Par Manuel Kellner* elon la loi allemande une grève ne peut commencer légalement que si 75 % des syndiqués des régions impliquées directement dans le conflit approuvent la grève. Dans le cas actuel, dans les régions de Bade-Wurtemberg et de Berlin-Brandenburg, les métallos allemands avaient voté massivement pour la grève, l'approuvant par plus de 90 % des voix. Après une négociation avec un résultat concret, il suffit qu'au moins 25 % des syndiqués expriment leur acceptation du résultat pour que le mouvement de grève soit arrêté définitivement. L'obstacle est donc très fort pour une décision de la base de continuer la grève contre la volonté de la direction : de nouveau plus de trois quarts des syndiqués devraient désavouer leur direction.
Comment interpréter alors le résultat du vote final dans le cas actuel ? Ce n'est pas facile, et il n'est pas possible de s'exprimer la-dessus sans recourir à des arguments à caractère plutôt spéculatif. 56,5 % des syndiqués de l'IG Metall dans les deux régions ont, par leur vote, dit "oui" au compromis qui ne réalise que nominalement et partiellement la revendication mise en avant par la direction syndicale pendant la grève. C'est quand même un pourcentage assez bas de "oui", et cela doit donc - vu la "discipline" * Manuel Kellner, collaborateur du mensuel SoZ-Sozialistische Zeitung, est membre de la direction de la Gauche socialiste internationale (ISL). une des deux fractions publiques de la section allemande la IV* Internationale. 1. Jakob Moneta, militant de longue date de la IVe Internationale, fut des années durant rédacteur en chef du journal d'IG Metall. Retraité, il continue à écrire un éditorial dans le mensuel SoZ. 2. SoZ n°6 de juin 2002, p. 4.
inal Stutigani bien connue des syndiqués allemands — être interprété comme un signe de mécontentement. Il n'y a et il n'y aura pas de statistiques officielles (ou alors, peut-être, dans dix ans pour des finalités de science sociale) permettant d'analyser ce résultat. Quelles catégories de salariés syndiqués ont voté "oui" et lesquelles ont porté le "non" ? On ne peut pas le savoir exactement.
Après le vote, Jakob Moneta (1), dans une conversation avec l'auteur de ces brèves remarques, a fait observer que la "clause d'ouverture" faisant partie du compromis défavorise les salariés des petites et moyennes entreprises. Puisque là, les rapports de forces entre les salariés et le patron sont moins bons que dans les grandes usines (à très haut degrés de syndicalisation), les patrons pourront encore une fois brandir la menace de la perte d'emplois pour imposer des accords spéciaux entreprise par entreprise en dessous du niveau du résultat général - ce que l'accord conclu permet pour les cas de « situation économique difficile ». Jakob Moneta pense donc, que les "oui" venaient essentiellement des grandes, et les "non" des petites entreprises. Mais il est impossible de vérifier cela empiriquement.
Nos camarades et sympathisants proches militant dans le secteur métallurgique connaissent bien la façon de penser et de juger du milieu des syndicalistes actifs et engagés. D'après leurs témoignage, dans cette couche-là il y a une déception palpable et un danger que cette déception ne se traduise par la résignation plutôt que par la distanciation critique active vis-à-vis de la direction syndicale. Mais indiscutablement, au sein de la masse des syndiqués et des salariés plutôt passifs, nombreux sont ceux qui, dans le contexte social actuel, sont plutôt satisfaits du résultat obtenu. Mais ceci aussi est un jugement contenant des aspects spéculatifs.
Nos camarades et sympathisants proches dans la métallurgie articulent en conséquence une critique claire et en même temps nuancée du compromis-adopté et de la conduite assez timide du mouvement de grève par la direction, tout en s'efforçant d'élaborer des éléments d'alternatives stratégiques pour l'avenir.
Ainsi Tom Adler (2), dans un commentaire dans le SoZ (2), évoque l'argument de la peur du lock-out et surtout du lock-out froid en y répondant : « Si on capitule dès le début devant un tel scénario, au lieu de développer des scénarios de ripostes combatives, alors on s'arrange aisément dans une perspective d'affaiblissement continuel du mouvement syndical et on ne peut voir les possibilités de faire bouger les rapports de forces figées. » Il dit donc qu'il faut développer des réponses alternatives à la "modération" face au lock-out froid, en élargissant le mouvement, en organisant des occupations d'usines, etc. Mais s'il le dit de façon prudente, c'est pour tenir compte du rapport de forces actuel au sein du mouvement syndical. La réorganisation de l'opposition de gauche contre l'orientation "modérée" en vigueur n'en est qu'à ses débuts.