Par Ernesto Herrera* n affrontement politique et social décidéroule dans les Venezuela, autant pour le destin démocratique du pays que pour les rapports de force face à l'impérialisme états-unien dans la région. Par ailleurs, l'expérience l'Argentinazo et le triomphe de Lula posent de nouveau des questions stratégiques pour la gauche et les mouvements sociaux, dans un scénario où les États-Unis renforcent leur hégémonie (économique, politique et militaire) avec l'objectif de tendre un cordon sanitaire « préventif » autour des processus de changement politique et des luttes dynamiques qui se déroulent dans différents pays d'Amérique du Sud. Tandis qu'ils poursuivent la mise en place de conditions contre-révolutionnaires. Deux horizons
Décembre 2001. Un formidable soulèvement révolutionnaire a secoué l'Amérique latine. Quand les masses dans la rue et auto-organisées ont débordé les médiations moribondes de la « démocratie représentative », les structures partiaires et syndicales corrompues, pour mettre fin à la courte et pathétique expérience de l'Alliance « progressiste » en Argentine.
Un an plus tard, les marches des multitudes vers l'historique Plaza de Mayo au centre de Buenos Aires — les 19 et 20 décembre — où ont conflué des milliers de piqueteros, les participants aux assemblées de quartier, les travailleurs des usines autogérées, les petits épargnants, les mouvements sociaux et syndicaux, les organisations de droits humains et les partis de gauche, ont confirmé que la vitalité de la lutte populaire a maintenu ouvert le processus de lutte des classes où se construit une sortie alternative à la crise capitaliste - au-delà du calendrier électoral.
Janvier 2003. Inauguration de Lula comme président du Brésil. Avec 52 millions de votes, l'ex-dirigeant des ouvriers métal-
Entre l'Argentinazo
et l'effet Lula
lurgistes et son Parti des travailleurs arrivent au gouvernement. Cest le début d'une bataille fondamentale dans ce pays qui représente 40 % du PIB latino-américain.
Deux horizons prennent forme. D'une part, la politique d'alliances avec les entrepreneurs « productifs » et « nationaux », d'un pacte social entre le travail et le capital, les gestes de conciliation envers les marchés financiers et une relation amicale avec les États-Unis : c'est la stratégie que prône la majorité de la direction du PT après avoir largué l'idée de rompre avec le néolibéralisme, dans un vote au dernier congrès du parti à Recife, en décembre 2001. D'autre part, les revendications populaires en grande partie repoussées, et les énormes forces sociales accumulées des mouvements urbains, des travailleurs ruraux Sans Terre, des courants lutte de classes des syndicats, des communautés chrétiennes de base, et d'une gauche du PT qui, bien que minoritaire et dispersée, résiste et fait face au virage idéologique et programmatique de Lula et de la majorité de la direction du parti.
Ces forces sociales et militantes ont soutenu la victoire politique phénoménale d'octobre, et composent cette colonne vertébrale qui articule la résistance classiste et militante contre la dictature du capital et la recoIonisation impérialiste ; et chapeautent la lutte pour un changement radical des conditions de vie de millions de Brésiliens sans emploi, affamés et réduits à la plus épouvantable des misères.
Autant l'Argentinazo que la victoire de Lula ne peuvent se comprendre que dans le contexte d'une débâcle socio-économique accablante, d'une crise de domination des élites au pouvoir, de la perte de légitimité des « institutions démocratiques » de l'État néolibéral et de la décomposition de ses machines électorales et clientélistes. Et surtout, par la persistance d'une lutte populaire large et radicale, démocratique, anti-néolibérale, anti-impérialiste (de nature « spontanément » anticapitaliste) qui empêche toute illusion de gouvernabilité durable. Cette lutte s'entrecroise avec les mobilisations contre les tentatives de coup d'État fasciste au Venezuela, les mobilisations continentales contre la Zone de libre échange des Amériques (ZLÉA), contre le Plan Colombie, contre le Plan Puebla-Panama, et contre le paiement de la dette externe frauduleuse. Opération idéologique
Argentine et Brésil. Deux modèles contreposés, face à la barbarie néolibérale ? Différents analystes, intellectuels, certaines ONG, des Églises de différentes origines, et des dirigeants politiques de « centre-gauche » ou du dit camp progressiste — avec la bénédiction des dollars de la Banque mondiale, du BID et de différentes fondations de l'Union européenne et des États-Unis — lancent une opération à un rythme accéléré.
