Par Carlos Henrique Árabe*
A u cours du deuxième congrès du Parti
• des travailleurs (PT), le débat sur le socialisme a été relativement succinct. L'Articulation (1) a amendé son propre texte - réaffirmant les thèses énoncées sur le socialisme lors de la septième rencontre nationale (1990) et du premier congrès du parti (1991) — et un seul amendement a été soumis aux voix en séance plénière, il était présenté par la tendance Nosso tempo (2). || a été rejeté tant par le "camps majoritaire" que par la plupart des secteurs qui se considèrent comme situés à gauche au sein du PT.
Cet amendement proposait d'aller au-delà du programme "de la révolution démocratique" ", par trop timoré, et d'impulser un processus de transition vers le socialisme, en intégrant dans cette perspective les expériences de participation populaire - surtout celles pratiquées dans l'Etat du Rio Grande do Sul (3) — en tant qu'embryon d'éléments de démocratie directe. L'amendement comblait le besoin de donner un sens stratégique aux gouvernements conquis par le PT.
Bien qu'il n'ait pas donné lieu à un débat qui aurait traversé tout le congrès, il est utile d'examiner les arguments qui ont été avancés pour contester cet amendement. Deux aspects prédominaient dans les interventions de l'Articulation: d'une part que la réaffirmation des résolutions antérieures était amplement suffisante et, de l'autre, que l'amendement surestimait la valeur stra* Carlos Henrique Árabe, militant de la tendance Démocratie socialiste, est membre de la direction nationale du Parti des travailleurs. 1. C'est le nom de la tendance majoritaire dans le PT au niveau national. 2. Cf. ci-contre les extraits de l'amendement présenté par le regroupement Nosso Tempo (Notre Temps) et aussi le texte programmatique de la tendance Démocratie socialiste reproduit p. 19 à p. 24. 3. Sur l'expérience de la municipalité de Porto Alegre, voir Inprecor n° 434 d'avril 1999. Nous publions par ailleurs en p. 15 un bilan de la première année du "gouvernement rouge" du Rio Grande do Sul.
tégique des expériences de participation populaire, tout particulièrement le budget participatif du Rio Grande do Sul (RS). Les opposants de la "gauche du PT" affirmaient, pour leur part, que l'amendement défendait une conception graduelle de la conquête du socialisme, laissant de côté la nécessité d'une rupture révolutionnaire. Participation populaire
La question de la participation populaire possède une importance très significative au sens où elle est intimement liée à la politique concrète du PT dans les gouvernements qu'il dirige ou auxquels il participe.
Nous pensons que l'institution d'expériences comme le budget participatif peut potentiellement introduire des formes embryonnaires de démocratie directe. De telles pratiques s'insèrent dans une perspective de dépassement des limites de la démocratie représentative, de liaison entre l'obtention de conquêtes matérielles dans l'intérêt du plus grand nombre et une nouvelle façon d'organiser le système de décisions politiques. Il s'agit de mettre en évidence le fait que le passage de l'État à une logique publique, déprivatisée — dans laquelle il ne serait plus l'otage des intérêts privés — est conditionné par des modifications structurelles dans son organisation et qu'il n'est à cet égard pas suffisant de gouverner correctement et honnêtement. L'expérience gaucha (du Rio Grande do Sul, ndir.) semble confirmer cette idée.
Mais ce genre de participation populaire est loin d'être unique ou d'être la plus répandue dans les expériences de gestion du PT. Dans de nombreux cas - même là où le
Best hégémonique dans le gouvernement —, l'encouragement à la participation est exercé de façon très contrôlée et subordonnée au dernier mot de l'exécutif, voire du chef de l'exécutif. Ce type d'expériences remplit un rôle limité dans la démocratisation de la vie politique, et fonctionne plutôt comme élément de légitimation de gouvernements de gauche, sans toutefois altérer les mécanismes fondamentaux -démocratie représentative et clientélisme
entre autres — de la structure de l'État.
L'idée que l'amendement surestimait le rôle stratégique de la démocratie directe dans les expériences de gouvernement du PT traduit des manières totalement divergentes d'aborder la question du pouvoir. On peut estimer que la participation populaire dans nos gouvernements contribue seulement à une "accumulation de forces", à un renforcement politique et social du parti, en vue d'une rupture — lorsqu' enfin la démocratie directe pourra pleinement être réalisée. Bien entendu, une conception de ce type devrait engendrer des tâches stratégiques conduisant à cette rupture révolutionnaire. Comme ceci est notoirement absent des préoccupations majoritaires dans le PT, il est difficile de croire qu'il s'agit de la motivation du rejet de l'amendement de Nosso tempo. Une autre raison serait de penser que l'horizon stratégique des gouvernements du PT est l'administration de l'État bourgeois sans proposer son dépassement. Ainsi, nous devrions nous contenter de ce qui se fait en moyenne aujourd'hui — surtout en ce qui concerne les formes de participation — comme constituant la seule réforme possible.
La compréhension du fait que la transformation socialiste exige une rupture révolutionnaire est commune aux courants de gauche. Cette idée est, en général, conçue comme un moment concentré dans le temps pendant lequel le mouvement politique et social de la classe travailleuse fait converger ses forces contre la domination bourgeoise, ou le cas échéant, contre l'État, détruisant l'ancienne "machine" oppressive tout en inaugurant un nouvel État basé sur la démocratie directe Processus et rupture
Cette dynamique, mieux connue sous le terme de révolution, est loin de se référer à un moment magique et accidentel ; au contraire, dans toutes les expériences historiques révolutionnaires, elle est liée à un processus de construction d'un pouvoir alternatif ou "double pouvoir", combinant des éléments graduels et de rupture. Dans beaucoup de cas, des courants de gauche se contentent de proclamer la nécessité de la rupture, mais contribuent peu, voire pas du tout, à la construction d'un programme qui dépasse la conception ("étapiste") traditionnelle qui distingue des programmes "maximum" (socialiste) et "minimum" (tenant compte du rapport de force actuel entre classes sociales), dans laquelle la question du pouvoir relève du domaine privé du parti. La critique du "gradualisme" de l'amendement, venue de secteurs de gauche du PT, ne résiste pas à une analyse critique de l'histoire des révolutions ou même des processus concrets qui sont en cours au Brésil.
L'amendement en question propose aussi de combattre la privatisation et la domination du marché en défendant la (re)nationalisation de secteurs stratégiques (banques et monopoles), tout en la liant à un contrôle social sur l'État lui-même. Il souligne le fait qu'il est possible et important d'intégrer dans cette perspective un ensemble d'initiatives et d'expériences de coopératives, d'autogestion et de formes non-capitalistes d'organisation économique. Ceci faisant référence aux conquêtes en matière de réforme agraire (menées en particulier par le Mouvement des sans terre) et aux luttes de résistance contre la désagrégation économique et le chômage. Cet amendement soulignait l'importance de ces questions et permettait de les intégrer dans le programme du parti pour orienter son action tant dans l'opposition qu'au gouvernement.