impliquait, pour elles, de s'orienter vers la recherche d'une M. JAFAR
Dans les pays du Golfe, au Koweit et en Arabie Saoudite en particulier, le processus de formation d'une véritable nouvelle bourgeoisie arabe - différent de la simple pose des bases et des fondements pour sa future émergence à plus grande échelle, comme en Irak - a été beaucoup plus loin. Les revenus du pétrole dans la Péninsule. arabique ont été traditionnellement distribués aux familles dirigeantes de la façon suivante : a. des appointements payés régulièrement aux membres et aux relations de la famille régnante. Les canaux de distribucion, et les normes décidant combien serait alloué à qui,suivaient rigoureusement la structure des liens de parenté. En Arabie saoudite, par exemple, il y aurait plus de 5000 princes de la famille Al Saud qui recevaient régulièrement de l'argent de cette manière dans les années 50 et 60, et qui à leur tour devaient donner des subsides aux branches cadettes de leur famille, et ainsi de suite. Néanmoins, ceci s'est arrêté à la suite de l'accession au trône du roi Fayçal en 1964 et de la tendance générale dans les pays du Golfe, à séparer les revenus des familles régnantes de ceux de l'Etat. Au Koweit, le souverain Shaikh Abdallah a officiellement mis à part en 1961 la somme de 10 millions de Kd, sur laquelle il
Le développement des bourgeoisies arabes - dont on trouvera ici des témoignages matériels spectaculaires -«solution» au conflit israélo-arabe financer les appointements des membres dépendants de la famille d'Al b. La spéculation foncière est activement encouragée par les municipalités ou les des différents pays du Golfe. Ce n'est qu'après 1952, à la suite des nationalisations de Mossadegh en Iran et du nouvel accord négocié avec les compagnies pétrolières que la part des revenus du pétrole revenant aux classes dirigeantes locales est devenue substantielle. Au Koweit, en 1951, 1952 et 1953, les revenus du pétrole sont passés de 18 millions à 58 millions, puis à 168 millions de dollars. A cela a correspondu une hausse du prix de la terre du chiffre dérisoire d'une demi-roupie indienne par pied carré à 500 roupies au milieu des années 50. Au début des années 60, il a atteint 55 Kd par pied carré, ce qui élève à 20000 dollars le prix d'une place de parking dans le centre de la ville (1).
Le mécanisme de distribution, quoique grossier, a été très efficace. Il a compris l'achat de terrains par le Département des publies du Koweit à prix élevé et leur vente à bon marché. Celui qui dans les premiers temps voulait avoir un titre de propriété terrienne n'avait qu'à délimiter sa parcelle au moyen de barils de pétrole avec son nom peint dessus! C'est ainsi que quelques-unes des premières fortunes non issues du commerce ont été réalisées dans le Golfe; et c'est aussi la raison pour laquelle les municipalités et les Départements des Travaux publics sont jusqu'à aujourd'hui des branches si importantes de l'appareil d'Etat dans les Etats du Golfe. c. Le commerce est basé sur des agences d'importation ayant un monopole sur les produits de consommation occidentaux. C'est comme cela par exemple que la famille d'Ali Reza en Arabie saoudite a réalisé d'énormes profits grâce à son monopole sur la vente des produits de Ford et de Westinghouse. Il ont été les premiers millionnaires saoudiens, mise à part la famille régnante. Plus récemment, les Ali Reza se sont associés avec la firme britannique Winpey and Laing, et ont agi comme ses «garants ». Ils ont ainsi obtenu un grand nombre de contrats gouvernementaux importants. Un autre exemple intéressant est celui d'Abdul Aziz Sulaiman, dont le père Abdallah était ministre des Finances et avait obtenu la franchise sur les ciments Hijaz. Le fils, suivant les pas de son père, possède aujourd'hui une part importante de la compagnie « Arabian Cement». Mais en même temps, il contrôle un certain nombre d'agences d'importation, y compris celle de Datsun, sans parler du fait qu'il possède une entreprise de contrats en adjudications et deux des plus grands hôtels de Jeddah. D'autres exemples pourraient être donnés pour la famille Olayan, les Yateems (Bahrain) et, parmi les familles les plus traditionnelles du commerce maritime du Golfe comme les Sharbatly, les frères Bahji et beaucoup d'autres.
