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Interview la rédaction de Página/12* E banane, Alvaro Noboa, le 24 novem- ' n arrachant la présidence au roi de la bre dernier, le colonel à la retraite, Lucio Gutiérrez, a largement remporté l'élection présidentielle avec plus de 54 % des voix, sur la base d'une plate-forme populiste de gauche. Lors d'une brève visite à Buenos Aires, pour livrer « un message d'unité et d'intégration » aux pays d'Amérique latine et insister sur la fraternité entre Simón Bolivar et San Martin, il s'est entretenu avec la rédaction du journal Página/12 sur les défis auxquels son gouvernement, composé du parti Sociedad Patriótica et du mouvement indigène Pachakutik, doit faire face. • Que seront les priorités de votre gouvernement ? — Le 20 janvier, il y aura un grand dialogue national autour de quatre objectifs : en finir avec la corruption, mettre fin à la nature partisane des tribunaux et élire des représentations par collèges électoraux ; créer une quatrième fonction de l'État de contrôle des finances ; réformer le Code pénal pour permettre de destituer les fonctionnaires corrompus et introduire des principes éthiques dans les charges publiques et enfin, diminuer la pauvreté et consacrer plus de fonds à la santé et l'éducation.
allons ni pr
édollariser..
du président Luci
• Le mouvement Pachakutik pense qu'il est possible de sortir de la dollarisation. Et
VOUS?
- Comme l'Équateur est dollarisé, nous allons maintenir et renforcer la dollarisation, pour que ses effets positifs réels puissent toucher les gens les plus pauvres du pays ;
maintenant il y a trois fois plus de gens plus pauvres avec la dollarisation et il est temps qu'ils aient le sentiment que cette politique comporte des avantages.
• Est-ce que vous pensez l'abandonner éventuellement ?
— La discussion se poursuivra. En Équateur, notre monnaie a été le sucre pendant 100 ans et les autorités n'ont pas pu le soutenir.
C'est pour cela qu'il fallait opter pour la dollarisation. En 20 ans, des années 1980 jusivatiser ni
.»
o Gutiérrez qu'à 2000, nos gouvernants ont dévalué le sucre, en faisant passer le dollar états-unien de 25 sucres en 1980 à 25 000 en 2000.
. Comment passer du cercle vicieux au cercle vertueux ? Du point de vue de la mondialisation, le dollar est un aspect. Avant, je refusais la dollarisation, parce que ça signifiait la perte de la souveraineté monétaire.
Maintenant, c'est ce que les gens veulent, selon les enquêtes d'opinion. Mais si nous sommes corrompus et non concurrentiels, quelle que soit la monnaie il y aura des problèmes.
• Quel sera votre programme économique?
- Nous allons créer des emplois dans les
* Página/12 est un quotidien paraissant à Buenos
Aires, Argentine
secteurs de l'agriculture et l'élevage, le tourisme et les mines. C'est-à-dire, la priorité aux secteurs non pétroliers pour que le système ne chancelle pas avec les oscillations du prix du pétrole, parce que le défi est d'être concurrentiels et honnêtes. Il faudra baisser le coût-pays : les taux d'intérêt et les impôts ; nous avons besoin d'une discipline fiscale, de l'amélioration des exportations, d'investissements dans l'éducation, d'importation des technologies. La solution est de faire un effort vers l'exportation ; dans ce dessein, nous devons produire plus. Nous recherchons l'alternative de la concession de nouvelles entreprises, comme les projets hydroélectriques, et ne pensons pas aux privatisations. Il y a des entrepreneurs qui ne sont pas d'accord avec la privatisation, politique qui a échoué dans beaucoup de pays latino-américains. Tous ces points se traduiront en lois et il faudra réformer la Constitution. • Vous parlez de renverser le cercle vicieux, parce que les pauvres sont les plus touchés par la dollarisation. Que faire pour résoudre la situation de plus que 70 % des Équatoriens ? - Tout d'abord, nous devons connaître la véritable magnitude du problème économique, que les gens de notre futur gouvernement discutent avec les autorités économiques du gouvernement actuel et avec des fonctionnaires du FMI; une fois que nous connaîtrons l'ampleur du problème économique, nous commencerons à structurer une stratégie pour l'affronter. Ce que nous allons faire indépendamment de cela, c'est prendre des mesures pour un combat décidé contre la corruption (du fait de la corruption, on vole environ 2 000 000 dollars par an), récupérer l'argent que volent les banquiers et entrepreneurs corrompus (un total de 5 000 000 dollars) et éviter l'évasion fiscale, qui concerne surtout l'impôt sur le revenu. De même, nous allons nous concentrer sur les subventions, les réformes, de manière à ce que ceux qui ont plus paient le prix réel pour les services et par principe de solidarité appuient ceux qui ont moins. • Comment apprécier-vous le dialogue avec les organismes internationaux de crédit après votre passage aux États-Unis, en ce qui concerne le paiement de la dette externe et l'accord de stand-by ?