Il s'agit de déqualifier les tactiques et stratégies, de condamner des formes d'organisation et de luttes « d'autres temps » et de dénoncer les méthodes de violence collective qui sortent de la rationalité ou qui deviennent incontrôlables pour « l'État de droit ». Les conflits d'intérêts, disent-ils, doivent se résoudre dans un contexte d'unité nationale et en respectant la vie en commun des citoyens... même dans un cas où presque la moitié de la population du continent n'a sûrement pas le droit de manger au moins une seule fois par jour.
Déguisés par le discours de coûts moins douloureux, ils prônent la « distribution équitable » des revenus et lancent un appel au « dialogue », à la concertation, à des nouveaux contrats sociaux comme unique moyen d'éviter les affrontements sanglants ou la guerre entre pauvres. Pour ce progressisme de centre-gauche, la reconstruction économique d'un modèle national passe par la stabilité constitutionnelle (du capitalisme, bien sûr) et l'inclusion des exclus. Donc, toute idée de rupture démocratique antinéolibérale ou d'affrontement avec le patro* Ernesto Herrera est membre de la Direction nationale et de la Commission politique du courant de Gauche (regroupement de la gauche révolutionnaire dans le Frente Amplio d'Uruguay) et du Secrétariat unifié de la IVe internationale. Traduit d'espagnol par Maria Gatti.
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nat et le capital impérialiste est simplement archaïque et suicidaire. Ils peuvent tolérer — en dernier recours — de vagues appels idéologiques et philosophiques au socialisme mais condamnent sur les plans politique et moral toute tentative de faire l'essai de stratégies d'accumulation révolutionnaire.
Cette opération marque la ligne de partage des eaux : devant le « chaos systématique » et l'insécurité psychologique que produit un soulèvement révolutionnaire comme celui de l'Argentine, avec son pendant de radicalisme social et politique, ses experiences d'auto-organisation, son questionnement de la propriété privée, son anti- impérialisme virulent, et sa pratique de démocratie. La contrepartie rationnelle et démocratique est l'émulation de Lula et la souplesse des moyens pour garantir à la fois un système d'alliances plurielles (vers la droite, bien sûr) dans le dessein de canaliser « le revirement des citoyens — déjà évident en
Amérique latine — vers des options nationales-régionales productivistes avec une base dans le développement des marchés internes et la récupération du rôle de l'Etat dans des sphères clés comme la fiscalité, la santé, l'éducation, la monnaie, les règlements, les stratégies de développement, la défense et la sécurité » (1).
Triomphes temporaires
Les victoires des droites, dont Sanchez de Lozada en Bolivie et Uribe en Colombie, apparaissaient comme des bouffées d'oxygène pour Washington. Bientôt, les vents du changement qui soufflent si fort en
Amérique du Sud vont se préciser. Aux révoltes et soulèvements populaires qui se poursuivent s'ajoutent des victoires électorales transcendantes (Venezuela, Brésil, Équateur)
et des progrès politiques et électoraux qui, même sans changer de gouvernement, modifient le scénario de l'affrontement social (Bolivie). Les partis, fronts et mouvements de gauche obtiennent des appuis de masse, en contrepartie de la crise des
1. El ejemplo Brasil, Carlos ment de l'Unité populaire au
Gabetta,
Chili de 1970 à 1973. Non seu-
Diplomatique, édition Cono Sur, lement parce que le contexte
Buenos Aires, novembre 2002.
international était différent, mais
2. El fantasma del eje, Mauricio aussi parce
Montaldo. Newsweek, édition en
Allende est arrivé au pouvoir dans le cadre d'une situation castillan, 18-12-02
3. Elecciones en Ecuador orgapré-révolutionnaire, nationale et nicidad e inorganicidad en la internationale, gramme de réformes structurelvotación de Lucio Gutiérrez, les (nationalisations, réforme
Francisco Hidalgo Flor, direcagraire, refus de reconnaître la teur de la revue Espacios, Quito,
2002.
dette externe, rupture avec le
4. Il faut éviter les analogies que
FMI, augmentations de salaires, font certains avec le gouverneetc.) et sans représentants de la options et candidats néolibéraux qui, ouvertement, s'allient à la « mondialisation » et aux contre-réformes qu'imposent les organismes financiers internationaux.
