Inprecor 1974–2004

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ÉQUATEUR

Les revendications du mouvement social

· Inprecor n° 443-444, janvier-février 2000, n° 443/444 · p. 5-6 · 1 707 mots

France Belgique

De notre correspondant

Le mouvement de protestation, jusque ici,

, a centré ses revendications sur la démission du gouvernement, du président Jamil Mahuad, des députés, des juges de la Cour Suprême de Justice. L'État, tel qu'il est organisé, représente les intérêts du pouvoir économique, notamment les banquiers, et ne veut ni ne peut apporter de solution aux problèmes angoissants que vit la majorité de la population.

Pour la CONAIE (Confédération des nations indigènes de l'Equateur) et la CMS (Coordination des mouvements sociaux), une « junte de gouvernement de salut national » devra remplacer le gouvernement. Le Front patriotique (qui réunit à l'heure actuelle seulement le Front unitaire des travailleurs -FUT- et le Front populaire -FP-) a proposé une « junte patriotique ». Si quelques contacts ont déjà été pris entre les deux secteurs, il apparaît que chacun poursuit son propre chemin. Ils sont pourtant d'accord pour estimer qu'au final, les forces armées (ou au moins une partie de celles-ci) se rallieront aux mobilisations populaires. Il est certain, dans l'état actuel des rapports de force entre classes, qu'aucun changement ne sera possible sans un soulèvement militaire dans cette direction, bien que cela ne soit pas à l'ordre du jour. La CONAIE et la CMS ont rendu visite au Commandement commun des forces armées, et le Front patriotique a remis son plan de gouverne-

Les reve du mouven ment aux militaires et au Commandement de la police.

Dans l'optique de la révocation du gouvernement, le « Parlement des peuples de l'Equateur », formé à l'initiative de la

CONAIE et de la CMS, a discuté en détail un plan de gouvernement qui prévoit des réformes économiques, sociales et politiques. Dans le domaine économique, il propose d'abandonner le modèle néolibéral et mettre en marche un schéma favorisant la production et les petites et moyennes entreprises, ainsi que les activités de subsistance. En bref, une économie mixte de marché solidaire. Il propose de rétablir l'attention de l'Etat dans le domaine social, notamment la santé, l'éducation, la sécurité sociale et les politiques de promotion des femmes.

Dans le domaine politique, il propose l'organisation d'un nouvel État, qui ait à sa direction une junte de gouvernement, un conseil d'État et un

Parlement des peuples.

Le Front patriotique a aussi tenté en place son « Congrès du de mettre peuple », mais n'a pas réussi à attirer des secteurs au-delà de ses propres organisations. Comme il pouvait difficilement en être autrement, les actions du Parlement des peuples sont ambiguës : d'un côté il ne reconnaît pas le gouvernement et les trois pouvoirs de l'État et prétend assumer le pouvoir de décision ; de l'autre, il continue à émettre des décrets enjoignant les forces n° 443/444 indications nent social armées ou les juges à réaliser certaines actions, comme empêcher la fuite de Mahuad à l'étranger, ou poursuivre les banquiers ayant mis leurs établissements en faillite, à l'origine de la crise économique. Il est évident que le Parlement des peuples ne détient pas le pouvoir qu'il revendique, et continue à donner sa confiance à des forces extérieures. Cependant, la situation pourrait éventuellement se modifier si la protestation sociale atteint un niveau de mobilisation élevé

En réalité, ce schéma a été pensé avant que le gouvernement de Mahuad décrète la dollarisation de l'économie, à un moment où toute la société équatorienne, depuis les masses populaires jusqu'aux classes dominantes, rejetait la politique du président, et - janvier-février 2000 Inprecor

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que les voix demandant la démission du président se multipliaient. Depuis la situation a changé, car avec l'annonce de la dollarisation Mahuad a réussi à resserer les rangs autour de lui, notamment ceux des grandes entreprises, et de s'assurer de leur soutien. Cependant, le mouvement social paraît ne pas prendre en compte cette "nouvelle donne", et continue à y opposer la même logique. Le seul changement a été d'inclure dans les revendications l'abrogation de la dollarisation. Bien qu'elle ne fassent pas partie intégrante des demandes du mouvement, la base est préoccupée par les conditions de vie et la pauvreté, et ces revendications, jusqu'ici, sont restées au second plan

Pendant ce temps, avec l'aide d'experts argentins et nord-américains, le gouvernement prépare un projet de loi d'urgence, envoyé au Congrès le 20 janvier. Selon la législation constitutionnelle, ce type de projet de loi doit être examiné par le Congrès dans les 30 jours sous peine d'approbation automatique. Ce projet développe les réformes en quatorze domaines, traitant aussi bien de la privatisation de secteurs-clés de l'économie, comme l'électricité ou le pétrole, ou de la flexibilisation des contrats de travail (abolition des contrats collectifs, remplacés par des contrats à l'heure). La mobilisation sociale

En réalité, le Parlement des peuples avait commencé à fonctionner avant les mobilisations de rue et sur les routes du pays. Le succès des mobilisations, s'il est un élément décisif pour la réussite du mouvement populaire, demeure une inconnue. Bien sûr, il existe des protestations dans l'ensemble du pays, mais de façon très inégale. C'est la mobilisation indigène et paysanne, depuis plusieurs années déjà, qui a le plus de poids dans les luttes sociales. Malgré les mesures de blocus militaire visant à les contenir dans leurs communautés, des milliers d'indigènes ont réussi à rejoindre Quito, en déjouant les contrôles sur les routes. Vers le 19 janvier, ils étaient déjà plus de 5 000, hommes, femmes et enfants, et l'on en attendait encore plusieurs milliers dans les jours suivants.

