Après l'échec de mars 1978, Union de la gauche ou pas Union de la gauche ?
ou perspective différente - mais qui ne remette pas en question l'ancrage ouvrier du PS
Si c'est dès le lendemain de la défaite de l'Union de la gauche que la bataille entre les différentes positions en présence au sein du
Parti socialiste français a été engagée, a présent, le débat préparatoire est officiellement ouvert pour le congres des 6, 7 et 8 avril prochain à Metz. Jusqu'alors, c'est Michel Rocard qui avait tenu la vedette : mobilisant les moyens d'information, il apparaissait comme le rival appelé à supplanter François Mitterrand comme futur candidat du PS aux élections présidentielles de 1981. Mais
Mitterrand est passé à la contre-offensice en opposant sa propre motion à la contre-motion Rocard-Mauroy. Prenant ainsi la décision de biaiser la majorité actuelle, il provoque la relance d'un
Francis SITEL débat dont les aboutissements ne sont pas encore joués.
Drapé dans sa dignité et silencieux, Mitterrand s'était, jusqu'alors, tenu à l'écart de la mêlée. Pourtant, à travers les attaques qui lui étaient très directement destinées - les allusions à l'autorité pesante du premier secrétaire - c'est bien la fin d'un règne que préparaient les dauphins devenus des rivaux. Avec la hauteur méprisante qui le caractérise, Mitterrand est finalement entré en lice en proposant sa propre motion qualifiée d'emblée de «motion de synthese». Il engage ainsi une bataille dont beaucoup pensaient qu'ils pourraient en faire l'économie. Aujourd'hui, c'est Mitterrand qui exige que le débat ait lieu : « Nous ne pouvons pas mener deux stratégies politiques à la fois. Il faut choisir.»
France
Le Congrès
Des bilans douloureux pour des choix difficiles
Nouvelle union - mais sur quelles bases ? - dû à la stratégie adoptée en 1971-72 ?
écrit-il en introduction au bulletin qui contient les premières contributions soumises aux militants.
Il prend ainsi sa place dans ce combat obscur où se nouent rivalités multiples et batailles d'appareils pour la conquête de la direction au sein d'un parti qui se destine à l'exercice du pouvoir.
Tant que mars 78 apparaissait comme l'échéance qui marquerait laccession du PS au gouvernement, le consensus qui existait au sein du parti pour taire ces problèmes permettait à
Mitterrand de régner sans partage. Initiateur du processus qui, par la signature du Programme commun de gouvernement, du PS français avait engendré la renaissance du PS et appelé à un « destin national», Mitterrand apparaissait intouchable et vivait entouré du respect et de la reconnaissance de tous. Ce consensus brisé, disputes et querelles se déchaînent. Et, au moment où se dessine une redistribution générale des cartes, chacun choisit, sinon son camp, du moins son état-major pour aborder la prochaine échéance : celle des élections présidentielles de 1981. LE PS MALADE DE L'UNION DE LA GAUCHE
Mais la nature des débats qui traversent le PS et l'ampleur des secousses qui l'ébranlent ne se réduisent pas à ces seules affaires domestiques. En effet, travers l'alliance avec le PCF, le PS a retrouvé un ancrage dans la classe ouvrière qui lui a permis de s'affirmer comme étant le «premier parti d'opposition». C'est-à-dire, en fait, comme un parti ouvrier qui, grâce à son poids politique retrouvé et à son insertion dans l'appareil d'Etat bourgeois, apparait capable de concurrencer le PCF en ce qui concerne la direction politique du prolétariat et, d'autre part, d'accéder au gouvernement pour diriger les affaires de la bourgeoisie.
Or, les modalités concrètes du rôle irremplaçable que peut jouer un grand parti social-démocrate, d'autant plus précieux dans la situation actuelle de crise économique, sociale et politique, sont à redéfinir après mars 1978.
En effet, après l'éclatement de l'Union de la gauche, ce qui est en cause, c'est la capacité du PS et de sa direction à définir une ligne politique qui permette de préserver, voire de renforcer, le capital politique que le PS a accumulé depuis 1972 à travers la constitution de l'Union de la gauche comme alternative au pouvoir en place.