C'est par ces méthodes que bien avant les augmentations du prix du pétrole de 1973, la était «primitivement» accumulée entre des mains privées, et cela non seulement dans les pays du Golfe, mais aussi
en Syrie, en Egypte et en Irak, avant les nationalisations des années 60. Aujourd'hui la situation change. Des membres des familles dont la fortune originelle a été réalisée par ces moyens sont maintenant dans des corporations gouvernementales, dans le secteur bancaire et des investissements, dans la construction et même l'industrie. Ils sont le cadre d'une nouvelle classe dirigeante moderne et beaucoup plus sophistiquée dont l'influence commence juste à se faire sentir, non seulement dans les affaires arabes, mais aussi à l'échelle mondiale.
Nous allons prendre deux exemples pour illustrer ce phénomène. Adnan Khashoggi est un homme d'affaires saoudien qui a amassé en moins de dix ans une fortune personnelle estimée à 400 millions de dollars (2). Il a commencé, selon ce qu'il raconte lui-même, par être représentant-vendeur » pour un marche de camions avec le gouverement saoudien. Au cours d'un rapport fait à des officiels américains importants sur le thème «comment faire des affaires en Arabie saoudite», Khashoggi a déclaré que «dans les rapports commerciaux avec le gouvernement d'Arabie saoudite, des agents sont un besoin pratique si l'on veut que se développe dans le pays la quantité d'affaires indépendantes nécessaire à un système de libre entreprise, étant donnée l'infrastructure économique actuelle du pays». (3)
La raffinerie de
Il illustre ensuite ceci par un certain nombre d'exemples qui révélent lampleur qualitativement nouvelle du processus d'enrichissement qui se déroule dans les années 70, par rapport aux années 50 et 60. Le premier exemple était celui d'une vente de tanks dans laquelle il représentait le gouvernement français. La valeur totale de la vente environ 45-51 . un était de 600 millions de dollars, et sa société a reçu une commission c'est-à-dire environ 45 millions de dollars. L'affaire suivante était une transaction d'hélicoptères dans laquelle il représentait une firme britannique... Cette vente était d'à peu près 115 millions de dollars et sa commission était de 5%. Le troisième exemple est celui d'une vente faite par une société belge, en concurrence avec le gouvernement américain lui-même. Cette vente était de 75 millions de dollars et sa commission était de 6% (4).
Depuis ces premières transacles investissements Khashoggi ont regroupés dans un holding qui a son siège à Luxembourg et s'appelle la Triad Investment Holding Corporation. Les quelques 50 compagnies qui composent la Triad contrôlent une grande partie de l'énergie électrique et des matériaux de construction d'Arabie saoudite; elles contrôlent aussi des assurances à Londres, des revenus immobiliers en France et en Allemagne, des entreprises d'emballage de viande Brésil, des fabriques de meubles pétrole d'Abadan au Liban, des banques en Californie, des entreprises de transport dans l'Etat de Washington, et des fermes dans l'Arizona (5).
L'ambition de Khashoggi est de créer le premier conglomérat multinational arabe. En 1974, il a rassemblé un prêt de 200 millions de dollars venant d'un consortium de banques internationales, pour réaliser des investissemnts économiques au Soudan. En association avec Souther Pacific Properties, et avec l'appui personnel de Sadate, Khashoggi a été à l'origine du projet bien connu de station touristique dans la région des Pyramides, près du Caire. L'administration égyptienne considérait que ce projet était important pour prétendre à quelque succès dans sa politique d'Infatah pour encourager les capitaux arabes et étrangers vers l'Egypte. Néanmoins, ce projet a été fortement critiqué dans les années suivantes, et le régime a dû revenir sur les promesses qu'il avait faites à Khashoggi.
Un deuxième exemple intéressant est celui de Mehdi Al Tajir, né dans une des familles s'occupant traditionnellement de commerce maritime au Bahrain. Tajir a commencé sa fortune en acquérant des lingots d'or achetés à Londres et passés en Inde découverte du pétrole, c'est Tajir qui a négocié les concessions, et il en a reçu une bonne part. Sa réputation d'investisseur cosmopolite avisé lui a donné l'accès à la richesse de beaucoup de Sheiks locaux.
