Questions à Luis Fazenda, député du Bloc de gauche et dirigeant de l'UDP • Quel sens politique prend la création du Bloc de gauche ? - Malgré la victoire électorale du Parti socialiste (PS) en 1995, qui a remplacé le gouvernement de centre-droit du Parti social-démocrate (PSD), il était clair que la politique néolibérale ne changeait pas. Les idées du PS en ce qui concerne l'avenir du Portugal diffèrent peu ou pas du tout de celles du PSD. L'espoir d'un changement réel était repoussé loin. Il n'y avait donc rien à espérer du PS et pour renouveler l'espoir il n'était pas possible de continuer d'attendre encore le PC. Le Bloc est apparu comme un défi à la société portugaise, et surtout aux secteurs de la gauche auxquels il n'est pas facile de plaire : il est nécessaire de renouveler les forces tant organisées qu'individuelles, plurielles du point de vue idéologique, politiquement déterminées pour bâtir une alternative face au centre politique, d'avoir un projet qui va au-delà du Bloc et des objectifs pour le renouvellement de la gauche elle-même. Nos cibles principales sont, pour parler en général, la globalisation capitaliste et le néolibéralisme. • Diriez-vous que le Bloc s'est constitué sur la base d'un "programme minimum", et si oui, pensez-vous qu'il est armé dans la situation politique et face aux questions compliquées, tactiques immédiates et stratégiques, qui vont se poser ? — Le grand défi fut de réaliser un "programme minimum" qui permette d'ouvrir le dialogue entre les forces de gauche et de leur faire prendre l'initiative politique. Le Bloc a fait le premier pas en avant, étant capable d'ajouter plus de gauche à la gauche. Sa réussite montre que ses propositions étaient adaptées à la situation politique. La voie empruntée doit être poursuivie, sans chercher des chemins de traverse qui, généralement, rendent plus difficiles l'arrivée à quelque destination que ce soit. • Dans votre discours à la Convention vous disiez que la participation du Bloc à un gouvernement n'est pas une affaire de principe, mais de programme. Mais nous savons que le programme sera mauvais si le Bloc est en minorité dans une coalition avec la social-démocratie et le
Parti Communiste Portugais (PCP) ? — Au cours de sa Convention, le Bloc a dit clairement que la solution pour les problèmes du pays nécessite le renforcement de l'opposition de gauche. C'est un fait que la participation du Bloc à la sphère du pouvoir impliquerait un changement de la situation politique rendant possible un programme de gouvernement qui réaliserait l'essentiel de notre " programme minimum". Nous n'aspirons pas à être les "appendices" d'une alternance d'un type nouveau. • Quel sera le prochain pas dans l'aventure du Bloc ? Quelles sont vos attentes et vos propositions pour que le Bloc vive au Parlement, dans la vie politique, dans les mouvements sociaux? - Le Bloc a été capable de formuler un agenda politique pour le parlement et pour la situation politique, dans ses différents aspects. La réforme de la fiscalité, la question des emplois précaires, les droits de minorités, la dépendance envers la drogue, la laïcité de l'État et d'autres questions sont devenues des affaires débattues au Parlement et dans la société. Nous allons poursuivre. Cependant, la grande "aventure" est de faire la jonction entre les mouvements sociaux, comme nous essayons deja de le faire, par exemple en ce qui concerne la défense de l'environnement et celle de la
qualité de la vie, en participant à des débats et en apportant un soutien à ces combats et aux propositions qui en sont issues. D'autre part, la Convention a approuvé "la table ronde des gauches" pour créer un large espace de débat à gauche, une idée qui peut ouvrir les voies pour les interventions futures et alternatives. • L'UDP avait fait bloc auparavant avec le PCP. Pourquoi est-ce qu'il a pris fin ? - L'UDP s'est toujours prononcée pour l'unité d'action de la gauche. Les accords électoraux avec le PCP existaient durant la période de la majorité absolue du PSD, quand la principale cible était commune : il fallait en finir avec les politiques du gouvernement de Cavaco Silva. L'activité commune du PCP et de l'UDP au sein de plusieurs de ces mouvements, notamment dans des syndicats, facilitait de tels accords. Avec la victoire du PS et les divergences d'appréciation sur le nouveau gouvernement, la base des anciens accords entre l'UDP et le PCP a cessé d'exister. • Quels débats à l'intérieur de /'UDP l'ont conduit à se tourner vers le PSR ? — Pour affronter la situation politique il fallait créer un pôle à gauche. Le combat contre les accords de Maastricht et d'Amsterdam, une opposition claire face au
PS, la réintroduction du débat au sein de la gauche elle-même, la participation dans les combats sociaux, plaçaient l'UDP et le PSR du même côté et les conduisaient ensemble à lutter pour une alternative. • L'UDP (et le PSR) continuent à exister comme des partis indépendants. Comment justifiez vous, publiquement et à l'intérieur devant vos militants du parti, les raisons politiques et organisationnelles pour faire cela ? — Le Bloc n'est pas un parti défini idéologiquement. Il s'assume lui-même comme un mouvement pluriel. L'UDP fait partie de cette pluralité et il n'y a pas de raisons d'aliéner ses fondements idéologiques, même si ces derniers sont l'objet de débats et d'évolution. • Quel pourrait être le rôle du Bloc dans la (re)construction de la gauche européenne ? — Il faut en premier lieu contribuer à renforcer le Bloc au niveau national, sans oublier l'importance du lien avec la grande diversité des gauches européennes. Ce lien, c'est le caractère populaire, militant, influent, anti-néolibéral et européen de gauche du Bloc.