Le Parti des travailleurs dirige l'État de Rio Grande do Sul
Par Carlos Henrique Árabe * e processus politique mené par le PT à
Rio Grande do Sul est un test décisif pour le parti, mais aussi pour chacun des courants qui le composent. La conquête du gouvernement de l'Etat de Rio Grande do Sul par le PT a eu lieu dans un contexte de grande mobilisation sociale et politique. La confrontation sociale ne s'est pas ralentie avec l'élection et la gestion de Olívio Dutra et Miguel Rossetto, bien au contraire. Cela a beaucoup renforcé l'importance de l'expérience menée par le PT dans cet État. C'est ce qui garantit la continuité et la cohérence de la poursuite d'un programme de changements structurels au Brésil.
L'aspect le plus en vue de l'action du PT est sans doute la pratique du budget participatif, un processus qui, plus que légitimer et soutenir un gouvernement de gauche, représente la construction d'une nouvelle institutionalité à partir d'éléments de démocratie directe, modifiant ainsi les relations politiques séculairement établies entre gouver-
Un mode nants et gouvernés.
haliennen
Dans cette expérience du PT on constate la cohérence entre les objectifs présentés aux couches sociales popuaires lors des élections et leur réalisation lors de l'exercice du pouvoir. La nouvelle situation crée par le PT est en contraste complet avec ce qui se passe dans le reste du pays. Si l'on compare ce que fait le PT au Rio Grande do Sul avec nos précédentes expériences dans les gouvernements d'autres États, comme par exemple a Espirito Santo avec Victor Buaiz, et dans le District Fédéral (la capitale, Brasilia) avec Cristovam Buarque, et même dans certaines expériences municipales, (particulièrement celles des villes de l'Etat de São Paulo) on observe que l'action gouvernementale a subi en général une forte adaptation aux structures institutionnelles existantes, le plus souvent suivie de l'abandon d'initiatives pouvant être en confrontation avec les intérêts des classes dominantes locales.
Or dans le cas de Rio Grande do Sul, en plus du budget participatif, des luttes comme celle autour de l'installation de l'usine Ford ou l'interdiction de la culture d'aliments transgeniques, ont contribué à ce qu'il y ait une situation de confrontation permanente avec les élites de l'État.
Quand on regarde de près le programme national du PT on constate qu'il y a eu rupture depuis 1994. On était alors dans la période issue de la 5eme rencontre nationale (1987). On cherchait à exprimer les intérêts de la classe travailleuse et celle de la majorité, qui incluait un certain nombre d'éléments d'une stratégie de transition au socialisme. Cette perspective (de transition au socialisme) était beaucoup plus nette en 1989 qu'en
1994, attécratie direc nuée quelle sente Porto Alors comme le fut déjà par l'économisme qui avait marqué ce programme, mais elle était encore dans le cadre de la vision stratégique de notre élaboration. En 1998 le PT a élaboré au niveau national un programme "minimaliste" sans aucun rapport avec le programme précédent. L'orientation et l'action politique suivies actuellement par le gouvernement de Rio Grande do Sul vont dans le sens opposé, étant pour cela critiqué et accusé de créer une situation de confrontation stratégique de projets avec la bourgeoisie de l'État. Organisation sociale et construction du Parti
L'expérience de Rio Grande do Sul a la particularité d'avoir conservé une continuité, autant, sinon plus importante que la précédente : la croissance institutionnelle fortement teintée d'organisation sociale, les depuis un an
ECONOMIE
LA MONDIALISATION
S'ARRETE A PORTO ALEGRE
Ou comment la ville brésilienne a fait plier Carrefour: La politique différente menée à Porto Alegre et dans l'État du Rio Grande do Sul a été remarquée, non sans appréhension, par la presse mondiale.
luttes et les mobilisations. A la différence de ce qui s'est passé au niveau national dans beaucoup d'États, il n'y a pas de déphasage entre ces deux points. L'aspect le plus clair dans ce processus a peut-être été l'élection (du PT) au gouvernement de l'État. Bien plus qu'une bataille politico-électorale, nous avons connu une énorme mobilisation populaire qui a opposé les torces organisées des travailleurs et des secteurs des classes moyennes, à la bourgeoisie. Revenant au début sur la stratégie du PT, on peut dire que c'est à Rio Grande do Sul où on a construit un mouvement en équilibre sur deux aspects et tourné contre les intérêts de la bourgeoisie : un mouvement politique et social transformateur, combiné avec un renforcement mutuel sur les fronts de l'action de masse et institutionnel. Le parti s'est construit tout au long de cette période d'une manière démocratique. Rio Grande do Sul fût le premier Etat ou le PT a mis en pratique la proportionnelle dans la composition des directions du parti. Cette continuité, et la démocratie dans la construction du PT dans l'État, font qu'aujourd'hui l'expérience du PT au Rio Grande do Sul est la plus avancée du Brésil. Même si ces éléments politiques n'expliquent pas à eux seuls le développement du PT ceci est bien plus significatif, face à ceux qui prétendent que Rio Grande do Sul « est un pays à part » et qui est souvent utilisé afin de justifier compromis et pratiques anti* Carlos Henrique Árabe est membre da la direction nationale du PT et militant de la Tendance Démocratie socialiste. Nous reproduisons cet article de Em Tempo n° 310 d'octobre 1999.