Aujourd'hui, on estime que Tajir vaut la somme fantastique de quatre milliards de dollars, et il est l'un des hommes les plus riches du monde. Ses investissements s'étendent dans le monde entier depuis le Golfe jusqu'à des participations importantes dans les mines d'Afrique, des investissements dans l'immobilier en Europe occidentale et en Amérique latine, et le commerce de gros des diamants et des pierres précieuses. Plus de 30 banques s'occupent exclusivement de ses investissements, et selon un rapport du Business Observer,
il lui suffirait d'une journée de coups de téléphone pour obtenir un prêt d'un milliard de dollars (6).
Peu de gouvernements peuvent atteindre un niveau comparable à cela. Il est finalement intéressant de noter que Tajir, ambassadeur des Emirats arabes en Grande-Bretagne, a été une des principales personnalités à prendre part à la fantaisie culturelle du Monde de l'Islam à Londres, qui a concerné des musées britanniques, des compagnies de cinéma et de disques, et la télévision. La tenue d'un tel événement avait pour but de donner une aura de tradition et de culture aux classes dirigeantes arabes. Il reflète en lui-même l'émergence d'une modernisée qui cherche la respectabilité de façon plus sophis-
Les exemples de Khashoggi et de Tajir mettent l'accent sur un aspect complètement nouveau pour la région du processus de formation de la génération d'exploiteurs arabes des années 70. Cet aspect peut avoir des conséquences très importan-
Lorsque le capital arabe atteint des sommes très élevées, comme cela s'est passé dans la demière décennie, alors il ne peut s'investir s'accroître qu'au niveau international. Les limites des horizons économiques des pays arabes pris un par particulièrement Golfe, sont trop restreintes pour permettre une accumulation continue de ce type de sommes. Même les pays arabes pris comme un tout sont aujourd'hui une arène économique limitée, étant donnée bilité politique du Mashraq.
La situation peut bien sûr changer. Néanmoins, une condition préalable pour un changement significatif dans ce sens est l'élimination de l'antagonisme entre les classes dirigeantes de la région, et surtout la fin du conflit israëlo-arabe qui a marqué toute l'histoire de la région depuis la Seconde Guerre mondiale. Ceci est un point de départ important pour comprendre pourquoi les classes dirigeantes arabes ont généralement plus ou moins voulu en arriver à un accord avec l'Etat sioniste, depuis l'acceptation par Nasser du Plan de paix Rogers en 1970 jusqu'à l'initiative de novembre 1977 de Sadate et les Accords de Camp David. En d'autres termes, du de vue des intérêts des bourgeoisies arabes, qui cherchent à poursuivre leur propre développement en tant que classe, il faut trouver une «solution» au conflit israëlo-arabe.
Plus spécifiquement, on peut diviser en deux questions le problème de la plus-value des revenus pétroliers et du transfert des capitaux représentant les sommes restant sous propriété arabe, publique ou privée, quand de tout ce qui est consommé, importé, investi et thésaurisé dans la région arabe :
2) quleut alis sommes elle est
tion ? b) Qualitativement, comment sont-elles utilisées maintenant ? a) Le total des surplus investissables accumulés par l'OPEP entre 1974 et 1977 est certainement supérieur à 150 milliards de dollars. Ce montant est supérieur à l'ensemble des réserves de tous les pays capitalistes avancés en 1977 (7) ! Il est détenu majoritairement par les gouverements d'Arabie saoudite et des pays du Golfe.
Le taux de croissance des surplus de pétrodollars a décliné au cours des demières années, reflétant d'abord les capacités inattendues (en 1974) des pays producteurs de pétrole à absorber des importations :
SURPLUS (en milliards de dollars) (8) 1974 1975 1976 57,0 35,2 35.8
Néanmoins, cette baisse du taux d'accumulation des pétrodollars possédés par les gouvernements arabes ne donne pas une image exacte du montant total des ressources en monnaie pouvant être investi se trouvant à l'extérieur du monde arabe et soit étant disponible maintenant, soit pouvant devenir disponible dans les 5 ou 10 années à venir. Ceci pour trois raisons : 1) A l'augmentation des dépenses du gouvernement, qui entraîne l'augmentation des importations pour satisfaire la demande des contrats gouvernementaux et des plans de développement, correspond la croissance de la formation privée de capital, comme le montrent les exemples de Khashoggi et de Tajir. La limitation des possibilités d'investissements profitables, particulièrement dans les pays à surplus, a signifié inétransferts privés de capital vers l'extérieur de la région. Pour des raisons évidentes, il est très difficile d'évaluer l'ampleur de ces transferts privés. Les banquiers du Moyen-Orient sont en tout cas convaincus qu'ils sont énormes. Field a fait des calculs pour 1973 (c'est-à-dire avant que l'explosion des prix du pétrole n'exerce d'effet), en se basant sur des hypothèses très prudentes, et à une époque où les investissements à l'étranger de l'Arabie saoudite n'étaient pas aussi significatifs que ceux du Koweit. Il évalue l'ensemble investissements privés à l'étranger des quatre principaux pays du Golfe (Koweit, Arabie saoudite, Qatar et Abu Dhabi) à 6,2 milliards de dollars en décembre 1973. Ce chiffre doit être comparé avec le fait que depuis le début de la production de pétrole les quatre Etats mentionnés ont reçu un revenu topétrole d'environ milliards de dollars, sur lesquels 8 milliards ont été aux réserves gouvernementales (9).
