Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER ARGENTINE

La gauche argentine à l'épreuve

· Inprecor n° 466-467, janvier-février 2002 · p. 32 · 728 mots

Argentine et Chili

La gauche argentine e processus révolutionnaire argentin, marqué depuis janvier par le rapide développement des formes d'autoorganisation et par une crise de légitimité sans précédent du régime, se heurte aujourd'hui à l'absence d'une alternative politique crédible à gauche. Cette absence détermine largement les limites du processus à l'heure actuelle. Si la crise politique et sociale est générale, les institutions — affaiblies par les départs successifs des deux têtes de l'exécutif, les présidents De la Rúa et Rodriguez Saá - restent encore en place : l'Etat, l'armée, le régime, le parlement n'ont pas été emportés par la déferlante populaire. Pour paraphraser une expression historique, on peut dire que « ceux d'en bas ne veulent plus, mais ceux d'en haut... peuvent encore nuire ». Une telle situation met à l'épreuve la gauche argentine, qui malgré sa dispersion, est sortie renforcée des élections du 14 octobre dernier.

Cette gauche est dans sa majorité constituée d'organisations se réclamant de la tradition trotskiste — le Parti ouvrier (anciennement Politique ouvrière, qui a rompu au cours des années 1970 avec le regroupement international dirigé par Pierre Lambert), et les organisations issues de l'éclatement du Mouvement pour le socialisme (MAS "historique" dirigé par Nahuel Moreno jusqu'à sa mort en 1987, qui avait compté plus de dix mille militants), dont les plus importantes aujourd'hui sont le Mouvement socialiste des travailleurs (MST), le MAS, le Parti des travailleurs socialistes (PTS) et Autodétermination et Liberté (un réseau horizontal dont le 1. Les piqueteros organisent des barrages de routes pour exiger la satisfaction de leurs revendications. Le 24 juillet dernier ils ont organisé la première assemblée nationale des organisations sociales, territoriales et des sans-emploi à Matanza, en présence d'environs deux mille délégués. Cf. Inprecor n° 456 de mars 2001 et n° 461/462 d'août-septembre 2001. . imprecor n° 466/467 - janvier-février 2002 à l'épreuve porte-parole, Luis Zamora, député du MAS historique à la fin de la décennie 1980 a été réélu député en octobre et est sans doute la personnalité la plus populaire de la gauche argentine) —, d'un Parti communiste, qui s'est largement rénové à la fin des années 1980, rompant avec sa tradition droitière (il avait même soutenu quelque temps la dictature de Videla), tissant des liens avec le PC cubain, et ayant constitué avec le MST une coalition nommée Gauche Unie (Izquierda Unida, IU, qui a réussi à faire élire une députée nationale en octobre dernier, Patricia Walsh, proche du MST), et enfin d'un Parti communiste révolutionnaire, maoïste, qui n'a pas pris part aux élections mais dont l'influence, au travers du Courant classiste et combatif (CCC) est non négligeable dans les nouveaux mouvements sociaux, en particulier dans le mouvement des piqueteros (1). Notons aussi l'existence de petites organisations socialistes de gauche, en absence d'une tradition social-démocrate classique dans ce pays. Il faut enfin mentionner l'organisation des Mères de la Place de Mai, active depuis la dictature en défense des droits de l'homme et contre l'impunité des corps répressifs qui, si elle n'est pas à proprement parler un parti politique, prend des positions qu'on pourrait qualifier de gauches radicales.

A la suite d'un article de Claudio Katz qui analyse la percée électorale de la gauche en octobre dernier, nous reproduisons de larges extraits d'articles et de prises de position des principaux courants de la gauche argentine au cours des mois de janvier et début février 2002. Si une telle accumulation de documents implique fatalement de nombreuses redondances et répétitions, elle permet - espérons-nous — de mieux appréhender ce qui unifie et ce qui divise entre elles les différentes organisations. Notons que si toutes les organisations politiques de la gauche se prononcent en faveur de l'unité, en dehors d'une déclaration commune signée à l'issue d'une rencontre le 23 décembre - alors que les affrontements de rue et la crise du régime étaient a leur point culminant — pour certaines d'entre elles (surtout PO et IU), jusqu'au moment où nous écrivons, il n'y a pas eu de rencontre unitaire entre les dirigeants de toute la gauche, alors que les militants des diverses organisations se côtoient regulièrement dans les mobilisations et les assemblées populaires

De la capacité des directions de la gauche argentine à dépasser sa dispersion actuelle et à trouver les formes d'organisation lui permettant d'apparaître comme une alternative politique face au régime bourgeois dépend largement l'avenir du processus révolutionnaire argentin. [J.M]

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