Inprecor 1974–2004

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DOSSIER ARGENTINE

Duhalde ou la dernière cartouche du péronisme

· Inprecor n° 466-467, janvier-février 2002 · p. 14-16 · 3 294 mots

Argentine et Chili Économie mondiale États-Unis

la dernière cartouche limites de l'ajustement structurel se situent dans la capacité de réaction des ajustés. Les actions de ces jours-ci ont tracé une limite claire à toute tentative de réimplanter les politiques néolibérales les plus extrêmes.

L'action directe des masses autoconvoquées - des exploités, des opprimés, des exclus - dans un geste d'authentique récupération de la politique, de récupération de son propre pouvoir, de cette autonomie expropriée par les partis et les institutions du système pendant des décennies, a réussi à renverser le gouvernement. Les résultats ne peuvent pas être plus encourageants. C'est la première fois que la révocation du mandat des urnes est obtenue dans la pratique concrète.

La gauche a participé activement aux mobilisations, mais à cause de sa faiblesse numérique ou parce qu'elle n'a pas réussi à comprendre la dialectique de non-délégation en train de se construire, sa participation n'a pas été décisive. Le cas des trois centrales ouvrières (2) est différent. Elles ont tout juste déclaré une grève formelle sans appeler à la mobilisation et à la participation active, ou ont simplement fait acte de présence et après, sont vite parties. Dans le premier cas c'est le résultat des engagements envers différentes fractions du pouvoir réel, dans le second, une combinaison de manque de courage civique et de désorientation politique.

Le mouvement des masses en action a ainsi avancé en connaissance de ce qu'il ne voulait pas, de ce qu'il n'acceptait pas et refusait, mais sans conscience de ce qu'il voulait effectivement. Il a ainsi laissé un vide qui une fois de plus sera comblé par l'une ou l'autre des expressions des intérêts des classes dominantes. Malgré ces limites et carences, une nouvelle situation est ouverte : sont en débat de nouvelles formes de représentation politique, de nouvelles relations entre représentants et représentés, une mise en oeuvre de la capacité collective de penser, de décider et d'agir pour son propre compte.

L'avenir est très riche et chargé de potentialités, mais non dépourvu de difficultés. Il faudra l'intervention des secteurs les plus conscients pour affirmer la confiance des protagonistes et pour doter ceux-ci de la conscience de leur rôle et de leurs capacités de tout transformer.

Buenos Aires, 23 décembre 2001 2. Il s'agit des deux centrales dirigées par des courants péronistes — la CGT (Centrale générale du Travail) et la CGT "rebelle" — et de la centrale indépendante CTA (Centrale des travailleurs d'Argentine).

Par Claudio Katz * douardo Duhalde a été finalement dési-

• gné comme cinquième président argentin en deux semaines, grâce à un pacte entre l'Alliance (1) et les péronistes avec l'aval de toute la "classe politique" que le peuple est en train de contester dans la rue. Duhalde est un représentant typique de cette bande et aussi du "modèle économique" qu'il a contribué à mettre en place comme vice-président de Menem et ensuite comme gouverneur de la province de Buenos Aires. Il a été battu lors des élections présidentielles de 1999 et il personnalise la perte de voix qu'a subie le justicialisme (2) le 14 octobre 2001. Par la suite, il s'est vigoureusement opposé à la tenue d'un nouveau scrutin et a organisé dans les coulisses de l'Assemblée une combine pour garder le siège présidentiel jusqu'en 2003. La même assemblée, qui sept jours auparavant avait convoqué des élections, par un amendement à la loi des lemas (3) soumis par les caciques justicialistes, a décidé de changer de scénario après le départ de Rodríguez Saá.