1977 (estimations) 30,35 2) En dépit de la baisse du taux d'accumulation, les surplus en pétrodollars en valeur absolue sont et resteront pendant un
(** y compris prêts aux pays en voie de développement en actions, propriétés, ete certain temps une somme énorme dont les mouvements sur les marchés monétaires mondiaux sont significatifs. Ils sont observés de près par ceux qui font le commerce de l'argent, les banquiers et les agents de change, à l'échelle internationale. On estime par exemple que l'Agence monétaire d'Arabie qui s'occupe de l'investissement surplus saoudiens, environ 8 milliards de dollars comme revenu avoirs en liquide à l'extérieur, rien que par les intérêts, vers la fin de cette décennie (en supposant bien sûr que ces avoirs restent sous forme liquide). 3) Une partie de la baisse peut être attribuée à la réduction du pouvoir d'achat réel du prix d'un baril de pétrole brut depuis 1974. Entre 1974 et 1978, ce prix a augmenté de 17,3%, passant de 10,83 dollars à 12,70 dollars. Néanmoins, en raison de l'inflation, ceci représente une baisse de 60% en pouvoir d'achat réel. Il est intéressant de noter que pendant la même période le prix d'un baril de pétrole raffiné a augmenté de 55,6%, passant de 25,7 dollars le baril en 1974 à 40 dollars le baril en 1978. Ceci signifie que l'augmentation du coût du pétrole pour le consommateur occidental depuis les 5 dernières années est de plus en plus occasionnée par les profits en amont des compagnies pétrolières et par les impôts mis en place par les gouvernements impérialistes, et non par le prix payé aux régimes producteurs de pétrole pour la matière première (10).
Cette baisse du d'achat du pétrole brut reflète la baisse de la demande mondiale de pétrole en raison de la récession généralisée de 1974-1976, la surproduction de pétrole en raison de l'ouverture de nouvelles sources d'approvisionnement comme la mer du Nord et l'Alaska, et, enfin, la politique consciente de certains gouvernements producteurs de pétrole et bénéficiant de surplus, afin de retenir le prix du brut et par là de freiner la création des surplus, qui ne sont pas aussi profitables pour eux à long terme que de garder du pétrole dans leur sol.
situation continue.
productives saoudite, aura annuel de ses
GRANDE-BRETAGNE
1) fonds d'Etat britannique
,) effets du Tréso
1) dépots investies steven e) titres du gouv. britannique en monnaies étrangères f) dépôts en monnaies étrangères g) autres emprunts en monnaies étrangères
ETATS-UNIS h) bons du Trésor et billets i) effets du Trésor pouvoir i) dépôts en banque k) autres*
AUTRES PAYS
1) dépôts en banques m) facilités bilatérales spéciales et autres investissements**
ORGANISATIONS
INTERNATIONALES
TOTAL
Il est peu probable que cette
La demande de pétrole des gros consommateurs a augmenté récemment et certaines des nouvelles sources d'approvisionnement comme la qui mer du Nord se révèlent beausupérieures.
coup plus chères et généralement l'avait d'abord pensé. De plus, la crise politique iranienne a conduit à l'incertitude sur cette source principale d'approvisionnement dans les capitales occidentales. Même la position de saoudite dans l'OPEP ne peut être considérée comme semble une garantie en ce qui concerne le prix du pétrole dans les années à venir. Il n'est certainement pas possible que les augmentations de 1973 se répètent, mais on peut s'attendre à ce que dans les trois ans à venir les
REPARTITION DES SURPLUS GOUVERNEMENTAUX
A L'ETRANGER
(en milliards de dollars US)
1974
0,9
2,7
1,7
0,7 autres invest. en livres sterling"
13,8
1,2
21,0
0,2
5.3
4.0
2,1
11,6
9,0
11,9
20,9
3,5
57,0
(* y compris avoirs en actions, propriétés, etc.)