La presse impérialiste, même avec les distorsions habituelles, ne peut pas cacher sa préoccupation face à une situation où « les présidents de gauche et néo-populistes assument la direction en Amérique latine », où « le bas peuple, sans assise politique adéquate au sein de la démocratie représentative, suit des dirigeants militaires charismatiques, néo-populistes et gauchistes (...) Dans le virage continental vers le centre-gauche, avec une masse exténuée qui méprise la classe politique traditionnelle discréditée. » (2)
C'est clair. La tendance des années 1980 et 1990 se renverse. La population ne vote plus pour la stabilité, au contraire, elle perd la peur des alternatives identifiées à la gauche. Par contre, des présidents élus avec des millions de votes et une base populaire très ample (travailleurs, paysans, communautés indigènes, fonctionnaires de différents niveaux, sans-emplois, femmes, retraités, gens des classes moyennes appauvris, jeunes radicalisés) poursuivent les accords avec le FMI, jurent qu'ils n'adopteront pas de mesures contre les marchés et les intérêts des sociétés multinationales, et continuent le paiement d'une dette externe qui bloque toute possibilité de développement souve-
« Peut-être que les forces politique de gauche auront le triste rôle de confirmer la débâcle de l'État-Nation émacié, qui a eu tant de peine à se constituer dans nos pays au cours de la deuxième moitié du XX* siècle ? Des fossoyeurs de l'ancien, mais incapables d'enfanter du nouveau ? » Sans doute, les questions que pose le sociologue équatorien Francisco Hidalgo Flor sont-elles fort pertinentes (3).
Parce que la durée (provisoire ou prolongé dans une perspective de défaites ou d'avancées de l'accumulation révolutionnaire) dépendra en dernière instance du degré de grande bourgeoisie au gouvernement. Au contraire, celle-ci a organisé le sabotage immédiat avec les militaires et l'impérialisme. Par ailleurs, au cours de l'expérience de l'Unité populaire, les débats étaient ouverts sur les « voies d'arrivée au pouvoir», avec un pro- avec le MIR et d'autres composantes de la gauche révolutionnaire, bien que la stratégie de « révolution par étapes » du Parti communiste et du Parti socialiste ait finalement prédominé 5. (la note est à la page 29)
polarisation sociale, d'auto-organisation autonome, et de la capacité d'introduire des programmes de transformation structurelle de nature anticapitaliste. Et évidemment, des conditions pour développer une straté gie de lutte pour le pouvoir. Continuité ou rupture
C'est le dilemme de Lula et du PT. En ce sens, tous les yeux sont sur le Brésil. On y joue un test d'une importance fondamentale, non seulement pour réaliser les changements socio-économiques et politiques impératifs pour le pays et ses gens, mais également, pour la gauche latino-américaine au sens large, et pour une gauche radicale et socialiste avec une volonté de transformations et une perspective révolutionnaire.
Peu remettent en cause l'importance historique de la victoire de Lula et du PT, la rupture que cette victoire a signifiée sur différents plans et les ouvertures créées par une modification sensible des rapports de forces entre les classes laborieuses, les classes dominantes et l'impérialisme. Et, en ce sens, le sort de cette expérience interpelle l'ensemble des forces révolutionnaires d'une manière ou d'une autre.
Même si c'est clair et définitif : la réponse face au destin de cette expérience inédite, fort différente de celle du gouvernement de Salvador Allende (4), aura beaucoup à voir avec l'évolution du parti et ses relations de force internes, avec les liens entre la gauche radicale et socialiste et les luttes (sans s'arrêter aux engagements institutionnels et parlementaires) et, surtout, avec le rôle central des mouvements sociaux dans ce processus. Ainsi, et pour le moment, la partie reste ouverte.
Par contre, on a commencé à dévier de ce chemin et les présages sont sombres. Lula a constitué un gouvernement d'entente entre les classes, où cohabitent de grands industriels et des grands propriétaires terriens, des gérants de banques impérialistes, du Parti libéral (conservateur), d'ex-hauts fonctionnaires du gouvernement néolibéral de Fernando Henrique Cardoso et des militants du PT avec différentes expériences de lutte politique et sociale. C'est vrai, en majorité, le cabinet des ministres est composé de membres et dirigeants du parti. Mais on ne peut pas dire que la bourgeoisie y figure uniquement comme ombre ou qu'elle n'a que des charges secondaires.
Le Ministre de l'économie et le chef de l'équipe de transition de Lula, Antonio Palocci (5) a présenté l'itinéraire de la carte de navigation avec une formule qui dit tout.
