Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER BRÉSIL : LE PARTI DES TRAVAILLEURS ET LE PROJET SOCIALISTE

Thèses pour une actualisation du programme du PT

· Inprecor n° 443-444, janvier-février 2000, n° 443/444 · p. 19-25 · 6 760 mots

Brésil Économie mondiale

du programi

DOCUMENT* 1. Le PT et la discussion du programme

Pendant quelques années, particulièrement de 1987 à 1991 (de la 5° Rencontre, en 1987, au 1º Congrès, en 1991), le PT a connu un vaste débat sur son programme et a avancé dans l'explication aussi bien d'une conception du socialisme que du chemin pour y parvenir. Ces derniers temps par contre, et particulièrement pendant la campagne de 1998, la discussion du programme au PT s'est restreinte à des propositions de mesures gouvernementales, pensées en termes de transformations limitées, « situées dans les limites d'une société capitaliste » (Résolutions de la Rencontre Extraordinaire de 1998).

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Approfondir la compréhension du socialisme, cela s'impose non seulement comme une tâche stratégique, importante pour le rentorcement de l'identité du parti, mais c'est aussi une exigence de la conjoncture, pour accroître la crédibilité du Parti des Travailleurs comme défenseur d'une alternative globale au néolibéralisme. Une des grandes difficultés que nous avons eues ces dernières années est que le discrédit du socialisme nous a laissés sans alternative populaire globale à la crise du capitalisme, et donc en mauvaise posture pour affronter les néolibéraux.

Le PT continue à se définir comme socialiste, mais a peu fait ces derniers temps pour développer sa compréhension du socialisme et des voies pour l'atteindre. Après des avancées importantes pour repenser ces questions - surtout avec la discussion du « socialisme petiste » à la 7º Rencontre, en 1990, suite à l'effondrement de l'ancien

Ition

s Travailleurs

« camp socialiste » — elles n'ont plus figuré à l'ordre du jour et avec elles le débat sur le programme, en son sens le plus profond, a disparu. Le 2º Congrès est l'occasion de le reprendre. 2. Programme, lutte politique et conjoncture

Dans notre expérience de construction du parti, nous avons lié le débat sur un pro* Lors de sa V° conférence nationale tenue en juin 1999 (cf. Inprecor n°439/440 de septembre/octobre 1999) la Tendance Démocratie Socialiste (qui regroupe au sein du PT les marxistes révolutionnaires se référant aux conceptions de la IV" Internationale) a débattu du projet socialiste que le Parti des travailleurs devrait formuler aujourd'hui. Les thèses adoptées par la V° conférence nationale de DS (que nous reproduisons ci-contre) peuvent fertiliser la réflexion programmatique du mouvement ouvrier non seulement au Brésil.

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York. LANER gramme de transformation socialiste du Brésil à un processus concret d'accumulation de forces et de lutte politique. De même, nous avons conduit nos discussions en lien étroit avec les questions posées par la conjoncture. C'est un aspect positif de notre tradition et cela constitue un antidote contre tout doctrinarisme - à condition que ce souci ne nous amène pas au refus d'avancer dans la discussion programmatique et ne se réduise pas à une variante du pragmatisme.

Discuter notre programme aujourd'hui, en liaison étroite avec les questions posées par la conjoncture, signifie d'une part le développer en le confrontant aux propositions néolibérales et aux critiques qui ont été faites au socialisme à partir de la crise de l'ancien « camp socialiste » et, d'autre part, montrer comment les avancés dans un programme de transition au socialisme permettent d'envisager les questions urgentes posées au pays, en particulier aux classes populaires, alors que les solutions néolibérales échouent.

Nous pouvons résumer le noyau des critiques libérales du socialisme en une identification du socialisme avec l'étatisme et en deux conclusions tirées de là : l'étatisme est antidémocratique (tandis que le marché est démocratique), et l'étatisme est inefficace (alors que le marché est efficace). Et ce n'est pas seulement le socialisme qui est critiqué comme « étatiste » : le « développementisme », c'est-à-dire l'effort fait par divers pays dépendants (l'un d'eux, en particulier, le Brésil) pour bénéficier d'un développement national, s'industrialiser, surmonter son retard et sa dépendance à l'intérieur des limites du capitalisme, est lui aussi la cible de cette critique.

Plus récemment, les propositions de gauche en général, aussi bien socialistes que développementistes, ont été attaquées en ce qu'elles s'opposeraient à la « globalisation », seraient nationalistes, et donc contraires à la modernité, au progrès technique, aux bienfaits que la libéralisation du commerce et les investissements étrangers pourraient apporter au pays. Il est assez curieux que cette critique soit faite à gauche, alors qu'une des traditions les plus chères des socialistes est justement l'internationalisme.

Notre discussion programmatique doit donc se développer aujourd'hui tout en répondant à ces critiques.

3. Les fruits amers du marché néolibéral

L'intense endoctrinement néolibéral mené ces dernières années prétend que, puisque l'étatisme est antidémocratique et inefficace, l'alternative serait d'élargir le rôle du marché, avec des privatisations, des déréglementations, la réduction de la taille de l'État. Outre le fait que cela serait par soi-même plus démocratique et efficace, cela qualifierait aussi le pays pour recevoir les investissements extérieurs et cueillir ainsi les fruits de la « globalisation », tout en connaissant un intense progrès technique et une croissance rapide.