Ce problème englobe deux questions qui sont indissolublement liées.
La première est celle du bilan de l'Union de la gauche. Le PS s'est reconstruit par la constitution et la défense de l'Union de la gauche, présentée aux travailleurs comme la réponse à leurs aspirations et la solution à leur volonté de changement. Reste aujourd'hui à expliquer à ces mêmes travailleurs et aux militants du PS pourquoi les promesses n'ont pas été tenues, comment tout a pu se solder par une défaite dont chacun est conscient qu'elle est le fruit, non des efforts de l'ennemi de classe, mais bien des exploits de ceux qui étaient partie prenante du projet, le PCF au premier chef.
La seconde question, c'est celle de la perspective gouvernementale qu'il convient aujourd'hui de promouvoir. En tant que parti social-démocrate, le PS ne peut pas en effet ne pas proposer une orientation politique qui se concrétise par une perspective d'accession à la gestion gouvernementale des affaires. « Le PS a d'autant moins de chances d'être préservé», écrivait P. Viveret, « que son existence politique est, plus que toute autre chose, conditionnée par sa capacité à être un parti au pouvoir» (Faire, décembre 1978).
Le fait de ne pouvoir disjoindre ces deux questions explique en grande partie les difficultés
VIENT DE
PARAITRE
CRTIQUE
COMMUNISTE numéro 26
(janvier 1979)
* Pierre Julien
1978 : un tournant ?
*Jean-Marie Vincent
Le giscardisme et l'a-démocratie forte et paisible
* Henri Weber
De l'influence des « directions traitres»
*Daniel Bensaid
Grève générale, front unique, dualité du pouvoir
* Voyage à l'intérieur de
T'OCI (interview de deux ex- militants de P'OCI)
* L'extrême-gauche face à la nouvelle conjoncture
ABONNEMENT ANNUEL
(10 numéros)
100 F. et 120 F pour l'étranger soutien 150 F.
Chèques à l'ordre des
EDITIONS LA BRECHE
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75 014 - Paris - 543.85.74 auxquelles se trouve confronté le PS et la nature de ses débats.
Ou bien le choix consiste à maintenir comme perspective gouvernementale l'alliance avec le PC dans un cadre de coalition de type front populaire. Dans ce cas, à l'évidence, c'est un bilan globalement positif de l'Union de la gauche qu'il convient de tirer afin de proposer sa reconduction.
Ou bien le choix est de prendre en compte le bilan négatif de l'Union de la gauche, ainsi que, ce qui n'est pas mince, la réalité de la situation présente marquée par une division profonde entre PC et PS. Ce qui doit conduire à proposer une perspective gouvernementale sensiblement différente de celle qu'a repésenté l'Union de la gauche.
C'est l'impossibilité de soumettre explicitement et en toute clarté ce problème aux militants qui explique qu'il se concrétise essentiellement en termes de clivages bureaucratiques et que les questions d'orientation sont très largement occultées.
D'autant que le contexte politique ne fait qu'aggraver les choses. D'une part, le débat se développe sous le tir de pilonnage du PCF qui, par ses interventions permanentes et sa campagne anti-PS systématique, vise à exploiter les divisions internes de l'adversaire, afin d'y trouver des arguments : légitimer ses propres explications concernant le « virage à droite du PS» et la responsabilité entière de dernier dans l'échec de l'Union de la gauche. D'autre l'inconnue que représente le rythme de développement de la lutte des classes prive les dirigeants du PS de la sérénité qui pourrait être la leur s'il s'agissait simplement de décider qui sera le meilleur candidat socialiste pour les élections de 1981. L'ORIENTATION MITTERRAND: UNE SOLUTION CONSERVATOIRE
Ce que Mitterrand propose au PS, c'est une orientation qui
consiste à maintenir le cadre de l'Union de la gauche, même si aujourd'hui ce cadre apparaît vide. A défendre cette position, le PS de Mitterrand se trouve investi du rôle de «gardien de l'Union ».