« Le Brésil est un grand transatlantique. On ne peut pas le retourner brusquement ». Il a insisté sur le fait que le changement de cours ne peut se faire que graduellement et avec le moins possible d'oscillations. Luis Fernando Novoa Garzon, militant d'ATTACBrasil a présenté une analyse de ce processus :
« À New-York, Palocci a donné de pleines assurances " qu'il n'y a pas de plan B". Il n'y a pas de cartes dans la manche ni de triomphes dissimulés. Pour l'étonnement et la joie des usuriers illustres, il n'y avait rien derrière le masque de Méfisto à part son propre visage. C'était le conservatisme camouflé avec des atours réformistes, et non pas le contraire. Le strip-tease du nouveau gouvernement était intégral. À l'heure décisive, Palocci a préféré le contresigner. "Est-ce que vous connaissez le Dr Mireilles ?" C'est comme cela que le nouveau président de la Banque centrale du Brésil fut intronisé par Wall Street.
« Le capital transnational s'est fait représenter organiquement dans le noyau économique du nouveau gouvernement. C'est le vieux modèle d'insertion passive basé sur la libéralisation des flux de capital, l'adaptation à ses fluctuations et le maintien des scénarios favorables aux investissements étrangers. Palocci a pris la peine d'expliquer : "Nous ferons un ajustement fiscal sévère, une politique de grande austérité fiscale ; nous réduirons la dette liquide par rapport au PIB, à partir de cela nous créerons un environnement macro-économique sain et par la suite des mesures de croissance" Depuis quand la rigueur salariale et fiscale conduit-elle à l'expansion du marché interne ? Est-ce que la récession induite par les intérêts élevés est l'unique chemin pour la croissance économique soutenue ? Austérité aujourd'hui, croissance demain ?
« L'indexation et la protection du pouvoir d'achat de la population, faut pas y penser. Il faut éviter l'idée même d'indexation, dit le ministre, exégète du capital financier. Le langage doit être censuré, raccourci et refait, comme une novlangue orwellienne. Le sens suit la décision arbitraire. L'indexation des salaires est impensable, tout comme l'indexation des tarifs, des prestations de la dette et des marchandises.
« Il faut contrôler l'inflation, bien entendu, mais sans recourir à des "mesures exotiques" comme les gels ou des listes de prix. Une façon savante de dire qu'on maintiendra les meilleurs taux d'intérêt du monde. Le marché, comme il peut le faire, commande, et le gouvernement, comme il ne le peut pas, obéit. Simple et sensé. Palocci confirme: "Nous espérons travailler avec la liberté
Mobilisation des paysans en Bolivie du marché. Le marché et l'économie doivent en arriver à une entente." Le piège du nouveau gouvernement a été tendu dans le dernier accord avec le FMI. Le garrot était ajusté fermement pour qu'il y ait consentement et adhésion. Le FMI espérait maintenir une syntonie avec les autorités économiques responsables de l'un des marchés dérivés les plus lucratifs du monde : celui de la dette publique brésilienne. On ne peut pas faire de faux pas. Les positions initiales ont été répétées et chorégraphiées avec soin.
« Köhler, le gérant général du Fonds, en cachant l'anxiété des créanciers, dit que "3,75 % de l'excédent primaire pour 2003 est suffisant". Palocci, qui a fait preuve de plus de sollicitude, a répondu que "l'engagement du futur gouvernement est d'obtenir l'excédent primaire nécessaire en 2003". Les limites ne valent que d'ici à là. Les dépenses publiques, par contre, peuvent se sacrifier sans limites. En respectant des planchers minima de l'excédent primaire, le gouvernement assume lui-même le rôle de bourreau de la nation. Ainsi, le FMI peut-il se reconstituer sans trop de coûts politiques. L'objectif primaire est le transfert du service de la dette (et de la politique budgétaire, des intérêts et de change) à la sphère transnationale et privée, pour la mettre à l'abri de pressions "politiques". L'autonomie de fonctionnement de la Banque centrale est la garantie de ce transfert de pouvoir. Il est facile de comprendre l'engagement du gouvernement dans la réglementation à toutes • fins de l'article 192 de la Constitution fédé. rale. La proposition est une auto-attaque qui rend impossible par avance une autre gouvernabilité.
