Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ESPAGNE

Succès de la grève générale

· Inprecor n° 472-473, juillet-août 2002 · p. 18 · 1 072 mots

Syndicalisme État espagnol

Espagne Par Javier Navascués*

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grève générale du 20 juin dernier fut plus importante que lors de n'importe quelle grève générales ayant eu lieu depuis la fin de la dictature de Franco. La grève fut particulièrement suivie dans les secteurs du bâtiment, de l'industrie, de l'agriculture, du transport et de l'enseignement. Du point de vue géographique, ce sont — dans l'ordre de participation à la grève - les communautés autonomes des Asturies, de l'Andalousie (1), de l'Estramadure et de la Catalogne qui furent en pointe.

Néanmoins ce fut aussi l'une des grèves les moins "visibles", du fait du choix du gouvernement et des importants moyens de communication qu'il contrôle, de l'occulter. Pour cela le gouvernement n'a pas hésité à mentir (2) au sujet de la participation, mais surtout il a utilisé tout le pouvoir dont il dispose pour réduire les effets de l'impact citoyen de la grève en imposant les services minimum dans les transports et dans les communications qui ont assuré une apparence de quasi-normalité. Normalité apparente, puisque nombre de moyens de transport circulaient, bien que presque vides, et que les télévisions émettaient des programmes préenregistrés au nom de l'argument de la défense « du droit essentiel à l'information ».

Les grévistes étaient conscients de cette stratégie gouvernementale en vue d'obscurcir leur grève et ainsi les manifestations convoquées en fin de journée du 20 juin furent non seulement les plus massives en * Javier Navascués est membre de l'aire sociosyndicale de l'Espacio Alternativo. 1. L'Andalousie et l'Estramadure sont directement touchées par les réductions des allocations de chômage des salariés agricoles temporaires. 2. Le 20 juin, à 8 h du matin, le gouvernement a déclaré que la grève n'avait pas lieu et à la fin de la journée il a prétendu qu'elle n'avait été suivie que par 17 % des salariés, alors que les CCOO et l'UGT annonçaient 10 millions de grévistes, soit une participation de 84 %.

Succès

de la grève générale

comparaison avec toutes les grèves générales réalisées dans le passé, mais aussi souvent les plus nombreuses que chacune des villes concernées ait connues. Dans les rues de Barcelone et dans celles de Madrid on compta jusqu'à 500 000 manifestants, chiffres similaires à l'immense mobilisation contre le sommet de l'Union européenne le 16 mars dernier à Barcelone.

Sans nul doute cette riposte révèle que sous une apparence de conformisme de la population salariée, motivée essentiellement par le climat de paix sociale qu'assure l'orientation du syndicalisme majoritaire, existe un profond malaise face à la situation sociale, aux conditions de travail et aux politiques du gouvernement du Parti populaire. Ce malaise a pu s'exprimer au travers de la participation à la grève générale. On a pu voir également que, contrairement à ce qu'à prétendu le gouvernement en justifiant son décret réformant les conditions des chômeurs, les salariés n'ont pas accepté le message de division entre ceux qui ont un emploi et ceux qui n'en n'ont pas. Au contraire, les salariés ont compris que la baisse de la protection légale en cas de licenciement, les réductions des allocations de chômage et l'obligation faite aux chômeurs d'accepter n'importe quel emploi pour pouvoir en bénéficier, représentent des attaques contre les fondements de la législation protègeant le travail contre le capital et est donc une agression contre tous. Un avant et un après le 20 juin

Un coup d'œil sur la grève générale du 20 juin permet de se rendre compte que si l'initiative était dans les mains des syndicats qui l'ont convoquée, les Commission ouvrières (CCOO) et l'Union générale du travail (UGT), la participation et l'appui des autres forces sociales et politiques de la gauche était très importants, en particulier celui de la campagne contre l'Europe du capital et contre la guerre, qui a soutenu dès le début le principe de la grève générale et à appelé à participer, avec ses propres cortèges, aux manifestations majoritaires du 20 juin à

Séville et à Barcelone. Enfin notons que l'appel séparé des organisations syndicales nationalistes en Euskadi pour une grève générale le 19 juin a conduit à ce que la grève soit moins suivie qu'ailleurs dans la Communauté Autonome Basque, tant le 19 que le 20 juin.

Après la grève, le gouvernement a appelé les syndicats à négocier des amendements au décret qu'il veut maintenant transformer en loi soumise au parlement. Les premières réactions des syndicats furent de rejeter cette procédure qu'ils considèrent comme une tentative de faire passer en douce un décret entièrement rejeté par eux. Les syndicats ont appelé à la poursuite du « dialogue social » mais quoiqu'ils semblent accepter de déplacer le terme de la négociation (et du conflit en cas de désaccord) au nom du « dialogue social » éthéré, supposé éliminer le conflit, la situation a tant changé entre avant et après le 20 juin qu'il sera fort difficile de revenir à la paix sociale des six années passées du gouvernement du Parti populaire. Le gouvernement ne veut pas céder, considérant qu'il peut bavarder avec les syndicats tout en se réservant le dernier mot en ce qui concerne les lois; de plus Aznar et le Parti populaire aspirent à prendre la tête de la nouvelle vague conservatrice et pro-patronale en Europe; enfin les répercussions électorales de la grève générale et du nouveau climat conflictuel tarderont à se vérifier.

Afin de tirer de cette grève générale tous les bénéfices possibles pour les salariés, et pour continuer le processus initié, il faut poursuivre l'orientation de ferme opposition au décret de la réforme du chômage, en liant cette lutte avec le rejet de l'ensemble des politiques antisociales du parti populaire. Il faut approfondir la convergence des acteurs et mouvements sociaux qui se sont d'ores et déjà mobilisés contre les politiques du Parti populaire : les luttes contre la législation anti-immigrés, contre le Plan hydrologique, contre les réformes de l'enseignement, les luttes du mouvement syndical et du mouvement contre la mondilaisation capitaliste, en respectant leur autonomie tout en cherchant les additions et non les soustractions. Il faut renforcer la dimension européenne des réponses aux agressions conservatrices, comme cela s'est fait dans cette lutte et dans les mobilisations contre le sommet de l'UE à Séville. En fin de compte, face à l'offensive conservatrice du Parti populaire et des ses alliés européens, peut et doit se lever une puissante dynamique sociale, protagoniste et citoyenne, qui mettra fin au climat de passivité et d'individualisme qui nous avait envahi jusque là.

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