Il peut sembler paradoxal, au moment où s'exacerbe la division PC-PS et où la polémique fait place à l'injure et à l'anathème, de voir le premier secrétaire du PS défendre avec une tranquilité marmoréenne, une telle perspective. Mais il n'est pas moins paradoxal de constater l'efficacité, au moins électorale, de cette solution. Efficacité qui explique que Rocard, tout en commençant à avancer ses pions dès le soir du second tour des élections, s'est bien gardé de combattre ment la ligne Mitterrand et se refuse, • encore aujourd'hui, à apparaître comme le «fossoyeur de l'Union de la gauche».
Il est vrai que, malgré la faillite de mars 1978, la ligne Mitterrand est apparue payante pour le PS. D'abord, dans la mesure où, présentant le PS comme le champion de l'unité, elle permettait d'imputer au seul PC la responsabilité de l'échec. Ensuite elle permet au PS de capitaliser en termes de voix l'aspiration profonde des travailleurs à l'unité. Ce dont devaient témoigner, de façon spectaculaire, les élections législatives partielles qui ont eu lieu depuis mars 1978, marquées par le succès des candidats socialistes. Leçon que Mitterrand se plaît à rappeler aux uns et aux autres.
Plus fondamentalement, la force de la «solution Mitterrand » réside dans le fait qu'elle garantit l'ancrage ouvrier du PS. Elle apparaît, en effet, comme une assurance contre toute tentation de dérive du type « troisième force» dont, a contrario, peuvent être soupçonnés tous ceux qui rompent avec elle. Telle est d'ailleurs, aujourd'hui, du fait des attaques conjuguées du CERES et du courant Mitterrand, l'accusation la plus grave portée contre Rocard et ses amis.
Pourtant, cette ligne Mitterrand se heurte pour une contradiction qui, dans les conditions politiques présentes, apparaît comme insurmontable. C'est celle qui est liée au fait qu'une réanimation de l'Union de la gauche suppose un changement de la part du PCF. Et à un moment où celui-ci se livre à une campagne acharnée de dénonciation du PS et de la socialdémocratie et se définit en «construction de l'union à la base » qui exclut toute possibilité de rapprochement avec le PS.
A cela, Mitterrand se contente d'opposer l'évaluation comptable de ce que l'Union de la gauche a rapporté au PS et de ce que le maintien de cette ligne peut encore lui rapporter.
Reste qu'une telle orientation n'est crédible que dans la mesure où on en accepte le prix : l'ajournement de l'accession au pouvoir. Ce qui, à l'évidence, constitue sa principale faiblesse.
A quoi Gilles Martinet oppose une évidence : « On ne reviendra pas à la situation de 1972, on ne refera pas l'Union comme si rien ne s'était passé. Personne ne croirait au sérieux et à la solidité d'une alliance qui s'opérerait sur la base de l'ancien contrat et ne définirait pas les nouvelles conditions de l'union» (Faire, décembre 1978). LE PROJET ROCARD
Face à Mitterrand, Rocard s'est vite affirmé comme l'homme du mouvement. Son offensive, savamment orchestree par le biais des médias, en premier lieu Le Matin, quotidien officieux du PS, au-delà de ses aspects spectaculaires, relevant du «marketing politique» le plus élaboré, ne doit pas tromper quant à ce qui constitue sa cohérence politique profonde. D'abord, très rapidement, Rocard, à la différence de Mitterrand, a présenté un bilan d'échec de l'Union de la gauche. L'habileté consistant à souligner que c'est un tel bilan, lucidement tiré, qui permet de refuser de voir l'échec perdurer. En effet, si le PCF est considéré comme le coupable dans le fiasco de l'Union de la gauche, Rocard s'est attaché, par ailleurs, à dégager ce qui constitue, selon lui, les responsabilités propres du PS. Une telle attitude est volontiers présentée par Rocard comme « plus dynamique» que celle consistant à ressasser sa rancune. Si le PS a peu de possibilités pour contraindre PCF à changer, il a, par contre, toute liberté pour surmonter ses propres faiblesses, si celles-ci sont, pour une part, cause de l'échec.