L'expérience mondiale de ces dernières années, surtout celle des pays dépendants, est très éloignée de ce tableau.

A commencer par la prétendue efficacité de la régulation marchande : nous observerons en premier lieu que les décennies de prédominance néolibérale ont enregistré, dans l'ensemble des pays, une performance économique largement inférieure à celle des décennies « étatistes » qui les ont précédées. La croissance de l'économie mondiale devient, dès les années 80, inférieure d'une bonne moitié à ce qu'elle était dans les années 50 et 60. La réduction des impôts sur les capitaux, l'adoption d'une politique fiscale nettement moins progressiste commencée à l'échelle internationale avec le gouvernement Reagan, qui aurait dû stimuler les investissements selon ses défenseurs, n'a pas rempli ce rôle. Le chômage a doublé ou triplé, en moyenne, par rapport à ce qu'on enregistrait dans les années 50 et 60. Dans le cas de l'Europe, le chômage a aujourd'hui quadruplé ; même les États-Unis, qui ont aujourd'hui un des taux de chômage les plus bas, ont à cet égard une position plus mauvaise que ce qu'il y avait en moyenne pendant ces années-là.

La situation, examinée avec plus d'attention, est en réalité encore pire : c'est aussi la qualité des emplois qui se dégrade de façon dramatique. Tout le monde sait que la précarisation du travail est en train de s'aggraver dans le monde entier. Dès les années 80 la tendance est à la stagnation ou à la chute des salaires réels, tandis qu'augmentent les rendements les plus élevés — la distribution de la rente tend à se concentrer. Se produit aussi une contraction de l'État-providence et de l'ensemble des droits relatifs à la sécurité sociale, en plus de la réduction des droits sociaux en général.

En outre, « déréglementation », « flexibilisation » et précarisation des rapports de travail augmentent l'exploitation des travailleurs et l'hétérogénéité sociale du prolétariat. Les travailleurs qui arrivent à défendre leurs droits sont présentés par la propagande néolibérale comme des privilégiés, et opposés à ceux qui sont obligés de faire des petits boulots, de travailler à temps partiel ou à domicile, d'accepter la réduction ou la suppression de leurs droits. Le résultat est l'augmentation de la pauvreté et une difficulté accrue à unifier les travailleurs, ce qui réduit leur capacité de résistance à ces attaques

Autrement dit, le capitalisme libéral est incapable d'offrir à la population ce que le capitalisme « étatiste » a offert pendant quelques dizaines d'années

Quant à la prétendue efficacité supérieure des entreprises privées pour rendre des services publics, il suffit de voir ce qui est en train d'arriver en divers pays — y compris au Brésil - aux télécommunications, à la fourniture de l'énergie électrique ou aux transports.. privatisés

Finalement, il saute aux yeux que sont en train d'être démenties les affirmations selon lesquelles l'ouverture économique complète et l'intégration dans l'économie « globalisée » favoriseraient la modernisation, le progrès et l'amélioration de la qualité de la consommation dans les pays dépendants. Ceux-ci ont beau s'engager toujours plus dans la création de toutes les conditions favorables pour « mériter » la confiance des marchés mondiaux, en particulier avec l'adoption de ce qu'on appelle les « réformes » (en réalité des contre-réformes) néolibérales, ce qui est chaque jour plus clair est que cet effort non seulement ne leur a pas permis de « recueillir les fruits » de la globalisation, mais les a rendus plus exposés aux crises, plus dépendants, moins souverains. La situation du Brésil ne laisse aucun doute à ce sujet. 4. Le néolibéralisme contre la démocratie

La performance des néolibéraux est peut-être encore pire en matière de démocratie.

Bien loin de favoriser la démocratie, la prédominance croissante des marchés dérégulés exige une réduction progressive des droits démocratiques. Il suffit de voir que l'un des points centraux du discours et de la pratique des gouvernements néolibéraux est

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la nécessité de « gagner la confiance » des marchés en général et des marchés financiers en particulier. « Gagner la confiance » signifie en vérité donner des garanties que rien ne sera fait contre leurs intérêts. La raison fondamentale de la réduction des dépenses publiques pour les besoins sociaux (éducation, santé, assainissement, logement, infrastructures) est la nécessité d'accroître la capacité pour les gouvernements de payer des intérêts usuraires aux créanciers internes et externes. « Gagner la confiance » signifie aussi accepter la tutelle d'une institution comme le FMI, représentant toujours plus direct des grandes puissances, en particulier des USA, et du capital financier, et en plus accepter la tutelle directe du Trésor des USA, comme le Brésil le fait depuis fin 1998.