Des actions de protestation ont aussi eu lieu dans les capitales de provinces, les plus importantes à Cuenca, dans le sud. Sur la côte Pacifique, le mouvement reste faible, mais il est important de noter que quelques manifestations non contrôlées par le PRE ou le PSC s'y sont déroulées.

Fin janvier, les mobilisations devaient encore s'intensifier, même si elles ne regroupaient encore à ce moment que de faibles une question de temps. metre. Les « Parlements du peuple » février 1997, dans plusieurs provinces du tion avec les chefs militaires de la zone. En peuple. tion n'a pas encore la capacité d'exercer une sorte de double pouvoir. Mais au contraire cette structure s'est étendue à beaucoup de provinces, se reproduisant en secteurs de grandes villes. Les parlements sont un lieu retrouvent des représentants indigènes, paysans, étudiants, ouvriers, enseignants, même quelques ONG. Ils représentent une forte tendance à l'auto-organisation de l'activité autonome des masses.

secteurs, la masse de la population restant dans l'expectative. La décision des chauffeurs de taxi de ne pas se joindre à la mobilisation retire évidemment de la force au mouvement. Et les groupes populaires urbains les plus pauvres ont déjà montré au cours des mobilisations de mars et juillet

1999 qu'ils prenaient leur temps avant d'entrer en action. Il y a donc évidemment en jeu

D'un autre côté, la réussite des mobilisations dépend aussi des mesures de répression que prendra le pouvoir. Jusque là, les réponses sont multiples : si les tentatives pour empêcher les indigènes d'arriver à

Quito ont partiellement échoué, une fois dans la ville, ils n'ont pas été réprimés (pour le moment). Les manifestations dans les

Ancien total villes de province sont repoussées à l'aide de

Hans O., Suisse gaz lacrimogènes. A Quito, un "cordon sanitaire" a été mis en place autour du centre historique, où se trouve le palais du gouvernement, et les manifestations peuvent plus ou moins se dérouler en dehors de ce péri-

Gérard A., France

Céline C., France

Céline C., France

Chaque grande mobilisation sociale essaie de se doter de ses propres formes

Mare I., France d'organisation. Les « Parlements du peuple » n'ont d'invention récente que le nom. Le 5 pays, se constituèrent des « assemblées du

Claire R., France peuple », qui furent, durant un temps, de

Claire R., France véritables contre-pouvoirs face à l'écroulement du gouvernement de Bucaram : elles destituèrent des gouverneurs et des fonc-

Patrick C., France tionnaires politiques, nommèrent leurs remplaçants, organisèrent des actions de lutte, dans quelques cas directement en coordina-

Paul G., Belgique

Frank S., Belgique mars et juillet 1999, une tentative de créer

Elie C., France un « congrès du peuple » échoua. En janvier

José R.. France

2000, c'est le tour des parlements du

Yves Z., France

André H., Suisse

A la différence de 1997, cette organisa-

Arnaud B., France de 1997, et surtout de l'année dernière,

Gabriel V., France

Jacky M., France

Lucien M., France

Bernard S., Suisse base dans certains quartiers populaires des anonyme, Canada

James B., France d'unité des divers secteurs populaires. S'y et

Yvan D., France

Francis C., France

Quito, le 20 janvier 2000

Souscription

A n mat nous lancions un appel a 25 000

/ franes pour les 25 ans d'Inprecor ». Il ne s'agissait pas seulement de fêter un quart de siècle de votre revue d'analyses internationales et internationalistes. Il s'agissait aussi, plus prosaïquement, de permettre à Inprecor de renouveler son parc informatique devenu obsolète. En décembre 1999 nous avons crié « Au secours ! », car en six mois nous avions reçu moins du tiers des besoins estimés. Appel entendu : nous parvenons aujourd'hui près du but (mais que cela ne vous emêche pas de nous aider à le dépasser, en sept mois notre parc informatique est devenu encore plus obsolète et nous allons devoir remplacer plus de machines et de programmes que nous ne l'avions envisagé... en avril 1999). Alors, encore un petit effort?

7 654,52 42,60 Georges G., France 60.00 Armand H., Luxembourg 139,97 Bernard S., Suisse 40,00 Max D., Martinique 40,00 Michael L., France 200,00

40.00 Gérard G., France 150,00

40.00 50,00 Michel M., France 200,00 Gilbert G., France 100,00 Roger G., Belgique 81,27 Jacques B., France 4 640,00 Michel H., Belgique 121,50

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40,00 40.00 nouveau total au 21 janvier 2000 24 577,01

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