L'importance de la grève grève dans le bâtiment (toujours autour de la revendication d'une augmenta-
Par Winfried Wolf* la suite d'un vaste mouvement de grève se propageant à Berlin-Brandenburg dix jours après son démarrage dans le Bade-Wurtemberg, une hausse salariale de 4 % pour l'année en cours et de 3,1% pour l'année 2003 a été obtenue. De nombreux métallurgistes hommes et femmes engagés dans le mouvement pensent qu'ils pouvaient obtenir plus. Ils soutiennent que si la grève s'était prolongée, non seulement l'augmentation aurait pu être plus forte, mais le recul du syndicalisme aurait été ralenti et la base aurait connu un regain d'activité. Même s'il était possible d'obtenir plus, le combat des travailleurs et le résultat actuel apparaissent déjà comme un succès. Il y a de bonnes raisons à cela : obtenir 4 % d'augmentation, c'était psychologiquement important, car ce chiffre tout rond était justement celui que les patrons avaient dans un premier temps repoussé comme étant économiquement insupportable. Quant à l'augmentation salariale de 3,1 % en 2003, elle dépasse l'accord prévu l'année précédente.
Il est vrai que cette longue période de deux années pourrait s'avérer être un obstacle, d'autant qu'on ne sait comment l'inflation va évoluer, la clef étant : l'euro ou l'eu'hausse ? Toutefois ce délai est purement formel, par rapport à l'échéance du précédent accord salarial : le nouveau se termine dans les faits le 31 décembre 2003, dans un an et demi. Au total ce résultat pourrait contribuer à l'obtention de nouvelles avancées, dépassant les 3 %, dans les négociations salariales en cours, et susceptibles par là même de compenser le taux d'inflation. Par rapport à l'année écoulée, cela aussi serait un succès.
L'essentiel, c'est que dans le Bade-Wurtemberg, connu autrefois pour sa forte tradition de grèves, c'était la première grève depuis 18 ans. A l'échelle fédérale, il s'agissait de la première grève depuis 7 ans. Depuis la réunification, il y a somme toute eu très peu de luttes sociales. A Berlin et dans le Brandenburg, c'était la première fois des métallurgistes tion salariale qui dépasse le taux officiel de l'inflation). tent de saisir les arguments en débat. qu'une grève était déclenchée depuis la dictature nazie. En RDA, de fait, toute grève était interdite. Mais aucune grève non plus n'avait eu lieu à Berlin-Ouest, les syndicats ouvriers se l'interdisant compte tenu du statut particulier de l'autre moitié de la ville.
Dans les entreprises des zones en grève, l'état d'esprit était combatif. Les premiers appels à la grève dans les secteurs ouvriers furent quasiment suivis à 100 %. Un nombre important de cadres, qui étaient considérablement moins bien organisés, s'investirent dans la mise en place des mesures de combat. Mais pourtant, après quelques jours de grève seulement, une question s'est posée : combien de temps pourra être soutenu un tel mouvement de renouveau des luttes, sans que la mauvaise humeur se répande dans la base ? Dès la première semaine figurait à l'ordre du jour la nécessité de prolonger la grève. Lors d'une assemblée de grévistes à Mannheim, le 7 mai, chez Alstom Power, il y eu un tonnerre d'applaudissements lorsque le chef des déléqués du personnel, Udo Belz, donna l'information suivante : les représentants des employés d'autres entreprises appartenant au patron d'Alstom Power, ne faisant pas grève, se seraient déclarés prêts à déclencher un mouvement pour soutenir les grévistes. Cette attitude offensive a pu peser lourd sur le camp des patrons, jusqu'à le décider à prendre le parti de conclure rapidement un accord et à accepter le chiffre net de 4 %. Le large front uni des grévistes et la possibilité de l'extension de la grève à la fin de la
Appelée pour imposer au patronat des augmentations de salaires en rupture avec plusieurs années de stagnation voire de recul des revenus des métallurgistes, la grève tournante d'IG Metall (principal syndicat allemand en dehors de la DGB) s'est achevée le 15 mai par un accord salarial jusqu'au 31 décembre 2002. Grève massivement suivie, coïncidant avec le début de la campagne électorale pour le renouvellement du Bundestag, suivie depuis par la
Son résultat a été diversement apprécié par les syndicalistes et au sein de la gauche allemande. Nous reproduisons ci-dessous plusieurs articles qui permet-
[J.M.] deuxième semaine et après le congé de
Pentecôte, ont imposé aux patrons cette issue.
