Par José Correa Leit* _ e Forum de 2002 a représenté un progrès important par rapport au Forum de l'année précédente. Ce fut un succès politique : la première grande manifestation du mouvement contre le néolibéralisme après le 11 septembre a démontré que la « guerre au terrorisme » de Bush et de ses alliés visant à criminaliser toute opposition au système, n'a pas brisé la dynamique croissante de notre mobilisation. Ce n'est pas la guerre impérialiste qui a donné la tonalité au Forum, mais l'approfondissement de la critique à la mondialisation néolibérale, l'élargissement de la solidarité et l'effort pour la définition d'un nouveau projet d'ensemble
Ce fut en même temps un succès organisationnel avec une participation trois fois supérieure à celle de 2001. Soulignons plus particulièrement une présence très large de militant(e)s d'Argentine et de délégations plus nombreuses provenant d'Afrique et d'Asie. En ce qui concerne les États-Unis aussi un progres sensible a été enregistré. Actions communes dans la diversité
Différentes rencontres et débats ont donné une impulsion ultérieure aux campagnes contre l'ALCA et contre l'OMC, contre la diffusion des produits transgéniques, pour l'annulation de la dette des pays sous-développés et en faveur de la taxe Tobin. Des liens établis directement avec les manifestants de New York contre la Forum économique mondiale de Davos ont permis d'aborder le thème de la militarisation des relations internationales et de prendre connaissance du nouveau souffle du mouvement contre la mondialisation capitaliste aux Etats-Unis. Dans le cadre du colloque « un autre monde est possible » on a discuté des solutions alternatives aux conflits Chiapas, du Pays Basque, de la Colombie et de la Palestine. A eu lieu aussi une « assemblée publique mondiale sur un budget participatif concernant les dépenses militaires »
Imaginez un
monde...
alors qu'une assemblée à l'initiative de syndical mondial Via Campesina a débattu sur « Socialisme : une alternative de l'espoir ».
Plus généralement le Forum a propulsé une dynamique d'agrégation des différents secteurs : jeunes, travailleurs, mouvements des Noirs et des peuples indigènes, mouvement des femmes et mouvement pour la liberté des choix sexuels. La problématique du développement compatible avec l'environnement, la démocratie participative, la défense des biens communs et de la démilitarisation du monde était sous-jacente un peu partout.
Le procédé adopté par la Charte des principes de ne pas prendre des décisions en tant que Forum s'est avéré correct : il est ainsi possible d'avoir des discussions ouvertes et fécondes en limitant les différends ou les tentatives de prévaloir et permettant à tout le monde de s'exprimer sans soucis. C'est une méthode particulièrement efficace d'élaboration d'un agenda d'ensemble dans un cadre de dispersion programmatique, une méthode pédagogique permettant d'assimiler les expériences les plus disparates. Grâce à une telle approche il est possible d'assurer une participation active de mouvements sociaux fortement engagés, d'une part, et d'organisations syndicales, d'ONG et d'agences de coopération, d'autre part. Il en découle que le Forum est un mouvement politique avec un impact significatif au niveau international sans avoir la prétention d'être une structure centralisée. Il exerce une action unificatrice sans vouloir diriger et en préservant la diversité, ce qu'une partie de la gauche, à cause de ses traditions, a des difficultés à assimiler. FSM, partis et représentants institutionnels
Le succès du Forum représente un succès du gouvernement de Rio Grande do Sul et de la mairie de Porto Alegre qui ont assuré un soutien politique et organisationnel absolument indispensable dans un cadre de
Imagine a world.
Glos Unions Day of Actios
Journée d'action du mouvement
participation démocratique et grâce à l'engagement de très nombreux militant(e)s. Cela reflète le rôle exceptionnel du Parti des travailleurs, un parti qui est sans doute le seul, avec le PRC italien, à avoir établi des rapports constants avec les mouvements SocIauX.
Par ailleurs, le problème du rapport du mouvement avec les organisations politiques s'est posé surtout dans le cadre du Forum mondial des parlementaires, auquel ont pris part 800 élus de 40 pays. Une discussion assez vive y a eu lieu sur la question de savoir si la guerre devait être condamnée. Finalement, il y a eu une condamnation en principe, mais avec des prises de positions assez différentes, voir opposées (1). La conclusion à tirer est que le Forum parlementaire doit être considéré comme une initiative autonome, bien distincte du Forum social mondial en tant que tel (cela vaut, à plus forte raison, pour le Forum des élus locaux, qui s'est en fait tenu avant même l'ouverture du FSM). Il est tout à fait important, en tout cas, de contrecarrer toute tendance à transformer le Forum en un terrain de dispute entre partis politiques et membres de gouvernements et de le renforcer en tant qu'arène de discussions et d'organisation de mouvements et d'associations protagonistes des luttes dans leur ensemble.
En fait, au fur et à mesure que le FSM se renforce et gagne en autorité politique et morale, il est et sera soumis à des pressions provenant de secteurs liés à l'ordre international existant (gouvernements néolibéraux, courants politiques de la même orientation, organismes internationaux), essayant de se taire inviter au Forum. Cela a déjà été le cas * José Correa Leit est rédacteur de la revue Em Tempo, publiée par la Tendance Démocratie socialiste du Parti des Travailleurs (Brésil), et membre du Comité d'organisation brésilien du Forum en tant que représentant d'ATTAC 1. Cf. à ce sujet l'introduction au dossier et l'article de Salvatore Cannavo.