producteurs de pétrole fassent pression pour obtenir des augmentations qui compenseront graduellement les effets de l'inflation sur leur revenu, et même leur seront partiellement
En résumé, il est raisonnable de penser que les surplus en pétrodollars possédés par les gouvernements arabes seront d'au moins 250 milliards de dollars d'ici 1980. Ce montant énorme, pour donner un point de comparaison, sera supérieur à l'endes réserves monétaires mondiales de 1976.
b) Les revenus supplémentaires maintenus à l'extérieur par les gouverements producteurs de pétrole sont répartis ainsi depuis 1974 (11):
1975
1976
1977 (1e moitié)
0.4
0,2
- 0.2
- 0,9
- 1,2
- 0.1
0,2
- 1,4
0.5
0,3
0,5
0.2
0,2
4,1
5,6
3,4
0,2
0,8
4,3
4,5
4,0
4,2
2,0
2,0
0,4
- 1.0
0.5
0.6
1.6
- 0.1
7,2
6,5
3,9
9,5
12,0
6,3
5,0
7,0
3,0
12,4
10,3
4,9
17,4
17,3
7,9
4,0
2,0
0,1
35,2
35,8
18,3
Il est malheureusement impossible, en raison du manque d'information, de faire une comparaison directe entre le tableau ci-dessus et les investissements privés à l'étranger de capitaux arabes comme ceux de Khashoggi et de Tajir. Néanmoins, on peut dire sans crainte de se tromper que de tels investissements sont toujours beaucoup conservateurs, avec une proportion beaucoup plus faible d'avoirs en liquide, et une prédominance beaucoup plus forte d'actions de sociétés prenant la forme d'achats de parts de compagnies financières, commerciales et industrielles du monde occidental, et, ce qui est encore plus important, entraînant la création de nouvelles compagnies et de conglomérats avec participation firmes occidentales (12).
Si l'on tient compte du fait que l'afflux à grande échelle de capitaux arabes privés vers les pays impérialistes , en vue de réaliser des profits et des investissements à long terme sûrs, augmente actuellement avec l'accroissement des contrats gouvernementaux et des importations réalisées par les pays producteurs de pétrole, au moins lors des étapes initiales (entraînant par conséquent un déclin relatif des surplus en pétrodollars des gouvernements), alors on peut établir les deux points suivants en ce qui concerne le modèle général des investissements arabes à l'étranger : 1) Il y a actuellement une tendance nette à une croissance stable des investissements à plus long terme incluant généralement les actions de sociétés et la propriété immobilière. Ceci est plus marqué maintenant dans le secteur privé, mais apparaît clairement même dans la répartition des surplus gouvernementaux.
Si l'on regarde la catégorie (k) dans le tableau ci-dessus, il est clair que même les investissements des Etats financièrement conservateurs dans les actions americaines, la propriété immobilière, et d'autres projets à long terme, ont plus que triplé en termes absolus entre 1974 et
1976, en dépit de la baisse du surplus total annuel. En additionnant ensemble les catégories (d), (k) et (m), on peut voir qu'elles sont passées de 25% du surplus annuel en 1974 à 50% en 1976. Cela comprend évidemment des prêts substantiels faits des pays asiatiques et africains, dont la plupart vont a des investissements productifs sous la forme de joint ventures. Un exemple intéressant est celui de l'investissement du Koweit, estimé à un milliard de dollars, au Sou-
Get dont la plus grande partie va au projet de production sucrière de Kenana, un des plus grands de ce type dans le monde. Ce projet gigantesque a été conçu et dirigé par le groupe Lonhro qui a lui-même des intérêts arabes (13).
On doit noter que certains de ces prêts, compris dans la a dinate a des ont taires vers des branches productives de l'économie mondiale, et des allocations devraient alors être faites.