Cette grève était-elle inutile parce que quelques dixièmes de pour-cent étaient en jeu ? Les métallurgistes ont-ils l'impression qu'on s'est moqué d'eux, comme l'a titré
Die junge Welt ? Et les industriels sont-ils contents comme le prétend le même journal?
De telles appréciations réalisent un mélange de dissimulation et de réécriture de ce qui s'est passé. Les déclarations officielles des patrons sont clairement hostiles à l'accord obtenu par les travailleurs. Rogowski, le président de BDI a déclaré que cette sortie de crise allait nous handicaper davantage dans notre compétitivité. Le président de la chambre du commerce et de l'industrie,
Ludwig Georg Braun, a affirmé que les augmentations convenues étaient nettement trop hautes. Enfin, selon Otmar
Zwiebelhofer, l'homme qui a mené les négociations avec le syndicat de la métallurgie de la région du sud-ouest : avec ces 4 % sans virgule, toute politique contractuelle favorable à l'emploi a été compromise.
Bien sûr, de si bruyants mensonges sont naturels quand on fait des affaires et la déclaration de Rogowski, selon laquelle l'accord est catastrophique, a pour but d'en rajouter encore à ce tapage. Mais cepen-
* Winfried Wolf est député PDS du Bade-
Wurtemberg au Bundestag. Nous reproduisons ici l'article qu'il a publié dans SoZ-Sozialistische
Zeitung n° 6 de juin 2002.
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A
ture, freinent l'expansion et finissent par coûter en termes d'emplois. Il faut en effet se poser la quescroissance dans les années 1993-2001 restaient nettement "dans le vert" — en moyenne au dessus de
2 %. Les salaires réels baissèrent dans l'intervalle 1993-2000 de 6,5 %. Les profits nets consolidés des sociétés de capitaux montèrent cependant de 85 % et les traitements des dirigeants des sociétés de capidû conduire à un véritable miracle. Pourtant le contraire survint : depuis 1992 le nombre officiel de chômeurs a augmenté de plus d'un million — de 3 millions en 1992 à 4,2 millions en moyenne annuelle pour 1998. Durant les deux premières "années Schröder" (1999 et 2000) il recula légèrement, atteignant
3,8 million en 2000. Depuis 2001, il remonte. En 2002 le seuil de 4 millions de chômeurs en moyenne annuelle sera à nouveau atteint. Les valeurs pour avril 2002 annonçaient encore une fois une augmentation — malgré les mouvements de reprise "saisonniers" du printemps et malgré les affirmations solennelles multiples qu'on apercevait une tendance à l'expansion. Pourtant, en avril, il n'y avait encoici évoquée n'a rien à voir avec la réalité : le niveau des traitements et salaires nets réels demeure en
Allemagne de l'Est à un quart en dessous de celui de l'Allemagne de l'Ouest, et on y travaille deux heures de plus. C'est là qu'aurait dû se produire "le miracle". Mais c'est tout le contraire. Non seulement le taux de chômage à l'Est est bien plus haut qu'à l'Ouest. Ce gouffre s'est encore agrandi depuis le début du gouvernement Schröder — alors qu'en 1998 le rapport entre le taux de chômage à l'Est et
Elles sont avant tout un résultat du cycle de la conjoncture internationale, qui depuis l'été 2001 (avant le 11 septembre 2001) est marqué par une tendance récessive. Et si de ce fait les exportations allemandes doivent reculer, cela a à voir avec l'appréciation actuelle de l'euro et avec la guerre commerciale cielle dominante et la soi-disante "théorie de l'offre" exigeait d'eux. Ils n'ont pas seulement rien reçu en retour. Le fossé social dans le pays s'est considérablement agrandi. Le chômage est monté. Les synraient dans les négociations salariales à venir, alors ils ne feraient que demander au fond une modeste plus élevés représentent sans doute un facteur de coûts pour chaque entrepreneur. Mais ils élèvent en même temps le pouvoir d'achat des masses. Et un des facteurs qui permet de comprendre les raisons de la mauvaise conjoncture actuelle est bien la baisse des salaires réels, c'est-à-dire la stagnation de la dant, soutenir le contraire, c'est-à-dire que les industriels sont content, n'est absolument pas sérieux. Cela transparaîtrait dans l'autre camp. Or la majorité des employés semble considérer la grève comme un succès. Il est vrai que les collègues combatifs et militants savent que le résultat pouvait être supérieur et sont avec raison déçus de ce que la mobilisation et la grève ne durèrent pas plus longtemps. Par exemple, selon Tom Adler, conseiller d'entreprise chez DaimlerChrysler : l'accord reste bien en dessous de ce qui aurait été possible grâce à la pression d'une grande mobilisation.