Président par intérim durant une semaine, Rodriguez Saá a provoqué la population mobilisée en s'entourant de vieux fonctionnaires véreux et a été contesté par un "cacerolazo". C'est ce qui a poussé ses collègues à lui retirer leur appui. Devant la reprise du soulèvement populaire, tous les tenants de la classe dominante ont exigé « que l'on contienne le chaos et que l'on freine la dissolution de l'État » par le choix d'un homme fort du justicialisme soutenu explicitement par l'UCR et le FREPASO. Duhalde a immédiatement constitué un cabinet de coalition et cherchera à réintroduire un minimum de stabilité en jouant du bâton et de la carotte Or, depuis la démission du vice-président Chacho Alvarez il y a deux ans, tous les ministres ont été dévorés par la crise, à travers une succession tellement inouïe de remaniements, que déjà, personne ne se souvient des gens choisis, destitués ou nommés par De la Rúa. Une telle instabilité est

Duhalde ou

du péronisme

caractéristique des périodes de crise historique, lorsque « ceux d'en haut » ne peuvent plus continuer à gouverner comme avant et « ceux d'en bas » se soulèvent dans une grande révolte populaire. La décomposition du régime

Cette situation explosive exprime une perte de confiance généralisée à l'égard du régime en place et de son État. La population mobilisée perçoit les institutions étatiques comme étant des instruments de l'appauvrissement et du pillage dont le pays est victime. L'investiture du président est profondément compromise par le changement vertigineux de personnages et par un gouvernement qui décrète au profit de la classe dominante. En ayant recours aux pouvoirs exécutifs pour enrichir différents groupes capitalistes, De la Rúa s'est avéré être aussi aveugle que son prédécesseur, Menem.

Entre le pouvoir législatif et la population, le fossé s'est ainsi creusé en raison des scandaleux pots-de-vin que reçoivent députés et sénateurs en échange de lois favorables aux grandes entreprises. Le pouvoir judiciaire est l'incarnation de la corruption organisée qui s'est développée avec les privatisations. Chacun a eu sa part: les dirigeants de la Banque centrale à travers la dette et les aides aux banques en faillite, les hautes sphères de l'armée grâce aux trafics d'armes, tandis que les chefs de la police se * Claudio Katz est économiste, professeur à l'Université de Buenos Aires, chercheur au Conicet (Conseil national de recherches d'Argentine), collaborateur à l'Université populaire des Madres de Plaza de Mayo et militant socialiste. 1. L'Alliance regroupe l'Union civique radicale (Unión Cívica Radical, UCR, l'opposition bourgeoise historique au péronisme) et le FREPASO un parti de centre-gauche qui était un membre de la coalition du gouvernement De la Rúa. 2. Le Parti justicialiste, fondé par Peron, est communément appelé "péroniste". 3. La loi de "lemas" permet à chaque parti de présenter une quantité illimitée de candidats alors que le candidat obtenant individuellement le plus de voix récupère aussi les suffrages obtenu par les autres candidats de son parti.

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répartissaient les dividendes de la sécurité privée, de la drogue et de la prostitution.

Si les hommes politiques du régime sont les plus discrédités, c'est parce qu'ils représentent la face visible de ce système, leur protession consistant à tromper la population pour protéger les capitalistes. Les partis de droite, davantage identifiés à ce rôle, ont été particulièrement ébranlés à partir de la chute de leur idole, Cavallo. Mais le parti radical est également à un pas de l'effondrement, après avoir couronné son dernier échec par une expropriation d'épargnants que la classe moyenne n'oubliera point. Le centre gauche se recycle en prenant à la dernière minute ses distances avec les gouvernements qu'il a appuyés, décriant leur « trahison ». Ces manœuvres caméléonesques ont déjà exaspéré un grand secteur de ses partisans

Dans ces conditions, la classe dominante a encore fait appel au péronisme pour reconstruire l'État. Mais la crise qui ronge le régime a pénétré au sein du parti justicialiste (péroniste) et les mêmes affrontements entre capitalistes s'y reproduisent sous forme de rivalités entre les chefs de ce parti. Menem avait déçu les attentes traditionnelles des travailleurs à l'égard du péronisme et affaibli la base structurelle du mouvement en détruisant la bourgeoisie nationale; son prêche néolibéral avait mis à mal la cohérence idéologique de cette organisation. Duhalde est la dernière cartouche du péronisme. Les enjeux de la dévaluation

Au cours des deux derniers mois la catastrophe qui couvait tout au long de quatre ans de dépression a éclaté. La sortie de capitaux est devenue une fuite, l'endettement des entreprises a débouché sur des faillites, la perte du pouvoir d'achat a paralysé le commerce et la chute de recettes a laissé le Trésor sans un peso. Les données de cet écroulement sont effrayantes et dépeignent un tableau typique des guerres ou désastres naturels que l'Argentine n'a pas connus. Le pays subit la virulence des crises périodiques du capitalisme, les contrecoups de l'insertion périphérique et les conséquences de la politique économique de la dernière décennie.