En outre, toute possibilité de changement de politique économique, de mise en œuvre de mesures qui ne seraient pas celles qui intéressent la « communauté financière » provoque un chantage des « investisseurs ». C'est ce que nous voyons aujourd'hui en Argentine : à l'approche des élections présidentielles, le capital étranger plonge le pays dans la crise

Ce n'est pas seulement que cela n'a rien de démocratique, cela agresse directement la souveraineté nationale (sans laquelle, naturellement, il ne peut y avoir de démocratie). Un autre aspect totalement antidémocratique de la logique néolibérale est la nécessité permanente d'accepter les paramètres de la « compétitivité » des entreprises et des pays. Il s'ensuit une course à la réduction permanente des coûts. Une des recommandations centrales des néolibéraux pour notre pays est de réduire ce qu'on appelle le « coût Brésil ». Il se trouve que, dans cette optique, une partie centrale de ce « coût » sont les coûts du travail. Telle est la raison de la pression à l'abaissement des statuts et à la précarisation du travail (ce qui est appelé « flexibilisation » des statuts), et à l'abaissement des droits sociaux. Ce processus n'a pas de fin : comme tous les pays et toutes les entreprises cherchent à devenir plus « compétitifs », ce qu'on exige aujourd'hui sera considéré demain comme insuffisant.

Mais peut-être l'aspect le plus clairement antidémocratique de cette logique est la façon dont elle traite la question de l'emploi.

Pour que les entreprises soient viables elles doivent de plus en plus pouvoir périodiquement licencier des travailleurs. Et contrairement à ce qui se dit, cela n'est pas une conséquence du progrès technique en lui-même. Le progrès technique devrait être une bénédiction, permettant à tous de travailler moins avec une production plus grande, et donc de consommer davantage. C'est la logique même du capitalisme néolibéral qui transforme cette bénédiction en malédiction

FHC vu par Em Tempo pour la majorité : comme les politiques néolibérales maintiennent fondamentalement stagnante la demande globale, et exacerbent la « compétitivité », le progrès technique amène à ce que les uns travaillent plus (sans gagner plus) et à ce que les autres perdent leur emploi.

Est-ce démocratique qu'un travailleur qui a dix ou vingt ans de boîte puisse être mis à la porte pour que la boîte maintienne ses profits et sa « compétitivité » ?

La dictature des marchés est, dans la période historique actuelle, le principal ennemi de la démocratie. Le discours typique du néolibéralisme, selon lequel la nécessité de compter avec les marchés réduit dramatiquement l'espace aux décisions politiques, représente une attaque frontale contre la démocratie, contre la capacité des citoyens de décider souverainement de leur propre destin.

La prédominance de la logique marchande est renforcée par le rôle de plus en plus décisif des médias et de l'industrie culturelle, contrôlées par le grand capital à l'échelle mondiale. Le résultat est ce qu'on nomme l'idéologie de la « pensée unique », qui pénètre même la conscience des secteurs victimes des mutations en cours. Le quasi-monopole de la production d'idées de cette industrie capitaliste restreint profondément la démocratie, transformant une grande partie des processus électoraux en marketing de candidats et en spectacles télévisuels.

Il est important de noter que les néolibéraux, en réalité, ne sont pas pour des Etats plus faibles. Ils veulent réduire, par principe, le rôle économique des États (sans l'éliminer : les États doivent garantir le fonctionnement des marchés, le respect des droits de la propriété, les contrats, etc., ce qui est certainement un rôle économique-clé). Mais ils ont besoin que les Etats soient bien équipés pour « garantir l'ordre ». Ce n'est pas un hasard si le Chili de la dictature de Pinochet et l'Argentine de la dictature de Videla ont été des pionniers dans la vague néolibérale. Et même la réduction du rôle économique des États est très discutable : dans ce modèle, l'État est source importante de subventions et de financements bon marché pour le grand capital (par exemple : Poer, Ford, les transferts du patrimoine public à des groupes privés étrangers et nationaux grâce à des privatisations financées par la BNDES, etc.).

En fin de compte, les régimes libéraux dans le monde actuel sont de moins en moins démocratiques et de plus en plus oligarchiques. Outre la prédominance complète du pouvoir économique et la manipulation des processus électoraux, les institutions de pouvoir « filtrent » l'expression de la souveraineté populaire dans l'élection des représentants parlementaires. La structure politique brésilienne, héritée de la dictature militaire et préservée par les compromis des élites dans la « Nouvelle République », en est un exemple clair. Des États créés récemment, avec une population réduite, élisent un nombre élevé de députés. On a mis en place une cohorte de parlementaires vénaux qui soutiennent toutes les initiatives du gouvernement fédéral. Des mesures classiques de la Révolution Française, comme le principe « un citoyen, un vote », se transforment aujourd'hui en revendications démocratiques décisives. 5. Le « social-étatisme »

Comme nous l'avons vu, le fond des arguments néolibéraux contre le socialisme, l'opposition marché démocratique et efficace / étatisme antidémocratique et inefficace est fausse. Mais il y a une part importante de vérité dans l'identification du socialisme avec l'étatisme : de fait, dans les versions qui ont prédominé jusqu'à aujourd'hui, celle du « socialisme réel » à la façon stalinienne, et celle de la social-démocratie, l'étatisme a été un trait caractéristique. Bien qu'ayant des différences notables les deux courants majoritaires dans le mouvement ouvrier ont eu un

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caractère bureaucratique et ont prétendu réaliser une transformation de la société par en haut, à partir de l'Etat.

