Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER FORUM SOCIAL MONDIAL

La Marche mondiale des femmes à Porto Alegre

Inprecor n° 468-469, mars-avril 2002 · p. 26 · 1 059 mots

Femmes Économie mondiale

du vice-président du FMI et du Premier ministre belge, les deux étant rejetés. Il est, toutefois, probable que des telles tentatives se multiplient face à un renforcement ultérieur du Forum et puissent gagner un poids notamment dans le cadre d'organisations se plaçant dans le « système de l'ONU », qui ont des liens avec la société civile mais sont encadrées par les grandes puissance (2). Un problème tout à fait spécifique est celui d'organisations qui se placent en dehors de la déclaration des principes du FSM qui prévoit l'exclusion des « organisations qui portent atteinte à la vie des personnes en tant que méthode d'action politique ». Cette norme a été confirmée (3).

L'impression de fragmentation et de dispersion découlant de la croissance même du FSM reflète, en fait, un phénomène très positif : le Forum est une construction horizontale, composée d'innombrables acteurs collectifs et non un espace pour que des vedettes et des chefs apparaissent dans les médias. Mais c'est le reflet en même temps d'un problème structurel que nous devrons mieux aborder en 2003, dans un effort pour nous donner une plus grande cohésion, notamment dans les analyses des mécanismes du système qui domine à l'heure actuelle et dans les perspectives d'un nouvel ordre mondial. Cela en réaffirmant la vocation unitaire et pluraliste.

Il existe d'autres problèmes aussi : la présence disproportionnée au premier plan d'hommes blanc et occidentaux dans presque toutes les activités, la difficulté de réaliser des accords collectifs pour la définition des espaces, la dissémination des initiatives.... Ces problèmes pourront être mieux abordés au fur et à mesure que le FSM ira se rentorçant. 2. Des personnage ont pourtant réussi se faufiler : les cas le plus scandaleux a été celui de Mario Soares, l'un des fossoyeurs de la révolution portugaise, qui a eu même le culot de se faire photographier à la tête de la manifestation inaugurale. (ndlr) 3. En fait, a été refusée la participation non seulement de l'ETA mis aussi celle des FARC de Colombie, dont l'exclusion a été l'objet d'assez vives polémiques.

Entretien avec Nadia De Mond* * Liberazione : Quel a été le rôle de la Marche mondiale des femmes à Porto Alegre ? - Nadia De Mond : A cette occasion la présence de la Marche a été préparée très soigneusement. Nous avions construit un groupe international de travail qui a élaboré des textes sur la violence et la mondialisation. Dans notre séminaire sur les alternatives féministes à la mondialisation nous avons présenté une interprétation de genre du phénomène de la mondialisation néolibérale en abordant concrètement le thème central du Forum. Nous avons participé, en outre à des initiatives diverses, dont le camp des jeunes et celui de Via Campesina. Dans un débat très suivi sur les valeurs du socialisme, auquel était aussi présent Fausto Bertinotti, il y a eu une contribution de la féministe sud-africaine Rita Edwards, qui a avancé une lecture de genre de la défaite du projet socialiste dans le cadre du processus de libération de l'apartheid en Afrique du Sud. * Liberazione : Quels étaient les objectifs de la Marche à ce Forum et quels ont été, selon vous, les résultats ? - Nadia De Mond : Dans ce Forum on a réalisé, dans les conférences, un plus grand équilibre entre les genres, ce qui n'avait pas été avancé que comme une pétition de principe. Nous avons agi de façon que les conférences soient l'aboutissement d'un processus de discussion dans des réseaux et des collectifs. L'objectif général était de toute façon d'affirmer le féminisme comme partie intégrante du Forum social mondial et les femmes comme protagonistes dans ce processus. J'estime que nous avons réussi, bien que beaucoup reste encore à faire. * Liberazione : Quelle est votre appréciation sur les déclarations finales des mouvements sociaux et des jeunes ? * Nadia De Mond, militante du Parti de refondation communiste d'Italie (PRC) et collaboratrice du mensuel Bandiera Rossa, est engagée depuis le début dans la Marche mondiale des femmes. Elle a participé à ce titre au dernier Forum social mondial de Porto Alegre. Nous reprenons cette interview du supplément du quotidien du PRC, Liberazione.

La Marche

mondiale des femmes

à Porto Alegre

- Nadia De Mond : Dans les textes on parle de sexisme, de patriarcat, de violence sur les femmes, de trafic sexuel plus que l'année dernière. Mais, au-delà des contenus, à cause de l'élaboration hâtive de la déclaration finale on a, en fait, exclu beaucoup de gens : femmes, jeunes, représentants d'Asie et d'Afrique. On aurait pu commencer à travailler sur la déclaration même avant le début du Forum par le truchement d'une discussion via internet. En outre, en ce qui concerne la question du genre, on a l'impression que les organisateurs, ne pouvant plus ignorer le féminisme, assument, toutefois, nos mots et nos idées comme un rajout, de même que la réforme agraire ou la question de la Palestine, avec le résultat que la déclaration devient une sorte de liste pour des achats. Il va falloir aller plus loin et aboutir à un échange sur le fond. * Liberazione : Quelles sont les perspectives de la Marche pour l'année prochaine ? — Nadia De Mond : Nous avons pris une série d'engagements dans le cadre du FSM, dont les plus importants sont l'organisation du Forum social des femmes comme ouverture des forums sociaux continentaux et régionaux de 2002 et l'institution d'un tribunal sur la violence contre les femmes lors du troisième Forum * Liberazione : Y-a-t-il le risque de se faire absorber entièrement à l'intérieur d'un mouvement mixte? - Nadia De Mond : Il faut se placer dans le cadre de ce mouvement : c'est pour nous une alliance stratégique. Mais notre action ne se limite pas au Forum. Nous estimons qu'il est également important de construire un réseau international de solidarité féministe qui puisse intervenir dans des cas urgents, comme celui de Safyia au Nigeria, avec efficacité et rapidité et participer à de grands rendez-vous de l'ONU, comme la conférence de Monterrey. II faut maintenir un équilibre entre les différents terrains d'intervention de la Marche. La violence est liée à la mondialisation, mais concerne d'autres sphères aussi, où on peut et on doit développer une initiative politique féministe. Le maintien de l'autonomie du mouvement des femmes est essentiel en soi, mais aussi pour la croissance du mouvement contre la mondialisation capitaliste.

Une erreur sur cette page ?