La combinaison de ces trois processus explique la magnitude de la dépression en cours, qui est semblable à celle qui a été vécue dans les années 90 par d'autres pays dépendants. Mais, à la différence du Mexique, du Brésil, de la Russie ou de la Corée, en Argentine l'ouverture aux importations, les privatisations et la déréglementation s'opèrent à travers l'ajustement déflationniste de la convertibilité et non par le biais des politiques dévaluationnistes classiques. Maintenant on conduit le tournant vers ce modèle, par le moyen d'un nouveau transfert des revenus des travailleurs vers les capitalistes

Les mêmes économistes qui ont proclamé pendant 10 ans que la « convertibilité était immuable » expliquent maintenant que « la dévaluation est inévitable ». Certains cyniques prétendent que la fin de la parité avec le dollar n'aura pas d'impact sur les salaires, comme si l'augmentation des prix n'était pas le corollaire immédiat de toute dévaluation. L'envergure de la hausse déjà observée sur de nombreux produits (surtout les médicaments et les aliments) confirme que la récession n'annulera pas l'impact inflationniste. La décision de remplacer le flottement initialement prévu par un type de change fixe révèle jusqu'à quel point les fossoyeurs de la convertibilité doutent de cette possibilité et ont le pressentiment que, comme c'est arrivé en Équateur, en Indonésie et en Russie, la dépréciation du peso se poursuivra. Comme l'objectif de la dévaluation est de réduire les salaires, ses promoteurs ont écarté l'idée d'étendre aux salariés les mécanismes de protection des changes conçus pour les banquiers et entrepreneurs.

Toute dévaluation, même « ordonnée », aggravera l'urgence sociale. Si le processus se détraque, il y aura en plus une catastrophe alimentaire qui rendra nécessaire la bataille pour un système de distribution de nourriture placé sous contrôle populaire direct. Seule cette action peut assurer réellement le contrôle des prix promis par le gouvernement alors que les entreprises se sont spécialisées dans son contournement. Le même problème se pose devant l'effondrement de l'emploi, parce que « l'amélioration de la compétitivité » que promettent les dévaluationnistes proviendrait de la baisse des salaires et non pas de la création de nouveaux emplois. Le rebond inflationniste peut convertir les 200 pesos — ou lecop (4) -que reçoivent les chômeurs en un montant franchement dérisoire, vu que le minimum familial se situe autour de 1030 pesos. Ainsi, il est essentiel de lutter pour le partage des heures de travail et l'introduction d'une allocation de chômage de 450 pesos, indexée et financée par le moratoire sur la dette et par un impôt prélevé sur les grandes entreprises.

L'approfondissement de la crise rend peu réaliste le financement de cette allocation avec les mécanismes proposés par la Centrale des Travailleurs Argentins (CTA) (nouvelle répartition de lots, dégrèvements fiscaux, réétatisation de la sécurité sociale et des mesures de relance de la consommation), sans recourir à la confiscation des grands groupes qui ne payent pas les impôts, spéculent sur la monnaie et les biens de première nécessité. L'économie argentine subit les conséquences d'un capitalisme périphérique et non seulement les effets d'une distribution inégale des revenus, on ne peut donc pas résoudre la crise en convainquant les entrepreneurs des avantages d'une demande accrue. Comme la majorité de la classe dominante n'a aucune intention de mettre en marche un "cercle vertueux" d'accumulation keynésienne, au lieu de continuer à promouvoir cette illusion il faut travailler pour une alternative socialiste, basée sur la propriété collective et la gestion planifiée de l'économie.

