Inprecor 1974–2004

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LES NOTRES

Joseph Hansen (1910-1979). La vie d'un révolutionnaire

· Inprecor n° 45, 15 février 1979 · p. 19-23 · 2 773 mots

IVe Internationale Cuba Stalinisme

La vie d'i

George NOVACK

Nous publions ci-dessous l'article

(vol. 17, numéro 3) du 29 janvier 1979 et dont Rouge (numéro

851) du ler février 1979 a présenté des extraits.

Joseph Hansen, dirigeant, depuis leur fondation, de la

IVe Internationale et du Socialist Workers Party - Parti socialiste des travailleurs des Etats-

Unis - et directeur-fondateur

Hansen (19

un révoluti

paru dans Intercontinental Press d'Intercontinental Press (1), est mort à New-York le 18 janvier à l'âge de 68 ans. Diabétique depuis plusieurs années, il a succombé en quelques jours à des complications infectieuses. Il

10-1979)

onnai re

aura jusqu'au bout assumé d'importantes responsabilités organisationnelles et en matière de presse.

Georges Novack, l'un de ses proches collaborateurs durant des dizaines d'années à la direction du SWP retrace ici la vie de ce trotskyste de la première heure.

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Joe est né le 16 juin 1910 à Richfield dans l'Utah. Il était l'aîné de 15 enfants d'une pauvre famille ouvrière et fut le seul à aller au lycée.

Comment ce jeune homme, issu g'une lointaine communauté de mormons, devint-il un penseur marxiste respecté dans le monde entier comme dirigeant politique et théoricien du mouvement trotskyste ? Dès son adolescence, me dit-il un jour, il avait été intrigué par les personnalités et les promesses de la Révolution russe, qui avaient pris position pour les pauvres contre les riches.

c'est à l'université d'Utah, à Salt Lake City, que commença sa vie politique. La grande dépression qui avait affecté des milliers d'autres étudiants tourna ses pensées dans une direction anticapitaliste.

Il y rencontra par chance Earles Birney, un professeur qui avait rompu avec le stalinisme en 1933 et créé un groupe de l'opposition communiste de gauche. Birney, qui devint par la suite un des poète et critiques littéraires les plus célèbres du Canada, le convainquit de la nécessité de la révolution socialiste et de la justesse des idées et du programme trotskystes. Joe entra au parti en 1934 et n'oscilla jamais, ni dans ses convictions ni dans son affiliation.

Il fit une licence d'anglais et publia le magazine littéraire lu campus, Pen. Avant la fir

Joe partit en militant du parti, il plongea dans les eaux froides du syndicalisme maritime qui menait alors des luttes vigoureuses aussi bien sur le plan interne que contre l'ennemi de classe. Avec Barney Mayes, il participa à la publication de la Voice of Federation, journal de la Fédération maritime du Pacifique, représentant tous les aussi pour Labor Action, l'hebdomadaire du Parti socialiste de Californie, publié par James P. Cannon, le fondateur du mouvement trotskyste cain. Cannon était venu s'installer sur la côte Ouest après l'entrée des forces trotskystes dans le Parti socialiste dirigé par Norman Thomas. Joe reçut de Jim (Cannon) la responsabilité du joumal.

Cette immersion mouvement ouvrier de masse dès le début de son militantisme devait inspirer Joe toute sa vie. C'était un intellectuel révolutionnaire dans le plein sens du terme qui plaçait ses talents et sa formation au service de la cause socialiste et qui s'identifiait intimement aux objectifs et aux aspirations de tous ceux qui produisent les richesses du monde.

Dans le parti, Joe subit l'influence d'un groupe dominé par Martin Abern, l'un des fondateurs du mouvement. Ceci le conduisit à se défier de Cannon en tant que dirigeant et à le garder à distance. Dans l'admirable récit de cette expérience, intitulé The Abern clique - La clique d'Abern - Joe écrivait : « Je puis dire sincèrement que je ne me suis jamais autant méfié de quiconque que de Cannon, et que cette suspicion était entièrement engendrée par l'abernisте».

Cet épisode ne l'empêcha pas d'être envoyé - avec sa compaà Mexico en septembre 1937 comme secrétaire du révolutionnaire soviétique en exil, Léon Trotsky. Joe y resta jusqu'à l'assassinat de celui-ci par un agent de Staline en 1940. Trotsky préférait avoir Joe, qui gardait la tête froide, chauffeur. Selon les mémoires, publiées récemment. de Jean Van Heiienoort (Sept ans auprès de Trostky - Lettres nouvelles -), qui fut son secrétaire pendant plus de dix ans, Trotsky se sentait plus proche de Joe que de tout autre camarade américain qui l'aidait.