démocratiques, ce qui arrive dans d'autres « pays » du Brésil, en commençant par São Paulo. Il ne faut pas pour autant voir cette expérience à Rio Grande do Sul comme la seule qui dans le PT ait cumulé seulement des aspects positits, ou encore qui n'ait pas eu des problèmes à affronter (dont certains sont communs à tout le parti). Limites et Difficultés
Sans avoir la prétention d'une analyse achevée, il est possible d'évoquer deux de ces problèmes. Le premier est que justement Rio Grande do Sul n'est pas « un autre pays ». C'est d'ailleurs pour cela que les considérants de la politique nationale ont tendance à peser de plus en plus sur l'expérience du PT dans le « pays gaúcho » (1). Cela est bien visible dans les aspects généraux (économie, rapports au niveau fédéral, etc.) mais aussi en ce qui concerne le fonctionnement du parti.
D'un autre côté ceci permet une plus grande incidence nationale à partir de Rio Grande do Sul. De ce point de vue il est possible d'identifier une action importante à partir de la mairie de Porto Alégre, notamment dans la divulgation de l'idée de budget participatif et de son intégration comme élément fondamental dans les plates-formes municipales que le PT présentera lors des prochaines élections. Avec la conquête du gouvernement de l'État cette proposition est devenue crédible et doit être présentée comme l'axe central et pas comme simple conséquence de l'action dans l'appareil d'É-
Le second problème c'est comment le PT a abordé les défis inhérents à la nouvelle situation après l'arrivée du parti au gouvernement de l'État .
Les toutes récentes résolutions de la rencontre municipale de Porto Alégre, ainsi que les textes de bilan de gouvernement à la tête de l'État, publiés alors afin de préparer la rencontre au niveau des états, montrent des . aspects préoccupants. Lors de la rencontre de Porto Alégre, seul le regroupement "Objectif PT" (qui regroupe les tendances Démocratie Socialiste, Gauche Démocratique et Action Démocratique) a fait un bilan globalement positif du gouvernement de l'Etat. La résolution approuvée accuse le gouvernement de Olívio Dutra de « s'être couché » devant le PMDB lors du conflit au sujet de l'implantation de l'usine Ford. Cette résolution fut soutenue par 1. "Gaúcho", nom donné aux habitants du Rio Grande do Sul, qui vient des légendaires "gardiens de vaches".
Articulation de gauche (le courant le plus présent dans le gouvernement, mais qui curieusement n'assume pas sa défense et ne discute pas sérieusement ses orientations) et le dit PT "Large" (les tendances Articulation, Unité dans la Lutte et Démocratie Radicale). Dans un document ces derniers caractérisent le gouvernement de Olívio Dutra, entre autres accusations, d'être un gouvernement de conflits (gauchiste).
En agissant ainsi, ces courants oublient que le gouvernement d'Olívio Dutra et Miguel Rossetto est le gouvernement de tout le parti (car c'est le PT qui dirige le front populaire). Ils adoptent une attitude de dispute électorale (interne et externe) qui prime par rapport aux responsabilités de direction. De plus, ils ne peuvent pas justifier la disparité entre leurs positions quand ils sont au gouvernement et lors des débats dans le parti.
Ce processus, ces débats montrent qu'il y a une distance croissante entre la lutte pour la direction et l'acceptation des responsabilités dans la formulation, le positionnement et l'action politique nécessaires afin de répondre aux défis et tâches posés du fait que le parti gouverne l'État . Les événements montrent qu'il faut construire une nouvelle direction et une nouvelle dynamique dans le parti, capables de répondre à la situation créée par l'élection d'Olívio Dutra et de Miguel Rossetto.
Les rapports du parti avec l'expérience qui se développe à Rio Grande do Sul sont décisifs pour gagner les conflits avec la bourgeoisie. Mais aussi pour l'évolution des courants internes du PT à l'échelon national (particulièrement les courants considérés, jusqu'ici du moins, de gauche) car c'est par sa capacité à répondre aux défis posés dans les situations les plus critiques, les plus difficiles de conflit social et politique, qu'une direction se doit d'être exigeante. C'est là la preuve de la force et des limites du parti comme un tout, avec tous ses courants. •