Document
Déclaration du PST du 13 juin 2001
Tous ensemble contre la Hogra et la misère !
Au moment où la jeunesse de Khenchela, d'Annaba, d'Ain Fakroun et de Sour el Ghozlane vient brutalement rappeler que la haine de la hogra et de la misère peut se crier dans toutes les langues du pays, la Kabylie prépare, ce jeudi 14 juin, après sept semaines d'insurrection sans armes, le plus imposant rassemblement humain de l'histoire de notre pays.
Après la grève massive initiée par les pétroliers contre la politique de démantèlement économique et de misère, la révolte radicale et unitaire de la jeunesse de Kabylie contre l'arbitraire répressif et le mépris social constitue un tournant historique majeur, car elle témoigne du réveil de la mobilisation populaire contre l'ordre des bourgeois civils et militaires.
Tous les jours dans les rues de notre pays le droit de manifester, celui de s'exprimer se reconquièrent dans la douleur. Et si le pouvoir entrouvre sa télé, il interdit toujours aux médias publics de remplir un rôle de service public d'information ; si Bouteflika dégrade les ministre qui voulaient tout vendre et s'il bredouille qu'il ne veut plus céder les usines au dinar symbolique, il continue à négocier la liquidation du secteur public ; s'il achète des lances à eau à ses matraqueurs, il n'a toujours pas compris qu'il n'est pas "normal" d'employer des balles "normales" contre des citoyens sans armes qu'on est censé protéger. Quant aux promesses vagues de s'occuper du tamazight plus tard, elles ne sauraient suffire de la part de l'homme qui a osé dire "jamais" en plein Tizi Ouzou.
Le pouvoir, qui matraque ses propres députés et ministres à Alger, pense qu'on peut lui demander gentiment le droit de crier sa colère huit jours avant la mort de Moumouh qui la déclenche, il philosophe sur la hogra au lieu de donner la parole au peuple mahgourine et à ses comités de lutte, il continue d'ignorer notre refus de la misère alors que les ressources publiques permettraient d'engager un gigantesque effort de relance.
Les militants du PST qui subissent, avec le peuple, la clochardisation sociale décrétée par les gouvernements successifs aux ordres du FMI et des grandes puissances et qui se heurtent au rétrécissement agressif des espaces de liberté conquis par la jeunesse en octobre 1988, sont solidaires de la révolte de notre jeunesse. Parties prenantes, dans les quartiers, les villages, les syndicats, les universités et les associations, du formidable processus d'auto-organisation des masses populaires de Kabylie, les militants du PST manifesteront ce jeudi sur la plate-forme et derrière les cadres organisationnels reconnus par le mouvement populaire lui-même.
Aujourd'hui rejointe par Khenchela et Annaba, l'insurrection de la jeunesse de Kabylie, qui retiènt l'attention de l'Algérie entière concernée par la misère sociale et la même oppression politique, ne s'arrêtera pas là. Elle pose des problèmes fondamentaux, comme celui des libertés populaires, du droit à la dignité sociale et à la dignité citoyenne. le problème des institutions armées et du contrôle populaire, le problème de la pratique bourgeoise de la politique et celui de la démocratie véritable. Et si l'exigence de la liberté linguistique fait l'unanimité, le combat pour l'émancipation juridique et sociale de la femme a commencé.
Le combat continue :
— pour une politique économique au service des masses populaires :
- pour un programme urgent qui prenne en charge la satisfaction des besoins de la population en matière d'éducation, de santé et de logement en utilisant le travail de notre jeunesse à l'abandon :
— pour le respect des libertés populaires, libertés d'expression, d'organisation, de réunion, d'association sans contrainte ni agrément ;
— pour le Tamazight langue nationale et officielle à côté d'un arabe proche de la langue du peuple;
— pour un ordre politique au service des travailleurs, de la jeunesse et de la majorité populaire.
Alger, le 13 juin 2001