« Jusqu'à la CEPAL, qui ne dérange plus personne, on veut obliger les nouveaux administrateurs du Planalto. La proposition est que le Brésil et les autres pays latino-américains revendiquent la création d'une instance multilatérale de renégociation de la dette, qui donnerait accès automatique à des lignes de crédit et des fonds d'urgence, pour diminuer le risque de moratoires unilatéraux. La CEPAL se fait uniquement l'écho du modèle de "restructuration" des dettes en gestation du FMI. Le système financier international n'a pas cessé de tirer les leçons voulues du "défaut" argentin. Les alternatives sont construites précisément par ceux qui disent qu'il n'y a pas d'alternative. En relation avec ceci, au Brésil les adeptes fidè les du malanismo (6) continuent à croire qu'il n'y a rien à faire, sinon de réaliser les objectifs récessifs et poursuivre la rigueur fiscale jusqu'aux conséquences ultimes. Renégociation de la dette, moratoire négocié ? Palocci fait le signe de croix et jure : "C'est hors de nos intentions. C'est hors du programme"
« Donc, le contrôle des capitaux et la mise en place d'un nouveau modèle de financement sont des questions hors de programme. Est-ce que ça veut dire que la déprivatisation, la souveraineté nationale et régionale et la démocratisation sont hors de question ? Qui a dicté le programme de la vie de 170 millions de Brésiliens ? La nouvelle technocratie, par l'instrumentalisation de la démocratie, avec les ploutocrates ? » (7)
Et la ZLÉA, que dix millions de Brésiliens 5. Palocci reçoit des louanges unanimes des hauts fonctionnaires des organismes internationaux. Et des chefs d'entreprises qui « espèrent l'année prochaine une croissance modérée avec la responsabilité fiscale ». Cf. Hay condiciones para las reformas, Foro de líderes empresariales in Gazeta Mercantil (Brésil) du 13 décembre 2002. 6. Du nom de Pedro Malan, un des politiciens qui a exercé les charges ministérielles le plus longtemps. Le « melanismo » est le synonyme d'une politique économique conservatrice de réduction des dépenses publiques à tout prix 7. ¿Por qué aguas navega el gobierno de Lula? Luis Fernando Novoa Garzon, site web de Rebelión 23 décembre 2002. Voir également l'article de ce numéro d'Inprecor (p. 3 à p.12).
Argentine, meeting des mineurs pour le réouverture de la mine de Rio Turbio sous contrôle des travailleurs ont rejetée lors d'une consultation populaire et que Lula lui-même a définie comme un projet d'annexion ? Le nouveau Ministre de relations extérieures (l'ex-ambassadeur à Londres du gouvernement Cardoso) a fait des nuances. Ce n'est déjà plus un « anti-modèle » d'intégration. Au contraire, « la ZLÉA est un espace de négociation de différents thèmes. II y a des sujets typiquement commerciaux et d'autres qui vont bien au-delà du commerce, comme la propriété intellectuelle et les investissements. » (8). La revue Veja sous-titre : « O'Neill [Paul] a quitté la scène et le sentiment anti-ZLÉA du PT va donner lieu au pragmatisme » (9). En tout cas, ce qui est certain, c'est que le refus catégorique qu'avait tellement favorisé Aloizio Mercadante, il y a un certain temps, a disparu du dictionnaire.
Alors, ce n'était pas par hasard. Au cours de la Xle Rencontre du Forum de Sao Paolo à Antigua-Guatemala (décembre 2002) la 8. Entrevue avec Carlos Amorín, Ministre des relations extérieures du gouvernement Lula, dans Folha de Sao Paulo du 18 décembre 2002. 9. El Brasil decide su futuro en el imperio, in Veja (Sao Paulo), 11 décembre 2002. 10. Declaration finale de la XI° Rencontre du Forum de Sao Paulo, Antigua, Guatemala, 4 décembre 2002. 11. Travailleur agricole impliqué dans la production de la coca. 12. Intervención de Evo Morales en La Habana, La Tornada (México) du 26 décembre 2002 13. Boinas Verdes, Horacio Verbitsky, Página/12 (Buenos Aires) du 8 décembre 2002.
délégation du PT (avec le Frente
Amplio d'Uruguay) a présenté un projet de rédaction où dans le chapitre sur la ZLEA, on a critiqué celleci en tant que telle, on a ouvert la porte à une « autre ZLEA » à négocier. L'opposition du Parti communiste cubain et des forces de la gauche du Forum (FARC de Colombie, le Front socialiste de Puerto Rico, entre autres) ont repoussé cette prétention du PT et du Frente Amplio.