Or, selon Rocard, cette responsabilité propre au PS est double. D'une part, de s'être illusionné sur la véritable nature du PCF (appréciation qui pourrait signifier, à terme, une mise en question du « pari de l'Union» tel qu'il a été formulé par le Congrès d'Epinay). D'autre part, de s'être affaibli, face à l'offensive de la bourgeoisie, par le manque de « crédibilité économique» des propositions avancées par le PS dans le cadre de l'Union de la gauche (ce qui implique une dénonciation du Programme commun, comme largement inadapté aux réalités économiques présentes).
Rocard cherche donc à présenter comme celui qui saura définir une « rigueur économique » permettant de trouver le compromis nécessaire entre ce qu'il appelait joliment, dans son intervention devant la Convention du PS d'avril 1978, «prendre une juste mesure de la contradiction entre l'impatience légitime des travailleurs exploites, et le temps qu'il faut pour que des transformations de structures portent leurs fruits» (Repères, numéro 55-56). Tel est le sens de la discrète bataille qu'il a entamée sur la question des 35 heures, laissant entendre que la «crédibilité» voudrait que cette revendication soit assortie de l'acceptation de compensations salariales, c'est-à-dire, en termes clairs, que le pa-
tronat peut accepter une diminution du temps de travail si celle-ci se traduit par une diminution de salaire.
Pour ceux qui estiment, tel Jean Poperen, que le PS ne doit céder sur sa gauche aucune parcelle de terrain au PC, une telle perspective peut aisément être dénoncée comme «droitière». Qu'il prête le flanc à de telles attaques constitue d'ailleurs la faille du projet Rocard.
Cette faiblesse peut être compensée par le fait que Rocard apparaît comme le seul, dans les conditions politiques actuelles, susceptible de proposer une perspective gouvernementale à son parti. En ce sens, la crédibilité économique de son discours, pour inquiétante qu'elle soit, peut apparaître aux militants comme le prix nécessaire
« crédibilité mentale » vitale pour le PS.
Le projet Rocard, qui constitue bien un projet politique global, revient, dans le cadre accepté de l'austérité imposée par le Capital aux travailleurs, à affirmer les capacités gestionnaires du PS. Il est clair que les propositions de Rocard s'articulent avec la politique de «recentrage» de la direction Maire au sein de la CFDT et tendent à instituer le PS comme le relai politique de stratégies syndicales visant à «négocier l'austérité ».
Il s'agirait, dans ce cadre, de faire accepter par les travailleurs des mesures prises par un gouvernement à direction social-démocrate, en échange de concessions sur d'autres terrains. On imagine aisément quelle utilisation pourrait être faite, dans ces conditions, de thèmes tels que ceux de «l'autogestion», de «l'expérimentation sociale», du « qualitatif préféré au quantitatif», etc. Thèmes que les rocardiens se hâtent de reprendre à leur compte. L'ensemble étant profilé « historiquement» dans la perspective d'une rupture d'avec le capitalisme qui ne peut être, bien sûr, qu'un « processus » long.
Le pittoresque de l'affaire est que, linalement, Rocard, pour avancer les éléments de son projet, n'a même pas besoin de préconiser l'abandon de l'alliance avec le PCF. Il peut, en effet, se contenter, à bon compte, simplicité : "Le parti est unanime, je pense, à vouloir maintenir la stratégie de l'Union de la gauche comme un axe fondamental de sa comme une nécessité de la situation française. vient de ce que ce n'est plus la stratégie du Parti communiste.» (Repère, numéro 55-56).
Il préconise donc que le PS s'adresse directement aux masses par la médiation des mouvements de masse et des divers «mouvements sociaux ». Cette tactique est censée forcer les défenses du PCF. A moins qu'elle ne le court-circuite purement et simplement.
