Par Daniel Berger*
Le 15 mai le patronat et le syndicat des
métallurgistes IG Metall ont conclu un accord en Bade-Wurtemberg qui a mis fin à la première grève dans le secteur métallo (secteur-clé en Allemagne) depuis des années.
En fait la grève n'en était qu'à son premier stade. Démonstration était faite que les métallos sont toujours capables de lutter malgré une méfiance énorme vis-à-vis de la direction syndicale qui, depuis des années, a toujours non seulement évité la lutte mais aussi signé des contrats collectifs maintenant les augmentations de salaires en dessous du taux d'inflation.
Enfin on avait pu agir avec des milliers de personnes. Malgré le fait que la grève avait été organisée comme une "lutte tournante" (le débrayage d'une seule journée par boîte) son potentiel devenait déjà visible après 4 jours de grève (avec 90 000 grévistes) : non seulement les grandes usines — DaimlerChrysler (Mercedes), Porsche, Bosch etc. — mais aussi nombre de petites et moyennes boîtes étaient en grève ; dans les grandes usines la participation était quasi totale et le patronat a eu peur de voir apparaître une dynamique gréviste que la direction syndicale ne pourrait plus contrôler. C'est pour ça que de nouvelles négociations ont été engagées le 13 mai. Quels résultats ?
Au moment d'écrire ces lignes l'accord signé le 15 mai n'a pas encore été accepté par les instances décisives respectives (" délai de déclaration " jusqu'au 23 mai) et il n'a pas encore été adopté dans toutes les autres régions, mais cela va probablement se passer sans grandes difficultés.
Laccord comporte deux parties. Tout d'abord, il y a un début de réforme du barème de salaire tendant à abolir la distinction traditionnelle entre "employé" et "ouvrier". L'idée c'est d'avoir (dans quelques années) un salaire égal pour toutes les personnes qui une chance gaspillée font un boulot égal ou comparable (sans pour autant s'attaquer à la discrimination des femmes.) Comme dans cette égalisation (des deux statuts mais surtout des salaires) personne ne doit perdre de l'argent, il n'y aura que des ajustements vers le haut.
Cet accord, donc ce début d'une certaine égalisation, a été en négociation depuis presque 20 ans. Cette fois-ci le syndicat l'avait lié à la négociation des salaires et à une première lutte. Il y aura maintenant un certain nombre de personnes (surtout celles tout en bas du barème mais aussi des "ouvriers faisant un travail d'employé") qui auront une augmentation de salaire bien supérieure à la moyenne. Mais les détails seront à négocier et les résultats seront codifiés dans un deuxième contrat (peut-être à la fin de l'année). Ces détails seront très compliqués et leur application dépendra aussi du rapport de forces dans les boîtes. Pour donner une idée de ce à quoi on pourra s'attendre : à peu près 4 % des ouvriers (surtout des ouvrières) vont profiter de l'abolition de la catégorie la plus basse et vont avoir une augmentation de salaires d'au moins 7-9 % Par ailleurs entre 10 et 15 % des personnes vont profiter sensiblement des nouvelles catégories qui vont être établies dans les prochaines années.
Beaucoup dépend maintenant de l'activité du syndicat — surtout au niveau des entreprises et des conseils d'entreprise — pour que ces nouvelles catégories ne soient pas plus basses pour toute personne embauchée ultérieurement (un tel processus s'est établi dans le secteur chimie, où une réforme comparable a été mise en route il y a plus de 10 ans) Le critère décisif : le volume
Au centre de notre critique, néanmoins, est le "volume de l'augmentation des salaires". Le syndicat avait demandé 6,5 % (des militants syndicaux ayant demandé nettement plus) et la direction syndicale avait déclaré publiquement qu'elle ferait mieux que le secteur chimie (3,3 %). Maintenant elle a conclu un accord sur 22 mois (du 1 mars 2002 au 31 décembre 2003) avec une augmentation de 0% pour les mois de mars et avril 2002, une augmentation fixe de 120 euros pour le mois de mai 2002, 4 % d'augmentation pour les 12 mois suivants et 3,1 % pour les derniers 7 mois. Ce qui équivaut (pour "l'employé-ouvrier" moyen) à 3,46 % d'augmentation salariale d'ici le 31 décembre 2003 en volume
Ce volume-là est réparti en deux catégories : 3,1 % d'augmentation générale de salaire (du 1 juin 2002 au 30 juin 2003) et 2,6 % (du 1 juillet au 31 décembre 2003), le reste (0,9 % et 0,5 %) étant versé dans la deuxième catégorie pour financer "l'égalisation des salaires" (ERA). En 2002 et en 2003 le barème va augmenter en moyenne de
Même si le volume qui sera employé pour "l'égalisation" y est ajouté on reste avec 3,46 % bien en deçà des 4 % qui avait été annoncés par la direction syndicale comme le minimum acceptable. La déception, surtout dans les grandes usines, est très nette. Quels effets ?
Comme un nombre non négligeable aura une augmentation relativement confortable, il n'y aura pas de révolte généralisée. La majorité va accepter les résultats mais pour la plupart d'entre eux il n'y aura que ces 3,46 % d'augmentation. Ce qui pèse bien plus ce n'est pas la déception de ne pas avoir eu ce fameux taux de 4 % auquel on s'attendait. Ce qui compte pour l'avenir de l'IG Metall et, au delà, pour tout le mouvement syndical en Allemagne aussi bien que pour le rapport de forces général c'est qu'on avait enfin la chance de lutter et de rattraper les pertes des salaire réels des années passées, sortant ainsi d'une attitude défensive. C'était la meilleure chance depuis au moins 15 ans. Mais la direction d'IG Metall crai* Daniel Berger, métallo dans le région de Francfort et militant d'IG Metall, est membre de la direction de Ligue socialiste révolutionnaire (RSB), l'une des deux fractions publiques de la section allemande la IVe Internationale.
gnait la lutte et préférait se préoccuper des intérêts du capital allemand. Elle choisit de satisfaire d'abord les désirs du chancelier Schröder qui faisait appel au syndicat pour « ne pas mettre en péril l'économie allemande ».
La vraie lutte n'a donc pas eu lieu ; il aurait fallu pour cela que la grève dure au moins 2 ou 3 jours dans chaque entreprise (ou au moins dans leur majorité). Vu le succès des premiers jours, c'était possible : nul part on n'a constaté de défaillance
L'épreuve de force était encore à venir et la majorité des ouvriers et ouvrières en lutte s'y attendait et voulait la revanche, voulant profiter de l'occasion de pouvoir agir ensemble.
Même si la déception ne sera pas manifeste chez tous les syndiqués métallos, la "force d'attraction" du syndicat reste ainsi minime et va continuer à s'affaiblir. On avait tellement besoin d'un "deuxième souffle" syndical, pour renverser la dynamique de désyndicalisation en cours. Il se peut qu'après l'accord du 15 mai les pertes mensuelles d'adhérents ne connaîssent pas une accélération, mais le déclin va se poursuivre
Ne pas avoir profité de cette chance énorme pour redonner une "force convaincante" au syndicat relève d'une politique à courte vue. La direction d'IG Metall reste prisonnière de sa soumission aux intérêts du capital allemand et continue à miser sur la victoire de Schröder aux prochaines élections au détriment de l'activité autonome de sa classe. Il y a donc beaucoup à faire pour la petite gauche syndicale.