Le déclin de la catégorie (d), représentant les investissements non liquides dans l'économie britannique, est tout à fait compréhensible en raison de la crise particulièrement aigüe du capitalisme britannique (il faut aussi la baisse des dépôts en livres sterling (c)) et de l'incapal'industrie britannique à faire face à la concurrence allemande, japonaise et américaine. Néanmoins, malgré cela, il faut noter que le gouvernement du Koweit est un des plus grands investisseurs institution-
Men Grande-Bretagne, qu'il possédait en parts valant au total plus de 0,8 milliards de dollars, parmi lesquelles il faut inclure la St Martins Property Corporation qu 1 a achetée en 1974 (13). Le gouvernement du Koweit est aussi connu pour avoir accumulé des stocks d'actions considérables aux USA et en RFA (exemple : une participation de 14% dans Daimler-Benz) où il a montré une préférence pour les entred'ingéniérie, de chimie et financières.
Finalement, la croissance généralement plus faible qu'on aurait pu s'y attendre des détentions d'actions de sociétés doit d'abord être attribuée à la récession capitaliste mondiale de 1974-1976. Ces années ont été les moins favorables aux investissements dans les industries impérialistes depuis la dépression des années 30. Les bourgeoisies arabes, comme homolgues occidentaux, faisaient simplement «correctement» des affaires en se gardant bien d'y investir des ressources importantes.
Ice propos nous pensons que l'observation faite par Ernest Mandel dès octobre 1974 à propos de «l'émergence d'un nouveau capital financier autonome arabe et iranien» a été largement confirmée depuis. Ce qui était alors la naissance à peine perceptible d'une tendance s'est aujourd'hui largement développé, même si cela n'est pas encore tout à fait arrivé à maturité (Voir Inprecor numéro 10 du 17 octobre 1974 et Critique de l'économie politique numéro 22, 1974). 2) Néanmoins, malgré la tendance notée plus haut, pression donnée par le tableau répartition gouverementaux est que la forme liquide y prédomine, y compris sous forme de dépôts importants en monétrangères en GrandeBretagne, sous formes d'investissements croissants bons du Trésor et les devises américains, et sous forme de dépôts élevés en banque. Cela nous indique que, fondamentadirigeants politides Etats n'ont pas encore décidé de la répartition définitive surplus. Beaucoup de questions importantes n'ont pas encore été résolues par eux à propos de l'extention de la reprise des économies impérialistes et surtout de l'économie américaine, de la rentabilité de l'industrie américaine et des problèmes qui se posent pour briser les barrières protectionnistes afin d'y pénétrer, des projets d'une installation au Moyen-Orient et de ses répercussions écono-
de l'accroissement important Etats du Golfe comme la Saumiques possibles, de la façon de maintenir la valeur réelle des surplus face à l'inflation, du moyen de créer une «réserve» à longue échéance pour pallier à l'épuisement du pétrole, et, finalement, mais ce n'est pas le moins important, à propos du besoin impératif de développer des experts en finance et en économie qui seraient capables de gérer réellement les surplus, ce qui implique le besoin d'une période pour expérimenter et «flairer» l'ensemble des possibilités offertes par le marché mondial. Ceci est sans aucun doute en train de devenir un des domaines de développement les plus importants pour les nouvelles bourgeoisies arabes qui apparaissent.
La présence dans les pays impérialistes de surplus importants provenant des revenus du pétrole et possédés par les gouverements arabes, la croissance d'une nouvelle classe extrêmement cosmopolite composée d'hommes d'affaires et que d'individus possédant de quantités monétaire, a entraîné l'expansion d'établissements bancaires et financiers arabes, sera très important de suivre le développement dans les quelques années à venir. L'argent en tant que tel est totalement inutile à moins qu'on ne l'utilise professionnellement, et le problème de trouver des utilisations rentables pour des surplus investir, de l'ampleur dont nous avons parlé, n'est pas facil résoudre. Nous concluerons donc cette partie par une étude rapide du développement de la banque et de la finance arabes, comprises comme le rassemblement des capitaux arabes l'intérieur comme de l'extérieur des pays arabes, et de leur utilisation dans la mesure où ils font partie d'une stratégie d'investissement à long terme plus organisée.
