Si l'on voulait résumer le rôle joué par le camarade Libardo Gonzalez dans l'histoire de la gauche colombienne on pourrait dire qu'il était une sorte de Plekhanov du trotskisme métis.
Il était né en 1942 à Buga, à l'ouest du pays, où il a commencé son activité intellectuelle et militante. En tant qu'intellectuel il s'est fait remarquer dès les années 70 par son travail de propagandiste, de professeur d'université et de dirigeant syndical enseignant. Cela lui valut d'être victime de la répression au cours des années 80, lorsqu'il a été emprisonné sous l'accusation fallacieuse de "terrorisme", blessé à la jambe et torturé.
Durant sa jeunesse la pensée stalinienne était majoritaire dans la gauche ayant une certaine tradition historique. C'est là que Libardo, qui avait une grande formation intellectuelle et académique autodidacte, s'est donné pour tâche de promouvoir un courant pour la construction d'un parti politique révolutionnaire de masse, ce qui l'opposa tant au stalinisme, qu'au « foquisme » (1) de certaines organisations de la guérilla. A cette époque, bien que le courant trotskiste international avait des d'existence, au niveau national il était presque absent et n'avait pas de tradition organisationnelle. Le mérite de Libardo a consisté à oser penser d'une autre façon malgré ce constat.
C'est à partir de là qu'on peut comprendre ses efforts pour publier la revue Prensa Obrera autour de laquelle s'est réuni un noyau initial de jeunes, intéressés aux propositions politiques et programmatiques de la IV• Internationale. Beaucoup d'entre eux avaient appartenu à l'éphémère Parti révolutionnaire socialiste (PRS), une petite scission du Parti communiste colombien dirigé par le génial et créatif intellectuel de gauche Estanislau Zuleta. C'est dans la lignée de cet effort que Libardo avait publié en 1971 un recueil des articles de Trotsky intitulé "A propos de la révolution socialiste". C'est aussi à cette occasion qu'il écrivit une introduction sous le pseudonyme de José Cova (= Koba, pseudonyme employé par Staline) et en faisant preuve de l'ironie qui caractérisait sa personnalité.
Prensa obrera est devenue ulténeurement le porte-parole de la première section de la IV* Internationale en Colombie, la Liga Espartaco. Là, Libardo allait jouer un rôle dirigeant de première importance. Cette situation s'est prolongée lors de la création de la LCR, puis du PSR, dernière section colombienne de la IV• Internationale (2).
Libardo a écrit de nombreux articles dans les journaux révoannées lutionnaires et dans diverses revues. Ses livres les plus importants sont "L'État et les partis politiques en Colombie"
(1975), "Le marxisme et la question agraire au cours des temps" (1973), "L'eurocommunisme" (1976), "Contribution à l'histoire politique de la Colombie" (1984).
Malgré les conditions politiques défavorables au cours des dernières années, on le retrouvait de façon militante en essayant de construire des ONG et des organisations politiques, ce qui prouve d'une façon ou d'une autre, que l'idéal socialiste et révolutionnaire pour lequel il avait lutté depuis sa jeunesse n'a jamais faibli.
Cela constitue un autre grand mérite de sa vie.
A la fin du mois de mars dernier le camarade Libardo Gonzalez a été terrassé par un infarctus qui, soudain, l'a retranché du monde. Il ne pouvait mourir que par surprise, car, nous sommes certains que s'il s'en était douté, par un geste ironique il aurait réussi à retarder quelque peu l'heure de son décès.
Colombie, 1 Mai 2000 Jesus R. Bolivar B. 1. Du terme • foco • (foyer), car certaines stratèges de la guérilla envisageaient la révolution comme devant s'étendre à partir d'un • foyer • central de guérilla 2. En août 1987, les militants du PSR, soucieux de faire progresser l'unité des révolutionnaires colombiens, ont pris la décision de s'intégrer au sein de l'organisation A Luchar et de dissoudre leur propre parti (cf. Inprecor n° 263 du 11 avril 1988).