Dans le cas du socialisme façon stalinienne, on a construit un nouvel appareil d'État, identifié au parti au pouvoir, ultra-centralisé et autoritaire. Chaque mobilisation populaire devait être subordonnée à cet appareil ; toute initiative populaire autonome était considérée comme dangereuse et subversive, et devait donc être réprimée. Les AVANÇA,

BRASIL! courants sociaux-démocrates se sont adaptés à l'appareil d'État du capitalisme, c'est-àdire bourgeois ; en réalisant des changements très partiels dans cet appareil, et en évitant les chocs frontaux avec les classes dominantes, ils ont prétendu s'en servir en faveur des majorités populaires. Cela a signifié aussi le refus d'une participation populaire autonome : dans cette conception, la participation populaire n'est acceptée comme légitime que si elle se restreint aux formes institutionnelles de la démocratie bourgeoise, et si elle ne provoque pas de chocs frontaux avec les classes dominantes. En dehors de ces bornes, elle devait être réprimée

Ces deux faces du « social-étatisme » ont été réellement antidémocratiques. Dans le cas du stalinisme, c'est tout à fait clair, encore que cela ne soit pas arrivé fondamentalement pour les raisons avancees par la critique libérale(par exemple pour cette dernière la non-reconnaissance des droits de la propriété privée est un trait antidémocratique de base, ce que nous ne pouvons accepter ).

Dans le cas de la social-démocratie, il existe aussi des traits antidémocratiques, bien qu'il soit plus difficile de les appréhender. Mais ils ne viennent pas de « l'étatisme », ils ne sont pas pointés par la critique libérale : en s'étant bornées aux limites de la démocratie bourgeoise, le problème des expériences social-démocrates est qu'elle n'ont guère été plus loin que la démocratie libérale ; dans le fond, elles ont partagé les avancées et les limites de cette forme de démocratie.

De ce fait la question de l'inefficacité de ces expériences est plus compliquée. En premier lieu, discuter d'efficacité ou d'inefficacité n'a de sens qu'au regard des objectits. Si nous pensons à l'efficacité pour construire une société socialiste, il n'y a pas de discussion : le stalinisme et la social-démocratie ont été totalement inefficaces. Mais si nous pensons à l'efficacité selon les paramètres utilisés par la critique libérale, ou disons, en nous fondant sur les critères de promotion de la croissance économique, il faudra relativiser leur inefficacité Pendant quelques dizaines d'années, la croissance économique

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de l'URSS a été très significative : cest encore plus vrai pour les expériences sociales-démocrates Quand prédominaient dans les pays capitalistes des gouvernements qui appliquaient des programmes sociaux-démocrates, la croissance économique a été très supérieure à ce qui arrive actuellement avec la prédominance de gouvernements libéraux.

De toute façon, cette question est secondaire en ce moment. Comme le social-étatisme, dans toutes ses formes, s'oppose à une véritable démocratie de toute façon, nous n'en avons rien à faire. Cela n'aurait pas plus de sens de reprendre le « développementisme » capitaliste, qui bien qu'ayant assuré quelques décennies de croissance rapide n'a pas réussi à transformer le Brésil en un pays souverain, a permis l'accentuation des inégalités sociales et des inégalités régionales, et n'a pas été plus loin qu'une démocratie bourgeoise très limitée. 6. Le socialisme comme autogouvernement solidaire du peuple organisé

Notre programme démocratique et populaire doit être orienté par une conception du socialisme qui représente l'appropriation, par la population organisée, du contrôle sur les mécanismes de la gestion économique et politique de la société. Le socialisme doit permettre de rendre effective la souveraineté populaire dans la définition des destins de la société, aujourd'hui aliénée par le marché capitaliste et par une organisation étatique qui fonctionne comme « un comité exécutif chargé de gérer les affaires communes de la bourgeoisie » (Manifeste

Communiste), et manipulée par les médias et par l'industrie culturelle capitaliste. Cela signifie la création d'institutions qui prennent la place du marché capitaliste et de l'État bourgeois, institutions basées sur la « libre association des travailleurs », sur l'activité autonome, démocratique et souveraine de la population, institutions qui interviennent dans la gestion de la chose publique (y compris une bonne partie des actuelles affaires privées de la bourgeoisie affectant une grande partie de la société et devant être réabsorbées par la sphère publique)

Nous ne voulons ni l'étatisme, la tentative de promouvoir un processus de changement social du haut vers le bas, avec une participation populaire contrôlée par les appareils étatiques ; ni la domination du marché, avec les besoins populaires soumis à une logique qui leur est étrangère et qui favorise les propriétaires de capital. Le socialisme que nous recherchons est celui de la solidarité humaine comme valeur fondamentale, où les citoyens décident de leur destin, où il y a donc l'autogouvernement des travailleurs.

A très long terme, reste valable la formulation de Marx selon laquelle une société réellement libre aura éliminé la production de marchandises, et donc le marché et toutes les catégories marchandes ; elle aura également réussi à faire disparaître l'État comme appareil politique autonomisé, réabsorbé par la société auto-organisée

Cependant comme perspective pour l'époque actuelle, comme axe d'un programme démocratique et populaire, notre proposition doit être bien plus limitée : développer toutes les formes d'auto-organisation populaire et de contrôle social sur l'État et sur le marché.

