Trotsky en "une"! uel est donc ce journal qui etale en première page une gigantesque et célèbre photo de Trotsky assis à sa table de travail ? Sans doute Rouge, l'hebdomadaire de la LCR ? Vous n'y êtes pas du tout. C'est le Figaro littéraire du 28 février 2002, avec sur le côté un titre prometteur : « Les trotskistes sont-ils toujours influents ? ».
Au-dessous de la photo, l'édito du responsable de la publication, Jean-Marie Rouart (de l'Académie française...), intitulé "La tentation de l'ombre". Rien de calomniateur mais au contraire un certain nombre de bons points décernés au « seul mouvement d'obédience marxiste à ne pas avoir conquis le pouvoir », donc à ne s'être jamais compromis. Quant à sa conclusion, c'est un veritable hommage : « C'est dire si le trotskysme culturel, forme hérétique du communisme, a essaimé dans les milieux les plus divers. Mais peut-on dire pour autant que ses idées ont eu une influence marquante dans le monde d'aujourd'hui ? Dans les modes de pensée certainement. Elles ont joué un rôle à travers ATTAC dans le mouvement contre la mondialisation. C'est de leur part également qu'est venue la critique la plus sévère du stalinisme et de la bureaucratie. L'héritage moral du trotskysme réside peut-être dans la méfiance qu'il professe vis-à-vis de tout pouvoir constitué. Pour avoir été sacrifiés, toujours vaincus, éliminés, ils ont diffusé le sentiment du désenchantement, l'idée que l'échec est inhérent aussi de pouvoir. Il tage ». Chiche !
au combat politique qui se pervertit dans le succès et amène toujours l'élimination des meilleurs, des purs ».
Ce n'est pas tout. Au-dessus d'une interview de Christophe Nick s'étale un volumineux article sous le titre annoncé en page une : "Les trotskystes sont-ils toujours influents ?". L'ancien intellectuel stalinien Pierre Daix s'y livre à une critique des livres de Nick et de Charpier. Critique est d'ailleurs un terme impropre car il s'agit plutôt d'un panégyrique presque sans réserve du travail de Nick. Passons. Mais le Pierre Daix qui avait accusé David Rousset de faux et usage de faux en 1949 pour avoir dénoncé le goulag dans un article du Figaro litteraire, aurait-il pu imaginer que cinquante ans plus tard, il écrirait dans ce même journal et conclurait ainsi son article : « Les trotskystes ont été les plus aptes à occuper le champ laissé libre par l'asthénie du PCF. Reste que leur succès en démocratie locale ou dans les contestations au coup par coup contre les réformes de l'Etat ou contre une économie mondialisée peuvent faire un temps illusion, mais non remplacer les révisions fondamentales qui assureront un futur plus humain aux société européennes, perspective qu'ils refusent au nom de leurs principes. Jusqu'ici le trotskysme a toujours su renaître en France de ses défaites. Désormais, il va être jugé par les générations suivantes sur ce qu'il possède n'est pas sûr que ce soit à son avanJ-M K.