Enfin, la Xl° rencontre a réaffirmé des résolutions antérieures : « la
ZLÉA telle que proposée par les
États-Unis constitue un projet d'annexion et non pas un accord de vériintégration pour
Amériques. Devant cette stratégie, nous proposons une intégration alternative, qui vise principalement la dimension politique et sociale. »
Le Forum se définit pour la « construction d'une communauté latinoaméricaine de nations », avec la pleine intégration de Cuba, bien entendu. (10)
Novembre à La Havane. lle
Rencontre hémisphérique de la lutte contre la ZLÉA : Evo Morales, le député cocalero (11) et dirigeant du Mouvement pour le socialisme de Bolivie, a lancé un appel : « Je veux dire au camarade Lula, au camarade
Lucio Gutiérrez, au camarade Hugo Chávez, qu'ils sont du côté du peuple et non pas des transnationales. Je lance un appel, au nom des peuples, de ne pas adhérer à la ZLÉA. Si
Lula n'y entre pas, il n'y aura pas de ZLÉA en
Amérique latine. Si nous complétons avec le camarade Hugo Chávez, avec le camarade
Lucio Gutiérrez, il est certain que pour la première fois en Amérique latine, l'empire peut connaître une défaite » (12). Est-ce qu'ils l'ont écouté ?
Bérets verts
Le discours sur « le fantasme de l'axe »
(Castro-Chávez-Lula-Gutiérrez) n'épargne personne. Et ce n'est sûrement pas fonctionnel pour justifier un interventionnisme. Les
États-Unis se méfient du « néopopulisme de gauche », mais ont plus peur du mouvement indigène équatorien, des Sans-Terre du
Brésil, des masses qui défendent la
République bolivarienne du Venezuela dans la rue, de l'insurrection armée de la
Colombie, du mouvement indigène-paysan de la Bolivie, et, bien entendu, de la radicalisation des masses en Argentine. Dans un cadre d'instabilité politique et de crise des élites néolibérales, l'impérialisme laisse de côté les pirouettes médiatiques et met en marche les instruments contre-révolutionnaires. Avec deux priorités : renverser Chávez, faire échec aux mouvements populaires et aux organisations révolutionnaires bolivariennes. Installer un gouvernement laquais qui assure les investissements des entreprises nord-américaines, et la fourniture de pétrole. Si Gaviria et l'Organisation des États américains (OEA) ne réussissent pas à imposer une « négociation démocratique » (avec la droite qui recherche un coup) la déstabilisation de Chávez continuera par d'autres moyens. En même temps, étendre le Plan Colombie (Initiative régionale andine) à l'Équateur et au Pérou. Écraser les FARC et 'ELN, intégrer le paramilitarisme comme un participant officiel à la politique contre insurrectionnelle d'Uribe, et assurer qu'ici aussi le pétrole sera yanquee.
C'est le visage le plus brutal du néolibé ralisme armé. En septembre, le nouveau chef du Commando Sud, le général texan James Hill, est passé à Buenos Aires. En octobre, dix jours avant l'élection de Lula, dans le parlement d'Uruguay, il a défini le Brésil comme « le deuxième consommateur de cocaïne au monde ». Il a postulé l'intégration des Forces armées et celles de la sécurité dans une seule structure répressive. Il a évoqué la préoccupation des États-Unis par rapport aux dites « zones vides » et « régions ingouvernables ». Il a encore insisté sur le péril de la Triple Frontière (ArgentineParaguay-Brésil) où se cachent et se financent des « terroristes »... « palestiniens » !
En novembre, à Santiago du Chili s'est tenue la Ve Conférence des Ministres de la Défense des Amériques. L'invité spécial : Donald Rumsfeld. Le document rédigé dit, entre autres : « renforcer la coordination internationale et intergouvernementale des régimes de sécurité et de défense pour la protection de la population ». Pour ces fins, ils proposent de réaliser des « exercices combinés des Forces armées et de la Sécurité publique », comme celles des Bérets verts nord-américains avec la Gendarmerie argentine. (13)
L'installation du gouvernement du PT fut une fête. Pendant que Duhalde donnait l'accolade à Lula et proclamait le MERCOSUR comme un projet stratégique, il venait de signer un projet de loi qui permet aux forces spéciales des États-Unis d'occuper des positions dans la province de Misiones dès l'inauguration de la présidence Lula. Entre temps, les Bérets verts sont déjà en place dans la province de Salta sans autorisation du Congrès argentin.
Montevideo, 26 décembre 2002