Nous ne défendons comme perspective immédiate ni la disparition de l'Etat - c'est évident — ni sa réduction. Ce que nous défendons, c'est sa transformation, qui doit être de plus en plus contrôlée par la population organisée et consciente, qui se constitue de plus en plus en véritable chose publique. En ce sens, nous défendons l'affaiblissement de l'État, c'est-à-dire son affaiblissement en tant qu'appareil politique autonome. Notre expérience de ces dernières années est extrêmement utile pour concrétiser cette perspective, avec l'avancée réussie dans la participation populaire à diverses administrations municipales, tout spécialement à Porte Alegre, et avec le début de l'extension de ce processus pour le gouvernement du Rio Grande do Sul. Cette expérience a montré que cette façon de traiter l'État est aussi démocratique qu'efficace.

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Les transformations qui se produisent sur le terrain des communications et de l'informatique réduisent considérablement les difficultés autrefois existantes pour l'exercice d'une démocratie participative. Les discussions sur les questions fondamentales à chaque niveau de la société (à l'échelle nationale, régionale ou locale) peuvent être présentées à tous les citoyens, permettant que les délibérations soient de plus en plus directes.

Il faut que nous avancions dans le contrôle sur les marchés (sans prétendre les éliminer à court ou moyen terme, naturellement). Le contrôle sur les marchés doit être mené à bien par des organismes publics, qui ne peuvent être dans cette phase que des organismes d'État soumis au contrôle populaire. Nous affirmons que cela n'a pas de sens, d'un point de vue démocratique, de réduire l'État pour donner plus d'espace aux marchés capitalistes : cela signifierait en réalité une perte de capacité de décision du peuple, et donc un recul du point de vue de la démocratie. Mais nous affirmons aussi que cela n'a pas plus de sens, d'un point de vue démocratique, de renforcer l'Etat sans qu'en même temps se renforcent les mécanismes de contrôle de la société sur l'État lui-même.

Si l'extension de l'intervention de l'État, d'un autre côté, se fait en combinaison avec le contrôle social sur ses activités, nous nous trouverons en train de développer des formes qui donnent plus de contrôle aux citoyens sur leurs conditions de vie, autrement dit, des formes plus démocratiques. En ce sens, « l'extension » de l'État contribuera à son processus de disparition à long terme, c'est-à-dire de réabsorption par la société organisée.

L'État devra avoir la capacité de coordonner les activités économiques, de façon qu'elles soient cohérentes avec le projet de développement démocratique et populaire, et qu'il puisse y avoir une réduction croissante des inégalités sociales et régionales. Pour cela, il n'est pas nécessaire d'étatiser toute l'économie, mais il est nécessaire que de nombreuses entreprises stratégiques soient de propriété publique (étatique). Nombre d'entreprises privatisées dans la dernière période devront être ré-étatisées, donc, mais avec la garantie de contrôle social.

En troisième lieu, il faudra stimuler toutes les formes d'auto-organisation dans l'économie, c'est-à-dire toutes les formes de coopératives et d'associations. Dans le cadre d'un gouvernement démocratique et populaire, au cours du processus de transtormations, les conditions seront réunies pour

Inprecor n° 442 - décembre 1999 dépasser un des principaux (sinon le principal) problèmes que les initiatives des travailleurs dans le domaine économique affrontent habituellement, qui est la pression pour qu'elles s'adaptent à la logique du marché, pour qu'elles adoptent une perspective patronale. Une des mesures-clés qu'un gouvernement démocratique et populaire devra prendre sera la garantie de crédit avantageux pour ces initiatives (dès lors qu'elles ne visent pas l'enrichissement et qu'elles n'aient pas pour objectif l'accumulation privée de propriété). Pour cette raison, entre autres, le secteur financier du pays devra connaître un changement radical, passant sous contrôle public (dans les premiers programmes du PT on parlait d'étatisation du secteur financier ; il est temps de reprendre cette perspective, en lui associant le contrôle social).

Une mesure fondamentale pour changer la situation des travailleurs et promouvoir une modification profonde dans le rapport de forces entre les classes, dans un sens démocratique, sera l'extension radicale des droits de contrôle des travailleurs sur les entreprises privées. Une des premières actions dans cette direction sera de limiter le « droit de licencier les travailleurs », que les entreprises ont aujourd'hui sans restriction. Il faudra examiner l'expérience des chambres

NAU DAY

10 DE NOVEMBRO DIA NACIONAL DE

PARALISAÇÃO E PROTESTO

O POVO VAI PARAR POR: SALARIO, REFORMA AGRARIA, SAUDE, EDUCAÇÃO, MORADIA,

PREVIDENCIA, CONTRATO COLETIVO NACIONAL, SUSPENSÃO DAS DIVIDAS E ROMPIMENTO COM FMI de métiers pour dépasser leurs limites corporatistes, propres à leur configuration institutionnelle (avec la seule participation de patrons, de travailleurs d'une branche et du gouvernement). Les décisions sur la politique de développement (régional, industriel, etc.) doivent être subordonnées à une vision générale qui ne peut être construite que dans des espaces démocratiques de participation populaire, tels le Budget Participatif.