Joe était de garde quand l'assassin planta son piolet dans le crâne de Trotsky et il réussit à retenir l'assassin jusqu'à l'arrivée de la police.

Joe appréciait fort l'enseignement qu'il avait reçu auprès du « Vieux», comme on appelait Trotsky, et essaya toujours de copier politique sur celle de son guide. Il a plus que rempli cet engagement. De temps en temps, entre nous, nous souriions affectueusement de la rigueur immodérée qu'il s'imposait - et imposait aux autres - en poursuivant cet idéal.

Cette responsabilité auto-assumée ne constituait en rien un fardeau pour Joe, mais un plaisir. Le bilan de sa participation au mouvement révolutionnaire international montre assez à quel point il vivait intensément selon les critères de Trotsky.

Joe retourne à New-York après la mort de Trotsky et la scission qui s'était produite dans le SWP au moment de l'éclatement de la Deuxième Guerre mondiale . Il se rendit indispensable comme journaliste, étant donné le manque de camarades aptes à ce travail. Très peu d'entre nous étaient capables d'atteindre son niveau en matière littéraire. Il fit ensuite son apprentissage à la direction centrale du Socialist Workers Party comme membre du Comité central.

A partir des ses discussions avec Trotsky à Mexico et d'une meilleure compréhension de l'enjeu des luttes fractionnelles dans le parti, l'attitude de Joe envers Cannon et ses camarades changea du tout au tout. Il en vint à apprécier les capacités exceptionnelles de Jim à leur juste valeur. Les deux homdevinrent collaborateurs intimes et leur amitié inébran-

Cela était devenu tellement évident que lorsque nous parvint la nouvelle de la mort soudaine de Cannon à l'âge de 84 ans, au milieu de notre congrès de l'été 1974, ce fut naturellement que Joe se trouva chargé de prononcer le discours principal lors du meeting de commémoration.

Le travail de Joe fut tellement varié que seules ses contribution les plus valables peuvent être mentionnées. Les développements inattendus en Europe

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de l'Est découlant de la victoire soviétique contre le nazisme posèrent des problèmes théoriques importants à la IVe Internationale. Comment pouvait-on analyser et apprécier les transformations survenues dans les pays occupés par l'Armée ouge ?

Joe fut parmi les premiers à reconnaître que les rapports de propriété capitalistes avaient été éliminés dans ces pays à la fin des années 40, donnant naissance à une série d'Etats ouvriers déformés dirigés par des castes bureaucratiques.

Il expliqua alors que si les bureaucrates staliniens avaient restreint, réprimé et affronté les luttes ouvrières dans l'Europe de l'Est occupée, ils avaient néanmoins été contraints par l'offensive guerrière de Truman de lancer une sorte de guerre civile déformée contre le reste des forces capitalistes, même en mobilisant partiellement les travailleurs pour faire cela. Cette conclusion était en accord avec la méthode d'analyse du gouvernement, de l'Etat et de l'économie, suivie par Trotsky dans ses demiers écrits sur le stalinisme et T'URSS.

Cette analyse de base fut de nouveau testée et approfondie face aux développements des révolution chinoise, cubaine et algérienne.

Analysant les événements de Cuba, Joe souligna particuliè rement le rôle du «gouvernement ouvrier et paysan » établi à la fin de 1959. Un tel gouvernement, indépendant des capitalistes et reposant sur les mouvements ouvrier et paysan, peut être formé durant un soulèvement révolutionnaire de masse. Cependant, il entre en conflit avec les rapports de propriété capitalistes qui dominent encore l'économie.

Ainsi, un gouvernement ouvrier et paysan peut conduire relativement vite à la formation d'un Etat ouvrier en établissant une base socio-économique qualitativement nouvelle - comme ce fut le cas en Chine et à Cuba. Ou bien, si le soulèvement est fourvoyé ou avorté, un tel gouvernement peut conduire à une rechute dans un régime capitaliste réhabilité (ce qui se produisit en Algérie). Le concept de gouvernement ouvrier et paysan, mis en avant à l'origine par l'Internationale communiste au temps de Lénine et de Trotsky, est devenue partie intégrante du programme fondation de la IVe Internationale.