Duhalde recherche une sortie du corralito (5) érigé par Cavallo pour secourir les banquiers aux dépens des petits épargnants, qui permette d'utiliser l'argent immobilisé pour secourir les entrepreneurs débiteurs des banques. Mais il est confronté à la révolte des petits épargnants. Il a donc annoncé qu'il remettra « les dépôts dans la monnaie originale ». Cette promesse est peu crédible au début d'une dévaluation qui multipliera exponentiellement les pesos nécessaires pour respecter le contrat d'origine. Par ailleurs, la réalisation de cette mesure 4. Les lecop, comme les patacones et d'autres appellations bizarres, sont des bons émis pour payer les fonctionnaires, les retraites, etc. 5. Ici, restrictions draconiennes des retraits bancaires et du change de devises. Un corralito est un petit enclos pour les animaux de basse-cour ou un parc pour les bébés

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dépend de la récupération des crédits accordés aux capitalistes (qui ont déjà mis l'argent à l'abri à l'étranger) et du remboursement des prêts accordés à des entreprises (en faillite). La dévolution éventuelle sera donc échelonnée et en versements très longs, ce qui prolongera par ailleurs le manque de liquidités actuel et la difficulté de réactiver l'économie qui en découle.

À travers la confiscation en cours, le gouvernement fait attendre les petits épargnants, pendant que leur argent est utilisé pour fournir des liquidités aux dettes d'entreprises converties en pesos. On pourrait éviter cette escroquerie contre la classe moyenne simplement en obligeant les banques à révéler l'argent que leurs associés et clients importants ont exporté depuis juillet passé. On estime que les 87 plus grands emprunteurs ont fait sortir 26 milliards de dollars à partir de cette date, ce qui n'a laissé que les petits épargnants captifs dans le corralito. Ces petits épargnants représentent 78 % du total de 1,6 million de déposants avec des comptes inférieurs à 25 000 dollars. Cette masse importante de personnes touchées explique la grande popularité des cacerolazos.

Le moyen le plus direct de récupérer cet argent serait de contraindre les banques à rapatrier les fonds, à faire appel à leur patrimoine pour respecter leurs engagements auprès des petits déposants et en tout état de cause d'annuler les crédits accordés aux 1300 entreprises qui détiennent la moitié des prêts du système. Mais il est évident que cette mesure ne sera pas adoptée par ce gouvernement qui s'empresse d'entériner la direction de la Banque centrale. Il faut se résoudre à exproprier toutes les banques et sociétés qui refuseraient de livrer les fonds. Et ces initiatives impliquent la nationalisation du système financier sous le contrôle des travailleurs, afin d'empêcher que les banques continuent à servir comme intermédiaires pour vider le pays. Il faut rompre l'habitude de nationaliser uniquement pour porter secours aux banquiers et venir en aide cette fois-ci aux victimes de l'expropriation financière systématique. Dilemmes capitalistes et objectifs socialistes

Duhalde a confirmé la cessation du paiement de la dette extérieure. La dévaluation va encore accroître la tension qui en découle, dans la mesure où les ressources fiscales sont en pesos tandis que la dette publique augmentera à proportion de la perte de valeur de la monnaie nationale. Le nouveau Président va sans doute se montrer un peu moins démagogue que son prédécesseur, Rodríguez Saá, afin de renouer au plus tôt es négociations avec le FMI. Il a fait appel à l'éternel négociateur de la dette (Daniel Marx) et tentera de reprendre le plan négocié par Cavallo (annulation du principal, réduction de taux, report d'échéances) qui a eu l'aval ouvert d'une aile du Trésor des États-Unis (O'Neill). Il cherchera sûrement à limiter les effets du défaut de paiement pour les créanciers étrangers, tout le poids de la dette retombant sur les fonds de pension et les banques locales.

Cependant le FMI n'acceptera de discuter que si la règle budgétaire du «déficit zéro» est respectée. Duhalde devra donc poursuivre les restrictions, confirmer la baisse de 13% des traitements des fonctionnaires, asphyxier budgétairement les provinces et payer les retraites sous forme de bons (lecop), qui se dévalorisent plus vite que le peso. Les exigences des créanciers l'ont conduit à abandonner l'idée d'émettre une troisième monnaie. En ce sens, le passage de Rodríguez Saá à Duhalde marque un retour « à l'orthodoxie », déjà opéré par Cavallo sous la pression du FMI.