En outre, la question ne sera pas de négocier avec les entreprises des avantages pour qu'elles promettent de maintenir l'emploi pour un certain temps (sans qu'on ait de garantie que cela soit réellement fait) ; il sera nécessaire de modifier le contenu du droit de propriété des patrons, qui sera plus limité par les droits des travailleurs.

Les organismes populaires de gestion de l'économie iront bien au-delà de l'entreprise des chambres de métiers aussi pour une autre raison. Intégrés dans un processus de transtormations plus vaste, ils chercheront à garantir l'emploi toujours d'une façon qui corresponde aux intérêts de l'ensemble de la société. Il sera possible que des activités déterminées soient subventionnées par le pouvoir public; mais cela devra être justifié en termes d'utilité sociale. Ainsi ne pourront être justifiées des subventions pour que la production automobile augmente, alors qu'elle est déjà excessive et que d'aucune façon on ne peut dire qu'elle constitue une priorité sociale. La garantie de l'emploi des travailleurs du secteur devra être rendue possible par le transfert d'une partie d'entre eux vers d'autres activités du même secteur (par exemple, la production de véhicules collectifs, de camions ou de tracteurs) ou en dehors de ce secteur.

Le caractère juste et démocratique d'une mesure comme celle-là ne peut faire aucun doute : comme nous l'avons observé précédemment, où est la justice quand des travailleurs qui ont des années de boîte peuvent être sommairement licenciés ? Après avoir donné des années de leur vie à une entreprise, les travailleurs ne devraient-ils pas, eux aussi, avoir des droits sur elle ?

Tout cela exigera, naturellement, un changement radical dans la forme des relations du pays avec l'étranger, pour qu'il n'y ait pas de fuite des capitaux et de chantage des « marchés ». 7. Lutte pour la souveraineté et pour un nouvel ordre international

Comme nous l'avons mentionné plus haut le néolibéralisme accroît la soumission des pays dépendants aux centres impérialistes. En réalité, il n'est nullement exagéré de dire que ce qui est en cours est un véritable processus de recolonisation. C'est un des aspects sous lesquels les reculs historiques imposés par le néolibéralisme sont les plus brutaux. Le néolibéralisme annihile l'effort réalisé pendant plusieurs dizaines d'années par le « développementisme » et par la pression des mouvements populaire en vue de nationaliser les centres de décision poli-

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tique et économique des pays périphériques et semi-périphériques.

Ainsi la lutte pour la souveraineté nationale a aujourd'hui une importance accrue. Mais elle doit être traitée comme une souveraineté liée à une conception large de la citoyenneté et à une perspective internationaliste. Doivent être reconnus comme citoyens et citoyennes, et intégrer la communauté politique qui reçoit le nom de nation, tous ceux et toutes celles qui vivent sur son territoire, indépendamment de leur lieu de naissance, de leur langue, de leur religion, ou de leur culture. Cette vision cosmopolite de la citoyenneté, présente dans les grandes expériences révolutionnaires, est la seule façon pour que l'affirmation de la souveraineté nationale d'une population ait un contenu universaliste.

La lutte pour la souveraineté nationale passe aujourd'hui par une réorientation fondamentale de la politique économique, visant une plus grande autonomie ; par une rupture avec le FMI, par la suspension du paiement et la réévaluation de la dette extérieure, avec réalisation d'un audit sur les termes auxquels elle est contractée. Elle passe avant tout par le contrôle des mouvements des capitaux, soumettant leur entrée dans le pays et leur sortie aux intérêts nationaux ; par la révision des processus de privatisation, dans la mesure où il s'est agi en grande partie de processus de dénationalisation ; par l'établissement de contrôles et de limites au rapatriement des profits des multinationales.

Il est évident que le Brésil s'insère dans ce qu'on appelle la « globalisation » de manière subordonnée et contraire aux intérêts du peuple brésilien. Cependant, la question ne peut être résolue par une « insertion souveraine dans l'ordre international », comme il se dit parfois dans le PT lui-même, et encore moins par une « insertion souveraine et compétitive ». Il n'y a aucune possibilité pour les pays dépendants de s'insérer dans l'ordre international actuel de manière souveraine et répondant aux intérêts nationaux ; et accepter le piège de la « compétitivité », c'est intérioriser une des valeurs les plus chères du néolibéralisme.

La défense de la souveraineté doit être combinée avec la lutte pour un ordre international radicalement différent de celui qui est en train de se construire. A la mondialisation du capital et des marchés nous devons opposer la solidarité et l'internationalisme des peuples. Nous ne défendons pas l'isolement national ; les socialistes luttent pour les intérêts de toute l'humanité. Mais les relations internationales ne doivent pas être livrées à la logique des marchés dérégulés ; elles doivent être construites consciemment par chaque pays, grâce à des accords bilatéraux et des forums de négociation où prévalent les intérêts des peuples. Les organisations qui fomentent aujourd'hui le processus de « globalisation » - FMI, Banque Mondiale, OMC - doivent disparaître.

Dans cette perspective, la souveraineté nationale doit être étroitement associée à la souveraineté populaire, et à la solidarité internationale entre les peuples opprimés

FORA FHO

par l'impérialisme (qui ne se trouvent pas seulement à la périphérie, mais aussi dans les pays du centre). Plus que d'un « projet national », il s'agit de formuler un projet qui incorpore la défense de la nation et qui se propose aussi de la transformer, et de lutter pour un autre ordre international.