Dans les quelques années qui ont suivi l'augmentation des prix du pétrole de 1973-1974, les producteurs de pétrole détenteurs de surplus se sont trouvés sous la dépendance complète des experts bancaires et finantemps, on assistait à une ruée institutions financières et des banques vers le Golfe, où elles s'installaient. En moins de banques ont été autorisées dans les Emirats, et en 1976 celles-ci dirigeaient 349 succursales. Et tout ceci pour une population de moins de trois quarts de millions de personnes! Cequi est plus important, c'est l'établissement d'une zone bancaire extra-territoriale en 1976 au Bahrain, avec des appuis saoudiens, et était de créer un marché monétaire indigène pour la région. La politique du Bahrain a été d'encourager les plus grands noms de la banque internationale (Chase Manhattan, Citibank, Bank of America, Nat. West., Midland, Banque Nationale de Paris, Algemene Bank Nederland, etc.), qui manipulaient déjà le gros des revenus supplémentaires, et des banques arabes plus importantes (United Bank of Kuwait, et la Gulf International Bank), et de décourager les débutants et les noms moins connus. Au moins trente banques importantes ont obtenu une licence dans les quelques mois qui ont suivi la création de la zone bancaire extra-territoriale. En dehors du Golfe, le Caire et Amman ont aussi attiré une quantité respectable d'opérations bancaires occidentales (14).
Ce qu'on a appelé le problème du «recyclage» signifiait simplement dans les premières chaotiques l'emprunt d'argent à bon marché aux gouvernements producteurs de pé trole ainsi qu'au secteur privé, et son prêt à des taux plus élevés en dehors de la région arabe (et même dans cette région, comme cela s'est par exemple produit lors du boom de construction entre 1974 1976), les institutions financières occidentales déjà installées bénéficiant de la différence en tant qu'intermédiaires. Il n'est surprenant, ces faits, que, selon le Financial Times, «l'effet de choc sur le système (bancaire international)
des surplus des pays producteurs de pétrole... n'a pas correspondu aux craintes exprimées à l'époque» (15).
Néanmoins, depuis 1977, un renversement subtil mais crucial dans l'accentuation a commencé à se faire sentir. Le courant des affaires financières a changé de direction. Ce ne sont plus les banques internationales qui se déplacent vers le Moyen-Orient, mais de nouvelles institutions financières arabes et un florissant secteur financier privé dirigé et contrôlé par des Arabes qui commencent à se frayer un chemin vers l'Europe et l'Amérique. Le nombre des organisations financières arabes s'installant dans les bastions de la finance occidentale - Londres, Paris, Zurich, les Etats-Unis et même l'Extrême-Orient - s'élève rapidement.
On peut prendre l'exemple de Londres qui est probablement devenu le plus grand centre de banque arabe dans le monde. Chaque banque arabe importante a au moins une, si ce n'est plusieurs, succursales à Londres : Afro-Arab Company for Investment and International Trade of Kuwait, l'Arab Bank of Jordan, la National Bank of Abu Dhabi, la Rafidain Bank (Irak), la Qatar National Bank, l'United Bank of Kuwait, Gulf International Bank, TA)man Arab Bank, la Gulf Bank of Kuwait, la Tamal Investment Bank du Liban, la Khalij Commercial Bank des Emirats arabes,
Saudi Arabian Investment Company, etc. A cette liste partielle il faut ajouter des joint ventures comme l'Union banques arabes et françaises (UBAF) formée par un consortium arabe et européen pour les opérations interationales, la Bank of Credit and Commerce International (dirigée et possédée par des Arabes), et l'Arab and Morgan Grenfell Finance. Il y a aussi de nouvelles firmes plus financières comme l'Arab International Finance Company (Arinfi) de Suisse, l'American Express Middle East Development Company au Liban, et bien sûr toutes les agences officielles d'investissement des
di Arabian Investment Compa ny, le Kuwait Investment Office et l'Abu Dhabi Investment Authority.
Un développement intéressant qui s'est produit en décembre 1977 a été la création à
Londres de l'Allied Arab Bank, à partir de ce qui restait des banquiers commerçants de Londres Edward Bates and Sons. L'opération, dirigée par des Arabes, a obtenu une licence de banque complète de la Bank of England (privilège rarement octroyé actuellement), repris le passif d'Edward Bates. 15% de l'opération est possédée par Mehdi Al Tajir par l'intermédiaire d'un établissement familial extra-territorial, PAl Tajir Bank (16).