Mais quelle que soit la « lettre d'intentions » que le gouvernement argentin compte présenter au FMI, la crise de la dette est entrée dans une nouvelle phase après la suspension des paiements, car ce non-respect s'est concrétisé au feu d'une révolte populaire. De ce fait, c'est un événement très différent de la cessation de paiements de 1982 ou 1987. Toutes les dispositions prises par les financiers pour éviter la « contagion financière » de la crise nationale sont sérieusement menacées par le péril de la « contagion politique » qui menace l'Argentine en déclarant la cessation de paiements de la dette sous la pression du peuple qui occupe les rues en criant « l'ajustement, ça suffit ! »

Les commentaires dans la presse des États-Unis et les critiques faites à Bush pour avoir « étouffé le débiteur » témoignent que le Département d'Etat est sérieusement préoccupé par le climat anti-impérialiste en Amérique latine que pourrait inaugurer l'argentinazo. Il risquerait de gêner le projet de zone de libre échange continentale (ZLEA) et de mettre en cause l'unanimité néolibérale au sein des classes dominantes de la région. Cette crainte a conduit les États-Unis à revenir sur leur refus d'autoriser de nouveaux crédits. Mais ce cadre est favorable à la campagne pour la non-reconnaissance de la dette et la rupture avec le FMI. Une telle mesure est le préalable a tout programme de relance économique et rencontrerait aujourd'hui un accueil favorable des peuples à travers le monde.

Avec la dévaluation, Duhalde a endossé le programme des groupes industriels et exportateurs qui réclament depuis longtemps la fin de la convertibilité. Il a également mis en marche le processus de liquidation des dettes exigé par ce secteur. Ce choix sera d'autant plus explosif que l'État en faillite ne peut assumer les passifs et devra serrer la vis contre les travailleurs. Ainsi, il dévalorise les salaires, maintient les lois de flexibilisation du travail et approvisionne les industriels en main-d'œuvre au rabais par le biais des « plans en faveur de l'emploi ».

• Le secteur opposé à la dévaluation, celui des banques et des entreprises privatisées, qui avaient infructueusement prôné la dollarisation, ne va pas renoncer à l'influence qu'il a conquise sous Menem. En particulier, les entreprises espagnoles exercent une pression phénoménale - Felipe González et Aznar en tête - pour éviter les impôts, obtenir des garanties de change, imposer l'indexation des tarifs des services privatisés et la pleine disponibilité du pétrole qu'elles extraient. Elles ont pris l'habitude de piller les ressources du pays et ne renonceront pas facilement à cette manne dont elles profitent sans le moindre effort (ainsi, l'année dernière, en pleine dépression, les profits de Repsol ont atteint 1840 millions de dollars).

Ceux qui continuent à parler de « contrôler les entreprises », « d'augmenter leur contribution » vivent dans un monde de fantaisie. Seule la renationalisation immédiate de ces entreprises, sous contrôle de leurs travailleurs et des usagers, permettra de mettre un terme à leur activité prédatrice. Leurs investissements ridicules ont déjà été largement rentabilisés par les profits réexportés. L'heure est arrivée de rendre à la nation les biens usurpés.

La dévaluation conduira de nouveau à une situation de spéculation, de fraudes, de pénuries et de hausses de prix comme cela a déjà été le cas en 1975, 1981 et 1989. Mais cette fois, l'effondrement ne sera pas une secousse passagère, prélude à la reprise, car il existe une réalité nouvelle, faite de pauvreté, de chômage, de désindustrialisation et de dislocation régionale, portée à un niveau inédit. L'Argentine traverse une crise révolutionnaire, qui conjugue un effondrement économique d'une exceptionnelle gravité, l'épuisement du régime politique, et l'irruption historique des masses. Les conditions objectives sont ainsi réunies pour impulser une issue socialiste à la crise

Buenos Aires, 4 janvier 2001.

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