Ce projet doit inclure l'unification des peuples qui partagent un destin commun. Les nations sud-américaines, soumises à la domination de l'impérialisme nord-américain, peuvent et doivent affronter ensemble leur condition. Le futur du Brésil ne peut être vu séparément du futur des peuples qui vivent près de nous. A partir de cette vision, l'expérience du Mercosul doit être critiquée et réorientée.

La lutte contre la domination des grandes puissances et des capitaux a compté avec les initiatives de secteurs progressistes des pays du centre eux-mêmes, comme la campagne contre l'AMI (Accord Multilatéral d'Investissements) et la création du mouvement ATTAC (Association pour la Taxation des Transactions financières et pour l'Aide aux Citoyens). Le PT doit, naturellement, se joindre à ces initiatives.

La combinaison de l'autonomie nationale et de la solidarité internationale doit aussi être la base d'un projet de développement qui soit économiquement viable. 8- La nécessité de l'hégémonie des travailleurs

Quand il a tenu un débat intense sur un programme alternatif pour le Brésil, le PT a élaboré la proposition d'un programme démocratique et populaire de lutte pour une véritable alternative . Une des caractéristiques centrales de cette alternative était la nécessité pour les travailleurs d'obtenir l'hégémonie dans le bloc de forces qui devait la soutenir, en réalisant une vaste politique d'alliances dans le camp démocratique et populaire, et sans accepter la subordination à des secteurs bourgeois.

Le processus historique de ces dernières années confirme cette nécessité. Bien qu'il y ait de nombreux secteurs bourgeois qui souffrent des politiques néolibérales, ils se montrent de moins en moins disposés à suivre un chemin opposé à celui du néolibéralisme. Au plan international, ce que nous voyons, c'est que la social-démocratie elle-même - courant politique généralement basé sur des organisations de travailleurs, mais dont les directions sont de plus en plus intégrées aux appareils capitalistes - quand elle arrive au gouvernement, applique des politiques qui ne s'écartent pas fondamentalement du néolibéralisme. L'écrasante majorité des gouvernements de l'Union Européenne est sociale-démocrate ou a une participation sociale-démocrate, mais cela n'a pas eu jusqu'à ce jour de conséquence claire sur leurs politiques. Au contraire, les dirigeants sociaux-démocrates ont flirté avec l'idée d'une « troisième voie », avec Clinton et Fernando Henrique Cardoso (FHC).

Au Brésil, la totalité des partis hégémonisés par des secteurs bourgeois soutiennent le gouvernement de FHC. Et même si l'usure de ce gouvernement amène une partie d'entre eux à chercher une alternative « d'opposition », tout montre que la limite de cette opposition serait le soutien à une personnalité comme Ciro Gomes, issu du PSDB lui-même et encore très lié à des secteurs de ce parti, et prédécesseur de Pedro Malan au ministère des Finances (qu'il occupait au moment des élections de 1994).

Dire que s'en trouve renforcée la nécessité d'une alternative hégémonisée par les travailleurs signifie aussi que notre projet ne peut se borner aux limites du capitalisme, qu'il ne peut prétendre réactualiser le développementisme. Plus encore que lorsque nous l'avons élaboré dans les années 80, le programme démocratique et populaire doit être conçu comme un programme de transition au socialisme.

La nécessité de l'hégémonie des travailleurs et d'un bloc populaire implique une vision stratégique qui ne restreigne pas les positions institutionnelles à la lutte pour gagner des élections. Bien que ce soit un aspect important, les travailleurs et le peuple ne seront politiquement hégémoniques que

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s'ils révolutionnent la structure de l'État. Pour que cela soit possible, il doit être transformé du dedans et du dehors.

Cela dépend d'une organisation et d'une mobilisation sociales croissantes. Est aussi nécessaire une lutte idéologique de fond dans la société. Les valeurs de solidarité, de communauté, de nation et de communauté des nations doivent devenir dominantes. Un exemple intéressant de la viabilité de ces conceptions est le succès du MST (Mouvement des Travailleurs Sans Terre). 9. L'unification de tous les secteurs populaires et la lutte contre toutes les formes de discrimination

L'hégémonie des travailleurs ne doit pas être pensée seulement à partir de la lutte contre l'exploitation capitaliste dans les usines. Il faut incorporer la lutte contre toutes les formes d'oppression et de discrimination auxquelles est soumis le peuple brésilien.

Un aspect fondamental de la démocratisation de la société est la lutte pour une vaste réforme agraire, sous le contrôle des travailleurs ruraux : elle est fondamentale tant pour des raisons économiques que pour des raisons politiques, afin de garantir pleinement la citoyenneté pour ce contingent de travailleurs et de briser un des principaux piliers du conservatisme dans le pays.

De même, la lutte pour une réforme urbaine radicale est indispensable pour garantir la citoyenneté à l'ensemble des habitants des villes. Il est de plus en plus clair que les problèmes urbains ne peuvent être pleinement résolus dans les limites du marché capitaliste (surtout dans un pays dépendant comme le Brésil). Ainsi, les exigences des secteurs populaires urbains réunissent toutes les conditions pour être incorporées au programme démocratique et populaire et pour gagner un contenu anticapitaliste.