Si les grévistes ne sont pas allés plus loin, cela tient en grande partie à la nature de la direction syndicale. Certes, d'un côté, elle soutenait l'action contre les mauvaises conditions de travail des salariés. Mais d'un autre côté, elle était par nature étroitement liée à la direction du SPD et ainsi, par ce biais, partie intégrante du système capitaliste.
La direction syndicale en particulier, ainsi que Zwickel, le chef d'IG-Métal, se plient sans doute spontanément aux pressions (comme auparavant, Franz Steinkühler, le précédent chef d'IG-Métal, au début des années 1990), puisqu'ils sont impliqués dans des affaires obscures avec les sphères dirigeantes du grand cartel industriel. Ainsi Zwickel était-il impliqué, en tant que suppléant du conseil d'administration de Mannesmann, dans l'affaire de pots de vin, qui permit aux anciens dirigeants de Mannesmann de s'accaparer des millions de dessous de table de l'acheteur britannique Vodafone pour la cession du cartel. Mais cette fois, le ministère public l'avait révélé au grand jour.
L'un des acquis décisifs de l'histoire du mouvement ouvrier a été confirmé par cette grève de 2002 : c'est par la lutte qu'on arrache aux patrons une augmentation des salaires, une amélioration des conditions de travail, une réduction du chômage. Pour la première fois depuis environ dix ans, il a été possible de gagner une augmentation des salaires dépassant nettement le taux d'inflation (officiel). C'est trop peu pour exulter ; on pouvait obtenir plus et il y avait dans la base une motivation suffisante pour prolonger et étendre le combat. D'un autre côté, il faut tenir compte du fait que le mouvement des travailleurs allemands doit apprendre ou réapprendre à se battre, et que, dans cette perspective, de telles expériences sont indispensables.
MR.
STOP YOUR
WARS
Deux députés minoritaires du PDS — dont W. Wolf (à droite de la photo)
tion : qui est "coupable" de cette conjoncture et du chômage élevé ?
taux s'élevèrent dans l'intervalle 1991-2001 de plus de 90 % re aucune grève.
à l'Ouest était d'environ 2 à 1, au cours du premier trimestre 2002 il avait atteint 2,2 à 1.
entre le gouvernement des Etats-Unis et l'Union européenne.
dicats ont été massivement affaiblis et ont perdu des centaines de milliers de membres.
redistribution en retour du haut vers le bas.
demande.
. BUSHIMR. SCHRODER
- se sont.fait éconduire du Bundestag après avoir déroulé cette banderole, lors de la visite de Georges W. Bush. Les grèves aggravent-elles la conjoncture ? Un des arguments idéologiques massue contre les grèves affirme que celles-ci aggravent la conjoncDepuis le début des années 1990, il y a eu des accords salariaux "modérés" alors que les taux de Il s'agissait donc de conditions générales qui, selon la "théorie" de la "science objective", auraient Du reste les "nouveaux Länder" sont naturellement la preuve frappante que la "théorie économique" Les tendances récessives actuelles n'ont rien à voir avec une "hostilité aux affaires" des syndicats. Durant les douze années passées les syndicats firent presque tout ce que la science économique offiSi les syndicats dans cette grève exigeaient plus de salaire réel et si, entre autres choses, ils persévé Qu'ils puissent ainsi étrangler une expansion est absurde. Finalement des traitements et des salaires
W. W.