La tendance maintenant affirmée des gouvernements de l'OPEP à gérer leurs propres affaires financières et la croissance d'un secteur financier arabe privé florissant en contact étroit avec ses homologues occidentaux et en contact plus étroit avec le marché sont essentielles pour le développement complet d'une stratégie d'investissement véritablement autonome et indépendante et pour la capacité des classes dirigeantes arabes à réaliser une répartition des surplus en pétrodollars significativement différente de celle que l'on a vue dans le tableau des années 1974 à 1977.
Nous pensons que l'évidence montre que c'est passe aujourd'hui• et que cela risque de prendre une forme plus définie dans quelques années. Beaucoup d'efforts ont déjà été réalisés pour créer un marché arabe des capitaux dans le Golfe, comme le montre le succès de l'expérience de zone bancaire extra-territoriale Bahrain. De plus, il ne faut pas sous-estimer le sérieux de projets qui en sont encore au stade de discussions, comme l'établissement d'un Fonds monétaire arabe copié sur le modèle du Fonds monétaire international et basé sur une monnaie unique - le dinar. Il y a une logique irrésistible dans de telles proposimples receveurs investisseurs cherchant une base de et coup de facteurs et dans la période lâchement reliées entre elles.
arabe, nale : 1979-1980 : récession lement aux Etats-Unis
Etats-Unis : freiner ment du dollar (Jon Britton)
ce qui se
Espagne : un
Pedro Montes)
(Catherine Verla)
rir Brejnev ? (E. Laurent)
au marché mondial (P.G.)
Pays développés
Udry)
sitions, qui a ses racines dans NOTES l'ordre de grandeur fondamentalement nouveau de la richesse que les classes dirigeantes arabes ont commencé à contrôler depuis 1973. Leur transformation de richesses monétaires - pro- 2) Voir le priétaires fonciers glorifiés - en internationaux plus sûre et permanente représente un processus qui dans un certain sens vient juste de commencer. Pour cette raison, la direction dans laquelle il se développe est encore difficile à préciser avec exactitude. Beaupoussé les ments de caractère à la fois économique et politique pourcristalliser définitivement sous une forme nette et discerable ce qui n'existe encore que comme une série de tendances très
Fin de la première partie 6 avril 1975. octobre 1977. DANS LE NUMERO ECONOMIQUE (NUMERO 41-42) 11) Tableau - Economie capitaliste internatioseuou nourécession généralisée ventures» : la européenne : le projet de système monétaire européen (Winfried Wolf)
l'effondre-
Brésil : vers la récession en 1980 an après le pacte d'austérité (Jesus Albarracin et
Yougoslavie : le système yougo-
URSS : qu'est-ce qui fait cousous-développés : la situation économique des pays sous-
(Charles-André dans le monde). 15) Voir le dans le monde). 1977.
1) Voir M. Field «100 millions de
«Sunday Times» du 14
3) Compte-rendu d'une réunion avec des officiels américains du DOD
Département d'Etat.
édité dans
«MERIP» no 46, avril 1976. D'après
Relations Subcommittee on Foreign
Assistance», 94e Congrès, et S. Con Res. 21
4) Ibid. Il est rapporté que Khashoggi a dit ensuité à choisir la compagnie belge : 1- il n'y avait pas ou de vendeur représentant les USA et 2- les détails du gouvernement US ont fait appatransaction trop compliment ce reconnu point appareme commentaires
• disant essentiellement que le goun'utilisait pas de anroblemes du client eventuel)».
«Sunday Times»
«Business Observer» du vol. 21, no 41, le 14
9) Voir M. Field «100 millions de no 41, le 14 octobre 1977.
nouvelles compagnies
«Saudi Arabian Mari-
Company» qui est une «joint
«Mobil Oil Corporation" ja
Holding Corporation», la First Ara bian Corporation», compagnie financière et d'investissements, et «CCC», deux grandes compagnies la part de 21% de Mehdi Al dans le groupe multinational
Construction importante
«Lonhro», industriel et commercial one de supe stanciels intérêts africains, la Banque et Internationale d'Investissements, qui est un consortium araboeuropéen (moitié-moitié) géré l'achate de Par d'actions ordinaires de l'«Occidental Petroleum» par Ghaith Pharaon, multi-millionnaire saoudite in-
13) Voir le «Financial Times» du 26
14) Voir le «Financial Times» du 3
1976 (2e étude de la banque
«Financial Times»
26 avril 1976 (1e étude de la banque
16) Voir MEED, rapport spécial sur la banque et la finance, décembre