— Les perspectives se présentent fort bien, nous avons pris quelques contacts avec les autorités du Fonds et je crois que nous pouvons arriver à un accord, ce qui par ailleurs est fondamental, dans le cadre de notre stratégie globale, pour résoudre les problèmes économiques de l'Équateur. • Qu'est-ce que vous comptez faire pour récupérer l'argent qu'ils ont sorti de l'Équateur ? - Comme je l'ai dit avant, il faudra dépolitiser et abolir la nature partisane des Tribunaux de justice de l'Équateur, en engageant des juges indépendants des partis politiques : c'est fondamental pour réussir à extrader les banquiers corrompus qui vivent à l'étranger. Il faudra en outre la volonté politique de les extrader, parce que jusqu'à maintenant on a fait des efforts pour que les banquiers ne reviennent pas en Équateur, parce que s'ils le font et commencent à parler, beaucoup d'idoles du fric pourraient s'effondrer. Dans notre cas, l'avantage est que nous n'avons pas d'engagements avec quelque groupe politique ou économique, mais uniquement avec Dieu, avec notre conscience et avec le peuple équatorien. • Comment allez-vous améliorer le pouvoir d'achat des gens ? - Tout d'abord, il faudra une grande discipline fiscale. Nous ne pouvons pas continuer comme l'a fait ce gouvernement (de Gustavo Noboa). Nous devons encourager les exportations, et dans ce dessein, nous devons être plus concurrentiels, ce qui implique un investissement dans l'éducation, l'importation des technologies pour augmenter la productivité et aussi de réaliser certaines réformes, par exemple, éliminer les oligopoles et monopoles, pour favoriser la concurrence. Quand il y a la concurrence, on améliore les services et réduit les coûts. • Craignez-vous qu'une situation similaire à celle du Venezuela puisse apparaitre ? - Non, la situation en Équateur sera différente, parce que les personnes sont différentes, je n'ouvrirai pas de front avec qui que ce soit. Au contraire, nous allons intégrer tous les secteurs de la société équatorienne, parce que notre gouvernement est pluraliste, de convergence nationale, que tous les secteurs assument la responsabilité de ce projet d'intégration et de transformation nationale. Alors, il n'y aura pas ces problèmes d'exclusion. A l'inverse de l'inclusion de ceux qui gouvernent le pays et de l'exclusion de la majorité équatorienne, dans mon gouvernement ceux qui étaient exclus seront inclus. • Comment envisagez-vous les relations dans la région après votre passage par le Pérou, le Chili, l'Argentine ?
— Je suis un partisan de l'intégration. Les problèmes de l'Amérique latine sont les mêmes : toutes les nations sont confrontées à la pauvreté, au chômage, à la corruption, au trafic des stupéfiants ; l'enseignement est loin d'être efficace. Il y a des problèmes de santé. Alors, si les problèmes sont les mêmes, il faut les même solutions. Et la manière la plus facile et la plus économique est de faire cause commune par l'intégration. C'est le message que nous portons lors de nos visites aux différents pays. En Equateur, nous visons un gouvernement d'intégration, de concertation nationale, et nous allons prôner ce concept pour les autres pays latino-américains. Par ailleurs, si la ZLÉA constitue une menace, nous voulons un cadre de négociation adéquat. • Quid du Brésil, maintenant, avec le changement de gouvernement ? - Nous serons présents, parce qu'il y a beaucoup d'éléments en commun et justement notre volonté de diriger les ressources de l'État vers le secteur social, par un investissement au profit de l'éducation, de la santé, de la création d'emplois. • Le Pachakutik a demandé une plus forte représentation. Que va-t-il se passer ? - Il y a quelques différences entre le Pachakutik et nous. Il est évident qu'un parti politique demandera toujours une plus forte représentation dans un gouvernement. Par contre, nous avons réalisé des accords importants. Le pays n'est pas composé par mon parti, la Société patriotique et Pachakutik, mais par 12 millions et demi d'Équatoriens et il faut gouverner pour tous. L'alliance reste très solide. Pachakutik est d'accord que la voie est l'alliance avec d'autres secteurs politiques, parce que c'est la seule façon de résoudre les problèmes. • Comment voyez-vous la question de la majorité parlementaire ? - Nous allons tenter d'avancer vers une majorité dans le Congrès pour qu'il soit plus facile de gouverner. De toute manière si nous n'obtenons pas une majorité dans le Congrès pour les rétormes, nous allons appeler à une consultation populaire, pour que le peuple décide de manière directe d'appuyer les réformes que nous présentons.