Les analyses pénétrantes de Joe Hansen ont accru notre compréhension du rôle d'un gouvernement ouvrier et paysan comme instrument transitoire de la transformation de l'Etat.

Durant la première décennie, Joe suivit tous les progrès de la Révolution cubaine presse trotskyste. Il saisit son importance historique comme brèche et pionnier de la révolution socialiste dans l'hémisphère occidental. En 1960, il visita Cuba avec Farell Dobbs, candidat présidentiel du SWP, et aida à lancer le Fair Play for Cuba Committee - Comité pour l'établissement de relations avec Cuba. Les derniers mots qu'il écrivit furent un message congrès de la Young Socialist Alliance - Alliance de la Jeunessocialiste - en

1978, saluant le XXe anniversaire de la victoire du peuple cubain.

Tout en se solidarisant avec les objectifs de la direction révolutionnaire et en défendant ses réalisations contre l'impérialisme et ses laquais, Joe expliqua clairement ses critiques des faiblesses manifestes du régime de Castro, à la fois dans sa politique intérieure et extérieure, du point de vue du programme marxiste.

De nombreux articles théoriques et polémiques sur Cuba, écrits par Joe Hansen, viennent d'être regroupés dans un livre : Dynamique de la Révolution cubaine; ce livre sera publié en français par les Editions La

- au cours de l'année 1979. Il présente un aperçu très large de la montée et des contradictions progressives de l'expérience cubaine à ce jour.

Joe appartenait à la «vieille garde » du trotskysme américain qui dut subir les attaques infligées par la chasse aux sorcières durant la guerre froide de 1948 jusqu'au début des années 1960.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il fut marin mais se vit privé de son poste par une Joseph Hansen chez Lev Davidovitch Bronstein à Coyoacan.

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purge organisée par le Président Truman afin de purifier la marine de telles opinions et affiliations politiques.

A la fin de 1953, quand la direction du parti décida d'envoyer Joe au congrès mondial en Europe comme le camarade le plus capable d'expliquer le caractère opportuniste et liquidateur de la fraction de Cochran dans le SWP et nos divergences avec la politique de Michel Pablo dans l'Internationale, la police politique amé ricaine prit une initiative qui conduisit à renforcer la situation de scission dans la IVe Internationale. Le Département d'Etat refusa d'accorder un pasà Joe, pour des raisons politiques. Aucun dirigeant de notre parti ne put voyager à l'étranger afin de discuter directement de nos positions politiques au sein de la IVe Internationale jusqu'à ce que Farell Dobbs reçoive un passeport à la fin des années 50. En ce qui concere Joe, il ne avoir un passeport qu'en 1961.

Cette période prolongée de persécution et d'isolement démoralisa nombre de nos camarades et en vint à bout. Joe fut un pilier durant ces années-là, particulièrement lors de la lutte fractionnelle au couteau qui culmina avec la rupture du groupe de Cochran d'avec le SWP en 1953 et avec la scission de la IVe Internationale, inspirée par Michel Pablo.

Joe n'avait jamais perdu confiance dans les perspectives de la classe ouvrière ni dans le rôle décisif du parti prolétarien pour l'avènement Amérique socialiste dans un monde socialiste. Il analysa en profondeur le phénomène du Me Cartysme et contribua à l'élaboration d'une politique de riposte à sa menace. Aux jours les plus sombres des années 50, il donnait des cours de formation sur le Capital de Marx dans le cadre de l'école Trotsky. Nous étions alors tellement peu nombreux que notre mensuel théorique International Socialist Review ne pouvait plus être publié à New York; Joe et moi, assistés par Frank Grave, avons dû le publier pendant quelques temps à Los Angeles.

Surmontant son éducation dans une région provinciale, Joe réussit à acquérir une vision historique mondiale sur toutes les questions. Il avait

Plus de 550 personnes ont assisté au meeting de commémoration tenu le 28 janvier à New York en hommage à Joseph Hansen.

Il a été créé un fond spécial à l'initiative de Reba Hansen et des co-éditeurs de Intercontinental Press : George Novack, Livio Maitan, Pierre Frank, Ernest Mandel. L'objectif est de collecter 20000 dollars (9 millions de centimes) d'ici le 31 mars afin de pouvoir entreprendre la publication de quelques-uns des travaux essentiels de Hansen. Plus de

8000 dollars ont déjà été recueillis lors du meeting de New York.