La lutte antiraciste, spécialement la lutte pour l'affirmation des droits des Noirs et des Noires, tient une place essentielle au Brésil. Une grande partie de la population de notre pays a une origine africaine, et les Noirs et Noires subissent ici une oppression plus dure que l'ensemble des travailleurs : alors qu'en 1996 les chiffres de l'indice de développement humain de l'ONU plaçaient le Brésil en 63° position, notre population noire occupait la 121° position, une des places les pires, avec le Zimbabwe et le Lesotho.

Une des formes d'oppression les plus anciennes est l'oppression de genre. Pour aggraver le tableau, il y a discrimination et oppression des femmes au sein même des secteurs populaires. De cette façon, la lutte pour l'égalité réelle de genre, contre toutes les formes de discrimination, occupe une place centrale pour l'unification du peuple brésilien dans une perspective démocratique et populaire.

Une autre forme de discrimination qui doit être combattue dans le processus d'unification du peuple est la discrimination selon l'orientation sexuelle. La liberté que nous recherchons à construire inclut aussi, naturellement, la liberté du choix de l'orientation sexuelle.

Il faut aussi garantir l'unité, la solidarité des différentes générations qui vivent ensemble dans la société, à partir des droits des jeunes comme des droits du troisième âge. 10. Axes d'un programme démocratique et populaire a) Démocratisation radicale de la société, avec pour axe la participation de la population à la définition de son propre destin ; face au monopole des médias de la bourgeoisie, démocratisation des moyens de communication de masse ; démocratisation des élections ; fidélité partidaire, élection des parlementaires par listes partidaires, révocabilité des mandats, interdiction des financements de campagnes électorales par les entreprises ; financement des campagnes par des fonds partidaires ; interdiction aux parlementaires d'être à la tête de moyens de communication de masse ; contrôle social du judiciaire ;

b) Réorientation de l'économie, avec contrôle social de l'Etat et des marchés, ainsi que soutien aux initiatives d'auto-organisation sur le terrain économique ; étatisation avec contrôle social du système bancaire et financier : ré-étatisation des entreprises stratégiques privatisées ; contrôle social sur les entreprises privées qui agissent dans des secteurs stratégiques et sur les entreprises monopolistes ; création de droits des travailleurs sur les entreprises privées, et spécialement restriction du droit de licenciement pour les entreprises ; réforme fiscale ;

c) Hausse des salaires et des retraites ; réduction de la journée de travail ; soutien, y compris par le crédit, aux petites entreprises, spécialement les coopératives ; défense des conventions collectives ;

d) Défense des services publics de qualité et de leur gratuité ; rénovation des infrastructures nationales ; défense de critères sociaux de rentabilité, en opposition aux critères marchands, dans l'évaluation de tous les services à la population (transports, réseaux d'assainissement, approvisionnement, eau, lumière, télécommunications, ogement) ;

Be) Réforme agraire vaste et massive, éliminant la grande propriété , concentrée dans le temps, et non vidée de son sens au long des années ou des décennies ; réalisée sous le contrôle des travailleurs ; combat contre la violence à la campagne et châtiment des responsables ; garantie des terres cultivables, soutien technique et aides publiques pour les travailleurs installés ;

f) Réforme urbaine radicale ; remise en ordre du développement urbain sur la base des intérêts des populations, exprimés concrètement dans des formes de participation populaire aux décisions, étendues à partir de l'expérience du budget participatif ;

g) Promouvoir l'égalité de genre et d'orientation sexuelle ; des politiques publiques qui modifient concrètement la division sexuelle du travail et interviennent dans les relations sociales inégales entre hommes et femmes ; actions affirmatives sur le marché du travail; création des conditions sociales pour que les femmes puissent participer activement à toutes les sphères de la société ; défense de l'action affirmative et des politiques de quotas sur le terrain de la participation politique et sociale ; garantie du droit à l'avortement en cas de grossesse non désirée ;

h) Promouvoir l'égalité réelle de « race » ; mesures radicales de combat contre le racisme ; politiques publiques qui combattent l'inégalité entre blancs et noirs et réparent la dette historique envers la population d'origine africaine dans le pays; incitation à l'auto-organisation du peuple noir dans ses communautés ; réhabilitation de l'histoire et de la lutte des Noirs et des Noires au Brésil ; inclusion de l'histoire de l'Afrique dans les programmes scolaires ; respect de la culture et de la religion ; classement des vestiges des quilombos ;

i) Défense des droits de la jeunesse et du troisième âge ; solidarité entre générations ;

j) Face à la globalisation néolibérale, défense d'un internationalisme concret à partir de la solidarité entre les peuples ; construction d'un nouvel ordre international ; rupture des accords avec le FMI ; suspension du paiement de la dette extérieure et audit; contrôle des mouvements de capitaux, et en particulier des rapatriements des profits des multinationales ; soutien à la recherche scientifique et technologique; politique diplomatique indépendante, tournée vers les intérêts de tous les peuples et de l'humanité.

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