitants des villes et des campagnes. Beaucoup protestent et c'est une autre raison des manifestations. Par exemple, après que le gouvernement de Beijing eût imposé une rectification du secteur financier, pendant le seul mois de Septembre on dénombrait 50 cas d'attaques des bureaux officiels. Le 20 octobre environ 500 personnes ont bloqué un chemin de fer (10). Dans la province de Hunan, le gouvernement provincial a imposé le gel de 40 milliards de yuans d'économies d'environ 2 millions de paysans dans des fonds coopératifs ruraux. Il a annoncé que les paysans ne pourraient retirer que 30 % de leurs économies maintenant, et le solde après trois années. Depuis dans toute la province il y a eu au moins 50 émeutes importantes (11).

Tandis que les revenus ont diminué, les prix augmentent. A partir du début de l'an 2000, la révision des loyers du secteur public à Beijing a conduit à leur augmentation d'entre 1,5 et 6 fois leur niveau précédent. Le coût du seul loyer va s'accroître de près de 100 yuans. Des habitants de Beijing, philosophes, concluaient : « Nous entrons dans le xxe siècle avec un estomac plus petit » (12).

A la campagne, selon l'économiste renommé Hu Angang écrivant dans Lookout Weekly, les gens vivant en-dessous du seuil de pauvreté tel qu'il est défini par les normes internationales (et non les normes officielles chinoises) étaient 120 millions. Avec le retour à la campagne (du fait du retournement de la situation économique) des paysans qui avaient été employés dans les villes et avec l'impact prévisible de l'entrée de la Chine dans l'Organisation mondiale du commerce (OMC), défavorable à la vente de produits agricoles par les paysans, la pauvreté des campagnes va encore s'accentuer.

Toutes ces contradictions sociales sont des bombes à retardement qui attendent pour exploser.

le 5 décembre 1999 4. Lookout Weekly, 13 septembre 1999. 5. Apple Daily, 26 septembre 1999. 6. Oriental Daily, 13 octobre 1999. 7. Ibid. 8. Sing Tao Daily, 6 novembre 1999. 9. Sing Pao, 8 novembre 1999. 10. Sing Pao, 20 octobre 1999. 11. Apple Daily, 29 septembre 1999. 12 Apple Daily, 2 décembre 1999.

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