Inprecor 1974–2004

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MOZAMBIQUE

Banque mondiale et FMI : refus d'assistance à peuple en détresse

· Inprecor n° 446, avril 2000 · p. 34 · 1 074 mots

Économie mondiale Afrique australe France

Mozambique Banque mondiale

Refus d'assist

peuple en dét

Par Éric Toussaint* Le Mozambique (20 millions d'habitants)

vient de subir les pires inondations depuis 30 ans. Le gouvernement évalue à 250 millions de dollars le coût de la reconstruction. Alors que les pays les plus industrialisés montent en épingle l'aide d'urgence qu'ils apportent aux victimes, discrètement ils exigent des autorités du Mozambique le remboursement de la dette extérieure. Ce pays, un des plus pauvres de la planète, paye 1,4 million de dollars par semaine en service de sa dette. Il aurait bien besoin de cette somme pour subvenir aux besoins humains prioritaire de la population.

Tandis que l'aide internationale commence à faiblir parce que le drame mozambicain quitte le devant de la scène médiatique, des fonds considérables sont absorbés par le payement du service de la dette.

La dette extérieure du Mozambique s'élève à 8,3 milliards de dollars. Les créanciers sont de trois ordres : 1) les institutions financières multilatérales (Banque mondiale/FMI), elles détiennent 2,1 milliards, soit environ un quart du total (c'est ce qu'on appelle la dette multilatérale) ; 2) des Etats étrangers, ils détiennent 4,3 milliards, soit environ la moitié du total (c'est la dette bilatérale) ; 3) des institutions financières privées qui détiennent 2 milliards de dollars, soit un quart (c'est la dette privée).

Que se passe-t-il avec la dette multilatérale ? La Banque mondiale (Bm) et le FMI, au lieu d'annuler purement et simplement la dette que leur doit le Mozambique, ont prétéré reporter certaines échéances de paiement et accorder de nouveaux prêts. Le pays les utilisera pour faire face à ses obligations de remboursement. En même temps, ces prêts vont alourdir l'ardoise. La Bm et le FMI veulent ainsi assurer la pérennité de leur contrôle sur le futur des Mozambicains.

Et la dette bilatérale ? On l'a vu, elle représente plus de la moitié de la dette extérieure. L'essentiel de cette somme est dû à des gouvernements du Nord. Dans l'ordre : la Russie, la France, l'Italie, l'Allemagne, la GrandeBretagne, les USA et le Japon. Par ailleurs, le *Eric Toussaint est président du Comité pour l'annulation de la dette du Tiers monde (CADTM).

et FMI ance à resse Brésil constitue également un important créan-

Dette privée : deux milliards détenus par des banquiers du Nord qui n'entendent pas non plus annuler la dette. Les sommets de détresse avant les inondations

Selon la Banque mondiale, 70 % des Mozambicains vivaient en-dessous du seuil de pauvreté absolue. Espérance de vie à la naissance : 46 ans. 70 % de la population n'ont aucun accès aux services de santé. 60 % des adultes sont analphabètes. 78 % des femmes sont analphabètes. Sur 1 000 habitants, 3 disposent d'un raccordement téléphonique (contre 564 en France), 3 ont la télévision (contre 598 en France), 0,8 dispose d'un ordinateur (contre 150 en France).

Le Mozambique est 169€ sur une liste des 174 pays classés par la PNUD selon leur Indice de Développement Humain (IDH). On ne peut pas reprocher au Mozambique de trop lourdes dépenses militaires : les forces armées ont été réduites des 2/3 entre 1985 et 1997 (c'est une des plus fortes baisses enregistrées au niveau de toute la planète).

On peut affirmer sans risquer de se tromper que l'endettement du Mozambique est la conséquence des agressions subies de la part du régime raciste sud-africain dans les années 70 et 80. En effet, pour tenter de renverser le regime progressiste mozambicain (au milieu des années 70, le Mozambique a obtenu son indépendance grâce à la lutte de libération menée par le FRELIMO et grâce à la «Révolution des œillets» au Portugal), le régime raciste d'Afrique du sud a soutenu une guérrilla d'extrème-droite (la RENAMO) qui a dévasté le pays. Le Mozambique a dû s'endetter pour organiser sa défense contre cette agression extérieure et pour tenter de reconstruire le pays. Annulation annoncée, jamais réalisée

Apres des années de stricte application des réformes économiques exigées par le FMI et la Bm, le Mozambique aurait dû en principe bénéficier d'une annulation de sa dette extérieure. Pour obtenir cet engagement d'annulation, le régime de Maputo avait accepté une politique néo-libérale qui a accru les inégalités sociales et augmenté la pauvreté. Des entreprises publiques ont été privatisées.

Pour décembre 1998, dans le cadre de l'initiative pour les pays pauvres très endettés (PPTE), une annulation de la dette allant jusqu'à 80 % devait être obtenue. Quelle ne fut pas la surprise des autorités de Maputo quand la Bm et le FMI leur annoncèrent qu'en réalité le pays devrait à l'avenir rembourser la même somme que ce qu'il avait remboursé jusque là : environ 100 millions de dollars par an. Le parlement mozambicain se réunit alors au grand complet, majorité et opposition s'unirent pour adopter une résolution exigeant l'annulation totale de la dette extérieure. Dans les semaines qui suivirent, des ONG internationales, des parlementaires européens et d'autres groupes de pression dénoncèrent l'avarice de la Bm et du FMI. Sous la pression, celles-ci concédèrent une diminution de leurs exigences. Au lieu de 100 millions, elles se "contentèrent" de 73 millions pour 1999

En juin 1999, le sommet du G7 tenu à Cologne prenait l'engagement d'annuler 90% des dettes. En septembre 1999, lors de leur sommet annuel, Evolution de la dette le FMI et la Bm extérieure annoncèrent que dorénavant 1985 : 2,9 milliards de dollars. donneraient la 1997 : 5,9 milliards de dollars. priorité absolue à 2000 : 8,3 milliards de dollars. la réduction de la pauvreté. Mozambique figurait en très bonne position pour accéder à un allégement supplémentaire. Nouvelle déconvenue : pour le concéder les institutions de Bretton Woods ajoutèrent une nouvelle condition. Pour janvier 2000, les autorités de Maputo devaient élaborer en concertation avec la société civile mozambicaine, un programme stratégique de réduction de la pauvreté. Le gouvernement rétorqua que le délai était trop court et demanda à bénéficier des mesures d'allégement annoncées à Cologne et à Washington. Juste avant le désastre causé par les inondations de février 2000, la Bm et le FMI annoncèrent qu'ils n'accorderaient pas d'allégement tant que ne leur serait pas parvenu le fameux programme stratégique de réduction de la pauvreté. Croyez-vous qu'ils modifièrent leur attitude pendant le drame ? Détrompez-vous au lieu d'annuler leur créances, ces institutions décidèrent d'accorder de l'aide sous forme de prêts à rembourser.

Bm, FMI, gouvernements créanciers : ça suffit !

Exigeons l'annulation totale de la dette extérieure publique du Mozambique et l'abandon des plans d'ajustement structurels.

le 15 mars 2000

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