C'était la première campagne électorale de la section belge de la Quatrième Internationale. Dans une certaine mesure, un moyen de tester le redressement politique et organisationnel opéré depuis deux ans. La LRT s'est présentée dans 19 arrondissements (c'est-à-dire dans tous les arrondissements importants du pays, sauf celui de Namur), dont 9 flamands, 9 wallons, puis celui de Bruxelles-Halle- Vilvorde. Elle est ainsi apparue comme une organisation avec une implantation nationale (particulièrement importante dans un pays comme la Belgique); en fait, en comparaison avec AMADA, la LRT a acquis une présence territoriale beaucoup plus homogène. L'organisation mao-stalinienne reste essentiellement marquée par son origine flamande, malgré les déplacements vers la Wallonie d'une partie de ses cadres. Certes, cela lui permet d'y capter électoralement sa "renommée" flamande, mais pas nécessairement de s'implanter dans un milieu ouvrier où le mouvement ouvrier organisé et la tradition syndicale pèsent autrement que dans le Nord du pays. Deuxième acquis pour la LRT : l'émergence comme l'organisation révolutionnaire la plus sérieuse du point de vue politique. Nous avons mené une campagne électorale autour de thèmes principaux: - contre la crise, liée au système capitaliste lui-même, et pour le socialisme, en mettant l'accent sur la voie révolutionnaire et sur l'autogestion socialiste. Cela nous a permis de nouer des liens avec l'ensemble de la gauche anticapitaliste, encore dispersée, et de nous présenter, sans sectarisme et sans esprit de chapelle, comme le porte-parole d'une gauche syndicale, ouvrière, populaire, jeune,... bien plus large. - contre une éventuelle rentrée du PSB dans un gouvernement de collaboration de classe avec le CVP-PSC. Ceci nous a permis de populariser les thèmes principaux de notre 3ème congrès (mars 1976) : l'indépendance syndicale de la FG TB et de la CSC, pour un gouvernement ouvrier, pour un parti ouvrier des travailleurs chrétiens (indépendant du CVP-PSC), pour la gauche syndicale. Mais le progrès le plus significatif qui nous a différencié des puérilités d'AMADA et nous a fait apparaître comme un courant (certes encore très minoritaire) du mouvement ouvrier, c'est deux choses : - Nous avons mené notre lutte contre la rentrée du PS B au gouvernement au nom du programme anticapitaliste et d'un gouvernement ouvrier, impulsé par le Front commun syndical FG TB-CS C. Ce qui nous a permis de nouer des discussions et des liens avec la gauche ouvrière encore liée au réformisme. - Nous avons lutté, depuis notre pronostic que des élections anticipées allaient avoir lieu au printemps 1977, pour l'unité ouvrière à la gauche de la direction du PSB, autour de l'axe LRT-PC. Le PC se trouve dans une impasse politique, car son approche unitaire en direction du PSB ne correspond ni aux rapports de forces (en Flandres, c'est carrément ridicule), ni
300I038 t2 inon à la conjoncture politique. A Anvers, un cartel LRT-PC-gauche chrétienne était sur le point de se conclure, lorsque la direction nationale du PC intervint pour y mettre fin. La question fut soulevée publiquement (surtout en Flandres), à plusieurs reprises. Le PC a été acculé à se démarquer dans un sens droitier et sectaire. Tout cela s'est reflété dans une activité de campagne très importante : distribution massive de tracts, d'un programme électoral, de 200 à 250 meetings et prises de parole (le PC et AMADA ont organisé très peu de meetings!) devant les entreprises, dans les quartiers, des débats publics avec tous les autres partis (essentiellement en Flandres), la distribution de 4 brochures (l'unité; le féminisme; réponse Debunne, secrétaire général de la FGTB; les 36 heures). Mais avant tout, nos 19 listes reflètent une composition sociale et politique de la LRT en rupture radicale avec l'organisation de jeunesse : délégués syndicaux des grandes entreprises ou des dirigeants importants des luttes ouvrières (dockers d'Anvers, textile à Mouscron, Glaverbel-Charleroi, Verlica-Borinage, Marie-Thumas-Malines, Carterpillar-Charleroi, Société-Générale-Bruxelles, Sabena, Gevaert-Anvers, PTT-Mons, Postiers-Alost, grands magasins-Gand, personnel ouvrier de l'universite-Bruxelles, Assistance publique-Liège, secteur employé à Charleroi, travailleurs communaux-Liège, ...), des travailleurs d'autres entreprises (par exemple à Liège, Gand, St Niklaas, Courtrai) ; des dirigeants syndicaux, membres des Comités exécutifs du syndicat de l'enseignement (Gand, Alost, Anvers, Bruxelles, Liège, ...), ou d'autres services publics (surtout à Liège et dans le Centre). Une place importante fut réservée aux militantes féministes, soit membres de la LRT, soit membres du mouvement autonome des femmes et des comités avortement (tête de liste à Ostende ; sur les listes de Gand, Anvers, Bruxelles). L'ouverture d'esprit et l'approche unitaire ont incité des militants individuels à nous rejoindre comme indépendants : des flamingants de gauche (Gand, Anvers), des chrétiens de gauche (Bruxelles) ; des artistes importants de la culture de lutte (Anvers, Leuwen, Bruxelles) ; les nouveaux secteurs en lutte (avocats, mass media, médecins, libération sexuelle,...); des dirigeants étudiants, etc... Au niveau des résultats, le bilan est assez satisfaisant, sauf dans certains arrondissements wallons. Au niveau du pays, la LRT obtient près de 15000 voix, dont 8500 en Flandres, 2800 à Bruxelles et le reste en Wallonie. Au niveau flamand, il s'agit d'une petite percée, à côté du PC (considéré ici comme faisant partie de l'extrême-gauche !) et d'AMADA qui avait déjà participé à deux campagnes électorales. Dans l'ensemble, le bilan est très positif. La LRT est apparue comme une (petite) organisation du mouvement ouvrier avec une silhouette spécifique. Au-delà des chiffres électoraux, cela a créé la base pour notre renforcement organisationnel et un impact accru dans les luttes à venir.