En un mot, l'idée force de Rocard semble bien être celle selon laquelle l'alliance avec le PCF n'est pas une condition sine qua non de la définition d'une stratégie socialiste. Ainsi, ce que Rocard proposerait au PS, c'est d'engager un processus d'autonomisation par rapport au cadre contraignant de l'Union de la gauche et de l'alliance avec le PC, au nom d'un projet gouvernemental spécifique du PS. LA CRISE D'IDENTITE DU CERES
Le CERES, courant minoritaire du PS, s'est hâté de dénoncer l'orientation Rocard comme un abandon de l'Union de la gauche au profit d'un retour aux vieilles tentations de la SFIO : la politique de «troisième force» d'alliance avec les forces de droite. La cour pressante à laquelle se livre Giscard auprès des socialistes pour amener ceux-ci à rompre avec le PCF et à collaborer avec lui, est là pour montrer que même si elle reste présentement théorique, compte tenu des rapports de forces sociaux, une telle perspective ne peut être écartée à priori.
Rocard serait-il l'agent possible d'un tel retournement d'allian ces s'il se produisait en fonction d'un bouleversement de la situation sociale ? S'il est prématuré de répondre à une telle question, le CERES, pour sa part, a intérêt à suggérer qu'il en est persuadé. Cela lui est un moyen de faire oublier ses propres problèmes.
En effet, l'éclatement de l'Union de la gauche ne pouvait que se traduire par une crise profonde d'orientation pour le CERES. Celui-ci s'était en effet constitué comme initiateur et garant de l'alliance entre PCF et PS, présentant de celle-ci l'image idyllique d'une force authentiquement anticapitaliste, susceptible de sortir le mouve ment ouvrier français de la double ornière de la social-démocratie et du stalinisme. Tout cela, grâce en grande partie aux capacités politiques du CERES lui-même.
Jean-Pierre Chevènement a expliqué qu'un des éléments de la contre-offensive de la bourgeoisie et de l'impérialisme l'échelle mondiale était constitué par « l'intrusion d'une 'gauche américaine, surtout à partir de 1975, au sein de l'Union de la gauche en France». Hormis le correspond l'éviction du CERES du secrétariat national du PS, on a quelque mal à voir immédiatement étaye l'analyse «tournant» du PS, sous la double poussée de l'impérialisme et de la petite-bourgeoisie.
En fait, au delà du clinquant, de telles analyses semblent avoir pour principale fonction de servir d'alibi à un indispensable escamotage d'un réel bilan de l'Union de la gauche. En effet, le CERES apparaît prisonnier des deux postulats à partir desquels il construit son idéologie propre. Le premier, c'est que le PS du Congrès d'Epinay avait rompu avec la social-démocratie; ce qui légitimait la prétention du CERES à être, à la gauche de la majorité mitterrandiste de l'époque, le ferment révolutionnaire de la coalition. Le second, c'est que l'alliance PC-PS dans le cadre de l'Union de la gauche
dance nationale », ce sont là des déformée, les pressions et les visait à une rupture d'avec le capitalisme. Dans ces conditions, il est clair que le CERES est congénitalement impuissant à pouvoir rendre compte et de la fonction effective jouée par l'Union de la gauche dans la lutte de classes et à pouvoir expliquer les raisons de la politique de division qui devait conduire à l'échec de mars 1978.
A moins de faire appel à une mythique mutation de l'Union de la gauche en cours de route : tel semble bien être le rôle dévolu à cette démoniaque «gauche américaine » que le CERES a rencontré. Le problème est qu'à analyser ainsi l'échec de l'Union de la gauche, le CERES a quelque peine à ne pas voir récupérer ses propos par le PCF. Un PCF qui fait des gorges chaudes des constructions théoriques de Chevènement qui, à quelques termes près, ne sont pas très éloignées «tournant à droite » qui a servi à la direction du PCF et à expliquer la politique du PS et à justifier la sienne propre.
Dans la situation difficile qui fait suite à mars 1978, ce courant n'a pas échappé à des phénomènes de rupture en son sein qui ont conduit un certain nombre de militants et de responsables et de militants à le quitter. Le courant animé par C. Pierret qui présente sa propre motion pour le congrès et qui peut, éventuellement, opérer un rapprochement avec le Rocard, n'a pas entamé en profondeur les forces du CERES; encore que l'équilibre entre les courants s'en trouve modifié, et que, de ce fait, le CERES risque de perdre la direction de la Fédération de Paris.