Parmi les premiers participants à ce fond se trouvent Tariq Ali, Robin Blackburn, Hugo Blanco, Marguerite Bonnet, Pierre

Lambert,

Bernadette Deulin, Nahuel Moreno, Vsevelod Volkou (petit-fils de Trotsky) et Mary-Alice Waters qui succède par ailleurs à Joseph Hansen comme responsable de la version langue américaine d'Intercontinental Press / Inprecor.

Les contributions à ce fond peuvent être envoyées à :

Joseph Hansen publishing fond 14 Charles Lane

New York (N.Y.) 10014

Etats Unis assimilé l'internationalisme comme base du marxisme jusqu'à la moëlle de ses os. Il l'appliqua en pratique comme représentant du Socialist Workers Party pour promouvoir la réunification des forces trotskystes divisées depuis

1953 et consolider cette unité des années 1960, avant le début de la nouvelle vague de radicalisation. Il aida à élaborer les documents qui servirent de plate-forme au dépassement d'une scission de neuf années.

La publication de Intercontinental Press (appelé alors World Outlook) fut un des principaux produits de l'unification.

De 1963 à 1965, ce magazine fut publié, ronéoté par Joe et Reba, avec l'aide Pierre Frank, en tant que service de presse hebdomadaire pour le mouvement international pour fourir à ses cadres l'information et les analyses actualisées susceptibles d'alimenter leur réflexion et leurs activités.

Si une institution peut être considérée comme «l'ombre portée d'un homme», c'est assurément le cas d'Intercontinental Press. L'éventail universel de son contenu et son haut niveau technique et politique lui ont assuré une réputation dans les milieux radicalisés de tous les continents.

Joe participa également, à une période ou à une autre, aux principales publications du SWP, The Militant et International Socialist Review.

C'était un secrétaire de rédaction extrêmement attentif qui détestait le travail bâclé, que ce soit dans la préparation d'un repas, la réparation d'un moteur ou le fignolage d'un article. Je me suis parfois émerveillé de son insistance pointilleuse à vérifier une citation ou un fait...

Joe était guidé, dans tout son travail politique, par la méthode du Programme de transition, élaboré comme charte de la IVe Interationale, tandis qu'll etait avec Trotsky à Coyoacan, ainsi que de la stratégie léniniste de la construction du parti. Il se préoccupa constamment des grands problèmes de stratégie politique posés par les luttes d'émancipation du prolétariat, où qu'elles aient eu lieu, que ce

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soit au Portugal, en Chine, au Chili ou dans les pays capitalistes avancés.

Joe utilisa toutes les connaissances qu'il avait acquises dans les polémiques sur l'Amérique latine, dans la lutte fractionnelle au sein de l'Internationale de 1969 à 1977. Il considérait les écrits de cette période comme particulièrement importants. Ses contributions non seulement aidèrent à clarifier les débats, mais permirent également de donner un ton objectif à la discussion. Ceci facilita la résolution des principales divergences entre les deux fractions qui décidèrent de se dissoudre en 1977. Il fut, plus que tout aure, responsable du fait qu'une des luttes de fractions qui fut une des plus longues dans l'histoire des Internationales ne se termina pas par une scission, mais par une homogénéité idéologique plus fermement fondée.

Il ne pensait pas que la tâche d'unification des forces dispersées du trotskysme était accomplie avec la fin de la situation fractionnelle au sein du Secrétariat unifié. Il avait en vue le pas suivant de ce processus qui verrait les camarades du Comité d'Organisation pour la reconstruction de la IVe Internationale, qui avaient refusé de participer à la réunification de 1963, revenir avec nous dans une seule organisation. Il fit ce qu'il put, ces dernières années, pour accélérer cette convergence qui n'est pas encore réalisée...

La réputation de Joe en tant que révolutionnaire est sans tache. Il fut à juste titre le confi-

Grande.Bretagne dent de Léon Trotsky et de James P. Cannon. Au moment de sa mort, il était l'un des dirigeants et théoriciens les plus respectés et les plus influents de la IVe Internationale. Nous donnons sa carrière en exemple révolutionnaires. Comme il le déclarait dans son dernier message au Congrès de la Young Socialist Alliance : « A un moment de leur vie, les jeunes font face à une crise d'orientation. Quelle voie doivent-ils choisir pour le restant de leurs jours? Mon choix fut trotskysme, un choix que je n'ai jamais regretté. J'espère que ceci sera une occasion pour d'autres de faire le même choix. Vive la IVe Internationale !» « Vive le Socialist Party !», « Vive la Young Socialist Alliance !».

Le 20 janvier 1979

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