Mais le risque principal est plus fondamental, c'est, de fait, celui d'une satellisation de ses positions politiques par celles du PCF. Lorsque le CERES explique que ce sont les courants montants à l'intérieur du PS qui ont amené à la trahison de l'espoir dont l'Union de la gauche était porteuse, lorsqu'il centre ses explications sur le danger d'une Europe sous l'hégémonie allemande, et préconise une bataille en défense de « l'indépende ceux du PCF. Dans ces conditions, l'accusation ancienne de «crypto-communisme» qui était portée contre le CERES ne peut pas ne pas s'en trouver renforcée et faire son chemin au sein du PS.
VIENTDE
PARAITRE CAHIERS LEON TROTSKY (Numéro 1)
Cette publication de Pinstitut Trotsky présente sur
120 pages des documents re latifs à la conférence de fondation de la IVe Internationale de 1938; un article rédigé par
Pierre Broué, en marge de ses d'annotation
«Oeuvres» de Trotsky, dont le tome IV sort des presses cette semaine; cet article porte sur
«Quelques proches collaborateurs de Trotsky»; un article inédit en français de Trotsky :
«A propos de la philosophie du surhomme», avec une pré sentation de Georges Breitman, «Quand le journal de
Hitler imprimait une lettre de
Trotsky »... etc.
Rédaction et administration
29 rue Descartes, 75005 Paris
Le numéro : 20 F. A bonnement pour 3 numéros :
50F (France) 55F. (autres pays)
Abonnement de soutien :
100 F., 200 F., 300 F., etc. B'ART DU COMPROMIS
Les cartes principales ainsi distribuées, la partie ne fait que commencer, car c'est alors que peuvent se donner libre jeu les maîtres en esquives et les spécialistes des motions de synthèse. Toutes choses qui font qu'il est impossible de dire comment se solderont les divergences au cours même du congrès. En effet, les positions politiques sont une chose, l'art du compromis en est une autre : alors que les premières traduisent de façon enjeux de la lutte de classes, le second a pour fonction d'éviter que celles-ci bouleversent les équilibres de pouvoir au sein du parti.
C'est ainsi que Pierre Mauroy, qui apparaît comme l'indispensable dirigeant de l'appareil, pour toute solution qui se veut majoritaire au sein du PS, s'est longtemps gardé d'abattre ses cartes et présente aujourd'hui sa propre motion. S'il ne cache ni son accord politique avec Rocard, ni son irritation à l'égard des méthodes de direction de Mitterrand, il semble décidé à toute cassure définitive de l'ancienne majorité et se fait le fervent défenseur de l'unité
De son côté, Mitterrand peut compter sur les diverses motions, celle de Defferre par exemple, qui n'ont pour fonction que de préparer une synthèse autour du premier secrétaire. Par ailleurs, l'appui que le CERES a décidé d'apporter à Mitterrand, malgré les virulents reproches qui lui sont faits par rapport au passé, permet à celui-ci de menacer Mauroy et Rocard d'une majorité alterative possible. Ce qui a amené les uns et les autres à s'inquiéter et à prôner une perspective majoritaire qui devrait comprendre Mitterrand et écarter le CERES.
Mais si Mitterrand ne se laisse pas écarter si aisément, et en vient à menacer « l'unité du parti», c'est que précisément la situation française, qui voit maintenir un Parti communiste fort à côté d'un PS renaissant, ne se laisse sans doute pas réduire aux schémas simples que vouimposer l'Internationale socialiste à la réalité complexe de la lutte des classes. Les divisions présentes des dirigeants socialistes français sont là pour témoigner que le PS ne parvient dégager une orientation susceptible de permettre d'aller au gouverement tout en maîtrisant l'élan de la classe ouvrière qui l'y porterait.
Le 22 février 1979